CONCLUSION J
la vallée du Ménam sont originaires du Fo-Kien et pourraient alors devenir ses ressortissants directs. Or, il est inutile d'insister davantage pour faire comprendre de quelle gravité exceptionnelle serait pour notre colonie indo-chinoise l'intervention dans les affaires siamoises du jeune, ardent et ambitieux empire du Chrysanthème d'or.
La solution de la question du Siam, conformément à nos intérêts, s'est à diverses reprises trouvée dans nos mains et nous l'avons laissée échapper. Au lendemain du coup de force de l'amiral Humann, lorsque nous étions les maîtres de Bangkok, notre politique a eu un moment d'hésitation, et la situation privilégiée que nous avaient conquise nos marins a été comme annihilée par la déplorable convention de 1896. Depuis lors, quelques tentatives ont été faites pour réparer le mal et recouvrer notre influence. L'heure n'est peut-être pas venue d'y insister. D'autres occasions, au surplus, peuvent se présenter. Ce qui importe, c'est que notre diplomatie redouble de vigilance, qu'elle soit sans cesse en éveil, qu'elle sache préparer sans défaillance l'acte décisif.
Quant à la politique d'expansion française en Chine, c'est presque un lieu commun de dire que notre Indo- Chine est la base indispensable de toute action en ce sens. Les faits qui depuis près d'un an se sont accomplis dans le Céleste-Empire en ont apporté la preuve évidente. Notre sphère d'influence borde les frontières du Tonkin, elle englobe le Yunnan, les deux Kouang, le Kouei-théou et jusqu'au populeux Sé-tchouen, la province la plus riche, dont nos ports seront les débouchés les plus directs et les plus avantageux quand
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le chemin de fer unira Tchoung-King à la baie d'Along, ce qui doit être le but de tous nos efforts. Notre politique de pénétration dans cette Chine méridionale qui serait notre part d'héritage, si l'hypothèse (non désirable) d'un partage de la Chine entre les puissances européennes devenait une réalité, a dans le Tonkin son véritable point d'appui. Nos rivaux eux-mêmes le reconnaissent, et ajoutent que c'est pour nous une situation absolument privilégiée.
Ce sont là des vérités bonnes à proclamer. Aussi bien est-il consolant de constater la vitalité de nos œuvres coloniales. On ne saurait trop le répéter, ne fût-ce que pour convaincre nos compatriotes, que notre empire colonial n'est pas un luxe vain et coûteux, qu'il est devenu un des éléments vitaux de notre grandeur nationale et que tous, dans la mesure de nos moyens, nous devons nous y intéresser et contribuer à accroître sa prospérité, soit par nos capitaux, soit par notre activité personnelle. Notre race n'a perdu aucune des qualités d'expansion qui l'avaient placée à la tête de l'Europe par ses établissements d'outre-mer, au seizième et au dix-septième siècle. Ce que nous avons accompli en Afrique et en Asie depuis près de vingt ans en est la preuve définitive et réconfortante. Notre renaissance coloniale au dix-neuvième siècle est une des belles pages de notre histoire. Elle peut et doit adoucir l'amertume et la tristesse de nos désastres, puisqu'elle prouve que nous sommes demeurés les dignes fils des Champlain et des Dupleix.