‹ Comment finiront Guillaume II et ses complicesChapitre 56 sur 57 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

%éponse

des (Alliés aux propositions de Vo/lllemagne,

Paris, 30 décembre 19 16.

Les gouvernements alliés de la Belgique, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Italie, du Japon, du Monténégro, du Portugal, de la Roumanie, de la Russie et de la Serbie, unis pour la défense de la liberté des peuples, et fidèles à l'engagement pris de ne pas déposer isolément les armes, ont résolu de répondre collectivement aux prétendues propositions de paix qui leur ont été adressées de la part des gouvernements ennemis par l'entremise des Etats-Unis, de l'Espagne, de la Suisse et des Pays-Bas.

Avant toute réponse, les puissances alliées tiennent à s'élever hautement contre les deux assertions essentielles de la note des puissances ennemies, qui prétend rejeter sur les Alliés la responsabilité de la guerre et qui proclame la victoire des puissances centrales.

Les Alliés ne peuvent admettre une affirmation doublement inexacte et qui suffit à frapper de stérilité toute tentative de négociation.

Les nations alliées subissent depuis trente mois une guerre qu'elles ont tout fait pour éviter. Elles ont démontré par des actes leur attachement à la paix. Cet attachement est aussi ferme aujourd'hui qu'en 1914; après la violation de ses engagements, ce n'est pas sur la parole de l'Allemagne que la paix, rompue par elle, peut être fondée.

Une suggestion sans conditions, pour l'ouverture de négociations, n'est pas une offre de paix. La prétendue proposition dépourvue de substance et de précision, mise en circulation par le gouvernement impérial, apparaît moins comme une offre de paix que comme une manœuvre de guerre.

Elle est basée sur la méconnaissance systématique du caractère de la lutte dans le passé, dans le présent et dans l'avenir.

Pour le passé, la note allemande ignore les faits, les dates, les chiffres qui établissent que la guerre a été voulue, provoquée et déclarée par l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

A la Haye, c'est le délégué allemand qui avait refusé toute proposition de désarmement.

En juillet 19 14, c'est l'Autriche-Hongrie qui, après avoir adressé à la Serbie un ultimatum sans précédent, lui a déclaré la guerre, malgré les satisfactions immédiatement obtenues.

Les Empires du Centre ont alors repoussé toutes les tentatives faites par l'Entente pour assurer à un conflit local une solution pacifique. L'offre de conférence de l'Angleterre, la proposition française de commission internationale, la demande d'arbitrage de l'empereur de Russie à l'empereur d'Allemagne, l'entente réalisée entre la Russie et l'Autriche-Hongrie la

veille du conflit, tous ces efforts ont été laissés par TAlIemagne sans réponse ou sans suite.

La Belgique a été envahie par un empire qui avait garanti sa neutralité et qui n'a pas craint de proclamer lui-même que les traités étaient « des chiffons de papier » et que « nécessité n'a pas de loi ».

Pour le présent, les prétendues offres de l'Allemagne s'appuient sur une « carte de guerre » uniquement européenne, qui n'exprime que l'apparence extérieure et passagère de la situation, non la force réelle des adversaires. Une paix conclue en partant de ces données serait à l'avantage unique des agresseurs qui, ayant cru atteindre leur but en deux mois, s'aperçoivent après deux ans qu'ils ne l'atteindront jamais.

Pour l'avenir, les ruines causées par la déclaration de guerre allemande, les attentats innombrables commis par l'Allemagne et ses alliés, contre les belligérants et contre les neutres, exigent des sanctions, des réparations et des garanties : l'Allemagne élude les unes et les autres.

En réalité, l'ouverture faite par les puissances centrales n'est qu'une tentative calculée en vue d'agir sur l'évolution de la guerre et d'imposer finalement une paix allemande.

Elle a pour objet de troubler l'opinion dans les pays alliés. Cette opinion, malgré tous les sacrifices consentis, a déjà répondu avec une fermeté admirable et dénoncé le vide de la déclaration ennemie.

Elle veut raffermir l'opinion publique de l'Allemagne et de ses alliés, si gravement éprouvés déjà par leurs pertes, usés par le resserrement économique et écrasés par l'effort suprême qui est exigé de leurs peuples.

Elle cherche à tromper, à intimider l'opinion publique des pays neutres, fixée depuis longtemps sur

GUILLAUME II ET SES COMPLICES ^fl

les responsabilités initiales, éclairée sur les responsabilités présentes, et trop clairvoyante pour favoriser les desseins de rAllcmagne en abandonnant la défense des libertés humaines.

Elle tente enfin de justifier d'avance aux yeux du monde de nouveaux crimes. : guerre sous-marine, déportations, travaux et enrôlements forcés de nationaux contre leur propre pays, violations de neutralité.

C'est en pleine conscience de la gravité, mais aussi des nécessités de l'heure, que les gouvernements alliés, étroitement unis entre eux, et en parfaite communion avec leurs peuples, se refusent à faire état d'une proposition sans sincérité et sans portée.

Ils affirment une fois de plus qu'il n'y a pas de paix possible tant que ne seront pas assurées la réparation des droits et des libertés violés, la reconnaissance du principe des nationalités et de la libre existence des petits Etats; tant que n'est pas certain un règlement de nature à supprimer définitivement les causes qui, depuis si longtemps, ont menacé les nations et à donner les seules garanties efficaces pour la sécurité du monde.

Les puissances alliées tiennent, en terminant, à exposer les considérations suivantes qui font ressortir la situation particulière où se trouve la Belgique après deux ans et demi de guerre. En vertu de traités internationaux signés par cinq grandes puissances de l'Europe, au nombre desquelles figurait l'Allemagne, la Belgique jouissait avant la guerre d'un statut spécial, qui rendait son territoire inviolable et la mettait ellemême, sous la garantie de ces puissances, à l'abri des conflits européens. La Belgique a cependant, au mépris de ces traités, subi la première l'agression de l'Allemagne. C'est pourquoi le gouvernement belge estime nécessaire de préciser le but que la Belgique

n'a jamais cessé de poursuivre, en combattant à côté des puissances de l'Entente, pour la cause du Droit et de la Justice.

La Belgique a toujours observé scrupuleusement les devoirs que lui imposait sa neutralité. Elle a pris les armes pour défendre son indépendance et sa neutralité violées par l'Allemagne et pour rester fidèle à ses obligations internationales. Le 4 août, au Reichstag, le chancelier a reconnu que cette agression constituait une injustice contraire au droit des gens, et s'est engagé, au nom de l'Allemagne, à la réparer.

Depuis deux ans et demi, cette injustice a été cruellement aggravée par des pratiques de guerre et d'occupation qui ont épuisé les ressources du pays, ruiné ses industries, dévasté ses villes et ses villages, multiplié les massacres, les exécutions et les emprisonnements. Et au moment où l'Allemagne parle au monde de paix et d'humanité, elle déporte et réduit en servitude des citoyens belges par milliers.

La Belgique, avant la guerre, n'aspirait qu'à vivre en bon accord avec tous ses voisins. Son roi et son gouvernement n'ont qu'un but : le rétablissement de la paix et du droit. Mais ils ne veulent que d'une paix qui assurerait à leur pays des réparations légitimes, des garanties et des sécurités pour l'avenir.

"Réponse des oiUiés au président Wilson.

Paris, 10 janvier 19 17.

Les gouvernements alliés ont reçu la note qui leur a été remise, le 19 décembre 1916, au nom du gouvernement des Etats-Unis. Ils l'ont étudiée avec le soin

que leur commandaient à la fois, l'exact sentiment qu'ils ont de la gravité de Theure et la sincère amitié qui les attache au peuple américain.

D'une manière générale, ils tiennent à déclarer qu'ils rendent hommage à l'élévation des sentiments dont s'inspire la note américaine, et qu'ils s'associent de tous leurs vœux au projet de création d'une ligue des nations pour assurer la paix et la justice à travers le monde. Ils reconnaissent tous les avantages que représentera pour la cause de l'humanité et de la civilisation l'institution de règlements internationaux destinés à éviter les conflits violents entre les nations, règlements qui devraient comporter les sanctions nécessaires pour en assurer l'exécution et empêcher ainsi qu'une sécurité apparente ne serve qu'à faciliter de nouvelles agressions.

Mais une discussion sur les arrangements futurs destinés à assurer une paix durable suppose d'abord un règlement satisfaisant du conflit actuel. Les Alliés éprouvent un désir aussi profond que le gouvernement des Etats-Unis de voir se terminer le plus tôt possible la guerre dont les empires centraux sont responsables, et qui inflige à l'humanité de si cruelles souffrances. Mais ils estiment qu'il est impossible, dès aujourd'hui, de réaliser une paix qui leur assure les réparations, les restitutions et les garanties auxquelles leur donne droit l'agression dont la responsabilité incombe aux puissances centrales, et dont le principe tendait à ruiner la sécurité de l'Europe ; une paix qui permette, d'autre part, d'établir sur une base solide l'avenir des nations européennes. Les nations alliées ont conscience qu'elles ne combattent pas pour des intérêts égoïstes, mais avant tout pour la sauvegarde de l'indépendance des peuples, du droit et de l'humanité.

Les Alliés se rendent pleinement compte des pertes et des souffrances que la guerre fait supporter aux

neutres comme aux belligérants, et ils les déplorent; mais ils ne s'en tiennent pas pour responsables, n'ayant en aucune façon ni voulu, ni provoqué cette guerre, et ils s'efforcent de réduire ces dommages dans toute la mesure compatible avec les exigences inexorables de leur défense contre les violences et les pièges de l'ennemi.

C'est avec satisfaction, dès lors, qu'ils prennent acte de la déclaration faite que la communication américaine n'est associée d'aucune manière, dans son origine, avec celle des puissances centrales, transmise le i8 décembre par le gouvernement de l'Union. Ils ne doutaient pas, au surplus, de la résolution de ce gouvernement d'éviter jusqu'à l'apparence d'un appui, même moral, accordé aux auteurs responsables de la guerre.

Us gouvernements alliés croiejit devoir s'élever de la manière la plus amicale, mais la plus nette, contre l'assimilation établie, dans la note américaine, entre les deux groupes de belligérants; cette assimilation, basée sur des déclarations publiques des puissances centrales, est en opposition directe avec l'évidence, tant en ce qui touche les responsabilités du passé qu'en ce qui concerne les garanties de l'avenir ; le président Wilson, en la mentionnant, n'a certainement pas entendu s'y associer.

S'il y a un fait historique établi à l'heure actuelle, c'est la volonté d'agression de l'Allemagne et de l' Autriche- Hongrie pour assurer leur hégémonie sur l'Europe et leur domination économique sur le monde. L'Allemagne a prouvé, par la déclaration de guerre, par la violation immédiate de la Belgique et du Luxembourg et par la façon dont elle a conduit la lutte, son mépris systématique de tout principe d'humanité et de respect pour les petits Etats; à mesure que le conflit a évolué, l'attitude des puissances centrales et de leurs alliés a été un continuel défi à l'humanité et à la civilisation.

GUILLAUME II ET SES COMPLICES 'Jff

Faut-il rappeler les horreurs qui ont accompagné l'invasion de la Belgique et de la Serbie, le régime atroce imposé aux pays envahis, le massacre de centaines de milliers d'Arméniens inoffensifs, les barbaries exercées contre les populations de Syrie, les raids de zeppelins sur les villes ouvertes, la destruction par les sous-marins de paquebots et de navires marchands, même sous pavillon neutre, le cruel traitement infligé aux prisonniers de guerre, les meurtres juridiques de miss Cavel et du capitaine Fryatt, la déportation et la réduction en esclavage des populations civiles, etc.? L'exécution d'une pareille série de crimes, perpétrés sans aucun souci de la réprobation universelle, explique amplement au président Wilson la protestation des Alliés.

Ils estiment que la note qu'ils ont remise aux Etats- Unis en réplique à la note allemande répond à la question posée par le gouvernement américain et constitue, suivant les propres expressions de ce dernier, « une déclaration publique quant aux conditions auxquelles la guerre pourrait être terminée ».

Le président Wilson souhaite davantage : il désire que les puissances belligérantes affirment en pleine lumière les buts qu elles se proposent en poursuivant la guerre ; les Alliés n'éprouvent aucune difficulté à répondre à cette demande. Leurs buts de guerre sont bien connus : ils ont été formulés à plusieurs reprises par les chefs de leurs divers gouvernements. Ces buts de guerre ne seront- exposés dans le détail, avec toutes les compensations et indemnités équitables pour les dommages subis, qu'à l'heure des négociations. Mais le monde civilisé sait qu'ils impliquent de toute nécessité, et en première ligne, la restauration de la Belgique^ de la Serbie et du Monténégro, et les dédommagements qui leur sont dus ; l' évacuation des territoires envahis en France, en Russie, en Roumanie, avec de justes réparations ; la réorganisation de l'Europe, ga-

rantie par m régime stable et fondée aussi bien sur le respect des nationalités et sur le droit à la pleine sécurité et à la liberté de développement économique que possèdent tous les peuples, petits et grands, que sur des conventions territoriales et des règlements internationaux propres à garantir les frontières terrestres et maritimes contre des attaques injustifiées ; la restitution des provinces ou territoires autrefois arrachés aux Alliés par la force ou contre le vœu des populations ; la libération des Italiens, des Slaves, des Roumains et des Tchéo-Slovaques de la domination étrangère ; l'affranchissement des populations soumises à la sanglante tyrannie des Turcs ; le rejet hors d'Europe de l'Empire ottoman, décidément étranger à la civilisation occidentale. Les intentions de Sa Majesté l'Empereur de Russie à l'égard de la Pologne ont été clairement indi-l quées par la proclamation qu'il vient d'adresser à ses armées.

Il va sans dire que si les Alliés veulent soustraire l'Europe aux convoitises brutales du militarisme prussien, il n'a jamais été dans leur dessein de poursuivre, comme on l'a prétendu, l'extermination des peuples allemands et leur disparition politique. Ce qu'ils veulent avant tout, c'est assurer la paix sur les principes de liberté et de justice, sur la fidélité inviolable aux obligations in-ternationales, dont n'a cessé de s'inspirer le gouvernement des Etats-Unis.

Unis dans la poursuite de ce but supérieur, les Alliés sont déterminés, chacun et solidairement, à agir de tout leur pouvoir et à consentir tous les sacrifices pour mener à une fin victorieuse un conflit dont ils sont convaincus que dépendent non seulement leur propre salut et leur prospérité, mais l'avenir de la civilisation même.

v^ore du Gouvernement belge.

Paris, 10 janvier 19 17.

Le gouvernement du Roi, qui s'est associé à la réponse remise par le président du Conseil français à l'ambassadeur des Etats-Unis, tient à rendre tout particulièrement hommage aux sentiments d'humanité qui ont dicté à M. le président des Etats-Unis l'envoi de sa note aux puissances belligérantes et il apprécie hautement l'amitié dont il se fait le bienveillant interprète à l'égard de la Belgique.

Autant que M. Woodrow Wilson, il voudrait voir la guerre actuelle prendre fin le plus tôt possible.

Mais M. le Président semble croire que les hommes d'Etat des deux camps opposés poursuivent les mêmes buts de guerre. L'exemple de la Belgique démontre malheureusement qu'il n'en est rien. La Belgique n'a jamais eu, comme les puissances centrales, des visées de conquêtes. La façon barbare dont le gouvernement allemand a traité et traite encore la nation belge ne permet pas de supposer que l'Allemagne se préoccupera de garantir dans l'avenir les droits des peuples faibles qu'elle n'a cessé de fouler aux pieds depuis que la guerre, déchaînée par elle, a commencé de désoler l'Europe.

D'un autre côté, le gouvernement du Roi enregistre avec plaisir et avec confiance l'assurance que les Etats-Unis sont impatients de coopérer aux mesures qui seront prises, après la paix, pour protéger et garantir les petites nations contre la violence et l'oppression.

Avant l'ultimatum allemand, la Belgique n'aspirait qu'à vivre en bons termes avec tous ses voisins; elle

pratiquait avec une scrupuleuse loyauté envers chacun d'eux les devoirs que lui imposait sa neutralité. Comment a-t-elle été récompensée par l'Allemagne de la confiance qu'elle lui témoignait? Du jour au lendemain, sans motif plausible, sa neutralité a été violée, son territoire envahi ; et le chancelier d'Empire, en annonçant au Reichstag cette violation du droit et des traités, a dû reconnaître l'iniquité d'un pareil acte et promettre qu'il serait réparé. Mais les Allemands, après l'occupation du territoire belge, n'ont pas observé davantage les règles du droit des gens, ni les prescriptions des conventions de la Haye. Ils ont, par des impositions aussi lourdes qu'arbitraires, tari les ressources du pays; ils ont ruiné volontairement ses industries, détruit des villes entières, mis à mort et emprisonné un nombre considérable d'habitants. Maintenant encore, tandis qu'ils font sonner bien haut leur désir de mettre fin aux horreurs de la guerre, ils s'ingénient à accroître les horreurs de l'occupation, en emmenant en servitude des travailleurs belges par milliers.

S'il est un pays qui a le droit de dire qu'il a pris, les armes pour défendre son existence, c'est assurément la Belgique. Forcée de combattre ou de se soumettre à la honte, elle désire passionnément qu'un terme soit apporté aux souffrances inouïes de sa population. Mais elle ne saurait accepter qu'une paix qui lui rende son indépendance complète, politique et économique, qui lui assure l'intégrité de son territoire et de sa colonie africaine, qui lui procure, en même temps que des réparations équitables, de sures garanties pour l'avenir.

Le peuple américain, depuis le commencement de la guerre, a témoigné au peuple belge opprimé sa sympathie la plus ardente. C'est un comité américain, la c< Commission for Relief in Belgien », qui, en union étroite avec le gouvernement du Roi et le Comité na-

tional, déploie un dévouement inlassable et une merveilleuse activité pour ravitailler la Belgique, que les Allemands laisseraient mourir de faim. Le gouvernement du Roi est heureux de saisir Toccasion d'exprimer sa profonde reconnaissance à la « Commission for Relief » ainsi qu'aux généreux Américains empressés à soulager les misères de la population belge. Enfin, nulle part plus qu'aux Etats-Unis, les rafles et les déportations de civils belges n'ont provoqué un mouvement spontané de protestation et de réprobation indignées.

Ces faits, tout à l'honneur de la nation américaine, font concevoir au gouvernement du Roi le légitime espoir qu'au règlement définitif de cette longue guerre, la voix des États-Unis s'élèvera avec force pour revendiquer en faveur de la nation belge, victime innocente des ambitions et des convoitises allemandes, le rang et la place que son passé irréprochable, la vaillance de ses soldats, sa fidélité à l'honneur et ses remarquables facultés de travail lui assignent parmi les nations civilisées.

Trorestanon du Gouvernement français contre les vols et la barbarie des cAllemands.

Paris, 24 mars 1917.

En raison des actes de barbarie et de dévastation commis par les Allemands dans les territoires français qu'ils ont évacués, le gouvernement de la République a chargé ses représentants dans les pays neutres de porter à la connaissance des ministres des affaires

étrangères de ces pays la protestation dont le texte suit :

« Le gouvernement de la République réunit en ce moment les éléments d'une protestation qu'il compte adresser aux gouverneménts neutres contre les actes de barbarie et de dévastation commis par les Allemands dans les territoires français qu'ils évacuent en se repliant.

« Dès à présent, je vous prie de faire savoir au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité que nous entendons dénoncer à l'opinion universelle les actes inqualifiables auxquels se sont livrées les autorités allemandes. Aucun motif se réclamant des nécessités militaires ne peut justifier une dévastation systématique portant sur les monuments publics, artistiques et historiques comme sur les biens privés, et accompagnée de violences contre les personnes. Des villes et des villages entiers ont été pillés, incendiés et détruits; les maisons particulières dépouillées de tout mobilier, que l'ennemi a emporté, les arbres fruitiers arrachés ou rendus inaptes à toute production future, les sources et les puits empoisonnés. Les habitants, relativement peu nombreux, qui n'ont pas été évacués en arrière, ont été laissés avec une ration de vivres minime, alors que l'ennemi s'est emparé des stocks provenant de la commission neutre de ravitaillement destinés à cette population civile.

« Vous ferez remarquer qu'il s'agit là, non pas d'actes destinés à entraver les opérations de nos armées, mais de dévastations n'ayant aucun rapport avec cet objet et ayant pour but de ruiner, pour de longues années, une des régions les plus fertiles de la France.

« Le monde civilisé ne peut que se révolter contre ces procédés d'une nation qui prétendait lui imposer sa culture, mais qui se révèle, une fois de plus, comme

toute proche encore de la barbarie, et dont l'ambition déçue traduit sa rage en foulant aux pieds les droits les plus sacrés de l'humanité. »

D'autre part, les représentants du gouvernement français à l'étranger ont reçu les instructions ci-après les invitant à protester contre le pillage des cofFresforts et les vols de titres commis par les troupes allemandes :

ce II résulte de constatations faites par nos autorités militaires dans les régions reprises à 1 ennemi, notamment à Péronne, où la succursale de la Banque de France a été pillée et des coffres-forts ont été trouvés éventrés, que de très nombreux titres ont été volés par les troupes allemandes en retraite.

« Je vous serais obligé de signaler au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité ces atteintes à la propriété privée, contre lesquelles le gouvernement de la République élève la protestation la plus énergique. Vous le prierez également de mettre en garde ses banques et ses ressortissants contre toutes opérations portant sur des valeurs qui pourraient leur être adressées par des sujets allemands directement ou par des personnes interposées, sans que des justifications d'origine et des preuves sérieuses de légitime et ancienne propriété leur soient fournies à l'égard de ces valeurs.

c< Le gouvernement français, comme ses alliés, ne reconnaîtra pas en efffet comme valables et eff'ectuées de bonne foi les opérations faites sur des titres dont les Allemands se sont emparés en violation des articles 23, 28, 46, ^3 du règlement sur les lois et coutumes de la guerre sur terre, annexé à la convention de la Haye du 18 octobre 1907.

« Alexandre Ribot. »

Trotestation du Sénat français contre les crimes allemands.

Séance du 31 mars 19 17.

Le Sénat, dénonçant au monde civilisé les actes criminels accomplis par les Allemands dans les régions de la France par eux occupées: crimes contre la propriété privée, contre les édifices publics, contre l'honneur, la liberté et la vie des personnes;

Constatant que ces actes de violence inouïe ont été perpétrés sans l'excuse d'aucune nécessité militaire et au mépris systématique de la convention internationale du 18 octobre 1907 ratifiée par les représentants de l'empire allemand ;

Voue à la malédiction universelle les auteurs de ces forfaits, dont la justice exige que soit assurée la répression (Vive approbation) ;

Salue avec respect ceux qui en ont été les victimes et auxquels la nation promet solennellement, en s'en portant caution, qu'ils en obtiendront réparation intégrale par l'ennemi (Nouvelle approbation) ;

Affirme plus que jamais la volonté de la France, soutenue par ses admirables soldats et d'accord avec les peuples alliés, de poursuivre la lutte qui lui a été imposée jusqu'à l'écrasement définitif de l'impérialisme et du militarisme allemands responsables de toutes les misères, de toutes les ruines et de tous les deuils accumulés sur le monde.

Extrait du .discçurs de cM, cAlexandre T{ibot^ président du conseil^ ministre des affaires étrangères^ à la réunion du Tarlement Interallié^ à Taris, le ^ mai ipj/-

L'entrée des Etats-Unis achève de nous donner la certitude de la victoire finale. L'Allemagne le sent et c'est pourquoi elle multiplie les tentatives et les manœuvres pour incliner partout les esprits à une paix immédiate. Certes, nous voulons la paix autant que personne; mais nous ne voulons pas d'une paix qui laisserait posés devant nous les problèmes d'où cette guerre est sortie et que cette guerre doit résoudre. Nous n'avons pas accepté stoïquement tant de sacrifices pour que nos enfants aient à recommencer demain la même lutte. Si tant de nos fils sont tombés, que ce soit pour la délivrance du monde. Ah ! certes, nous ne songeons à opprimer aucun peuple, ni aucune nationalité, même celle de nos ennemis d'aujourd'hui. Mais peut-on nous reprocher de vouloir détruire l'oppression qui a si longtemps pesé sur le monde, de vouloir des garanties, des restitutions et aussi des compensations et des châtiments pour les auteurs des crimes de droit commun qui sont la honte de la guerre >

Après la victoire, nous n'appellerons pas à notre aide la vengeance, mais seulement la justice.

Il ne faut pas, pour l'honneur de notre civilisation et pour le salut des générations futures, que certains crimes de droit commun demeurent impunis. Si vous allez demain visiter les régions qui viennent d'être aban-

données par nos ennemis, vous serez témoins des pires horreurs, de destructions systématiques qui nont pas pour excuse la nécessité militaire, qui sont de purs actes de barbarie. Vous verrez tout cela, et de retour dans vos pays, vous pourrez dire aux neutres que vous rencontrerez, à ceux qui hésitent encore, ce que vous avez vu. Ils comprendront pourquoi le monde presque entier est venu, peu à peu, à notre cause, pourquoi se fait jour un immense besoin de voir la fin d'un régime qui permet, encourage de pareilles horreurs.

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