‹ Comment j'ai parcouru l'Indo-ChineChapitre 22 sur 47 · GROUPE DE CHIN'S · texte numérisé non relu

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chaque village, à la tête d'une école. Sous les rois, non seulement tous les garçons, obligés d'être poonghees, recevaient une instruction qu'on n'avait pas partout, il y a quarante ans, dans nos campagnes de France, mais, ce qui est encore plus extraordinaire, dans chaque village, les filles elles-mêmes recevaient, d'un vieil

instituteur, une certaine instruction primaire. J'ai constaté par moi-même* que toutes ces marchandes de légumes et autres objets qui remontent avec moi l'Irrawaddi sur les grands bateaux-bazar, et qui pour la plupart ont été élevées sous les rois , savaient lire et écrire et faire leurs comptes. Et je les ai vues toutes, avec admiration, faire leurs calculs, à l'aide de leur crayon blanc , sur leur livre de carton noir monté en accordéon.

Les Anglais, en Haute-Birmanie, n'ont encore fait que peu de chose pour l'instruction publique, surtout en ce qui regarde les filles, dont s'occupe seule la mission catholique.

Les Birmans excellent à travailler l'argent et à sculpter le bois; leurs travaux sont renommés. Depuis les grands bateaux birmans, aux hautes poupes rivées de toute la hauteur d'un étage, entre leurs mon-

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tants renversés, richement sculptés, jusqu'à la décoration de tous les toits, souvent au nombre de sept dans les pagodes et les monastères, jusqu'aux porches des temples ornés de superbes baldaquins, tous les bois sont fouillés avec une délicatesse et une patience extrêmes. Les figures ne manquent ni de finesse, ni d'intelligence, ni d'esprit amusant. On voit des personnages, des cavaliers, des chars attelés de bœufs dans des reliefs extraordinaires, qui se détachent sous des feuillages finement ajourés. Tous leurs Bouddhas de marbre, d'albâtre ou de bois doré laissent bien loin derrière eux les Bouddhas vulgaires et sans expression du Siam et de Bangkok.

La Birmane est jolie, généralement élancée, souple, élégante, toujours vêtue de soie; car il n'est si pauvre, homme ou femme, qui n'ait eu au moins un costume de soie dans sa vie. Elle s'enveloppe dans une pièce de soie, légèrement croisée par devant et traînant à terre. Un vague corsage blanc, ou à dessins de couleur, couvre le buste, avec beaucoup de colliers. Elle a toujours des fleurs sur la tête et des bijoux sur le côté de son épais chignon haut monté. Elle se couvre la ligure d'une poudre jaune (i), faite d'une écorce broyée, qu'il faut écraser et réduire pendant des heures; on la mêle dans l'huile, et cette couleur dorée lui sert de fard. Elle fume de gros cigares, longs de 23 centimètres sur 2 centimètres et demi de diamètre, faits de tabac et de sciure de bois mélangés. On dit ces cigares assez doux, mais ils sont d'une odeur déplaisante.

(1) Curcuma.

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