‹ Comment j'ai parcouru l'Indo-ChineChapitre 2 sur 47 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

coutumes, il n'y a donc rien aussi qu'elle ait noté plus soigneusement. Il faut nous faire à cette idée que les Laotiens ne sont pas des Birmans, et que les Mans ne sont pas des Nungs. Il se pourrait aussi que les S/iaus ne fussent pas des Thos, et, — puisque je crois qu'on l'ignore généralement en France, et peut-être même au ministère des colonies, — on aura donc plaisir à s'en convaincre, et profit, en lisant ce qu'en dit Mme Massieu. Usages et croyances, mœurs et superstitions, vices et vertus, qualités ou défauts, il m'a semblé que son observation toujours en éveil excellait à préciser ces différences de races. Elles sont plus profondes qu'on ne se l'imagine, à la distance où nous sommes du Tonkin. Ai-je besoin de dire après cela l'intérêt que nous avons à les connaître? Nous comptons maintenant en Indo-Chine 12 ou 15 millions de sujets ; nous leur devons quelque chose en échange de ce que nous leur avons pris; et comment le leur donnerons-nous, si nous ne commençons par les étudier? On en trouvera les moyens dans le livre de Mme Massieu; et ce serait beaucoup si, comme je l'espère, elle réussissait sur ce point à troubler un peu la sérénité de notre indifférence.

On aimera encore dans ce volume la manière

PRÉFACE v

à la fois très naturelle et très habile dont l'auteur entremêle à*ses descriptions de mœurs, si précises et si vivantes, l'histoire si mal connue de ces civilisations lointaines. Quelles « tragédies » n'en eussent pas autrefois tirées l'auteur de l'Orphelin de la Chine ou celui de la Veuve du Malabar! quels « opéras » l'auteur, — et les décorateurs — du Roi de Lahore! Mais, en attendant que l'on mette en musique l'aventure de la princesse qui mourut d'avoir aimé le bonze, ou que l'on transporte au théâtre les scènes d'amour et de carnage dont le palais de Mandalay fut témoin, au temps du roi Theebaw, qui vit encore, et de la reine Supuyalat, les brefs et saisissants récits que nous en donne Mme Massieu n'animent pas seulement son texte, ils l'éclairent; ils « l'illustrent ». Ils nous donnent ce que l'on appelle la sensation de la chose vécue. Si c'est l'une des plus rares que nous procurent les récits de voyages, on l'éprouvera plus d'une fois à la lecture de ce livre.

J'ajouterai qu'il joint « l'utile à l'agréable »; et, qu'avec beaucoup de plaisir, nous en pouvons tirer plus d'une leçon. Mme Massieu se pose quelquefois des questions singulières, et par exemple, tandis que 650 fonctionnaires anglais gouvernent 11 millions de Birmans, elle se demande

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