UNIVERSEL
Le Courrier français parle dans le même sens ; il s'indigne de l'extrême humilité et de l'ignominieuse couardise de nos Ministres.
COURRIER FRANÇAIS (15 novembre) : - On accepte l'arrêt de l'Étranger dans les termes mêmes dont il a plu à l'Étranger de se servir. Notre Gouvernement fait amende honorable à l'Europe avec l'humilité d'un coupable qui s'estime heureux qu'on ne lui inflige pas une plus douce correction. C'est l'esprit de 1815 qui
souffle sur nous Quelle situation que celle du Ministère!
Attendre de la générosité des Puissances des concessions qui mettent le Gouvernement à flot dans les Chambres , et ne recevoir que des affronts que l'on est obligé d'atténuer ensuite dans les Journaux officiels, quand on ne peut pas les dissimuler tout-à-fait! dépendre de l'Étranger et laisser voir que l'on dépend de lui ! se défendre des inspirations courageuses que donne le sentiment national, comme d'une complicité avec le désordre! comprimer au-dedans l'énergie des esprits, quand on n'a pas encore la paix, même une paix honteuse au-dehors ! faire de la critique aux dépens de ses prédécesseurs, de la presse, de tout le monde, quand il faudrait agir sans délai ! craindre le succès de nos alliés comme un revers et souhaiter celui de nos ennemis! voilà le bilan du Ministère.
LE SIÈCLE (t3 novembre) envisage sous le même point de vue la note Palmerston. Son article à ce sujet peut se résumer ainsi : Les quatre Puissances ont bien pu s'approprier les dépouilles de l'empire Ottoman sans qu'il fût permis à la France d'y trouver à redire; mais aujourd'hui elles lui signifient, en la désignant sous le nom Puissance étrangère, qu'elle n'a aucun droit de contrôler
l'exercice discrétionnaire de la souveraineté du Sultan
Mais enfin, s'écrie le Siècle, notre Gouvernement aura t-il la paix après l'avoir achetée si cher ? — Non , encore une fois : les Étrangers l'ont vu prosterné devant eux, et il leur a pris fantaisie de lui passer sur le corps, il le souffrira !
Aussi le Siècle s'écrie comme nous : Patriotes, rougissez et pleurez!
Le SIECLE du lendemain ajoute : C'est tout au plus si on lui accordera une trêve pour prendre de nouvelles mesures d'agression pour attendre que, déjà Uolé au milieu de l'Europe , il le soit encore au milieu de nous. Il ne sait pas se faire respecter ; et il voudrait, lui , dont l'existence seule est une provocation coûtante à l'ébranlement des trônes absolus, il voudrait pouvoir compter sur les ménagements de ses ennemis !
N'y a-t-il donc plus un seul Pouvoir qui représente la perpétuité du Pays? Invoque-t-on le gouvernement parlementaire? mais la Chambre a consacré par ses votes la politique égyptienne. Invoque-t-on ce qu'on appelle le gouvernement personnel ? Mais alors le Ministère, pour l'honneur de ce gouvernement , doit maintenir
les engagements du passé Méhémet pourra dire , avec raison ,
que l'alliance de la France lui a fait plus de mal que les quatre Puissances coalisées contre lui; car ses ennemis lui donnaient plus, et son alliée l'aura condamné à prendre moins. La Chambre voudra-t-elle jamais qu'il puisse être dit dans le monde : l'amitié de la fcrance est un fléau !
Ainsi , cette Note fait frémir d'indignation les Journaux les plus modérés. Et voyez quel chemin leur fait faire le péril de la Patrie ; la Réforme / la Réforme / c'est aujourd'hui leur cri comme celui du National. Et pour celui-ci la Note de Palmerston , c]est une menace contre Alger.
LE NATIONAL (42 novembre).... Si la Chambre avait le moindre sentiment de dignité, elle se souviendrait des engagements qu elle a pris devant le monde ! S'il est reconnu dans le droit public européen que les Puissances ont le droit de résoudre comme il leur plait les questions qui s'agitent dans l'intérieur d'un empire il 11 y a plus ni paix , ni sécurité, ni indépendance pour cet élat! Pourquoi ne dirait-on pas demain que les agitations de l'Espaene peuvent troubler le repos de l'Europe? Et si le Sultan, voulant avoir 1 iniégnié de son empire, réclamait, en vertu du même Traité de juillet, l'intervention des alliés pour recouvrer Alger, qu'aurionsnous à répondre? Est-ce que le droit reconnu contre le Pacha n existe pas contre nous ? Est-ce que ce qui a été résolu en Syrie ou en Egypte n'est pas un précédent pour l'Algérie?... Qu'est-ce donc, ce traite de Brunow, sinon le droit monstrueux de la force? sinon la restauration de l'ancien principe de la Sainte-Alliance? L'intervention , c'est aujourd'hui l'invasion en Syrie, demain en Egypte , plus tard en Algérie! ,F
Mais le Journal de la Cour trouve dans la Note un motif d'accusation contre M. Thiers :
LA PRESSE (15 novembre)... Eh bien ! qu'a fait M. Thiers? au heu de parler aux Puissances le langage au-devant duquel semblaient venir leurs propres actes, il s'est mis à argumenter des Traites de 4815, du respect religieux de la Krariee pour ces Traités, de la nécessité de maintenir l'équilibre qu'ils avaient établi dans le
monde. Les Traités de 48 15!.... Mais ignorez-vous donc qu'ils ont été faits sous l'empire de ces principes absolus de légitimité qui repoussent comme une usurj.alion tout pouvoir qui a la prétention de ne relever que de lui-même, et qui ne s'appuie que sur le succès matériel? Ignorez-vous qu'ils ont été conçus dans une pensée de haine et d'abaissement à l'égard de la France? Quoi! pour donner du relief à notre influence , pour protéger un état de création révolutionnaire , ce sont les Traités de 4815 que vous invoquez! Les Traités de 481 o sont l'antipode de ces deux idées. Dans le système de ces Traités, Méhémet n'est plus qu'un rebelle, et la France, en le soutenant , ne peut qu'eueoui ir les vieilles préventions dont , une fois déjà , elle a eu à subir l'ardente hostilité. Il est incroyable que M. Thiers n'ait pas eompris tout ce qu'il y avait de monstrueusement absurde dans celle invocation des Traités de 4845... Lord l\ilmerston répond aujourd'hui à M. Thiers : « Votre condamna- » lion sort de votre propre bouche. Tous vos arguments servent » merveilleusement la cause que vous attaquez, et, pour avoir rai-
» son contre vous, nous n'en chercherons pas d'autre. » N'y
a-t-il pas quelque chose de honteux à professer aussi tout haut son respect rcUyicii.v pour les monuments de notre défaite et de nos désastres? Ces tristes et ignominieux Traités tombaient de toutes parts et sous les coups de tout le monde. La Russie les foulait aux pieds en Pologne ; la Prusse et l'Autriche à Cracovie ; l'Angleterre, par la consacration du royaume de Belgique; la France , par la conquête d'Alger. Ce n'était plus qu'un vieil édifice lézardé et craquant dans ses fondements ; et voilà que M. Thiers s'éprend tout-à-coup d'un ardent amour pour les Traités de 1815 , et dans la ferveur de son culte , va jusqu'à les implorer à contre-sens !
Ainsi Im Presse elle-même fait un crime au Gouvernement de ratiiier les, Traités de 1815 ï — Le Siècle va plus loin. La Note est, pour lui, une menace contre l'Alsace et la Loraine.
LE SIECLE (16 novembre)... Les cours d'Allemagne ont fait savoir à M. Guizot, par leurs journaux, qu'il fallait qu'il abandonnât les Notes diplomatiques de l'ancien Ministère , aussi bien que tout le reste, qu'il cessât de singer le langage de M. Thiers, tout en le condamnant , qu'il prit enfin l'attitude modeste, résignée , qui convenait au rôle dont il était chargé — Ce n'était pas assez clair apparemment ; lord Palmerston , dans un document officiel , qui a reçu, dit-on, l'assentiment de9 trois cours, vient de signifier à notie Cabinet que la Noie du 8 octobre est regardée comme une plaisanterie; que le Sultan décidera, dans sa suprême sagesse, s'il doit faire grâce au Yice-Koi soumis et repentant , ou le
IHinir de sa rébellion; mais que la France, dans aucun cas , n'a e droit de contrôler l'exercice discrétionnaire de la souveraineté du radisch;di placé sous l'auguste tutelle de l'Angleterre et de la
Russie Mais le Moniteur se charge de nous apprendre que
lorsque le Minisire anglais meta néant toutes les déclarations de la France, et parle avec dérision du cas de guerre qu'elle a posé, il se livre à une pure discussion de principes, sans application
probable aux événements. L'espoir du Ministre , c'est que la dis cussion de principes qui achève de mettre la France hors des événements ne changera rien « au conseil donné par l'Angleterre d la Porte pour le retrait de la déchéance , si le Pacha accepte les conditions qu'on lui a proposées. »... Mais ce sont des conditions pires que le Traité lui-même? Certainement : mais il faut bien qu'un châtiment soit infligé au Vice-Roi pour en avoir appelé à la protection de la France; il faut bien que tous les princes et tous les peuples soient avertis du sort qui les attend, lorsqu'ils auront le
malheur de se confier à nous Allons ! Gloire à l'Angleterre !
Vive le Traité du 15 juillet! Gloire à M. Guizot et à ses collègues , ces anges de paix! Puisse leur administration être assez bénie du ciel pour que l'Etranger , après nous avoir ravi l'honneur, ne nous redemande pas bientôt, comme un gage de soumission , V Alsace ou la Lorraine.
Le Constitutionnel accuse le Gouvernement de trahir la confiance des Peuples , et de compromettre la France en violant ses engagements.
CONSTITUTIONNEL (47noyemb.): — «Que le Pacha
cède sur-le-champ, et il aura l'Egypte héréditaire , dit lord Palmerston. » Depuis la déchéance , les alliés n'ont jamais tenu un autre lcngage ; le cabinet du 20 octobre n'a donc fait qu'emporter d'assaut une place livrée L'envoi de deux agents, l'un
a Constantinople, l'autre à Alexandrie, c'est pour prêter l'appui de la France à l'Ultimatum de la coalition A quel gouvernement nos alliés ont ils à faire? un changement de ministère suffit-il pour annuler tous les engagements antérieurs ? Qui voudra traiter avec la France?
Les Débats parlent encore de Guerre , mais en commençant par enchaîner la Démocratie.
DEBATS (47 novemb ) : — Aujourd'hui que la guerre
serait faite par un gouvernement régulier , et non par une insurrection et un comité de salut public, le gouvernement n'est pas
pressé de faire la paix à tout prix les trois mois qui viennent
cle s'écouler sont comme non avenus, quant aux fanfaronnades des journaux et quant à l'agitation des carrefours ; ils ne comptent que pour les armements qui sont faits et que nous maintenons , et pour la déclaration du 8 octobre que nous continuerons à présenter comme notre ultimatum. — Les Débals disent en outre que toutes les lenteurs sont favorables à la France, et que si depuis trois mois la coalition a eu le beau rôle, c'est maintenant le
tour de la France.
JVIais le Capitole dénoncé* et stigmatise le Ministère de l'Etranger.
CAPITOLE (47 novemb.) : — ...... Evidemment le ministère
prend pour de la résignation et du calme le profond sentiment
d'élonnemenl et de douleur silencieuse qu'a produit sur l'esprit public le sanglant outrage imprimé à l'honneur français dans le dernier Mémorandum Palmerslon. En présence de cet excès d'audace d'une part, ei de servilité de l'autre, la conscience nationale est restée frappée d'éiounemrnt ; elle se replie sur elle-même pour savoir si c'est bien à elle que s'adressent les insolents sarcasmes
du cabinet Britannique ! Evidemment le cabinet de l'étranger
médite un double attentat contre le> libertés de la France à l'intérieur , et contre son indépendance à l'extérieur Dans le ministère du 29 octobre, nous trouvons partout des hommes et des actes dont la France eût frémi, même en 1815. En première ligne se présente M Guizot, nourri dans l'habitude des complots , dans l'étude du machiavélisme anglais, et que les journaux de Londres saluent déjà comme l'auxiliaire le plus utile de leur politique, l'homme aux Cours prévotales, aux proscriptions, aux catégories , dont le nom fait tressaillir dans leurs tombeaux les ombres de cent victimes. Que peut-il rester pour la France dans un coeur ainsi partagé entre le délire du pouvoir et l'amour de l'étranger? Que diront les collègues dr H. Guizot? la faiblesse forme le fond du caractère de l'un, la violence est le caractère de l'autre; la servitude domine celui-ci , l'hypocrisie est la devise de celui-là; la soif du pouvoir, la haine de la liberté, sont les traits distinctifs de tous. Il faut nécessairement du despotisme à" ces gens-là ; au dehors , au-dedans, les circonstances sont graves; cependant une généreuse émulation , une résistance légale, mais énergique et constante,
Îieuvent facilement conjurer la tempête. Que le pays le veuille , et a corruption viendra bientôt se briser contre la réprobation nationale. Mais qu'on y son^e bien , dans la crise actuelle, l'inaction, la torpeur, compromettraient à jamais l'avenir de la patrie ; elles seraient la mort.
Cependant voyons la force de la France et les Dangers de ses ennnemis I Ecoutons le Capiiole .*
C \PITOLE, (2 août) : — La France de 1840 n'est pas plus divisée que la France de 05, et la France de 95 marcha comme un seul homme partout où il plut à PEurope de lui donner rendez- • vous. Les rois ont trop tardé: les vengeurs de Waterloo ont eu le temps de grandir. Est-ce l'Angleterre qui aura cru pouvoir nous humilier impunément ? Au fond des montagnes de l'Ecosse, sur tous les points de l'Irlande, nous avons des auxiliaires plus impatients que nous de réduire le léopard à se réfugier dans sa tanière. Est-ce la Prusse qui aura cru devoir nous forcer à lui faire amende honorable d'Iéna et de Friedland? Que demain notre étendard se déploie au bord du Rhin, et demain la Prusse ne sera plus que le vieil électoral de brandebourg. Est-ce la Russie qui croira devoir compter pour rien La volonté de la^rance ? Ses provinces du Midi n 'ont-elles pas h lui demander compte d'une longue oppression? La Pologne n'a pas été envoyée tout entière dans les mines de Sybérie. Est-ce l'Autriche qui nous méconnaîtra au point d'attendre que nous reculions devant elle? Nous savons quels sont les griefs
de la Lombardie et des Provinces Vénitiennes; nous connaissons les espérances de laGallicie, de la Transylvanie et du royaume de Hongrie. La France est plus qu'une grande ration, la France est un grand Principe; la France est plus que trente-trois millions d'hommes, la France est cent millions d'hommes. La France, c'est le monde de la vérité ligué contre le monde de Terreur; le inonde de la liberté armé contre le mon le de l'esclavage. La France, c'est le drapeau que les peuples cherchent et demandent;
c'est le torrent du Progrès social et politique Ce ne sont
pas seulement les Irlandais, les Italiens, les Hongrois, les Polonais qui nous invoquent ; l'Allemagne presque tout entière nous attend pour se proclamer la Germanie , et se débarrasser des petits despotes qui la déshonorent
Et voyons les menaces que la France peut renvoyer à ses ennemis ! écoutons encore le C apitoie :
CAPITOLE f 10 août ) . . . . Pour notre part , nous le disons d'avance, nous ngirderions comme traître, comme auxiliaire de l'étranger, comme se plaçant par là même hors la loi, quiconque prétexterait Tinté. êt de son parti pour chercher à ralentir l'élan national... Quant a nos moyens d'action extérieurs , à notre propagande insurrectionnelle, il suffit, pour en apprécier toute la portée et toute l'efficacité, de s'arrêter aux combinaisons suivantes que nous énonçons sommairement :
4° Contre l'Angleterre.— Insurrection de l'Irlande et reconnaissance de son indépendance.— Appel à 1,'indépendance de l'Ecosse.
— Réaction sociale en Angleterre. — Émancipation du Canada. — Reconnaissance d<* Méhémct-Ali comme souverain de l'empire ottoman. — Méhémet-Ali; alliance médiate avec la Perse, et diversion contre, TIndoustan anglais. — Alliance offensive et défensive avec les Etais-Unis, auxquels nous céderions un de nos ports de l'Algérie. —Alliance de même nature avec la Hollande, à (iui nous garantirions la mise en possession du Hanovre et la restitution de TiledeCeylan et du cap de Bonne-Espérance. — Pareil le alliance avec ie Portugal , en nous engageant à ne conclure la paix avec l'Angleterre qu'après qu'elle lui aurait restitué ses possessions de la côte du Malabar. — Même alliance avec I Espagne, à condition de la remettre en possession de Gibraltar.—- Lettres de marque délivrées à tous les armateurs , etc , etc.
2" Contre ta Rustie. — Insurrection de la Pologne et de la Lithuanie. — Diversion pour les Circassiens et les autres peuples de la région caucasienne. — Appel à l'indépendance des provinces danubiennes et de celles du Dniépcr. — Alliance offensive et défensive avec la Suède , à condition que nous ne ferions la paix qu'après que la Russie lui aurait restitué la Finlande.
3° Contre l'Autriche. — Appel à l'indépendance de la Gallicie.
— Insurrection du royaume Lombard Vénitien, de PHlyrie, de la Dalmalie, de la Transylvanie, de la Moldavie et de la Valachie. ■— Reconnaissance de l'indépendance de la Hongrie, à qui on accorderait toutes les provinces septentrionales de la Turquie d'Europe,
celle du midi devant être donnée à la Grèce. — Insurrection de Tîialie.
4° Contre la Prusse. — Insurrection des provinces rhénanes et du grand -duché de Posen. — Alliance avec la Saxe; restitution des provinces que la Prusse a usurpées sur elle. — Alliance avec le Danèmarck aux mêmes conditions. — Reconnaissance de l'indépendance du canton suisse de Neufchàtel. — Alliance ou neutralité de la Suisse. — LeCapitole ajoute : EhJ quelles ne seront pas les espérances de la France si elle sait conquérir la sympathie des peuples ! Nationalité ! liberté! avec ces deux puissants leviers, n'y a-Ml pas de quoi révolutionner le monde !
Mais, suivant les Débats, c'est pour sa Liberté, c'est par Prudence, que la France recule et attend.
Débats (18 novembre): — Le Journal des Débats se réjouit de voir disparaître l'idée d'une Guerre Révolutionnaire. Ceux qui auraient pu compter sur la furie française , s'écrie-t-il , seront déjoués dans leurs calculs; nous demeurerons juges du camp, libres de choisir notre moment et notre rôle , un grand rôle, celui de Médiateurs nécessaires, Nous avons su vaincre, d'une manière éclatante, sur vingt champs de bataille 1 , aujourd'hui nous prouverons à l'Europe que nous savons attendre. Avec 500,04)0 hommes, nous n'avons pas besoin de nous presser, et le concours des deux Chambres ne manquera pas à cette politique prudente et forte qui nous réserve dans un avenir prochain l'arbitrage de la paix et de la Guerre. C'est la Politique de la Chambre des Pairs;'nous avons lieu dé croire que ce sera aussi la Politique de la Chambre des Députés Nous avons joui pendant trois mois du Pouvoir absolu,
dit-il ironiquement ; un Ministère effrayant s'était investi d'une sorte de Dictature et nous avait ramené la Révolution et l'Anarchie
Mais , après avoir reproché au Journal des Débats son audacieuse et ignoble effronterie , ainsi que ses plates et serviles fanfaronnades, et ses inconcevables palinodies, le Siècle ajoute :
Siècle (18 novembre) : — Mais cela est absurde, et
vous-même ne le croyez pas! quelle est donc la nouvelle comédie que vous allez jouer? qui cherchez-vous à tromper en ce moment? le Pays? vous n'y réussirez pas. La Chambre ? cela est inutile. L'Étranger? Prenez garde au ridicule ! N'en avez-vous pas déjà recueilli asstz? N'est-ce pas une chose assez odieuse d'entendre le Journal des Débats fulminer , chaque matin , une sorte d'anathème contre les journaux qui ont parlé comme lui? Jamais en France , sous aucun régime , jamais chez aucun peuple , il ne s'est passé rien de plus honteux que ce brusque revirement dont nous avons été les témoins. Par respect pour le Pays, nous vous en supplions, ne recommencez pas à donner un pareil scandale! Il
vaut mieux l'humiliation franchement acceptée. Si le péril n'en vient pag moins, et même s'il s'accroît, comme nous le pensons , c'est à d'autres que vous qu'il faudra recourir pour le conjurer.
Et pendant que la France recule et attend, la Coalition arme et avance.
Courrier Français (43 novembre): — La Gazette de Leipsick, d'après une lettre de Berlin , du 5 novembre , rapporte ce qui suit: « Les hommes composant les réserves de guerre ont reçu l'ordre de se tenir prêts à se rendre sous les Drapeaux; en un mot , on fait des préparatifs tels que l'on n'en avait pas vu de semblables depuis le commencement de la première période décennale.»— D'un autre côté on lit dans la Gazette de Mayence , sous la date de Wurbourg (5 novembre) : — « Les semestriers viennent d'être rappelés à notre division. Cette mesure a produit une sensation profonde, parce que beaucoup de jeunes gens s'étaient livrés aux travaux delà paix ;elle s'applique même aux Séminaristes. Il n'y h plus moyen d'obtenir un remplaçant. Les 5' et 4 e divisions de l'armée bavaroise ont reçu, dit-on , l'ordre de se mettre en -marche »
Enfin , on écrty de Hanovre à la Gazette de Leipsick : — « Le roi a, dit-on, donné ordre au Ministère de la guerre de porter TOUTE l'armée sur le pied de Guerre Déjà le Médecin en chef de l'armée a été chargé d'organiser le service médical, comme si l'armée devait se mettre immédiatement en marche. Le Courrier ajoute : Le Roi de Saxe vient de prohiber l'exportation des chevaux.
Et chaque jour les Journaux de la Coalition répètent les Menaces contre la France en annonçant tous les armements de l'Aristocratie européenne.
Aussi r suivant le Commerce des 15 et 16 novembre, un général aurait dit : <r Si nous ne faisons pas la guerre , le plus grand sujyplice aujourd'hui serait de traverser l'Allemagne en uniforme français!» Et un député du parti conservateur n'aurait pu s'empêcher de s'écrier : « Nous sommes dans la boue jusqu'aux épaules! »
Cependant la Pairie répond à la Couronne :
ADRESSE DE LA CHAMBRE DES PAIRS. - (Projet.— Séance du il novembre. } — L'adresse parle de l'attentat Darmès , de la naissance du duc de Chartres , nouveau gage de sécurité , ditelle, pour l'avenir de nos institutions, de la richesse publique, des travaux pacifiques, du traité de juillet. La dignité d'une nation , dit la Chambre des Pairs , c'est sa vie ; la dignité de la France est chère au cœur de son roi; les Français sont prêts à tous les sacrifices plutôt que de consentir à l'abaissement de leur patrie. — La noble Chambre craint et déplore que l'anarchie puisse triompher en Es-
pagne. — Elle félicite le roi de sa vigilance à l'égard de la république Argentine, de nos succès en Afrique, et des périls qu'ont daigné partager deux de ses fils. - Elle parle aussi de la tentative insensée de Boulogne , et de l'audace incorrigible des passions anarohiques. — La Chambre termine en rappelant au gouvernement que les rois ne doivent ja mais sommeiller.
Et le Ministère répond à la Pairie :
DISCOURS DE M GUIZOT (18 novembre).— Les armements ont été ordonnés pour surveiller un avenir obscur et inquiétant... La dissidenee (entre la France et l'Angleterre) a éclaté sur les bases de la transaetion nouvellequ'il fallait imposer au sultan et imposer au pacha. Je sais que c'est une faute grave des deux partis d'avoir sacrifié la grande politique à la petite politique, l'intérêt supérieur à l'intérêt inférieur. Or, la grande politique, c'est le maintien de la paiœpartout, toujours... La politique de la paix est la plus haute, la plus morale , la plus catholique ! Pour le bonheur de notre pays, il faut substituer au règne de la force le règne du droit , il faut la maintenir, il faut la défendre, avec les armes de Yintelligence, sans le secours de la force matérielle... La grande raison pour persévérer dans cette politique, c'est que les hommes ne veulent plus retomber sous I empire de la violence... — L' Angleterre concédait au pacha l'hérédité de l'Egypte, et en viager le pachalic d'Acie. Les propositions offertes, et alors refusées par notre gouvernement, seraient acceptées aujourd'hui avec joie, si l'état des choses le permettait. La tentative d'arrangement direct entre le sultan et le pacha avait donné de l'humeur aux puissances ; nous voulions, disaiton, nous ménager un succès isolé. J'ai dit partout, officiellement et dans les relations particulières, que cela était faux; mais on ne m'a pas cru. La conclusion à quatre fut terminée rapidement; le traité du 15 juillet fut conelu à l'indu de la France. Oui, pendant huit ou dix jours la France avait été laissée à l'écart.
Ainsi , le fait est officiellement avoué ; le Traité du 15 a été signé brusquement , sans que la France ait été définitivement requise de signer. N'est-ce pas là une déclaration de Guerre ? — Mais le Commerce répond à M. Guizot :
COMMERCE (19 novembre) : M. G' izot a surpassé tous ses hauts faits de 1815 , toute sa gloire du Moniteur de (îand , toutes ses palinodies précédentes, toute l'anti-nationalilé de son présent et de son passé. Il faut frémir pour notre indépendance; il faut se voiler la têie, et désespérer de l'honneur et du salut de notre pays, s'il peut subir, sans une éclatante indignation, les humilités effrayantes , les dégradantes déclarations que la Sainte- Alliance lui impose par la bouche de notre ministre des affaires étrangères. Si un pareil discours passait sans protestation et sans flétrissure , oui, l'Europe alors aurait le droit de nous écraser de son mépris, de nous regarder comme sa proie. Et si l'on veut que nous disions franchement toute notre pensée sur le discours de M. Guizot, il a, autant qu'il était en lui , ouvert à l'étranger les portes de la France.
Il ne faut que bien peu de mots pour le prouver. M. Guizot a obéi complètement aux injonctions du Journal de Francfort. Ce journal, au nom des puissances, lui avait prescrit de proclamer sans réserve la paix quand même : M. Guizot l'a proclamée. Voici la formule de M. Guizot, telle que l'a relevée M. de Moutalembert : La paix partout, la paix toujours! En vain a-t-il voulu, plus tard , atténuer la portée de ces terribles, nous devrions peut-être dire de ces infâmes paroles, la pensée s'était révélée ; et M. Guizot , d'ailleurs, n'a fait que l'adoucir, sans la changer. La paix partout, c'est-àdire la paix en Syrie , en Egypte , en Orient, quels que soient les événements qui s'y déclarent, quel que soit le sort réservé au pacha, quels que soient le caprice, l'orgueil , l'ambition de l'Angleterre. La paix toujours, c'est-à-dire toujours la France à la suite des puissances et sous le joug des traités de tHIS ; toujours la France subissant son isolement . menacée dans ses sympathies , laissant humilier ou détruire ses alliances. La paix toujours, c'està-dire la France sacrifiée. Et M. Guizot ne se donne pas la peine de le cacher; car, dit-il , en présence des dangers nui nous environnent, de l'humiliation et des alarmes du pays « la paix vaut tout les sacrifices qu'on lui a déjà faits. «
M Guizot n'a donc pas reculé. C'est le programme de la paix quand même, de la paix humble, patiente, résignée . préparée indéfiniment aux mauvais procédés, aux mangues d'égards , aux conclusions à quatre, quand le gouvernement français forme le cinquième délibérant: c'est, enfin, la paix catholique , ( le mot est encore de M. Guizot) c'est-à-dire la paix des soufflets et du pardon des injures, qu'un homme déjà souillé par une trahison contre son pays vient proposer à celte France tout élevée aux grandes scènes militaires de la Révolution et de l'Empire, à cette terre qui va se féconder tout à l'heure des cendres de Sainte-Hélène. Qu on nous pardonne notre indignation , car, quelque véhémente qu'elle pût être, elle n'exprimerait pas encore le sentiment de consternation et de frayeur que nous ressentons en nous ; car ce discours est, comme Ta fort bien dit M. de Monlalembert, l'appel des étrangers à la curée de tous les intérêts de la France. La paix partout, la paix toujours! Que pouvons-nous avoir désormais à refuser aux menaces ou aux armées de l'Europe, avec l'aveu officiel d'une semblable politique? Comment l'étranger pourrait-il tenir compte de nos sentiments, de notre honneur, de nos sympathies, de nos principes? Comment même consentirait-il aux plus légères transactions? Quelle sera la limite de ses exigences, devant une diplomatie qui lui crie partout: La paix partout, la paix toujours!
Nous le déclarons, en face d'un tel oubli de tous les devoirs d'un ministre et de sa situation . nous ne connaissons plus qu'un rôle possible à la Chambre des députés , c'est celui de renverser le ministère dans l'Adresse, par une manifestation imposante. Il ne s'agit plus de la guerre ou de la paix ; il ne s'agit plus de la Syrie , ni de l'Egypte, ni deConstantinopie, il s'agit de notre indépendance, de notre avenir; il s'agit de nous-mêmes. Si la politique désastreuse de M Guizot peut être, nous ne disons pas adoptée, mais tolérée, nous nous effaçons de nos mains du rang des nations, nous nous déclarons prêts à toutes les concessions, à tous les sacrifices , à toutes les pusillanimités, pourvu qu'elles nous soient
demandées par la bouche d'un canon. Devant un fait aussi gra?e
aussi exorbitant, aussi funeste, il n'y a plus de partis , il n'y a plus de citoyens, il n'y a plus qu'une société frappée dans les éléments de son action et de son existence. Le discours de M. Guizot, ce n'est pas la paix après le déshonneur , c'est la guerre après la honte, c'est le délaissement complet de toute liberté, de toute volonté , soit intérieure, soit extérieure , de la part de la France; c'est un hommage lige envers l'Europe, c'est un acte de vassalité.
Quant à nous , nous le déclarons du plus profond de notre conscience , nous cherchons en vain , dans notre mémoire , les actes des ministres les plus pusillanimes ou les plus perlides qui aient jamais perdu ou trahi une nation ; et pous ne trouvons rien de semblable à l'excès d'avilissement, à l'audace de bassesse déployée aujourd hui par M. Guizot à la tribune des Pairs.
À cette vigoureuse apostrophe, M. Guizot a l'étonnant courage de répondre par la voix|d'un huissier qui somme le Commerce f etc. f au nom des lois de septembre , de rectifier son article d'après le texte du Moniteur , qui , au lieu de « la Paix partout, la Paix toujours , » fait dire à l'orateur : la Paix partout , toujours. Ce n'est donc que la répétition du mot Paix que M- Guizot reproche au Commerce : « Notre formule , dit-il , est générale, et s'adresse à l'Europe. » Le Commerce répond : « D'abord le Moniteur est souvent, notoirement, officiellement infidèle ; en second lieu, ce n'est pas à l'Europe que parlait le Ministre , mais à la Chambre des Pairs. « M. Guizot, s'écrie-t-il, ment maintenant à ses paroles,
il se ment à lui-même , il ment à la conscience publique Quoi l
c'est M. Guizot qui parle de Morale et de Philosophie, lui qui a toujours couvert son ambition et ses palinodies des mots sacrés par lesquels Tartuffe protégeait ses passions et sa cupidité !
Pour nous , nous répondrons aussi à l'irrévocable mot : La Paix partout, la Paix toujours : Oui , si l'Europe le dit avec vous. Mais quand l'Europe veut la Guerre et vous fait la Guerre, vous vous obstinez à la Paix, comme si ce n'était pas la Lâcheté d'un esclave qui se laisse tuer sans se défendre! comme si l'axiome de politique le plus incontestable légué par la sagesse de l'Antiquité n'était pas : Si vous voulez la Paix , préparez la Guerre {si vis pacem , para bellum ) / Comment, d'ailleurs, M. Guizot peut-il avoir la prétention de donner aujourd'hui à l'Europe des conseils de Paix, quand il avoue que la Conférence de Londres ne l'a pas cru! quand les cendres de Beyrouth sont encore fumantes ! quand notre drapeau tricolore n'y flotte plus que déchiré par une bombe anglaise î quand les vaisseaux de la Coalition bloquent Alexandrie : quand l'Europe entière accélère ses armements contre la France î quand les Journaux de l'Aristocratie européenne menacent insolemment la Nationalité française!... M. Guizot ne s'efface pas , dit-il , lui qui n'a pas honte de se retrancher derrière cette prétendue Philosophie CafAo-
lique , prêchant la Paix, l'humilité, l'abnégation de soi-, môme, et disant: « Si Ton vous donne un soufflet sur la » joue gauche, tendez la joue droite ; si Ton vous prend » votre manteau, donnez encore votre tunique; si Ton vous » chasse d'une ville , fuyez dans une autre. » Ministre de la France, vous lui conseillez donc de se mettre humblement à genoux devant l'Étranger I de ne venger un premier outrage qu'en en sollicitant un autre ! de livrer à la Coalition notre colonie d'Alger, après lui avoir sacrifié notre allié d'Egypte ! et de fuir derrière la Loire aussitôt que l'ennemi paraîtra sur le Rhin ! ! !
Nous terminerons nos citations par un article d'un journal qui, sous des formes légères , railleuses et burlesques, montre souvent des vues profondes et dignes d'un homme d'État qui voudrait mettre le doigt sur la plaie.
CHARIVARI (18 novembre) : — Tout pour l'Étranger et pat l'Étranger ( nouvelle devise nationale ). — Magnanimes coalisés , je vous implore aujourd'hui , moi , votre enfant , votre ami t votre protégé, votre serviteur, moi, le Juste-Milieu, que vous avez créé, soutenu, maintenu en France, dans la pensée qu'il y ferait admirablement les commissions de la Sainte-Alliance, qu'il pourchasserait en perfection les libertés , et qu'à lui seul if vaudrait plus pour votre repos qu'une invasion armée de quinze cent mille Mougicks.
Le Ministère du 29 octobre qui se glorifie, du litre de Ministère de l'Étranger , ose également faire un appel à votre miséricorde. De profundis clamavi. ... ,
plongés notre zèle et notre amour pour vous.
Voici notre cas , magnanimes coalisés : lorsque nous sommes entrés au pouvoir enseignes (cosaques) déployées, nous avons annoncé hautement que nous étions décidés à vivre en paix à tout prix avec la Coalition, à avaler le Traité jusqu'à la lie, en un mot, a replacer la France au rang qui lui appartient enEurope, à la queue de la Principauté de Monaco.
Nous ajoutions qu'il pourrait bien en rejaillir un énorme supplément de honte et d'humiliation pour le Juste Milieu, mais que du moins les nuages menaçants amoncelés à l'horizon depuis le 45 juillet disparaîtraient complètement, que vous daigneriez oublier et pardonner les offenses que vous nous auriez faites, et qu'une fois que nous vous aurions tout accordé, vous auriez la magnanimité de ne plus rien nous demander. Le 29 octobre s'était posé comme le Messager de Paix, échappé de l'Arche coalisée , un rameau d'olivier à son bec, et annonçant la fin du nouveau déluge d'avanies, de notes Palmerston, de provocations, de bombardements, de pirateries , etc.; notre Guizot-Safran avait pris le rôle de la blanche colombe de l'arche. C'est pour cela que nous
élions proclamés ministère de réconciliation avec l'Étranger.
Hélas ! puissants coalisés , vous avez fait mentir notre programme
vous du fond du pétrin où nous ont
ministériel comme un
ions, nos
protestations, nos supplications, notre soumission sur toute la ligne de la question d'Orient, n'ont pu vous attendrir et vous désarmer. Vous avez continué vos procédés rébarbatifs et vos notes Palmerston. Vous nous avez fait de la réconciliation à coups de pied , à coups de poing. Aïe ! aïe ! ! ! Au lieu de nous tendre la main, vous
ne nous avez tendu que la botte Puissants coalisés, ce n*est
point une plainte, un reproche que nous vous adressons ici, à Guizot ne plaise! Si vous nous avez traités ainsi, nous, vos (idoles serviteurs et ministres, c'est que probablement ça vous faisait plaisir; vous en aviez le droit, que votre volonté soit faite a Constanlinople comme à Paris, sur les côtes de Syrie comme au bas des nôtres! Aussi , sublime Sainte-Alliance , nous ne t'en voulons pas de la persistance <le tes mauvais procédés à notre égard. Nous venons le supplier de vouloir bien les suspendre ; mais c'est dans ton intérêt plus que dans le nôtre En effet, ô très généreux coalisés, nous sommes placés en ce moment dans une situation critique, il faut que nous traversions la discussion de l'adresse ; or, avec la continuation de vos menaces, de vos armements, de vos notes Palmerston, cela nous sera excessivement diflicile. Pour faire avaler à des marmois récalcitrants une médecine amère, on enduit de miel les bords du vase ; comment voulez-vous que nous réussissions à faire avaler le Traité du 15 juillet aux Français avec un enduit de vinaigre des quatre coalisés? — De grâce donc, Messeigneurs. un peu de miel pour la circonstance seulement ; mes bonnes âmes charitables de la coalition , une pauvre petite note tant soit peu aimable pour l'amour de la paix à tout prix, s'il vous plaît! Encore une fois, c'e>t dans votre intérêt aussi bien que dans le nôtre que nous vous adressons celle humble prière. Autrement nous ne pourrions plus continuer à vous servir ; les concessions que nous vous avons faiies entraîneraient notre cliuie; nous aurions reculé pour mieux sauter. Ne ferez-vous pas quelque petite chose pour nous, qui avons tant fait pour vous? un bout de note
3ui ne soit qu'aigre doux , quelques lignes de Mémorandum à emi farouche , ou un conclusum ne contenant qu'une douzaine d'impertinences, c'est tout ce qu'il nous faudra pour faire sonner la haute estime dont nous jouissons auprès de vous, et pout em-
f>orier l'Adresse. Après cela, ô nos maîtres coalisés, vous seriez ibres de nous traiter de nouveau à la façon kalmouque, et même de nous faire payer les iniéréts de cet instant de magnanimité. Soyez tranquilles, vous nous retrouverez prêts à recevoir tout ce que vous voudrez bien nous adresser. Nos bas d'échiné ne regimberont pas et nos joues seront toujours à votre disposition. Vous pourrez vous livrer, pour rattraper le temps perdu, à un redoublement de provocations.de menaces, d'insultes, de soufflets, de coups de bottes; en un mot à ce que nous appelons dépures discussions de principes. Tout ce que nous vous demandons, c'est de nous accorder une trêve de l'Adresse, c'est d'avoir pour un instant pitié de nous ; cela ne tirera pas à conséquence. Comme dit la chanson : La pitié n'est pas de l'amour.
Hé bien , au milieu de tous ces ignobles débats, la France est-elle assez malheureuse, assez mal gouvernée, assez jetée dans le chaos des palinodies , des apostasies , des bascules î
Que de principes , que de systèmes contradictoires proclamés, alternativement triomphants et proscrilsï Quand a-ton moins vu une immuable pensée gouvernementale, à moins que l'immuable pensée consiste à tout changer sans cesse! On proclame le principe de non-intervention , puis le principe d'intervention ; le gouvernement personnel , puis le parlementaire , puis le personnel; le système de paix , puis de guerre , puis de paix } de douceur envers lÉtranger , d'impitoyable rigueur envers les citoyens. Doctrinaires, Juste-milieu , Tiers-Parti , Centre-Gauche , sont appelés , chassés, rappelés ; MM. Guizot, Soult, Thiers, paraissent alternativement au haut et en bas de la bascule , tantôt invoqués comme de grands hommes , des hommes de génie , presque des Dieux, et tantôt bafoués , vilipendés , traités de brouillons et d'anarchistes ! Et ce sont les Ministres qui s'injurient, s'outragent et se traînent mutuellement dans la boue par la main de leurs amis ! Et vingt Ministères se succèdent ainsi , avec des interrègnes ministériels plus ou moins longs! Et point d'administration! Tout languit! Les Gouvernants ne pensent qu'à se défendre eux-mêmes contre leurs compétiteurs et leurs ennemis ! Et ce que bâtit un Ministère est démuli par son successeur, qui ne construit à son tour que pour voir ses constructions renversées par un troisième ou par le premier ! Et le budget est gaspillé, épuisé, dévoré, par d'énormes dépenses inutiles ! Et de scandaleuses fortunes se gagnent ou se volent à la Bourse ! Et les intérêts du Commerce et de l'Industrie sont sacriliés ! Et point de sécurité , point de garantie, point d'avenir pour personne ! Et la misère, aggravée par des fléaux qu'aucune vigilance ne sait prévoir ni prévenir, fait d'effrayants progrès qui poussent les masses au désespoir ! Et, à l'extérieur, la loyauté française est deshonorée parla violation des engagements ou des conseils du Gouvernement envers le Pacha, connue précédemment envers l'Espagne, la Belgique, l'Italie, la Pologne ! Et l'honneur français est flétri partout ! Et l'indépendance , le salut môme de la France sont compromis par l'incapacité , l'inhabileté, la légèreté , l'incurie, les fautes (pour ne rien dire de plus) de Ministres , toujours quittes pour se retirer gros et gras, riant et se frottant Jes mains , sans pitié pour cette malheureuse Nation qu'ils ont amenée dans un abîme I Et quand un Peuple désespéré gémit, se plaint ou murmure, ce sont des sabres et des baïonnettes , des fusils et des canons, des prisons et des échafauds que la coalition excite Jes Ministres à montrer pour guérir les plaies qu'ils ont faites à la Patrie! Malheureuse France! malheureuse Humanité...!!!
CABET