‹ Comment il faut pleurer nos chers défunts [microforme]Chapitre 1 sur 10 · EX FOR · texte numérisé non relu

EX FOR

Ne pleurez pas ! non. Hélas ! il faut bien un peu pleurer ; car n’avonsnous pas un cœur humain et un naturel sensible ? Pourquoi non pleurer un peu sur nos trépassés, puisque l'Esprit de Dieu non-seulement nous le permet, mais nous y semond ?

Il est bien juste et raisonnable que vous pleuriez un peu ; mais un peu, en témoignage de votre sincère affection, et non pas toutefois beaucoup, comme font ceux qui, colloquant toutes leurs pensées aux moments de cette misérable vie, ne se ressouviennent pas que nous allons aussi à l'éternité, où, si nous vivons bien en ‘ce monde, nous nous réunirons à nos chers trépassés pour ne jamais les quitter, Laïissons les démesurées tristesses pour ceux qui n'ont pas de telles espérances.

Je veux donc bien que vous pleuriez, Car c’est la raison; mais je

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désire bien aussi que votis ne pletirie# pas désordonnément, et que, en cette occasion, vous témoigniez que vous ‘avez déjà tant profité en la vertu, que vous avez plus de fondement sur l’é: ternité que sur l’image de ce monde,

C'est pourquoi vous devez mitiger et adoucir, tant qu'il vous sera possible, par la raison, la douleur que 14 nature vous donne, :

Oui, vous dis-je, pleure£ un peu, cat Notre-Seigneur pleura bien un peu sur son cher Lazare; inais que ce soient des larmes d’une simple com« passion chrétienne, et d'un cœur qui comme celui de Joseph, pleure de tendreté, et non pas de fierté comme celui d’Esaü.

L'imaginaire insensibilité de ceux qui ne veulent pas souffrir qu’on soit homime, m'a toujours semblé une vraie chimère. Mais aussi, après qu’on a rendu le tribut à cette partie infé-

tieure de l'âme, il faut la rendre à ja supérieure, en laquelle sied, comm en son trône, l'esprit de la foi, qui.

doit nous consoler dans nos afilictions, et, de plus, nous consoler par nos afflictions,

Je ne m'étonne point que vous ayez été un peu étonné, et que vous n'ayez

as su sitôt retrouver votre cœur pour Lo rapporter à son Sauveur. Mais pourtant, bien que la douleur ne puisse pas être sitôt tout à fait apaisée, nous devons néanmoins l’adoucir le plus qu'il nous sera possible, par toutes sortes de bonnes et véritables considérations, pleurant un peu nos amis, par compassion et tendreté, mais avec tranquillité et sans impatiencé, et faisant valoir leur délogement pour nous préparer tout aoucement et joyeusement au nôtre, Nous avons dû savoir que nous ne Savons l'heure en laquelle quelque semblable

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événement nous arriverait par le trépas des autres, ou aux autres par le nôtre. Que si nous n’y avons pas pensé, nous devons avouer notre tort et nous en repentir, car le nom que nous portons tous de mortels nous rend inexcusables,

En somme, il faut donner passage aux afflictions dedans nos cœurs, mais il ne leur faut pas permettre d’y trop séjourner,

(Cependant), on me vient de dire que vous pleurez continuellement pour cette véritablement bien sensible séparation. Il ne faut nullement que cela soit, car, ou vous pleurez sur lui, ou pour vous; si c’est sur lui, pourquoi pleurer que (C cher défunt) est en paradis ? Que si c’est pour vous, n’y at-il point trop d'amour-propre ê Je parle avec vous ainsi franchement, d'autant qu’on jugera que vous vous aimez plus que son bonheur qui est

incomparable, Et voudriez-vous que pour vous il ne fût pas avec Celui qui nous donne la vie, le mouvement et l'être, tous tant que nous sommes ?

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