‹ Comment il faut pleurer nos chers défunts [microforme]Chapitre 2 sur 10 · PLRUREZ, MAIS NE LES PLAIGNEZ PAS : ILS SONT PLUS HEUREUX QUE VOUS · texte numérisé non relu

PLRUREZ, MAIS NE LES PLAIGNEZ PAS : ILS SONT PLUS HEUREUX QUE VOUS

Je ne sais pas comment nous pou- ‘vons, en bon jugement, estimer que notre patrie est en ce monde, dans lequel nous ne sommes que pour si peu, en comparaison du ciel, dans lequel nous devons être éternellement! À la fin de nos jours, lorsque ros yeux seront dessillés, nous verrons que cette vie ‘st si peu de chose, qu’il ne fallait pas regretter ceux qui la perdaient bientôt. La plus courte est la meilleure, pourvu qu'elle nous conduise à l'éternel.

Hélas ! oui, nous sommes misérables, de savoir par tant d'expériences

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combien cette vie est mortelle, et de nous afiliger néanmois si fort, quand, ou nous, ou°les nôtres, passons dela vie à la mort. Ce monde est si misérable que, si ce n'était notre fragilité, nous devrions plutôt louer Dieu, quand il en ôte nos amis, que de nous en fâcher. Mon Dieu, que cette vie est trompeuse! et que ses consolations sont courtes ! Elles paraissent en un moment, et un autre moment les emporte; et, n’était la sainte éternité, à laquelle toutes nos journées aboutissent, nous aurions raison de blâmer notre condition ‘humaine.

Nous avons mille peines ettravaux pour parvenir où est (celui que nous pleurons) : pourquoi serons-nous fà- Chés qu'il y soit arrivé? Pourquoi pleurerions-nous le trépas de ce (cher défunt), lequel pleurerait, s’il était en un lieu de larmes, avec beaucoup plus de raison, le retardement du

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nôtre, que nous n’avons pleuré l’avancement du sien? Nolumus vos ignorare, fratres, de dormientibus, ut non contristemini, sicut et cœteri qui spem non habent. Nous ne voulons pas ‘que vous soyez dans l'ignorance, mes frères, touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous altristiez pas, comme font tous les autres qui n'ont pas d'esperance (1). Et, en vérité, il importe peu, ou plutôt il importe beaucoup à ceux que nous chérissons, que leur séjour soit court parmi les tracas ‘t les misères de cette vie. Aussi bien faut-il que tous, les uns après les autres, nous en sortions, selon l’ordre qui est établi; et les premiers ne s’en trouvent que mieux, quand ils ont vécu avec soin de leur salut et de leur âme.

Que si notre accoutumance et nos sens amusés à voir et estimer ce monde et la vie de ce monde, nous

(1} I Ad Thessal, IV; 12.

font un peu trop ressentir ce qui nous y contrario, corrigeons souvent ce défaut par là clarté de la foi, qui nous doit faire juger trés-heureux ceux qui, -en peu de jours, ont achevé leurs voyages en ces grandes OCCASIONS.

Oh! «ai nous pouvions comprendre les vérités que nous recevons par la foi, combien nous serions aisément consolés en la mort de ceux pour lesquels nous:avons quelque devoir d’amitié ou d'honneur ! Nous nous imaginons qu'ils sont morts et en ia mort, et ile ne le sont plus; ils le farent seulement au dernier instant de cette vie mortelle. Telles pensées ne sont pas dignes de nous, si nous ne voulons être de ceux auxquels le Sage donne le nom de fous. Nous ressemblons à ceux qui vont sur mer, le long de la rade, et terre à terre :

il leur semble que les arbres les lnissent et se reculent d'eux et que le navire dans lequel ils sont portés

est immobile et ne ehange pas de place ; car il nous semble que ceux qui sont décédés de ce monde, sont toujours en la mort, et que nous sommes en [a vie; mais hélas ! que nous sommes trompés ! Ils sont en paix et au repos de la vraie et cons tante vie ; etnous sommes bien avant dans la mort, dans laquelle nous nous enfonçons de plus en plus, jusques à tant que nous l’ayons passée. .

Le mot de mort, tel qu'on nous le propose, est épouvantable, car on nous vient dire : « Votre cher père est mort,» et: « Votre fils est mort.» Ce n’est pas bien parler entre nous “aires, chrétiens; car il faudrait dire: Votre fils ou votre père s’est retiré en son pays etau vôtre, et, parc qu'il le fallait, il est passé par la mort, en laquelle il ne s’est pas arrête. ;

Ah! que nous sommes donc bien trompés, quand nous appelons morts ceux aui ont passé cette vie mortelle

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et vivants ceux qui la passentencore | Nous nommons vivants ceux qui meurent, parce qu'ils n’ont pas achevé c:

mourir; et ceux qui ont achevé de mourir, nous les appelons morts!

Nous imitons. les peintres, qui ne savent représenter les anges qu'avec des corps, parce que jamais ils ne furent vus autrement; car ainsi nous ‘'nommons les défunts morts, parce que nous ne les avons jamais vus sinon en la mort de cette vie ou en la vie de cette mort. Mais si nous les voyions maintenant qu’ils sont délivrés, mon.

Dieu ! que nous serions honteux de les voir appelés morts ! et que nous serions en peine de trouver de belles paroles pour exprimer l'excellence de la vie en laquelle ils sont arrivés!

Ainsi, notre langue française ne les appelle pas morts, mais trepassés, pour nous faire entendre que la mort n'estqu'un passage d’une vie à l'autre, etque mourir n'est autre chose qu'ou-

tre-passer les confins de cette vie mortelle, pour aller à l’immortelle.

Notre cher défant n’est donc pas mort, il est seulement trépussé. Que si nous n'avions la vue si débile, nous le vgerrions bien loin audelà de la mort, en ce jardin céleste où il jouit des consolations éternelles,

Le Roi Céleste ayant, en effet, mené l'âme qu'il aime, jusques à la fin de cette vie, il l’assiste encore en son bienheureux trépas, par lequel il la tire au lit nuptial de la gloire éternelle, qui est le fruit délicieux de la sainte persévérance. Et alors, cette âme, toute ravie d'amour pour son Bien-aimé, se représentant la multitude des faveurs et des secours dont 1 l'a prévenue et assistée tandis u’elle était en son pèlerinage, elle aise nécessairement cette douce ain secourable, qui l’a conduite, irée et portée en chemin, et confesse ue c’est de ce divin Sauveur qu’elle

tient tout son bonheur, puisqu'il a fait pour elle tout ce que le grand patriarche Jacob souhaitait pour son voyage, lorsqu'il eut vu l'échelle du ciel : O Seigneur ! dit-elle, alors, vous avez été avec moi et m'avez gardée en la voie par laquelle je suis venue : vous m'avez donné le pain de vos sacrements pour ma nourriture ; vous m'avez revêtue de la robe nuptiale de la charité, vous m'avez heureusement amenée en un séjorr de gloire, qui est votre maison, Ô mon Père éternel ! Hé ! que reste-il, Seigneur, sinon que je proteste que vous êtes mon Dieu dans les siècles des siècles ! Amen.”

Mon Dieu, que pourriez-vous dire de cette indicible félicité, qui est éternelle, sans fin, invariable, constante, permanents et, pour dire comme les anciens Français, sempiternelle ?

Le mot de béatitude ou félicité fait

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