LIVRE PREMIER
Le Droit et la Justice
Le droit est le souverain du monde.
(Mirabeau.)
Il faudra plusieurs siècles encore avant que les Allemands soient civilisés à l'égal des autres nations.
(Gœthe.)
La Personne humaine
Le monde civilisé, dont l'antithèse naturelle est la barbarie, est constitué par trois éléments qui ont respectivement des droits, des devoirs et des responsabilités : i"^ la personne humaine; 2"" les nations, qui sont l'homme et la famille agrandis; 3^ l'ensemble des lois et phénomènes moraux nommés la civilisation.
Les droits de la personne humaine — autrement dit le droit des gens — sont intangibles, inaliénables et imprescriptibles. L'homme moderne, jeté dans la vie, y entre possesseur d'un
capital physique et moral, conséquence de ses dons naturels et d'un état de choses intellectuelles, métaphysiques, impondérables, lentement élaboré par l'élite humaine en vue du bonheur, ou de la consolation, du plus grand nombre. Cet état de choses, dont la vieille Europe et en particulier les races latines proclament la noblesse et l'utilité toujours grandissante, c'est la civilisation. C'est bien de cette agrégation bienfaisante, au-dessus de toute discussion humaine, que l'empire allemand s'est honteusement séparé depuis août 19 14. L'Allemagne s'était préparée à cette régression, à ce reniement de l'idéal humain, par diverses tentatives qui seront rappelées, s'il y a lieu, dans ce livre. L'irréparable rupture n'en a pas moins été facilitée par des propensions ataviques, ethniques ou acquises : i"" l'aptitude naturelle du Germain à la haine, à l'envie, au brigandage armé ; 2^ l'extrême orgueil, l'impudente vanité, la délirante surexcitation des appétits de lucre et de jouissance nés de la victoire remportée sur le Danemark en 1864, l'Autriche et la Confédération germanique en 1866 et, surtout, la France en 1871 ; y l'action personnelle du faussaire Bismarck, génie malfaisant, dominateur,rincarnationla pl[}sp2iïfa.ltedusrockpreusche ; 4^ l'éducation spéciale imposée et suggérée par la Prusse aux peuples tudesques à dater de 18 13, préconisée et élargie depuis 1871 par l'empereur, le parti militaire, les intellectuels de toutes catégories, du maître d'école au docteur en théologie.
J'ai dit que les droits de l'homme sont inaliénables. Nul être humain, en effet, ne peut vendre sa personne et les facultés qu'elle comporte. Il n'y a plus d'esclaves, et l'homme civilisé ne tenterait pas impunément de le devenir. A plus forte raison, la volonté d'un autre homme est-elle déchue de tout droit d'opprimer son semblable. Cette déchéance atteint aussi les nations. Le christianisme, la Révolution française, les écrits philosophiques libéraux du xviii'' siècle, français et anglais, le génie des hommes les plus éclairés, les mieux épris de solidarité et de fraternité, ont à jamais aboli la servitude. D'autre part, les droits de la personne humaine sont imprescriptibles, parce que sa destinée seule, son périple, peut leur assigner une limite.
Tant que l'homme vit à l'état de civilisé, il demeure absolument libre. Aucun pouvoir individuel, la volonté d'aucune collectivité ne sauraient supprimer cette liberté, sauf les cas de défense légitime ou de salut national. Né libre, le civilisé doit quitter la vie sans la moindre atteinte portée aux droits que lui reconnaît la civilisation et qu'elle apostille, en quelque sorte, en l'admettant dans son sein. Il a plus ou moins souffert pendant son passage sur terre, — les riches et les heureux ne sont pas exempts de certaine souffrance, quelquefois à leur insu; — mais sa souffrance résultait de circonstances particulières voulues par la destinée, ou d'une infériorité plus ou moins réelle dans la lutte pour l'existence et la loi générale du tra-
vail. Hors les cas d'accident et de maladie, de défense de sa personne, de son foyer, de sa patrie, hors le cas tout exceptionnel de défense de la civilisation % la mort d'un homme ne peut être que le résultat d'un crime : meurtre ou suicide. En temps de guerre, le soldat succombe souvent longtemps avant l'époque voulue par les lois inéluctables de la nature. Mais le civil^ le non-combattant, demeure en possession du droit de vivre, d'aller et de venir, de remplir jusqu'au bout sa carrière physique. Sa vie comporte des dons, des facultés, des aptitudes, dont nul pouvoir social ou politique n'est fondé à limiter l'étendue et le développement. Et le civilisé ne doit obéir qu'aux lois de son pays^.
L'homme naît ouvrier, paysan, inventeur, commerçant, poète, artiste, industriel. Quand l'état social de sa patrie le prend, l'insère dans une de ses cases, la nature a déjà parlé en lui 3. La suprême habileté de l'homme consiste à ne pas mettre en contradiction ses dons naturels avec la carrière, ou la profession, imposée à son
1 . Ce sera l'éternel honneur des onze nations alliées contre l'Allemagne et ses complices que d'avoir mis tout homme de cœur dans l'obligation de défendre la civilisation comme si elle était pour lui une seconde patrie.
2. L'article 46 de la convention de la Haye du 18 octobre 1907 a nettement défini les droits des non-combattants devant l'occupation étrangère.
3. Beaucoup de bons esprits, H. Taine entre autres, ont erré en attribuant à l'hérédité et au milieu le don artistique et littéraire. Il y a autre chose : la prédestination, la volonté de la nature, laquelle travaille dans un mystérieux laboratoire où les critiques ne sont pas admis. — « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que dans toute votre philosophie, » dit Plamlet à Horatio.
activité par la lutte pour la vie. Le malheur de beaucoup d'hommes vient toujours de ce qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes et que des influences extérieures ont comprimé, ou annihilé, leur apport moral et intellectuel. Les artistes, les créateurs, les très altruistes, n'acceptent jamais cette lutte. Ils franchissent le pas redoutable et vont, malgré vents et marées, là où les appelle une puissance irrésistible nommée la vocation. Ils ont une mission^ qui échappe au commun des hommes, que le commun des hommes ignore ou ne comprend pas, mais dont la communauté recueille tôt ou tard le bénéfice. De là vient que tout poète, tout artiste, tout créateur, tout remueur d'idées, meurt le sourire sur les lèvres, même après une vie misérable, satisfait d'avoir rempli son devoir et de n'avoir pas laissé éteindre en lui la flamme divine.
Après qu'il a assuré sa vie, celle des siens et dans une certaine mesure celle de ses amis % le civilisé doit à la patrie la surabondance de ses forces morales. A tous les instants de son existence, l'homme peut modifier les conditions dans lesquelles il s'adapte au cadre social. Qui n'a pas le bonheur aujourd'hui l'aura peut-être demain; qui n'a pas rendu les siens heureux pendant de longues années le pourra faire à une époque souvent prochaine. La vie est le premier des biens, celui dont dépendent tous les autres.
I. L'amitié doit être héroïque, c'est-à-dire aussi large et complète que possible. La fable de La Fontaine demeure à jamais la condamnation des faux ou des maladroits amis et la gloire des vrais.
C'est donc le plus déshonorant des crimes et des attentats contre la civilisation que d'arrêter brusquement une existence humaine; j'entends lorsque cette existence ne s'est pas révoltée contre les immuables lois d'amour et de respect du prochain; qu'elle n'a pas été condamnée par la justice des hommes; qu'elle a été conforme aux sentiments de dignité et d'honneur inhérents à l'espèce. Oui frappe un innocent supprime un digne membre de la collectivité, souvent aussi un être destiné à agrandir la civilisation en faisant bénéficier de son labeur et de son talent les générations à venir.
Combien d'hommes éminents, de foyers individuels, les Barbares de 19 14 ont éteints en fusillant des enfants ! Combien d'excellentes épouses et mères ils ont supprimées en assassinant des fillettes ! Et, d'une façon générale, de quel immense capital ils ont appauvri l'humanité en détruisant les non-combattants, ces gardiens du foyer familial, du village ou de la ville, dont les conventions de la Haye — pourtant signées par l'Allemagne du bandit Guillaume II — garantissaient la vie et les biens !
Le Droit des Peuples
L'homme normal n'est jamais isolé. La nature et la destinée l'ont placé dans une association, une collectivité, qui porte le nom de patrie. C'est la res puhlica des Romains. Mais, au seizième siècle, en rééditant à leur usage le mot (( patrie », les Français l'ont frappé comme d'une valeur morale nouvelle, dont le monde a profité.
A son insu, cette patrie, cette nation, a revêtu l'homme d'un caractère signalétique qui le fait différer des autres peuples autant que telle portion du globe terrestre diffère des autres. Le climat, le sol, l'histoire, la communauté de race et de langage, la conformité d'humeur, l'exemple et le souvenir des ascendants, les grands gestes de l'élite et sa marche incessante vers le progrès et la perfection, — tout contribue à constituer nations et patries. A chacun de ses membres, même aux plus indignes % la patrie fait le bienfaisant cadeau de ses traits distinctifs et de sa valeur. Elle a augmenté la force morale
I . «Ce qu'on appelle la France, )) disait dédaigneusement un nommé Goude, en pleine tribune française, avant la guerre de 19 14. On peut se demander à quel titre ce personnage aurait été commis de la marine à Brest et député s'il n'avait pas eu une patrie.
de l'homme; mais elle lui a aussi imposé des devoirs, qui sont toujours acceptés sans discussion par les plus intelligents et meilleurs sujets de la collectivité. De là est né le droit des peuples.
Le premier droit des peuples, c'est de disposer d'eux-mêmes; la collectivité forme ainsi un état, toujours souverain. A l'heure actuelle, les Tchèques, les Polonais, les Danois, les Italiens (Trentin et Istrie, — Isnia nostra^ disait Mazzini), les Français (Alsace, Lorraine, rive gauche du Rhin), , les Roumains, les Serbes, les Grecs ont à récu- ; pérer des territoires et des nationaux, indûment i détenus par l'Allemagne, l' Autriche-Hongrie, la Turquie, la Bulgarie, à la suite d'un vol armé « ou d'une erreur de la politique internationale. ' Or, les traités imposés par un vol armé sont ; toujours révocables Mais peuple ne veut point dire peuplade ou tribu^ ou tous autres groupements d'hommes jugés dangereux par la civili- j sation et ses ennemis-nés. Ces êtres inférieurs | et leur pays représentent un capital que les civi- ; lisés ont le droit de défricher, de mettre en valeur. ; De là les colonies. Et les colonies sont souvent longues à indemniser la métropole des sacrifices faits par elle. Coloniser, c'est élargir le cadre de la civilisation. On peut dire, dans ce sens aussi, que les colons français et anglais sont les stagiaires de leur nationalité respective.
L'Allemagne, qui rêve de posséder et de faire
I. Traités de Vienne et de Paris (i 8 15), de Vienne (1864), de Francfort (187 1), etc.
marcher à son pas le monde entier, conteste aux Alliés, depuis sa défaite de la Marne, l'amitié et l'attachement de leurs colonies. On voit d'où procède cette calomnie : nos colonies sont des réservoirs de soldats. Quant à leur inimitié, pitoyable est l'argument de la Kultur en présence de l'enthousiasme avec lequel tous les dominions britanniques (Indes, Canada, Australie, etc.), les Algériens, les Sénégalais, les Marocains, les Tunisiens, les Annamites versent leur sang pour la mère-patrie. La campagne diffamatoire des Boches contre l'emploi des troupes noires ou jaunes a piteusement avorté comme leur fameuse campagne contre notre légion étrangère, à la veille de leur ruée sur nous ^
Les droits que détient l'homme individuellement, les peuples civilisés les possèdent à l'égard des autres peuples. Aucune nation ne peut asservir ou supprimer une autre nation. A moins que cette dernière ait manqué au devoir commun, c'est-à-dire ait attaqué l'autre en vue de nuire à son honneur, à sa dignité, ou de s'approprier son sol, ses richesses naturelles, le fruit de son travail. La riposte armée constitue le cas de légitime défense : droit de terrasser l'agresseur,
I. Les gouvernements anglais et français ont signalé au monde, dans des publications officielles ou à la tribune parlementaire, les sacrifices d'hommes, d'argent, de vivres et de matériel faits par leurs colonies et leur inlassable dévouement. Les colons musulmans français se sont montrés admirables; et rien n'est plus émouvant que la déclaration patriotique du mufti Mokrani, affirmant la fidélité des Arabes à la France, à la grande matinée nationale de la Sorbonne, le 7 mars dernier.
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de lui imposer, en même temps que la complète réparation du dommage subi, telles garanties qui l'empêcheront à l'avenir de nuire. C'est le cas de la France, de la Belgique, de la Serbie, du Monténégro, de la Russie, se défendant contre l'Allemagne pangermaniste, de l'Italie, arrachant à l'Autriche les terres irredenre^ de l'Angleterre, du Portugal, de la Roumanie, du Japon, de l'Amérique, venus au secours de l'Europe en danger. Défense qui, chez les onze nations alliées, s'augmente d'un devoir sacré : maintenir intacts Tensemble de traditions, d'actes généreux, d'aspirations vers le beau, le bon et l'utile, la solidarité et la charité, l'amour et la pratique de la liberté et de la justice, — en un mot la civilisation... Au fait, cette lutte de la force brutale contre le droit dure depuis qu'il existe des sociétés. Mais il appartenait à l'empire de proie de rejeter tout idéal et d'en appeler au plus répugnant des matérialismes pour tenter de remporter cette hideuse victoire. Se faire barbare, comme d'aucuns changent de religion ou de patrie par intérêt personnel, quelle monstrueuse aberration ! ■ — (( Terminer le duel, amalgamer l'idée pure avec la réalité humaine, faire pénétrer pacifiquement le droit dans le fait et le fait dans le droit, voilà le travail des sages, » écrivait il y a plus d'un demi-siècle Victor Hugo, emporté par son généreux optimisme. Tacifiquemem ? l'Allemagne, ô poète! ne Ta jamais voulu. Et c'est à grand renfort d'artillerie lourde qu'il faut la rappeler à l'ordre, — en dépit du déplaisir des pacifistes, ces niais frappés de cécité, et des socialistes
français revenus de Kienthal, ces misérables ^ .
De même que les individus signent entre eux des contrats, les nations signent des traités. La violation de ces traités, s'ils ont un caractère économique, est un dol; s'ils mettent en question l'existence ou les biens d'un peuple, elle devient un crime. De plus, atroce corollaire! elle donne aux Barbares une horrible idée des Civilisés et les rend encore plus réfractaires à la civilisation. En déchirant le « chifFon de papier » de 183 1 par l'abjecte main d'un Bethmann- HoUweg, la Germanie a donc perpétré un double, et même un triple crime : contre la Belgique, contre les puissances signataires et garantes des neutralités belge et luxembourgeoise, contre la Civilisation... dont elle faisait alors partie!
La violation d'un traité, si elle n'est pas immédiatement désavouée et réparée, donne à la partie lésée le droit de recourir aux armes. La Belgique tout entière — hommes, femmes^ enfants — pouvait parfaitement se dresser contre l'envahisseur^; le roi Albert et ses ministres ne l'ont point permis par scrupule de légalité, de
1. Il s'est trouvé trois députés français, rétribués par le peuple français, pour donner la main aux « kamarades » allemands, en pleine guerre! Les Américains de 1917, eux, ont planté des potences pour leurs douze sénateurs obstructionnistes, leur ont envoyé des croix de fer de 40 kilos, et les ont déclarés traîtres à la patrie. Le pays de Jeanne d'Arc est resté calme.
2. Les conventions de la Haye de 1899 et 1907, acceptées sans aucune réserve par l'Allemagne, donnent aux populations civiles le droit de résister à l'envahisseur, à condition de respecter les lois et coutumes de la guerre (articles i et 2 du règlement annexé aux conventions).
correction; et c'est à leur héroïque petite armée qu'ils ont confié la défense nationale. Ce qui n'a nullement empêché les Barbares de proclamer, avec leur impudence native, la félonie du gouvernement, du clergé et du peuple belges. Le félon, c'était le kaiser!
En fait, la violation d'un traité est d'autant plus acte criminel qu'elle peut entraîner la mort de milliers d'hommes, sans parler des horreurs qui suivent le conflit des peuples armés, l'état tragique et violent, la guerre, industrie nationale du Prussien. Autant d'habitants compte la nation dépouillée du bénéfice d'un traité, autant de crimes commet la nation coupable, puisque la collectivité lésée souffre en chacun de ses membres. La fillette même qui jouait à la raquette devant le beffroi de Bruges, le camelot qui criait ses journaux sur la grand'place de Bruxelles avaient parfaite conscience que le sol qu'ils foulaient, Tair qu'ils respiraient leur appartenaient en propre, étaient à l'abri d'une invasion. Le peuple belge tout entier, si hospitalier, aimable, laborieux et inoffensif, Flandres et Wallonnie, connaissait la plénitude de ses droits. Il comptait sans la brute d'outre-Rhin, (( la bête blonde », comme elle se qualifie elle-même en examinant ses griffes. Or, la Belgique renferme environ sept millions d'habitants. Tous étaient atteints, souffraient déjà dans leurs droits à l'instant où le Barbare passait la frontière, avant même qu'il eût massacré un seul citoyen belge, incendié une habitation. Quels mots pourraient qualifier, au regard des générations futures, les innom-
brables crimes qui se sont ajoutés à la violation des traités de 1831, 1839 et 1867, signés par l'Allemagne en compagnie des grandes puissances, armées maintenant contre elle pour la défense de ces traités !
Il y a de l'incompréhensible, pour nous Latins, dans les atroces gestes des Allemands à l'égard du noble peuple belge. Non seulement ils l'ont cambriolé après s'être engagés d'honneur à le défendre contre les cambrioleurs, mais ils l'ont assassiné. Bien plus : ils ont calomnié leur victime! Leurs musettes pleines de butin, pendant qu'elle râlait, agonisait, perdait son sang, que feldwebels et oberleutnants collaient au mur ses bourgmestres et ses prêtres, que des bandits d'université et de caserne, dignes descendants des mangeurs de glands de la forêt Hercynienne, incendiaient ses biens, son industrie, ses admirables trésors d'art et de gloire, ils ont tenté de lui ravir l'honneur! Ils ont crocheté les tiroirs des ministères belges pour en exhumer un prétendu accord militaire de la Belgique et de l'Angleterre en 1906. Le faux après le vol et le viol. Toujours le même procédé. Ils avaient déjà inventé le sophisme du droit de passage. Cette lourde grossièreté teutonne n'ayant point pris, le tripatouillage des archives s'imposait. Leur bêtise est toujours monumentale ^
I. En mars 1917, la presse boche a tenté de nouveau de salir la Belgique en ressassant les mêmes détestables argu-
f ments. M. le baron Beyens, ministre des affaires étrangères du roi Albert, aidé de la presse des deux mondes, n'a pas
I eu de peine à river leur clou aux diffamateurs de Berlin,
j Cologne et Francfort.
Mais les neutres n'ont pas accepté ce raffinement dans le crime. Malgré leur égoïsme, ils ont vu de quel côté habitent le droit et la vérité. La Belgique renaîtra de ses cendres, phénix d'honneur, de bravoure et de loyauté. Extinaa, revivisco^ — clame la devise de notre Châteaudun, incendié par les Barbares de 1870 et reparu à la lumière! Elle criera bien haut, à travers les siècles, la félonie et la cruauté du Teuton, la sanguinaire emprise de Guillaume II, l'infamie de son valet à tout faire Bethmann- Hollweg. Dès à présent, la Belgique a conquis pour toujours ce que rêvait le monstre couronné qui préside à son martyre : le laurier d'or, l'auréole des preux! Et, comme le dit si bien la pierre tombale du (( chevalier sans tête », conservée au musée de Namur : Heure viendra QJ.JI TOUT PAIERA. Lcs AUiés s'y sont engagés % et ils tiendront parole. Latins, Anglo-Saxons et Slaves n'ont rien de commun avec les Germains.
La propriété collective et nationale existe, comme la propriété privée. Chaque peuple digne de ce nom possède ses titres de civilisation, d'honneur, d'utilité, représentés par des annales, des monuments, des institutions, des lois, des ressources en crédit et en numéraire, en travaux industriels et commerciaux, sans
I. Dès le 3 août 1914, en venant militairem.ent au secours de la Belgique; le 4 septembre suivant, par la déclaration de Londres repoussant toute paix séparée; le 30 décembre I9i6et le 10 janvier 1917, par deux retentissantes notes diplomatiques, remises au président des États-Unis.
GUILLAUME II ET SES COMPLICES If
parler des produits fournis par le sol et le soussol. La collectivité, et chaque citoyen en particulier, ont le devoir de défendre l'honneur national, les biens moraux et matériels de la patrie. Le jour où elle s'assit au banquet de la civilisation, toute collectivité s'engagea mentalement à respecter et honorer les autres sociétés humaines. Je dis à dessein les « autres sociétés », parce que le monde civilisé n'a aucun engagement avec les Barbares, si ce n'est de les refouler, de les contenir, de les empêcher de nuire, quand il ne peut les coloniser. Mise en péril ou contrariée dans sa marche, la civilisation n'hésite pas à soumettre le barbare par la force. En agissant ainsi, elle use du droit de se faire reconnaître et respecter, droit supérieur à tout ce qui peut le contrecarrer : les appétits, l'envie, le désir de s'approprier le bien d'autrui, ou d'anéantir les bases sur lesquelles repose son idéal. Au civilisé, tout est permis contre le barbare; quant au barbare, il n'a nul droit contre le civilisé par cela même qu'il est un barbare, un être incomplet, anormal, inférieur, singulièrement porté à la férocité par ses instincts et son atavisme.
De ces peuples barbares, nous avons cru longtemps n'en avoir qu'un en Europe, le Turc. Mais la catastrophe de juillet-août 19 14 nous a douloureusement ouvert les yeux. Force nous a été d'y constater la présence d'un autre peuple plus barbare encore que l'Ottoman et son voisin le Bulgare, parce que sa barbarie est raffinée de science et qu'il a fait du mensonge et du vol
des fonctions physiologiques analogues au manger, au boire, au dormir. Tout le monde a reconnu l'Allemand, — - le seul peuple qui se soit masqué de civilisation sans jamais remplir aucun devoir. — ce Je commence toujours par I prendre, disait Frédéric II; après quoi, je trouve ' des niais de philosophes pour m'approuver. »
Mais l'Allemagne n'a pas agi seule. Elle a ' porté à un tel degré de perfection les instincts barbares qui couvaient et se développaient en elle qu'elle a pu entraîner dans la régression des • peuples réputés jusqu'alors civilisés, tels que j l'Autrichien et le Hongrois. Le barbare en donnant cours à ses appétits est certes dangereux; | mais combien l'est plus encore le barbare de la « Kultur, qui réussit à détacher des millions d'êtres de la famille civilisée, diminuant ainsi son ca- • pital en nations et en âmes! C'est bien le cas l de la Germanie, pourrie par son ambition et | son orgueil, surexcitée par les atroces théories f d'un Bismarck et perfectionnée dans la volonté \ de nuire au monde par Guillaume II et la bande I pangermaniste.
La Civilisation
La civilisation plane sur les nations et les hommes comme la plus haute force morale, le plus vaste et complet instrument de dignité et de noblesse qu'ils aient jamais connu. Tout in-
dividu ou agrégation sociale qui tente de nuire à la civilisation , de l'obscurcir, de l'amoindrir, de diminuer son acquis, commet un dol d'autant plus néfaste qu'il met en perdition la richesse et la splendeur du monde. Tibère, Néron, hlagabal, Gengiskhan,Timour-lang, Alaric, Attila ont fait rougir d'indignation ceux qui réglaient les mouvements de leur cœur sur la morale chrétienne. Le règne de ces malfaiteurs de marque a été court. Il en sera, il en est de même des Barbares d'à présent.
La civilisation, telle que nous l'envisageons, représente l'effort individuel, puis collectif, des plus délicats exemplaires d'humanité. Elle existe plus particulièrement depuis trente siècles. Homère, Socrate, Platon comptent parmi ses ouvriers; hier encore, elle se décorait des noms de Broca, de Claude Bernard et de Pasteur. Elle est une ascension infatigable vers le beau et l'utile. Son but est de rendre hommes et peuples meilleurs quand ils sont incomplets, et de les perfectionner lorsqu'ils sont déjà supérieurs à la moyenne. Ses procédés d'action sont l'amour, la charité, l'art, la science, la tolérance philosophique et religieuse, la suppression de tous les obstacles qui peuvent nuire aux bons rapports des hommes entre eux et des nations entre elles. Par son essence même, son exemple offert à l'attention des âmes et des esprits, par son inlassable activité, la civilisation est une propagande de tous les jours et de tous les instants.
Tous les peuples forts et vaillants sont venus prendre place au festin élégant et fleuri de la
civilisation latine ; tous ont voulu leur part du soleil qui dore les bords de la Méditerranée, mare nostrum, Anglo-Saxons, Slaves, Scandinaves la regardent comme une émule et une éternelle éducatrice. Imprégnée d'atticisme, d'urbanité et de politesse, — l'apport grec, l'apport romain, l'apport français, — elle livre un pacifique combat à l'ignorance en propageant la lumière; elle tend à rendre plus belle l'espèce, au physique et au moral, en lui mettant sous les yeux les chefs-d'œuvre de l'art et des lettres, — ces inaliénables titres de gloire de l'humanité; elle lui facilite la vie matérielle en la dégageant, par la science, de tout élément nocif et en économisant ses forces corporelles. C'est la civilisation qui nous a donné Vlliade^ les marbres grecs, le Parthénon, les cathédrales de Reims, d'Amiens, de Chartres et de Paris, la triple épopée de Dante, les statues de Michel-Ange, les toiles de Vinci, les drames de Shakespeare, les châteaux de la Loire, le palais ducal de Venise, le campanile de Florence, les comédies de Molière, les romans de Balzac, les poèmes d'Hugo, — tout ce dont s'étonne et s'irrite le barbare! Mais c'est aussi à elle que nous sommes redevables de Titus, de Trajan, du pont du Gard, du droit romain, de Galilée, de Jenner, de Washington, de Beccaria et d'Edison. Elle a augmenté la durée de la vie en créant la machine, l'hygiène, l'assistance, l'économie, en multipliant les transactions de peuple à peuple, l'échange des produits du sol et de l'industrie. Elle a fait plus encore : en écrasant et refoulant
le mal au nom de la liberté et de la justice, elle a agrandi la dignité humaine et rendu la vie aimable. La vie, dont tant de siècles ont ignoré le charme, la vie s'impose de jour en jour comme un bien inappréciable, en dépit des conditions dans lesquelles chaque homme exerce sa lutte et aspire au bonheur.
Ici apparaît dans tout son éclat le rôle de la France, héritière directe de Philae, d'Athènes et de Rome, la « douce France )), dont tous les hommes de bonne foi ont salué, attesté, proclamé l'action bienfaisante et consolatrice, la France, que cette cruelle guerre fait resplendir de magiques rayons. Quelqu'un a dit de nous : (( Le plus beau royaume après celui du ciel. y> Et l'autre jour encore l'Américain Edison nous appelait la nation-étendard. On n'a pas oublié non plus la colère de Bismarck, le plus féroce de nos ennemis avant Guillaume II, devant le refus de punir les Roumains qui avaient combattu en 1870 pour la France. — « Servir la France n'est point servir l'étranger! » fut la réponse du parlement de Bucarest au tout-puissant Teuton. Qui de nous ne serait ému devant ces enrôlements d'Italiens % d'Espagnols, d'Américains, de Canadiens, de Polonais, accourus au secours de la grande nation latine ! D'où le mot que se renvoient, de temps à autre, les junkers et les journaux de la Kultur aussi bien que les neutres, attentifs spectateurs de la terrible lutte : (( Tout
I. Notamment les fils du général Ricciotti Garibaldi, c'est-à-dire les petits-fils de l'illustre Giuseppe.
le monde se bat pour la France, personne pour l'Allemagne! »
S'il en est ainsi, c'est qu'un privilège est attaché à l'âme et au pays français. Pour sir William Temple et Grotius, aucun doute là-dessus n'est possible. La France a la bonté, le charme et le sourire, — ce qui ne l'empêche point de posséder aussi la grandeur, l'héroïsme et un sentiment de la solidarité humaine que nulle race ne porta jamais à pareil point. — (( La vie est si douce aux bords de la Seine, » écrivait Henri Heine, Prussien libéré et Allemand désabusé. (( Paris, capitale des peuples, » a dit Victor Hugo. (( La grande nation, » a proclamé Napoléon. (( La France, paradis sur terre, » disent encore nos amis d^outre-Atlantique. La France, celte et latine, grecque et romaine, la France, joyau des races aryennes, est aussi la perle de l'univers. Cette auréole, cette attirance . unique et perpétuelle lui viennent des souffrances subies, du courage qui la fait triompher de tous ses malheurs, du métier de flambeau qu'elle exerce toujours pour l'édification des autres peuples. Si la Providence semble ainsi nous favoriser, c'est qu'elle nous juge dignes d'attentions et d'égards particuliers. La nature et l'histoire ne paient jamais personne d'un service imaginaire. Nous avons longtemps supporté, à peu près seuls, le choc des nouveaux Barbares, donnant ainsi aux autres civilisés le temps de s'organiser et d'accourir. Là encore, ^ notre pays était logique avec lui-même. L'avenir le dira à pleins poumons.
La guerre actuelle a de beaucoup augmenté les sympathies dont jouissait la France. Aucune voix discordante ne trouble ce concert d'éloges; les Boches, qui l'entendent journellement retentir à leurs oreilles, s'en irritent et affolent comme d'un affront personnel. Les manifestations francophiles, en tous pays, les exaspèrent. Ils sont bien obligés de reconnaître notre supériorité morale, mais ils ne peuvent se l'expliquer; et les moins sots d'entre eux croient à un complot mondial contre la Germanie en faveur de la Gaule. En effet, ce phénomène est du ressort des choses délicates, et le Boche, on le sait, n'admet la « délicatesse )) que sur les tables de brasserie et à l'étalage des vendeurs de porc.
Les Français, en incarnant la civilisation aux yeux du monde, sont, plus que les autres membres de l'Entente, l'objet de la haine des Allemands et en particulier des Prussiens. Nouvelle et irrécusable preuve que l'Allemagne a cessé d'être une race civilisée. Si dans la vie ordinaire les extrêmes s'attirent, cherchant à se compléter l'un par l'autre, les nations jalousent plutôt leurs contraires. Jalouser ne veut pas dire détester. L'Angleterre, longtemps adversaire de la France, l'a toujours estimée à sa valeur. Mais l'Allemagne, elle, nous hait d'une haine féroce! Elle nous en veut de nous avoir vaincus, il y a quarante-six ans, par la supériorité du nombre, des procédés de guerre déjà barbares et la falsification d'une dépêche, crime longtemps prémédité. Force nous fut de lui jeter sa déloyauté en plein visage. Certaines vérités ne se pardon-
nent point. Malgré tout, la haine dont nous accable et nous honore le Teuton garde des parties d'ombre.
Est-ce à cause de notre affabilité de mœurs, de cette abondance de qualités, ressemblant fort à des vertus, qui caractérisent l'homme, la femme, l'enfant, le foyer, le pays français, les produits intellectuels et naturels de ce pays? On est porté à le croire. Mais il y a dans la férocité de la Kultur pour tout ce qui est français un primum mobile^ que la guerre nous a souligné dans toute son horreur. Ce point de départ, ce germe morbide, c'est toujours, plus que jamais, l'hostilité invétérée et incurable du barbare pour le civilisé, de l'inférieur pour le supérieur, du laquais pour le maître. Différence engendre haine. La Kultur, n'étant qu'une barbarie montée par actions et visant à un maximum de rapine, regarde naturellement comme un infranchissable obstacle, une barrière mise à ses déportements, la nation aimable et généreuse entre toutes, d'où sortit cette élégance d'âme baptisée du nom de chevalerie.
Les Boches auront beau corner aux oreilles de leurs écoliers, afficher dans leurs gares, proclamer partout : (( Dieu punisse l'Angleterre ! » ou encore : « L'Amérique est notre ennemie! » — il y aura toujours, derrière ces comiques malédictions, la vraie malédiction que porte en son cœur le teutsche volk^ Tàusche volk^ (( le peuple qui trompe )), comme dit NiQtzchQ (Tar delà le bien et le mal), (( Bénie soit la main qui a falsifié la dépêche d'Ems I » s'est écrié le maître fourbe
Hans Delbriick. Nous ne trouverons jamais, dans la poubelle d'outre-Rhin, argument où s'étale mieux leur haine. Le principal ennemi pour les Teutons, c'est la France. Sachons-le une fois pour toutes. C'est à elle qu'ils en ont toujours voulu et qu'ils en voudront toujours. — « A quoi reconnaissent-ils que nous sommes Allemands? » dit la légende d'une caricature de Hansi, où l'Alsace se paie la tête des Boches. Le spirituel artiste aurait pu faire répondre, par quelque bon railleur strasbourgeois : « A la façon dont vous regardez la carte de France. » En effet, cette carte, ils la regardent toujours. La France est, par définition, la proie convoitée de tout Allemand.
Les ports de France! les blés de France! les vins de France: le bordeaux, ce bouquet; le Champagne, cet esprit ; le bourgogne, ce velours ; le coteau-du-Rhône, ce soleil mis en bouteilles ! les femmes, les modes, les musées, les châteaux de France! Notre politesse, notre courtoisie, les séductions de nos logis et de notre capitale, l'étonnante clarté de notre langue, — tout, de la France et des Français, excite leur envie et leur bile, les met en appétit. Nous ont-ils assez espionnés, avant et pendant la guerre, leur infâme loi Delbriick et nous-mêmes y aidant, grâce à notre bonne foi et à notre trop facile hospitalité!
Quelle rancœur doit cuire et recuire en eux quand ils entendent un Edison — un vrai savant celui-là — offrir à la France cette gerbe d'hommages, que répercuteront tous les échos de
l'univers: « Pour moi, cette guerre a prouvé que la France est rétendard du monde. Les Français prouvent qu'ils sont le peuple le plus magnifique peut-être que le monde ait jamais connu, car il joint à un pouvoir merveilleux le dévouement absolu qui le porte au sommet du sacrifice presque fanatique. Les Français ont une culture... ils nous montrent encore plus clairement un patriotisme admirable. Ma ferme conviction est que la destruction de la France serait le pire désastre que pourrait subir le monde d'aujourd'hui ^ »
A quel diable un Adolf Deissmann, fils de Luther, ne doit-il pas envoyer son encrier quand , il lit ces déclarations de l'éminent professeur ! danois Christophe Nyrop : (( Dès le moyen âge, . la France devint le pays conducteur... L'amour de la liberté qui anime les Français a eu son action sur l'histoire. Il n'y a pas de nation qui ait ( travaillé comme la France pour la liberté ; aussi | il n'y en a pas qui ait comme elle droit à la reconnaissance des générations contemporaines... L'amour de la liberté que professe la France est désintéressé. Cela ressort de beaucoup de choses, mais surtout de ce fait qu'elle respecte la liberté des autres nations. La France ne réclame pas l'empire du monde pour elle et sa culture... »
C'est la France qui trouble les rêves du Teuton, son essor vers le pillage, le vol, l'assassinat, l'expropriation féroce d'une race par une
I. Interview accordée à M. Edwin Marshall, du journal V Observer (décembre 191 6).
autre. La France, c'est le cauchemar du HohenzoUern et de son imbécile et malfaisant héritier; c'est le Banquo du pangermaniste et du junker, le (( Mama-Jumbo » vêtu de blanc, qui poursuit le chimiste berlinois jusque dans son laboratoire et gratifie en chaire le herr doktor d'une paire d'oreilles d'âne. A cette collection d'escarpes et de bandits, nous, qu'ils voulaient anéantir, nous infligeons déjà de cruelles et légitimes représailles, en attendant les autres, — celles de l'apurement des comptes. Lebel en mains et cœur aux lèvres, nous sommes leur thane de Glamis. La France a tué le sommeil. Attila ne dormira plus.
Supprimer la France, l'écraser, la mutiler, éteindre le phare qui, depuis des siècles, éclaire, vivifie et console le monde, quelle aubaine pour des cerveaux barbares! L'acompte de 1 871, la première blessure faite à notre flanc, les a mis en goût. Ils ont rapporté de chez nous tant de milliards et de pendules; ils ont si bien exploité, pressuré les habitants et le sol fécond, et bien français, de notre Alsace et de notre Lorraine! Supprimer partout la langue française, — « la seule, a dit Rivarol, qui ait une probité attachée à son génie », — la proscrire, l'éconduire de l'Europe et du monde comme une parente pauvre, en faire une mendiante à peine tolérée aux portes et lui substituer l'affreux idiome germanique, la langue du mensonge, de la sottise et de la trahison, quel triomphe pour des Teutons!
Eh bien! non, vous n'aurez pas un jour de plus ! tonnerait encore Bossuet. La France est nécessaire au monde, à l'équilibre de l'Europe.
Un malaise, encore plus cruel que celui dont souffrait la civilisation depuis 1871, s'étendrait sur le globe ; la lumière ne serait plus ! Tous les peuples ont jugé et répudié les Barbares; tous les méprisent ^ L'Yser, la Marne, Verdun, la Somme, l'Aisne sont les étapes de votre défaite, les poteaux indicateurs de votre recul devant le droit, la liberté et la justice. Et les neutres, même ceux qui encaissent vos marks et vos tha- 1ers en échange de leur contrebande, les neutres, à travers l'inconscience de leur détestable besogne, gardent assez de pudeur pour vous condamner. La France et ses alliés triompheront de vous et de votre atroce Kultur. Gesta Dei per Francos. La France est le soldat de Dieu, a claironné Shakespeare. Trois choses se dressent devant vous : la personne humaine, le droit des peuples, la civilisation. La force ne prime point le droit, quoi que vous disiez et baviez par vos soudards, votre empereur et vos cuistres. Et le droit est le souverain du monde, — radieuse affirmation, inéluctable arrêt, verdict sans appel, qu'un Français, Mirabeau, a légué à l'Humanité.
L'Allemagne et l'Autriche, en déclarant cette guerre, en allumant cet incendie, — alors que tant de bons esprits, un Grey, un Goschen, un Viviani, un Jules Cambon, un Sazonoff, un Davignon, s'efforçaient de le conjurer, — ont
I. La Chambre des députés de la République chinoise a voté la rupture diplomatique avec l'Allemagne le 10 mars 1917. Le Brésil, Cuba, Panama en ont fait autant un mois après, et, par la suite, le Guatemala, la Bolivie, Haïti et la république de Liberia.
commis, en même temps qu'une lourde faute contre leur intérêt, le plus malencontreux des crimes. Us se sont attaqués aux biens essentiels de THumanité. Elles et les deux parasites, turc et bulgare, collés à leurs flancs, nourris de leur ^ desserte, mourront de ce combat inégal, car le résultat en était prévu : le monde entier se dresserait à son heure contre les Huns, et, comme toujours, à tous les grands tournants de l'histoire, aurait raison des Barbares. Quel esprit attentif pourrait en douter, quand les Etats- Unis, l'Amérique du Sud, la Chine même, rompent toutes relations avec les scélérats de Vienne et de Berlin ' ?
Le Droit de punir
La civilisation, qui a le devoir de se défendre, est incontestablement en possession du droit de châtier et de punir.
Les buts de guerre des Alliés sont connus. Ils les ont exposés, le 30 décembre 1916 et le 10 janvier 19 17, dans deux documents inoubliables^ et qui ont, surtout le dernier, la saveur, l'élégance et la clarté des chefs-d'œuvre de notre langue. Il est indéniable que le mot réparation
1 . Les Alliés comptent aussi parmi leurs amis le chef de l'Arabie, Hussein, roi de l'Hedjaz, qui lutte avec succès depuis deux ans contre les Turcs.