‹ Comment j'ai parcouru l'Indo-ChineChapitre 1 sur 47 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Comment l'auteur des récits qu'on va lire « a parcouru l'Indo-Chine », je n'essaierai pas de le dire, puisque c'est l'objet de son livre, et moins encore de le « résumer », parce que je ne voudrais priver personne du plaisir que j'ai trouvé moi-même à le lire tout entier. Mais, si peut-être Mme Isabelle Massieu, qui est femme de sens, d'esprit et de goût, n'avait pas assez dit quelles qualités de vaillance et de bonne humeur, de sang-froid, de décision et de réel courage il lui a fallu pour mener à son terme la tâche qu'elle s'était assignée, je puis sans doute le dire, l'en féliciter avant le lecteur; et, si je ne commençais par le faire, quelle raison aurais-je en vérité d'écrire ces quelques mots de Préface? » Ce qu'une femme seule peut entreprendre est à la portée de tous, » écrit Mme Massieu dans son Avant-propos. Elle me permettra de ne pas être tout à fait de son avis, et, sans vouloir exagérer

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les « dangers » qu'elle a courus, ou les « privations » qu'elle a dû supporter, je connais bien des femmes, et des hommes aussi, qui sont assurément tout prêts à parcourir l' Indo-Chine, mais qui n'en seront pas moins fort aises que Mme Massieu l'ait explorée d'abord, en leur place, et d'une manière à les en dispenser.

C'est qu'en effet, quand ilsauraient le courage, ou le loisir, d'en risquer l'aventure, ils se douteront promptement, à la lecture de ces récits, qu'il y faut encore des grâces d'état, et que, ce qu'ils rencontreraient de pittoresque ou d'intéressant sur la route, ni probablement ils ne le saisiraient avec la rapidité de coup d'œil de Mme Massieu, ni sans doute ils ne le rendraient avec la même justesse de trait, ni surtout, en essayant de le retracer, ils n'y répandraient le même agrément. Combien y a-t-il d'yeux qui semblent faits « pour ne rien voir » ? Combien qui ne voient qu'un seul aspect des choses? Et combien le seul qui s'accommode à leur « manière de voir »? On ne saurait mieux voir que Mme Massieu, plus nettement, ni mieux rendre ce que l'on a vu, plus fidèlement, plus discrètement, sans nulle préoccupation de « couleur locale » ou d' « orientalisme » , et sans autre souci que de « faire vrai » .

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Les lecteurs de nos jours, un peu fatigués d' « exotisme » , n'en trouveront clans les descriptions de Aime Massieu que tout juste ce qu'il en faut quand on revient de Bangkok ou de Luang-Prabang. Ils apprécieront ce mérite; et s'ils pensent avec nous que de « Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome », et même en Indo- Chine, ce qu'il y a de plus intéressant pour l'homme, c'est toujours l'homme, ils lui sauront gré d'avoir été généralement plus curieuse des mœurs que du pavsage, d'ethnographie que de botanique, et plus attentive à s'informer pour nous instruire, qu'à faire des effets d' « écriture » pour nous émerveiller.

Car, nous savons bien qu'un nègre ne ressemble pas à un autre nègre, ni un Annamite à un autre Annamite ; mais par quels traits il en diffère, c'est ce que nous savons moins bien! Nous nous faisons de l'homme jaune une psychologie: « globale », si j'ose ainsi parler, et nous confondons volontiers Li-Hung-Chang et le maréchal Sou; Norodom, le roi du Cambodge, et le roi de Siam, Chulalongkhorn. Nous apprendrons à les distinguer dans les récits de Mme Massieu. Comme rien, au cours de son voyage, ne l'a elle-même plus intéressée ni plus amusée que la diversité des phvsionomies, des costumes et des

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