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LA VILLE DE MANDALAY

statue qui désigne du doigt l'emplacement où le roi reçut du ciel l'ordre de construire son palais. Une autre statue, placée un peu plus loin, regarde l'est. Elle désignait, croyait-on, le côté par lequel le dernier roi devait, tôt ou tard, s'enfuir pour échapper aux Anglais. Tout autour de la ville royale, aujourd'hui appelée Fort-Dufferin, s'étend maintenant, au milieu d'un monde de pagodes et de riches monastères bouddhi-

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ques, une ville qui compte 200,000 habitants. Auprès de la «Pagode Incomparable» selève, au centre d'une vaste enceinte, une haute pagode, toute blanche, entourée de sept cent vingt pagodes, blanches aussi, et toutes pareilles entre elles, qui abritent chacune une table de marbre de im,20 de hauteur, sur laquelle est gravée en lettres profondes une partie du «Pittagat» : c'est le nom de l'Ecriture bouddhique. Ces pagodes, alignées dans leur quadrilatère, constituent le livre sacré, le «Wini», le livre de la loi birmane.

Les Anglais reconnaissaient à Myndoon des qualités remarquables. Un de nos compatriotes, qui a eu l'honneur d'être son ami et qui a été accueilli par lui avec une faveur exceptionnelle, me racontait que ce roi était un esprit très élevé, un cœur chaud et enthousiaste. Ils avaient ensemble de longues conversations; et tandis qu'on s'alarmait, les croyant occupés de politique, Myndoon se plaisait à discuter philosophie et religion. Nos idées et nos croyances chrétiennes répondaient à beaucoup de ses aspirations. Pour lui les questions de l'au-delà et du revoir des êtres aimés ne trouvaient pas leur solution dans le bouddhisme. La série des transmigrations de l'âme dans toutes sortes d'animaux plus ou moins nobles, avant de parvenir au plus haut degré de perfection et au Nirvana, ne répondait pas du tout aux idées de raison et de justice que concevait ce grand esprit. Il avait perdu une femme qu'il avait beaucoup aimée et dont il se plaisait à parler. Contrairement à l'usage en honneur chez les princes, il n'avait pas consenti à la laisser brûler et l'avait fait enterrer.

Myndoon avait succombé subitement à des intrigues

de palais qui placèrent sur le trône de Mandalay un roi faible et incapable, du nom de Theebaw. Or, le 28 novembre 1885, une centaine de soldats anglais, menés par quelques officiers, surprenaient le roi Theebaw, entouré de ses femmes et de sa cour, respirant l'air du soir, avant le crépuscule, sous la véranda du petit chalet que j'ai vu dans le parc. Le lendemain, le dernier roi de Birmanie ne s'enfuyait pas vers l'est, comme les augures l'avaient annoncé, mais, sous bonne escorte, il descendait pour toujours l'Irrawaddi, pour s'en aller vivre dans la solitude de Ratnagherry, près de Bombay.

On ne voit que glaces et dorures dans tous ces palais de l'ancienne dynastie, convertis aujourd'hui en église protestante, club anglais et offices divers. La chambre, toute en mosaïques de glace, de la reine Supuyalat, belle et féroce, la femme de Theebaw, le roi détrôné, sert de salle à manger au club. Et que de scènes terribles, grand Dieu ! ont vues tous ces brillants lambris : scènes d'amour, de jalousie, de férocité, de massacres incessants qui ont précédé l'annexion anglaise ! Une main sanglante de femme n'a-t-elle pas laissé sur une porte son empreinte tragique comme un document pour l'histoire?

Dans les palais d'or et de glace de la superbe ville de bois fondée par le roi Myndoon, ce roi Theebaw qui a perdu le royaume, ce faible qui obéissait à la cruelle Supuyalat, possédait cent reines, sans compter les concubines ! Et ce nombreux harem ne lui était guère que spectacle : pour un regard de lui, une femme devait disparaître. «Qu'elle ne reparaisse plus devant moi ! » disait Supuyalat, et elle ne reparaissait jamais.

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Comme au Siam, l'usage et le devoir obligeaient les rois à épouser leurs demi-sœurs, à l'exception de la sœur aînée, qui, seule, n'était pas épousée. Theebaw a

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