‹ Comment je suis communisteChapitre 26 sur 27 · SQ · texte numérisé non relu

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croie aujourd'hui autorisé à lui jeter la provocation et \* outrage. Mieux vaudrait pour elle une guerre aussi longue, autant de coalitions à vaincre, tous les désastres de <8J5 fondant à la fois sur son territoire, que si de son propre consentement sa voix cet ait d'être comptée dans le conseil des nations.

SIECLE (1 er août) : — Quand il y aurait eu , dans fa

forme du traité, pour le représentant de la France, tous les égards dont on a manqué , les faits au fond en seraient ils moins gra ves ? n'est-ce pas d'une question européenne qu'il s'agit ; et la prétention de l'Angleterre et de la Russie n'est-elle pas de la résoudre de concert avec la Prusse et l'Autriche sans le concours du Gouvernement français?— C'est là, qu'on le sache bien, ce que nous ne souffrirons jamais. Cette prétention vise directement à faire déchoir la France du rang qu'elle occupe, et cela de son consentement propre. Mieux vaut cent fois pour elle, nous le répéterons aussi souvent qu'il le faudra, soutenir vingt ans de guerre contre les Coalitions renaissantes de l'Europe; car entin, vaincue, terrassée, elle serait encore honorée paimi h s peuples, et respectée de ses ennemis ; mais si cite se dégradait de ses propres mains ; si elle se pliait à ce r le passif et inerte que la nouvelle Sainte- Alliance ose lui assigner ; si elle n'intervenait que par de stériles doléances dans les affaires du monde; elle n'en serait pas plus puissante apparemment; et que deviendrait alors cette couronne de gloire qu'elle a si noblement portée à travers les vieux âges de la monarchie, comme à l'époque héroïque de la Révolution et de l'Empire ?

l Le Siècle (c'est-à-dire M. Thiert) crie donc la guerre ! la guerre !

Les protestations de lord Palmerslon envers la France ne le désarmeront pas.

SIECLE (10 aeût) : — En réponse au discours de lord Palmerston, le Siècle dit : « Du reste, nous le répétons, lesplus belles protestations du monde n'effacent pas ['offense : les faits restent. Des menaces ont été dirigées contre notre allié. Et nous irions nous jeter en aveugle au-devant de cette alliance anglaise faussée et rompue ! Non, il ne sera pas dit que les représentants des quatre Puissances, au sortir de leurs conciliabules clandestins, se riront de notre crédulité. Nous garderons, au fond de notre cœur, notre blessure ; et nous crierons à la France de se tenir prête, se liant à son

épie plutôt qu'à la foi douteuse des amis dont elle a éprouvé l'inconstance.

Ainsi, la guerre, toujours la guerre î — C'est encore le cri du Capit oie et de la Gazette :

CAPITOLE (27 juillet) : — Pour éloigner la guerre, alors

même qu'elle est indispensable à l'honneur, les partisans de la paix à tout prix ont voulu présenter su rupture comme le signal de la ruine pour la richesse nationale. C'est un mensonge. La guerre

déplace les intérêts plutôt qu'elle ne les détruit La guerredoit

être évitée: la sagesse le veut ; mais on doit la provoquer quand 1rs paix sont factices, c'est-à-dire quand personne n'ajoute foi à leur durée. Cet état n'est-il pas celui delà France et de l'Europe de 4840 ?

GAZE1TE (28 juillet ) : - C'est un fait de la plus haute

gravité qne l'acte des quatre Puissances contre le pacha d'Egypte On peut dire qu'en ce moment une Coalition est formée contre la France, et que l'Europe commence la guerre à M. Thiers, comme en 1813 et en 4815 elle fit la guerre à Bonaparte. Seulement, nous allons avoir une lutte politique au lieu d'une Coalition armée : et la France va se trouver de nouveau mise au ban de F£tirope !

NATIONAL (28 juillet ): — Oseriez-vous, seulement pendant vingt-quatre heures, dégarnir Paris? et quand vous êtes aussi tremblants pour votre existence , vous osez parler de guerre ! Non , non ! vous ne la ferez pas ; vous ferez des démonstrations pour l'éviter; vous vous servirez encore de ces vibrations de l'indignation publique pour faire reculer la Prusse et l'Autriche ; vous pousserez par l'intrigue au renversement de lord Palmerston ; vous resterez dans la diplomatie ; vous ne toucherez pas à l'épée de la France. Mais la France vous connaît désormais; elle sait qu'avec vous elle est exposée à tous les outrages, et elle ne veut pas être outragée. Elle sait par son histoire ce dont elle est capable quand elle s'appartient ; mais elle sait aussi que vous êtes le plus grand obstacle aux élans de son courage et à l'émancipation de ses enfants. Les conditions de la guerre, d'une guerre inévitable, nous les connaissons tous, et vous aussi, peut-être <. C'est pour cela qu'il vous est défendu de la tenter.

Nous n'examinons pas si ce langage est adroit et politique ; mais les faits en prouvent la vérité, comme de ce qui suit ; et quelle accusation I

NATIONAL ( 31 juillet) : Si la Prusse et l'Autriche fie

ratifient pas le traité , elles feront leurs conditions; elles exigeront dë la France de nouvelles garanties de sagesse; elles exigeront du Gouvernement de nouvelles preuves d'amitié. Ces preuves , elles seront faites au détriment de la Révolution. Au bout du traité Braîibw, il n'y a pas seulement la chute du ministère Thiers : il y a de plus Un cabinet conservateur , violent peut-être, réactionnaire assurément Ce tt'est pas la guerre entre les Monarchies qu'on inédite; c'est la guerre des Monarchies contre la Révolution qu'on Veut reprendre et recontinuer.

Ecoutez encore des cris de guerre!

CONSTITUTIONNEL (18 août) : - Y a-t-il une Puissance

au monde qui soit en état d'empêcher Méhémet de franchir le Taurus? Or, la marche de Méhémet amène l'intervention Russe. Nous ne savons trop où les Anglais pourront prendre pied; mais l'occupation de Constantinople par les Russes, une tentative des Anglais en Egypte ou en Syrie, est-ce l'intégrité de l'Empire turc? C'est le feu mis à toute l'Europe. Eh bien ! Méhémet est en quelque sorte placé sur le baril de poudre qui peut tout embraser. Qu'on le pousse jï bout, et il est homme à s'ensevelir sous des ruines qui n'écraseront pas que lui.

CONSTITUTIONNEL (19 aoûi) : — Les f ournaux étrangers auxo^fêts bous répondons connaissent bien mal l'état de l'opinion publique en France, s'ils se figurent que la modération de notre pays est de la faiblesse, et qu'il supporterait des indignités pont éviter fa ttoerf*. SUr quoi donc jugent-ils la France ? est-ce par hasard sur les alarmes de la Bourse? qu'ils ne s'y trompent pas, les eceurS français ne s'effraient pas si vite que les capitaux. . . . L'intention du Gouvertiémefit n'est point de s'en tenir anx moyens comminatoires , ni de chercher une formule pour capituler. La guerre générale est une calamité pour tout le monde; mais la France ia. -craint moins que personne-, elle ne menace pas, elle

n'injurie pas ; efte tmpose son droit et arme !

CONSTITUTIONNEL (28 août) : — . . Dans tous les cas»

si les Puissances ont devancé l'époque pour ainsi dire légale de

l'exécution, elles n'auront pas devancé, nous en avons Ja confiance, les mesures de précaution que le Gouvernement avait a prendre pour toutes les éventualités.

COURRIER FRANÇAIS (21 août) : — Le Roi et les

Minisires seraient indignes de la haute position que le suffrage pu* blic leur a confiée, s'ils pouvaient hésiter un seul instant à s'associer aux sentiments qui éclatent partout autour d'eux. Les armements de la France sont autre chose que des phrases , et le Pouvoir qui préside à nos relations internationales sait bien que l'on attend de lui qu'il périsse plutôt que de se rendre ou de s'humilier »

DÉRATS (21 août) : — Mais noos n'hésitons pas à le

dire : dans la chaleur avec laquelle le pays tout entier s'est prononcé d'une seule voix contre ce traité, dans la commotion subite et extraordinaire que les masses elles-mêmes en ont ressenti, il y a eu autre ehose que le sentiment des dangers éloignés que notre influence pouvait courir sur les bords du Nil ou à Constanlinople, Ce qui a frappé tous les yeux, ce n'est pas même l'éventualité d'un partage de l'Orient, résultat possible et condition secrète peut être 4*u traité de Londres ; c'est sur te Rhin que l'attention publique s'est immédiatement reportée. Oui , dans cette subite défection de l'Angleterre, dans cette alliance imprévue du seul pays sur lequel nous croyions pouvoir compter avec les Puissa nces du Nord , à tort ou à raison, la France a vu le germe d'une nouvelle coalition^ elle a pensé qu'on en voulait à sa grandeur, a sa liberté, à sa Rérolutim. Elle a senti que, pour prix de sa modération, on ne lui jetait pas sans dessein une insulte, un défi, et qu'en l'isolant pour ■ainsi dire dans le monde, c'était elle qu'on commençait par bloquer, ses principes, ses institutions, son esprit démocratique et son gouvernement national. Elle s'est dit que le traité de Londres, en détachant tout-à-coup l'Angleterre de notre alliance, anéantissait en quelque sorte les dix années de paix dues à notre sagesse, et nous rejetait au lendemain de la Révolution de juillet. Elle a cru comprendre que le mauvais vouloir des Puissances , plutôt com,primé qu'éteint, saisissait cette occasion d'éclater. Sans s'occuper des termes et de la forme extérieure du traité , c'est son sens intime , sa signification mystérieuse , qu'on a cherché à pénétrer. Tous les prétextes ont paru vains et ridicules. Un fait, un seul fait a saisi sur-le-champ tous les esprits : la France laissée seule en face^des Puissances du Nord coalisées avec l'Angleterre !

Nous rendons compte de l'impression générale. Nous expliquons

la cause du mouvement extraordinaire que la nouvelle dn traité de Londres a produit en France, mouvement du reste qui honorera, quoi qu'il arrive, notre pays

Ce serait toute autre chose dans le cas où l'espïit public aurait rencontré juste en supposant sous ce traité le dessein secret d'humilier la France, de l'intimider, de l'isoler, d'organiser contre elle, contre sa puissance et ses principes, une espèce de blocus européen. Un peu plus tôt ou un peu pins tard , la guerre éclaterait, et une guerre terrible; car la France risquera certainement tout plutôt que de souffrir qu'on se mêle de scsaflfaîres intérieures

Si c'est la France que le traité de Londres menace sr crètement , si c'est elle qu'on veut faire rentrer dans le devoir, la guerre est infaillible ; la France défendra jusqu'à la dernière goutte de son sang ses droits, son indépendance, sa Révolution

Hé bien, Journal des Débats, demandez maintenant qu'on fusille et qu'on mitraille ceux qu'ici vous provoquez à l'honneur de défendre la Révolution menacée! — La Presse n'est pas moins provocatrice à la guerre.

LA PRESSE (50 août) : — Nous avons perdu un temps

précieux pour la paix ; que nous n'en perdions pas un plus précieux encore pour la guerre. S'il ne dépend plus de l'Autriche et de l'Angleterre de l'empêcher, à quoi bon les négociations tardives qui déconcertent le courage national et humilient la Oerté de notre premier mouvement ? Nous en avons eu l'inconvénient; ayons-en au moins l'avantage.

Mais nous allons voir une ardeur belliqueuse bien autrement entraînante et contagieuse. Ecoutez un journal ami de la Cour et qui se dit bien instruit de ce qui s'y passe :

UNI VE IIS RELIGIEUX (29 aoûi) : — En arrivant d'Eu à Saint Cloud, le Roi a recule corps diplomatique; l'ambassadeur de Prusse a dit î

« le roi mon maître me charge de vous exprimer l'espoir que rien ne sera changé dans les relations d'amitié de la France et de la Prusse. — Louis-Philippe a répondu : « Le roi votre maître, » monsieur l'ambassadeur, prend de singuliers moyens pour me » donner des témoignages de bonne amitié! il signe un traité ou- » trageaxt pour la France ! il se met à Ja merci d'un cerveau * brûlé, comme celui de lord Palmerston, pour troubler la paix

m du monde ! et vos journaux censurés de l'Allemagne s'éver- » tuent à me représenter comme décidé d me soumettre à lu » paix à tout prix\ Eh bien ! monsieur l'ambassadeur, je vous » charge de dire à votre maître qu'on s'abuse étrangement sur » mes sentiments ; et je prouverai à l'Europe que je suis le Roi » des Français ! »

A l'ambassadeur d'Autriche , le Roi adressa aussi ces paroles :

a J'avais cru l'Europe assez sage pour ne pas jouer la paix du » monde sur un coup de tète; m us je vois que je me suis trompé. » Dites à M. de Metlcritich. M- l'ambassadeur, que je l'avais regardé » jusqu'à ce jour comme le premier hommed'Etal de l'Europe, et » qu'il me force à recon naine que je l'avais flatté. J'avais compté » sur lui pour m 'aider à sauver la paix du monde, mais je ne me fie » plus qu'à Vépée de la France ! »

M. Rotschiid étonné passa chez la Reine, pour la prier de calmer Yimtation du Roi.— « Quand le roi, répondit la reine, a une ligne » de conduite fermement arrêtée, je ne cherche jamais à l'en faire » changer; et d'ailleurs je partage tous ses sentiments. L'Europe » n'a tenu aucun compte de tous nos sacrifices, de toutes uos souf* » Ira n ce s pour le maintien de la paix ; et aujourd'hui, elle nous ou- » traçe, en voulant nous présenter comme décidés à subir la paix » à toutprù ; cela ne sera pas ! Ne comptez nullement sur moi, » monsieur le baron, pour intervenir auprès du Roi. »

V Univers ajoute : « Nous sommes en mesure de garantir la parfaite authenticité de ces renseignements : ils sont assez importants pour qu'il soit nécessaire^ dans les circonstances actuelles, de les faire connaître. »

Bientôt, nous entendrons M. Thiers et tous ses journaux confirmer et rendre indubitable cette importante révélation. Comment alors est-il équitablement et moralement possible à qui que ce soit sur la terre de flétrir et de proscrire comme factieux, révolutionnaires, démagogues, anarchistes et brigands, les gouvernés dont tout le crime est de se laisser enflammer car la voix du chef de l'Etat, ordinairement si pacifique et devenu si belliqueux I * Et voyez comme M. Thiers confirme ces paroles !

REVUE DES DEUX MONDES ( \** septembre) : -

JLa France aime la paix; mais le jour où l'honneur et le droit le lui . commanderaient, elle ferait la guerre comme la France peut h

— qG —

faire , et là où la France a le plus d'intérêt à la faire ; elle ne se hisserait pas assigner un champ de bataille, elle le choisirait. L'Europe ne l'ignore pas ; et si quelques doutes lui restaient encore, ces doutes seront dissipés, nous le pensons, par quelquet paroles qui ont été dites en haut lieu , par ces paroles nobles et vives , par ces paroles si françaises et à la fois si utiles à l'Europe. Nous voudrions pouvoir dire tout ce qu'il y a dans ces paroles augustes de raison , de fermeté patriotique , de dignité nationale. La Couronne, le Pays, le Cabinet sont unanimes, également fermes et modérés, également calmes et résolus.

Écoutez aussi le Constitutionnel !

CONSTITUTIONNEL ( 4» septembre) : — Au moment

ou Yimmense majorité du pays se prononce avec tant d'énergie contre le Traité de Londres, quand personne en France ne voudrait maintenir la paix au prix d'une humiliation, il nous a paru utile à la Royauté, utile au pays, utile à l'Europe même, de bien faire voir que le Roi sympathise pleinement avec k sentiment national, et que son concours le plus actif, le plus spontané, est acquis à la politique et aux actes du Gouvernement Ce n'est pas là découvrir la Royauté, c'est au contraire lui rendre nn légitime hommage et ajouter à la popularité du trône de Juillet. Savez-vous quand et comment la Royauté demeure découverte ? c'est quand un Cabinet pusillanime , sans influence personnelle et sans moyens d'action sur les Chambres , abrite son impopularité derrière le manteau royal; c'est lorsqu'on fait remonter jusqu'au Roi la responsabilité de certaines mesures qui provoquent ranimadversion du pays : mais associer le Roi au vœu national, constater sa ferme dtlitude vis-à-vis de l'Étranger, c'est honorer et grandir le trône, c'est accroître sa force et la nôtre. Ce qui importe, c'est que le pays soit bien convaincu que la Royauté qu'il s'est donnée n'accepte pat plus que lui une situation équivoque , et qu'elle est comme ltn prête à tous les événements.

CONSTITUTIONNEL ( 12 septembre) : — . Si les actes

répondent aux paroles, la Note des Puissances signifie qu'elles ne reculeront pas, même devant des mesures susceptibles de provo- ' .quer une conflagration européenne. — Nous avons remarqué ces paroles outrecuidantes : Qui est-ce qui oserait braverles Puissances? qui oserait ^ opposer à l'exécution deleurs arrêt s? Si les Gouvernements, représentés par les quatre Consuls généraux, ont ou-

blié qu'il y a une France dans le Monde, nous avons l'espoir qu'il se trouvera quelqu'un pour les en faire ressouvenir. Déjà les violations commises contre le droit des gens par l'Amiral Napicr ont provoqué d'énergiques représentations de la part du Gouvernement français. Mais si les Puissances allaient plus loin ; si, mettant le pied sur les territoires turcs , elles passaient d'une protection apparente à un acte réel de partage , alors ce ne serait plus par des Notes diplomatiques que la France aurait à protester, mais par des actes

CONSTITUTIONNEL (14 sept.) : — Mais de bonne foi ,

l'énergique volonté qu'a le Gouvernement de soutenir dignement l'honneur et les intérêts de la France n'cst-clle pas écrite dans tous ses actes, dans ces levées d'hommes , dans ces préparatifs de toute nature, dans ces ordonnances de crédits extraordinaires, pour lesquels il engage courageusement sa responsabilité ? Comment ! il y aurait des Ministres capables de dépenser les millions de la France pour acheter.... quoi? La honte....! la honte! Ce serait bien le moins de l'avoir pour rien. Les sacrifices que le Gouvernement impose au pays sont Virrévocable engagement [de sauver ses intérêts et son honneur !

COURRIER FRANÇAIS (3 septembre) : - Il nous

répugnait trop de croire que les quatre Puissances, venant à s'unir pour une cause dont elles plaidaient la justice devant l'Europe, commenceraient par mcltrc* de côté tout scrupule, et se con finiraient comme une troupe de forbans. Nous voyons bien maintenant que l'Angleterre entre à pleines voiles dans la Coalition des Puissances absolutistes; car c'est l'esprit de Pitt qui revit en elle, cet esprit machiavélique et froidement barbare qui vendrait la morale, le droit, l'honneur pour un peu d'or. — Nous ignorons si le sang anglais a coulé dans cette expédition, quoique les Fgypliéns aient bravement résisté; mais qu'il soit permis à la presse française de s'écrier comme Sheridan : « L'honneur anglais a coulé par tous les pores. >»

COURRIER FRANÇAIS (M septembre ): — « Qui oserait braver les Puissances , ont dit leurs quatre consuls? » C'est là une grande phrase, et peut-être la plus complète expression de l'orgueil humaio. Ne craint-on pas que la France ne réponde comme Médée ; » Moi , moi , vous dis-je et c'est assez i »

COMMERCE (4 sept. ) : — Quel honneur pour nous, à qol le le Morning-post a décaré que nous avons reçu un soufflet , qui Pavons avoué et reconnu, qui l'avons reçu bien effectivement, d'entendre notre gouvernement signifier qu'il ne voit pas d'inconvénient d'en attendre un second !

SIÈCLE (8 septembre): — Si l'Angleterre, après l'exécution heureuse du coup de main qu'elle médite, venait nous parler de son alliance, comme elle le fait aujourd'hui dans les noies d • lord Palmerstoti , il n'y aurait que le canon qui pût répondre a celle insolence. Pourquoi ? n'est-ce pas que tout le monde sent que la France alors serait humiliée comme d'une défaite qu'elle aurait subie? Depuis la signature du traité de Londres, le nom de France est en face de l'Angleterre et de la Russie, et elle ne souffrira pas que son nom soit insulté.

SIÈCLE (11 septembre) : — Ce qui est sérieux dans la

note remise au pacha, c'est la déclaration formelle que les stipulations du 13 juillet seront inaltérables et irrévocables ; c'est la me* nacc exécutée par avance des mesures coërcitives; c'est surtout cette interpellation insolente qu'on lui adresse, en lui signifiant les décisions des quatre Puissances : qui oserait les braver ? Paroles fanfaronnes et injurieuses que la France aurait bien su comprendre, quind même les consuls des cours coalisées n'auraient pas eu soin d'expliquer à qui ils voulaient faire allusion. C'est trop de moitié, 1 c'est une raison pour que le gouvernement *e tienne prêt à montrer à ses ennemis qu'il ne suffit pas d'être quatre contre un pour faire peur à la France.

SIÈCLE (19 septembre) : Nous espérons alors que le mi-

iiistèi'o ne nous parlera plus de son respect pour les traités de 1813: le «entiment national l'aurait absout de les briser, même sans provec lions : mais aujourd'hui, et après tant de violations dirigées toutes contre nous, ses scrupules ressembleraient à de la pusillanimité.

LA PRESSE ( 15 septembre ) : — Voici comment M. Lamartine résume 1 s griefs de la France contre M. Thiers : « Le Ministère da 4" mars a jeté la France dans l'isolement; il a par cet isolement aigri le patriotisme et remué les cendres du volcan de 17H2. Une Nation isolée est nécessairement ombrageuse et armée, — Il a livré l'Asie centrale à la Russie età l'Angleterre ; — il a négocié à coups ds

millions et de levées d'hommes, au lieu de négocier avec les Notes et la parole de la France ; — il a dépensé 70 millions en arme* menls peut -cire inutiles; — il a enlevé 100,000 ouvriers à l'industrie, à l'agriculture, aux familles; — il a suspendu indéfiniment pour plus de 4 H) millions d'affaires; — il a fait solder à la Bourse, par des oscillations désordonnées , pour plus de 5^ millions de différences; — enfin il a abouti dune guerre sans alliés , sans cause et sans fin. — Voilà la négociation du 4 tr mars telle que L'HISTOIRE L'ECRIRA

MESSAGER (25 septembre) : — Le Morning-Chronîcle affirme que les agents français sont intervenus pour engager Méhémet à restreindfe ses concessions à l'investiture de l'Egypte et à la possession viagère de la Syrie. — Nous sommes en mesure d'opposer à cette assertion la dénégation la plus absolue ; nous pouvons même ajouter que, sans les «ire* instances des agents français, les concessions de Méhémet-Ali n'auraient pas été portées aussi loin. Il demandait en effet qu'on lui laissât garder à titre viager, non seulement la Syrie, mais la totalité du territoire qu'il occupe en ce moment ; et ce n'est qu'après une très forte résistance qu'il s'est décidé à y renoncer. Les preuves de ce que nous avançons ici seront fournies aux deux Chambres.

REVUE DES DEUX MONDES (!•» octobre) : — Evidemment la Russie avait une arrière pensée. A-t-elle voulu rompre l'alliance anglo-française uniquement pour le plaisir de la rompre? L'alliance anglo- française! Mais pour quiconque étudie à fond la question, il est évident que l'alliance anglo-française , c'est la paix ; que toute autre combinaison, quelle qu'elle soit, c'est la guerre. Il faut appeler les choses par leur nom : malheur à ceux qui se berceraient d'illusions ! En pareille matière, trop de confiance perd, la méfiance sauve

L'alliance anglo-française une fois brisée, les chances sont complètement retournées ; ce qu'on pouvait auparavant parier pour la paix, on pourrait maintenant le parier pour la guerre avec les mêmes probabilités. Dès lors il eût été stupide de conserver, après le traité de Londres, la persuasion invincible du maintien de la paix. Quelque riche que soit en affection le cœur de l'Angleterre, il ne l'est pas assez pour suffire à la fois à la France et à la Russie

La France, si elle avait pu demeurer spectatrice impassible de pareils événements , aurait joué un rôle plus déplorable que celui de Louis XV assistant au partage de la Pologne »

^ Noos ne voulons pas le croire : la guerre comme la paix à tout prix sont au fond une seule et même chose : nous ne verrions du moins aucune différence quant aux résultats ; l'une et l'autre coih duiraientau bouleversement du Pays. Confinée un moment dans la paix avilissante , la France rebondirait bientôt vers la guerre re\ volutionnaire. Il ne peut être question au sein des Chambres que d'une paix honorable ou d'une guerre politique; c'est sur ce terrain que se placeront, et ceux qui accuseront le Ministère d'impatience et d'audace , et ceux qui lui reprocheront sa retenue en la qualifiant de timidité.

Tout appelle donc la guerre. — Cependant Palmerstona remis à M. Thiers un deuxième Mémorandum.

2" # Mémorandum Palmer6ton (51 août) : — La Grande-Bretagne veut l'intégrité et l'indépendance de l'Empire Ottoman , poujr conserver la paix et l'équilibre européen.

La France a admis ces principes, et promis son concours, dansupe dépêche du maréchal Soult du \ 7 juillet \ 859, et dans une noie du 27 juillet. Elle ne différait que sur les moyens. — Le premier pror jet n'accordait au Pacha que l'Egypte héréditaire. — Le 37 septembre 4859, la France demanda la Syrie héréditaire pour le Pacha. — L'Angleterre concéda la Basse-Syrie seulement, à condition que la France prendrait part aux mesures coèreitives. — La France refusa, et les Puissances passèrent outre. — Le comte Sébastian! répondit que les Puissances échoueraient, et invoqueraient l'intervention amicale de la France. — Los Puissances répliquèrent que Je Traité serait exécuté, et qu'alors la France ne refuserait plus son concours.

A ce Mémorandum de Palmerston, M. Thiers répond :

Mémorandum TniEHS(5octobre): — A l'origine, Y Angleterre propose à la France d'unir leurs deux flottes, de commander aux parties belligérantes la suspension des hostilités, et enfin de forcer le passage des Dardanelles si la lutte entre le Pacha et le Sultan avait amené les Russes à Constantinoplc.

Tout ce qu'on exigeait alors de Méhémet, c'était de ne pas marcher sur Constantinople ,ce qui eût été une provocation à la Russie de lui disputer cette capitale; c'était de ne pas devenir le vassal menaçant du trône de son maître. La France voulait surtout sub»

stituer au protectorat exclusif de la Russie, le protectorat commun des cinq grandes Puissances. C'est dans ce but qu'elle proposa d'associer la Prusse, V Autriche et la Russie elle-même, à toutes les résolutions relatives a la question Turcc-Egyptienne. Tout le monde voyait la question sous ce point de vue : Empêcher Ibrahim de menacer Constantinople, dispenser les Russes de secourir celte capitale. Ce projet souriait peu à la Russie, qui du reste se préoccupait beaucoup moins de la question des limites que de la Liberté de la Porte dans ce Concordat.

La dissidence entre la France et l'Angleterre se manifesta au sujet de la flotte turque, que le cabinet anglais voulait d'abord arracher de vive force au Pacha, projet auquel il renonça sur les observations de la France.

Elle continua sur la question des limites. La France prend en cette occasion les intérêts de la justice et se prononce pour Yhérèdité de l'Egypte et de la Syrie. Plus tard, la France se contente de la Syrie viagère. Quant aux autres concessions dont on parle , aucune dépêche ne mentionne que M. le comte Sébastiani ait été autorisé à proposer la délimitation contenue dans le Traité du 45 juillet, ou que spontanément il ait pris sur lui de la proposer. — Tout-àcoup , l'Autriche et la Prusse se prononcent pour celle des Puissances qui donnerait le plus de territoire au Sultan ; et la Russie, qui avait naguère repoussé toute intervention, adhérait à tout ce que voudrait l'Angleterre , et parlait de couvrir Constantinople par une armée de terre , pendant que Us flottes de l'Angleterre et de ta Francs bloqueraient la Syrie.

..... lien résulte donc que î 1° L'indépendance et Vintégrité de l'Empire Ottoman ont été entendues, au début de la négociation, non pas comme une limite territoriale plus ou moins avantageuse entre le Sultan et le Vice-Roi , mais comme une garantie des cinq Cours contre une marche offensive de Méhémct-Ali , et contre la protection exclusive d'une seule des cinq Puissances.— 2° On s'est borné à offrir à la France de joindre à l'Egypte le Pachalick héréditaire d'Acre, mais sans la placent plus tard le Pachalick et la place, mais sans l'hérédité. — 5° On a soudainement signé le Traité , sans prévenir la France qu'on allait le signer. — 4° La France n'a jamais aliéné sa liberté d'action. — Les Puissances sont illogiques, puisqu'elles consentent à détacher de l'empire les Pachaltcks d'Egypte et d'Acre, sans croire détruire son intégrité, et qu'elles refusent , sous ce prétexte, de joindre aux possessions de Méhémet e s Pach aJicks do Damas , d'Alep et de Tripoli. — 6 Aller au-delà

del concessions deMéhémet, c'est vouloir Vunarckie en excitant l'insurrection du Liban, ou Y influence Russe

Quand on aura poursuivi à quatre, sans nous et maigre nous, un but que nous avons déclaré mauvais, quand on l'aura poursuivi par une alliance trop semblable à ces coalitions qui depuis cinquante ans ont ensanglanté l'Europe, croire qu'on retrouvera la France sans défiakce, sans ressentiment d'une telle OFFE> SE, c'est se faire de sa fieiitê nationale, une idée qu'elle n'a jamais donnée au monde Sauf les sacrifices qui coûteraient à son honneur , elle fera tous ceux qu'elle pourra pour maintenir la pair; et si el<e tient ce langage, c'est moins pour se plaindre que pour prou\er la loyauté de sa politique.

Cette fin paraît être un contresens avec tout ce qui précède ; c'est la paix remplaçant la guerre : mais nous en verrons bientôt l'explication.

Note additionnelle^ octobre) au Mémorandum TAier*.— Cette note se réduit à \° une promesse d'exécuter avec une religieuse fidélité les traités de 18 15; 2© une protestation contre la déchéance du Vice-Roi ; 5 # une déclaration d'amour pour la paix.

Mais nous verrons le Courrier, et par conséquent M. Thiers, affirmer, le 10 novembre, que le Roi, renonçant brusquement à la guerre , a imposé cette fin du Mémorandum et cette Note du 80 ctobre. Voici l'importante ailirmalion du Courrier.

COURRIER FRANÇAIS (10 novembre) : .... Le 2 octobre, li Note rédigée par M. Thiers fut lue en const il : le Roi refusa d'en autoriser l'envoi. Les Ministres donnèrent leur démission . . . Sous les auspices de M. de Broglie, il s'opéra une transaction- Le Roi céda sur certains points, le Ministère sur certains autres ; la Note ainsi modifiée prit la date du huit octobre, et fut adressée h tous les cabinets. Le Ministère aurait dû persister ; le dissentiment était trop profond pour qu'il pût se permettre de gouverner les événements. Sa responsabilité s'aggravait du moment qu'il était dans l'alternative pénible de forcer la main du Roi, ou d'abdiquer sa liberté d'action. Dès lors, il déclara formellement au Roi, diton, qu'il te regardait comme à l'étal de démission* La difficulté soulevée par le Discours du Trône n'a (ait que précipiter le dénoue.

ment La Note du 8 octobre énervée par la transaction à laquelle

nous avons fait allusion , n'est point cependant l'abandon de notre

position On sent en lisant la Note que le Ministère qui parle,

ne parle pas en son nom, et qu'il n'est pas # sûr d'exister huit jours... Les hommes qui poussaient l^iinistère à la guerre entonnant la charge tous les malins dans le Journal des Débats sont les mêmes

qui l'ont arrêté quand il a voulu agir La politique du Journal

des Débats tend à éloigner de cette Monarchie tous ceux qui pourraient la sauver aux jours du péril. Le jeu que l'on joue ainsi est un jeu de désespoir et de folie.

Mais qu'importe la volonté d'un Roi constitutionnel, qui, d'après la Constitution , n'est pas responsable ? Pourquoi le Ministre n'a-t-il pas donné sa démission plutôt que de signer des actes qui sont la plus révoltante palinodie ? C'est donc M. Thiers qui demande la paix, après avoir crié la guerre , qui se met à genoux après avoir menacé, qui expose à d'impitoyables rigueurs les patriotes qui répètent encore ses cris belliqueux!... Tous ces cris n'auraient-ils été qu'une comédie, un piège, un guet-apens?... Oh, non, c'est impossible! Serait-ce, par hasard, une ruse pour avoir un prétexte de faire des bastilles?... Oh , non, c'est incroyable encore!... Mais que M. Thiers s'excuse, s'il est possible, ou bien l'histoire ne présente pas une rouerie, une lâcheté, une ignominie comparable à la sienne!...

Cependant qu'a fait la Coalition? — On disait d'abord que les Puissances ne ratifieraient pas l'œuvre de leurs plénipotentiaires : puérilité 1 toutes ratifient, et le nouveau Roi de Prusse s'irrite presque de ce qu'on s'est permis de douter de ses dispositions contre la France. — D'ailleurs le Traité porte qu'il pourra recevoir son exécution avant les ratifications, et son exécution commence en effet à l'instant. Le Cabinet anglais laisse dans la Méditerranée une force inférieure aux flottes françaises, parce qu'il sait bien que le Gouvernement de la France empêchera de l'attaquer et rappellera môme son amiral le plus entreprenant. Puis, le Sultan fait notifier au Pacha ses conditions, en le sommant de répondre dans dix et vingt jours, et l'agent du Sultan est assisté des Consuls des Coalisés, qui menacent indirec-

tement la France en disant : Qui oserait nous braver? Puis, les vaisseaux anglais et autrichiens bloquent les côtes d'Egypte et de Syrie. Puis, le Pacha refusant les conditions, le Sultan prononce la éécjiéame pour l'Egypte comme pour la Syrie , et lui donne pour succes^ur un traître protégé par les Russes , auxquels il a livré Warna. Puis, les Coalisés, employant la force et la yiolence pour exécuter la déchéance, bombardent Beyrouth 9 en Syrie , pendant neuf jours, le brûlent ou le détruisent, et s'en emparent, après avoir canonné le drapeau tricolore arboré sur l'hôtel du consul français... Puis , les Coalisés excitent l'insurrectwn, la guerre civile et la trahison, parmi les montagnards du Liban, contre Méhémet Ali- Puis, les Anglais s'emparent des côtes de Syrie. Et le (Gouvernement de la France force sa flotte à rester spectatrice immobile ou à rentrer da*¥* le port, sacrifiant ainsi les intérêts français et l'allié qu'il avait , l'honneur , juré 4c défendre , et qu'il a perdu par ses conseils et ses promesses ! — C'est le ? octobre qu'on apprend, à Paris, toutes ces honteuses et désdaniesjaour velles... Ecoutons les journaux:

SipC^E (5 octobre) : — Le canon tiré contre Beyrouth va retenir jusqu'aux extrémités de l'Europe et du Monde : H n'est pas un Français digne de ce nom qui n'en ait déjà senti le eontre-eoup au fond de son cœur. S'il y a peu de gloire, il y a une haute témérité dans le coup qui vient d'être tenté j c'«st le signal de la guerre en Orient, et probablement d'une guerre qui ne se renfermera pas long-temps dans les toites, «i vastes qu'elles soient, 4e Smyrua jusqu'à l'Euphrate e* d'Alexandrie k Coustantinopte. . .... A ceux

dont le cœur n'a pas faibli, qui aiment sincèrement Ja Révolution, gjji veulent que la France soit puissante, honorée .; à ceux-là notre appui, notre concours actif, permanent , dévoué. Mais nous nous séparerons hautement, et à l'instant même, des hommes, quels qu'ils soient, qyi n'éprouveront pas comme nous ce besoin ardent de maintenir la patrie dans tous ses droits , de venger les vieilles wsultts «pi'eMe a «unies , et de repousser loin d'eiie les nouvelles humiliations qu'on voudrait lui infliger.

Illa»t^u'-oa sajjhe bien que la Nation française «e fait pas des prôjwatfe et de* armements pour regarder de loin la chute des JWMs flui *e soûl fionfiès 4 W protection ; aju'ejle s,e tient pour

offensée des agressions brutales qui ont accueilli les proportions du Vice-Roi, proposions toutes ino^jérées et aont fuujt Je uipn,4ç t conua|t l'orjgine; jqu'eije p'a pofn|l encore abqrçue* sa P ar * d'influence dans le ajpitfe ; fl u'elje a entendu enpn Je paupo .u*e Be) rf outfi ; et qu'elje y répara sur Je conlineuf , s'il le fauj, çojnine. dans la Méditerranée.

TEMPS (4 octobre) : — Le traité s'ejécujtait avec une

brutalité inouïe dans J'histo/re du droit des gens, pendant qu'une Puissance amie s'interposait ouvertement pour en faire modifier les termes; il y a plus : celte e*($cu|jon n'éjait pas mêine. afj#ée pour l'exécution <Jes conq^ions faifes au pacha d^gypte. C'était donc un Wfi , non seulement q> J'opprimer, fa Je déposséder, ce ,qui était fort graye, ma/s encore de neus insulter, ,çe qui eïai.t intoffirablc. l\ est un sacrifice qu'on n'.ofctjeudfa Jamais 4e Ja france, .c'est celui (Je «a jrtwtytf .

fJEÎ^PS (6 octobre) : — • • Nos querelles intérieures ne sont rjen en comparaison (Je uos querelles extérieures; mais par auelle fatalité le Ministère s'ejposerait-il à être accusé de n'avoir tlp T'éuergie que contre l'émeute, et d'en* manquer a>vant Y étranger?

NATIONAL (3 et f octobre ) ; - ...... Français \ si la question

«J'OrienJse règle sans nous s,ous \e /jeu (Jn canon, c'esjt Yffb,ajssemen/ ueja fiance ? Je voulezTVons ? $ J-'AnglaM, Je Russe et l'Antriclu'en prennent des prions Xçruu^çs ,o>ns la $[c^terrane> , c'est la rvine de npfre nwfa*} Je voujez-vpus? SJ l'Egypte cèd> et tombe , l'ennemi viendra bientôt vous ravir l'Algérie : y Consent^ -VOUS ?

C'egi contre neus qy'oo ^ ,e fl^PP «n Qrient. E,t neus , quelle est notre a^tnde ? qu'avens-nous fait pour répondre à la provocation? que fajsons-nous aujourq^w^^ Auendrons-nous qu'on sojt à nos portes pour nous aperccy.ojr enfin des provQcafiQns des alliés ! Ignorez-vous donc que toutes nos tygpes <Je qefe/ise sont à l'enncnn? oubliez-vous done ujue nous sernmes Ja France morcelée .q> publiez-vous^ue si nous ljésjtons ^ choisir ne,tre cftanip de bataille, c'est dans uejLre sejn, sur notre propre sol ( qu'il nous faudra eoni- Jjattre les ajljés! Aujourd'hui r^urope esf up\e ef compacte; efle sait l'art de tromper les peuples. — Elle connaît J^a puipganee <Je l'or î La trahison aussi a son art infâme : il faut la deviner, car il est difljcile de la surprena/e, # si 99 ne la devine , si ejje garde .ses positions , que devient le pays?.,. Que tous les c/toyens s*W

sent donc , et qu'ils fassent entendre avec énergie la voix souveraine du peuple... O France ! noble France! réveille-toi ! sors du sommeil léthargique où t'ont plongée l'avarice et la ruse; secoue les mauvais rêves dont elles font bercée : reprends ton œuvre, l'œuvre de 89 et de 4830 , et puisqu'on te force à tirer l'épée de Fribourg et de Marengo , ô France ! tire l'épée ; les temps sont arrivés. Songe à ta mission suprême et à la grandeur de ta destinée. Sur toi reposent la liberté, l'égalité, la fraternité, trinité nouvelle, qui n'a encore que des martyrs , et qui aura bientôt des autels !

LA PRESSE ( 3 octobre ) : — Nous renonçons à exprimer Vémotion profonde que nous a causée la lecture de ces dépêches (bombardement de Beyrouth ). Notre susceptibilité déborde notre raison; cette émotion qui fait frémir notre plume entre nos doigts , ta France tout entière la ressentira; elle n'aura qu'une voix pour s'écrier : c'est donc la Guerre ! — Oui, en effet, incendier Beyrouth et bloquer Alexandrie , c'est la Guerre; car entre une guerre insensée dont nous nous sommes efforcés de conjurer la terrible extrémité, et une paix humiliante, la France n'a pas le choix. — Maintenant , peu importe que le traité du 15 juillet ail été ou non une insulte à la France ; une mtnace n'engage pas moins qu'une offense. Le Ministère a menacé , le Ministère n'a plus à délibérer, mais à agir. Il s'est assemblé deux fois aujourd'hui. Nous ne doutons pas que l'Ordonnance de convocation des Chambres ne paraisse demain dans le Moniteur. Un seul jour de retard serait pour le Conseil une faute de plus ; car il ne faut pas que V Europe puisse mettre un seul jour en question l'énergie de la France.

LA PRESSE ( 4 octobre ) : — Le Journal des Débats recommande le calme, la réflexion, la dignité. Ce sont là des phrases creuses, des mots vides de sens comme en disent tous ces gens sans principes, sans idée, sans résolution, sans élan, sans caractère, sans conviction. — Dans la tâche ingrate et pénible qui nous a valu tant d'injures, le Journal des Débats nous a-t-il aidés? quel a été son rôle ? quel a été son langage ? N'a-t-il pas abondé dans le sens des journaux Ministériels? N'a-t-il pas laissé croire à la France qu'elle avait été insultée? n'a-t il pas fait solennellement taire son Opposition contre le Ministère ? A t-il donc déjà oublié ce qu'il di sait le 31 juillet , le 20, le 21, le 2i août ?

LA PRESSE (5 octobre) : - M. Thiersa écrit , le I er août, ces paroles que toutes les chancelleries ont recueillies , et qui ont re-

tenti dans le monde entier : « Le Cabinet tient l'ordonnance de la convocation toute prête pour le premier danger. Il y a un mot décisif qu'il faut dire à l'Europe avec calme , mais avec une invincible résolution : Si certaines limites sont franchies , c'est la Guerre % la Guerre à outrance. »

COURRIER FRANÇAIS (3 octobre) : — Quant à la France que l'on a voulu humilier eu précipitant et en exagérant l'exécution du traité, elle ne peut pas se soumettre ni passer sous le joug. Nous avons poussé la modération assez loin : le moment de la fermeté est arrivé. Il ne faut pas que l'Europe puisse croire qu'il suf- Gt de s'unir à quatre pour nous faire peur. La France n'a jamais considéré le nomb'e de ses ennemis quand elle se sentait forte de son bon droit. Les Puissances paraissent avoir pris la détermination de bouleverser l'Europe plutôt que de se laisser arrêter dans l'exécution du traité de Londres. Files ont compté la France pour rien ; elles ont réglé le sort de l'Europe sans la consulter, en tenant son opposition pour non avenue, et bien décidées à la heurter dans ses droits comme dans ses intérêts. Une agression de ce genre n'est pas moins dangereuse ni moins insolente qu'une violation directe de notre territoire; nous ne sommes pas libres de la laisser impunie. "L'abaissement de la France est la dernière extrémité à laquelle les hommes de la génération révolutionnaire pourraient consentir. Les devoirs du Gouvernement nous semblent tracés par la situation. Notre appui n'est acquis qu'aux ministres qui sauront les remplir; quant aux autres, s'il en est, qu'ils nous regardent dès ce moment comme leurs adversaires avoués. . . . , .

COURRIER FRANÇAIS (5 octobre) : — Le canon de la Coalition a retenti jusqu'au cœur de la France. Tout le monde a compris que l'honneur du pays était attaqué. Nous sommes calmes, mais déterminés. Il n'y a déjà plus, depuis la prise de Beyrout, que quatre Puissances en Europe, aux yeux de ceux qui ont signé le traité. Nous voulons rétablir le nom de la France sur la carte où on Fa insolemment biffé. En exécutant le pacha d'Egypte, on exécuterait la France; on la vaincrait, on l'abaisserait sans combat. Nous avons protesté contre celte humiliation par la parole énergique de la presse. A présent qu'on passe des protocoles aux actes les plus insensés, il faut autre chose que des mots pour répondre au défi qui nous est jeté

COURRIER FRANÇAIS (7 octobre) Le Gouver-

hefrient osait àioît ime velonié én présence de l'Europe ; mais nfottd le disons avéc êmôtion t avec doiiletiï, avec désespoir < notre attente né réalisera pës. NOus avertis rêvé la liberté parlementaire audedatts* , ribdëpènrëahee ad-dehor^ ? fe rêve h'aiira pdt même doré huit mois.

Mài$ \à Ghâmfbrè, dorit Oh tftinoriça'tfc la cofiTOCàtiOtt pour lë caà déf jjiièrrh, ést ôonVd^ùéë podr àitfëtà mainiefiir la pàii, à tout (rfix , inérhe âii prix de là guerre civilè. ..

CONSTITUTIONNEL ( fi betobre ): — ...... Une Coalition

Ihtèrieurë vêtit là paix k tout prix. Chose étrànge 1 ! l'intrigue ose c'ôro'pter sHir b^ë Chambre dû" il y a (ïKisdëBO QëhéiduX-, comme si ôn pouvait dbërer de faire vOtër LA HONTE t>df tort coftseil composé eti ftortle de là glOriëtisë élite dë nos armées.

SIÈCLE (10 et 12 ocL) : — Si la Chambré des Députés

contre tout espoir, répondait mollement à l'appel qui lui Sera fait, le Payà, qui fait ce qju'il f>eut, et qui ne cédera rien dè son droit, sabrait, dans ode crise auàsi décisive; éclairer ses Représentants sur là mission qu'ils Ont à remplir.

Pour éviter la guerre, s'il faut commencer par obire la honte, lés champions delà paix à tout prix n'entraîneront pas les* populations; et Ils aaraient beau placer devant eut un plastroti rebétu d"une titille tunique de guerre; ils n'en seraient pas moins à découvert, et n'en auraient pas moins à répondre d'une souilture ineffaçable imprimée au nom français.

SIÈCLE (25 octdbre) : — Non , là Fràhcé ne" souffrira pas, Sous peine d'abdiquer moralement; au nom du corps électoral qu'elle représente; que VÊtratiger nous impose ses conditions an-dehors, et à l'intérieur des Ministres de son thoix.

TEMPS (20 octobre) t Quand l'Angleterre devrait recueillir la gloire d'un àUtre Waterloo* quand elle devrait écraser la France de son poids ët de-celui de ses alliés, quand elle devrait la ruiner pour longtemps, la France ne saurait reculer en tel cas donné devant une gùerre. Sans doute elle veut vivre; mais elle veut avant tom vivre honorablement.

TEMPS ( 23 octobre ) : — Nous n'avons pas oublié avec

quelle tnergie le Prince qui est à notre tête s'est associé aux sen*

titnénts tytë fit éclater eti France la première nouvelle du traité du

45 juillet. Louis- Philippe est le soldat de 1789; il. est le roi de 4850; il appartient à nos deux révolutions; il ne peut l'oublier en parlant devant le* Chambres françaises au nom de la dignité et de la puissance de son pays.

. Cependant, M. Thiers voudrait une phrase tant soit peu belliqueuse ou ferme dans le discours delà Couronne; et, ne pouvant vaincre une résistance supérieure , il donne enfin sa démission le 23. Est-ce encore une ruse * comme on le soupçonne? Est-ce enfin l'horreur pour les concessions qu'on exige?... Cent pieds de boue pèseront sur sa tète si l'ambition seule l'a fait agir depuis dix ans... Jamais Ministre n'aura laissé un nom plus souillé... Et s'il conserve dans ses veines quelques gouttes de sang patriote , qu'il sache que le plus entier dévoûment à la Patrie peut seul réparer une partie du rnàl qu'il a fait. — Quant aux Journaux dont il parait avoir séduit el trompé la confiance, leur dette est grande aussi envers le pays ; c'est à eux à défendre la cause nationale! Et ils semblent résolus à remplir courageusement leur devoir.

COURRIER FRANÇAIS '24 octobre) : Le Cabinet savait qu'il ne lui serait pas donné de faire prévaloir sa polifique dans le Gouvernement , même avet l'appui deê Chambre*; il le savait , mais lé désir de couvrir la Couronne, jusque dans l'exercice le plus direct de sa prérogative, avait déterminé M. Thiers et ses collègues à conserver, ait mdyen de quelques transactions , la direction des affaires

COURRIER FRANÇAIS : — Si le Parlement ne donnait pas le signal d'une protestation courageuse contre cette politique de la peur, si l'on abandonnait aux Partis extrêmes le soin de réclamer pour notre dignité nationale, alors le sentiment public déborderait sans mesure et renverserait toutes les barrières légales qu'on chercherait à lui opposer. La question va se peser devant la Chambre ; il faut qu'elle y soit résolue, sous peine de prendre, malgré nous, et en dépit de tout le monde» le caractère d'une Rfivo lutios.

Mais les Débats , qui provoquaient le Peuple à la guerre ,

ne lui parient-ils pas maintenant comme pourrait le faire un Cosaque?

DÉBATS (28 octobre) La France tient le rang qui convient à sa gloire et à son courage, il n'y aurait qu'un moyen de l'en faire déchoir , ce serait de porter nos canons sur le Rhin et au-delà des Alpes et de les diriger contre les royautés de l'Europe. Mais alors la France ne serait plus qu'un Peuple barbare qu'il faudrait mettre au ban des Nations , et qui, au lieu de faire redescendre les rois dans la tomhe, arriverait bientôt à ne plus compter lui-même parmi les Etats policés

Le Siècle et le Constitutionnel imitent le Courrier ;\e Journal de la Cour les accuse, avec l'ex-Premier-Ministre, d'être des criminels, des régicides...

LA PRESSE (28 octobre). — Le Constitutionnel , le Siècle, le Courrier, tous trois ont reçu la même consigne , tous trois paraphrasent la même pensée : « Nous allons prouver, dit arrogamment le Siècle, que l'explication qu'on donne de la conduite du Roi n'est pas soutenable , etc. » Maintenant que le pouvoir échappe de nouveau à M Thiers (on ne le lui arrache pas, remarquez-le bien ), c'est lui-même qui, effrayé de ses fautes , déserte les affaires , pour n'avoir pas eu à subir la responsabilité. N'importe ! le voilà qui met la Royauté sur la sellette et la livre aux préventions de la foule; le voilà qui fait proclamer par les trois exécuteurs de ses hautes rancunes , que la Royauté veut reculer devant VEurope, qu'elle trahit la dignité du pays, qu'elle sacrifie un Ministère dévoué à l'honneur national, après avoir feint de le seconder un moment, pour mieux le compromettre. — C'est un bien coupable rôle que remplissent là les organes du Cabinet qui se relire. Eh ! malheureux! ne vous souvenez-vous déjà plus de Y attentai qui , il y a dix jours à peine, est venu épouvanter la société tout entière ? N'estce pas assez d'un Darmès? voulez- vous armer le bras de quelque atroce imbécile ? Quand vous vous attachez à peindre la Couronne sous des couleurs odieuses , comment s'étonner que les haines dont vous éveillez l'ardeur s'emportent jusqu'au régicide? Darmès l'a déclaré , se sont Us commentaires auxquels a donné lieu la prise de Beyrouth qui l'ont poussé au crime affreux dont il s'est rendu coupable. On a écrit qu'il y avait en France un Parti qui voulait la paix à tout prix; que ce Parti laisserait impunies les offenses faites à

notre drapeau ; que ce Parti était en conspiration permanente avec l'étranger contre l'honneur, contre les intérêts du pays; et que le Roi était à tête de ce Parti. Darmès a tiré de ces calomnies la conclusion qu'il serait beau d'abalire un Parti aussi méprisable , et que le plus sûr moyen d'y réussir serait d'exterminer le tyran qui en était le chef. La conséquence est horrible; mais elle est logique. Aujourd'hui , vous publiez que le Ministère est tombé martyr de son patriotisme devant un mauvais vouloir, qui ne pardonne pas le zèle pour la cause nationale. De bonne foi , serait-il bien étrange que les passions devant lesquelles vous tenez ce perfide langage s'imaginassent qu'il y a effectivement dans la plus haute région de l'État un Grnie malfaisant, toujours occupé à corrompre ce qu'ont de plus noble nos instincts nationaux , toujours prêt à proscrire les hommes qui essaient de donner à notre politique un peu d'intelligence et de grandeur ? Vous parlez pour être crus, sans doute. Eh bien ! quels peuvent être les sentiments de ceux qui vous croient à l'égard de ce Pouvoir dont vous signalez la funeste influence sur nos destinées ? Ne se regardent-ils pas comme obligés par vertu de le vouer a Yexécration ? et de l'exécration à Y ai tentât quelle est la distance, dans un temps où toutes les notions de la morale sont pour tant d'esprits si complètement perverties ?

Pourquoi donc ne les poursuit-on pas comme provocateurs au crime , eux dont la voix a la plus redoutable influencel... Mais, comment poursuivre les amis d'hier!...

Après cinq jours d'interrègne Ministériel, au milieu d'une des plus périlleuses crises dans lesquelles le Pays se soit jamais trouvé, le Ministère du 1 er avril est rappelé, ce Ministère abattu par la Chambre précédente comme Ministère du Gouvernement personnel ou extra-Parlementaire; l'Agent de M. Thiers à Londres", celui qui n'a pu, sans le trahir, méconnaître ses instructions belliqueuses dans les dernières négociations diplomatiques. M. Guizot en un mot, vient, avec le maréchal Soult, remplacer M. Thiers pour tout changer, pour faire triompher le système de la paix, pour le faire triompher à tout prix, d'accord avec l'Étranger, en comprimant par la terreur des lois le vœu National, jusqu'aujourd'hui provoqué par le Pouvoir luimôme.— La joie que fait éclater la Coalition étrangère a

Son apparition , les encouragements qu'elle lui donne poflr réprimer les manifestations Populaires, l'appui qu'elle lui promet le font baptiser, à sa naissance", du nom de* Ministère de V Etranger. — A M. Guizot, comme à M. Soult, la Presse, courageuse, et convaincue que les temps de la vérité sont venus , oppose leurs opinions , leurs discours, leurs actes, leur passé. — A M. Guizot, par exemple, le Commerce rappelle son opinion suivante sur |la Paix et la G ùerre :

Lettre de M.,Guizoï aa Maire de Lisieui ( février 4859 ) : — « La paix peut être compromise de deux manières : Par une politique faible, peu digne et qui blesserait l'honneur national; Par une politique imprévoyante, mal habile, et qui conduirait mal les affaires. » — « La France est susceptible , très susceptible pour la dignité de sa vie nationale et de son attitude dans le monde. Grâces lui en soient rendues! La susceptibilité publique, populaire, ce sentiment soudain, électrique, un peu aveugle; mais puissant et dévoué* c'est l'honneur, c'est la grandeur des sociétés démocratiques; c'est par là que, malgré leurs inconséquences et leurs faiblesses, elles se relèvent et retentissent avec éclat dès que cette noble fibre est émue. Et que le Gouvernement le sache bien i elle peut paraître molle, inerte, et tout-à-coup s'émouvoir, s'ébranler, et tout agiter par son ébranlement. Vous aimez la paix ; prenez soin , grand soin de la dignité nationale; donnez-lui satisfaction et sécurité. Si elle doute, si elle s'inquiète, inquiétez-vous aussi pour la paix. Ses biens sont grands et doux ; mais un pays libre ne les achètera pas lorig- temps au prix d'une souffrance morale et d'un malaise offensant. »

» C'est d'ailleurs une situation si commode, une si grande force pour le Gouvernement que de se mettre en sympathie avec la fierté nationale et de s'en faire un bouclier ! Que d'embarras il peut s'épargner, que de questions il peut résoudre par ce seul moyen S En toute occasion, à chaque instant, ces étrangers, à qui vous avez à faire, vous observent, Vous tâtent. Qu'ils vous sachent fiers et fermes, ils mesureront, ils contiendront leurs paroles, leilrs actes ; ils y regarderont à deux fois avant d'engager titte question et de courir une chance contre voiis. Mais s'ils vous trouvent, s'ils vous sentent un péti timides, irrésolus, enclins à éluder* à «iéder, croyez-vous qu'ils vous feront des conditions meilleures* qu'ils v*uf traiteront avec plus de ménagement? Tout au contraire i ils

insisteront, ils presseront, ils inquiéteront? ils se soucieront peu de vous susciter des affaires, ils compteront peu avec vous. Et la paix, chargée d'embarras, de questions, d'ennuis, de dégoûts, deviendra de plus en plus incommode, difficile, et se trouvera enfin en péril , quoi que vous ayez fait pour la maintenir. »

« Crôyéz'-vôu's qu'à dé tètiëé cOndftioriS, âvéc une tëllé conduite, ën piè&hcëaé là dignité tfatioriàlé àtirisiéë et froisséè, au milieu d'affaires éttotrdifrie'rit èntamées ët dé pltfà én plus" compliquées, k paix soit bien forté et blèto sûre? CrOyez-tous cfae ce soit là vraiment la (MriHrque de la paix ? »

» ma Partout où nous avons eu des affaires , elles se sont compliquées , aggravées. La paix y a été compromise : la guerre en est sortie, ou bien a été, ou bien est encore sur le point d'en sortir. »

v Et pour un grand Peupie, pour la France, il n'y a pas moyen de n'avoir point d'affaires. Il n'y a pas moyen de se retirer de toutes parts comme d'Àncône,ei cte s'isoler comme la république de Saintftlàfin. La* trahcë est partout pré*sènte, partout intcYèssée; partout qùàtid iltié Question Survient, quand Un événémeht éclaté , il faut rèstër, il faut dgir. Pàrtèut èt toujours vous vouléz la paix : vOùs avez raison j la paix est excellente; il faudrait aujourd'hui, pour la rompfè, des faisons énormes , des misons de sûreté et d'honneur natioûaL Mais la paix* la paix qui convient à la France j est une œuvre laborieuse, élevée, qui exige beaucoup d'activité, de courage, de prévoyance, d'ascendant, qui a ses luttes et veut avoir sa gloire, comme la guérre. Si vous êtes faibies et imprudents, peu dignes et peu habiles j si vous ne savez pas plus résoudre les questions par les négociations que par les armes ; si vous les laissez s'élever légèrement ou S'engager profondément en vous montrant également incapables de les Soutenir ou de lès prévenir^ de les trancher ou de les dénouer* ne parlez pas de la paix, ne vous dites pas les ministres de la paix. Vous ne convenez pas plus à la paix qu'à la guerre : vous profanez le nom de la paix; vous compromettez sa durée. Loin qu'elle vous doive rien, c'est par vous, à caifse de vous, qu'elle s'aba isse et dépérit. »

» Je m'arrête , car notre pays t dans le trouble bien naturel qui lui reste après tant et de si rudes secousses * redoute l'expression énergique des sentiments même les plus modérés, et croit voir de l'exagération dans U langagé de toute conviction forte. Mais tenez pour certain que la politique légère tt pusillanime n'est point la politique de la paix. »

Et c'est le même M» Guizot qui vient aujourd'hui de Lon-

dres pour prendre la direction du Ministère, pour sacrifier les intérêts de la France et le Pacha d'Egypte, pour accepter formellement les Traités de 1815, pour accepter aussi le honteux et désastreux Traité du 15 juillet, pour faire cause commune avec la Coalition , et pour comprimer la France par l'intimidation et la terreur, plutôt que d'accepter la guerre étrangère! Quel amas de palinodies! Qu'il est désolant, désespérant, de voir un ancien Professeur de Morale et d'Histoire, un prétendu Philosophe , un prétendu Sage , arborer ainsi drapeau blanc et drapeau noir, et donner le plus déplorable exemple d'immoralité politique et de continuelles variations de principes ! Car entin, est-il équitable, est-il moral, est-il humain, de prêcher alternativement au Peuple le pour et le contre, la Paix et la Guerre; d'appeler crime sous un Ministère d'un jour ce qu'on appelait vertu sous un Ministère d'un mois, et d'écraser impitoyablement de malheureux citoyens, parce qu'ils font aujourd'hui ce qu'un Pouvoir, toujours inexorable, leur commandait hier. Aussi, écoutez comment, dans ^Constitutionnel , M. Thiers attaque M. Guizot , et plus encore , pour tâcher de s'excuser lui môme!

CONSTITUTIONNEL (5 novemb.) : — La politique du

\ 9T murs se prêtait donc plus à une politique de conciliation que celle du cabinet précédent , et pourtant elle n'a pas voulu de conciliation. Pourquoi ? parce que l'Angleterre était irrévocablement entrée dans une politique contraire à celle de la France. El le y était entrée le jour où, ayant proposé à la France de forcer de concert l'entrée des Dardanelles, dans le cas de l'arrivée des Russes à Constantinople, il lui fut répondu par une fin de non-recevoir. Cette réponse , qui l'a faite? le cabinet qui a précédé celui du i tv mars. Eh bien! le traité du 13 juillet était en germe dans ce refus. Le jour où on n'a pas osé faire un acte énergique à deux , ce jour-là on a condamné la France à avoir de l'énergie à elle toute seule contre tout le monde- Déplorable inconséquence d'un cabinet, qui, refusant d'agir à deux contre trois , s'exposait héroïquement dans ses notes à la guerre d'un contre quatre ! — Ainsi, les événements qui ont éclaté dans le cabinet du 1 er mars étaient comme couvés pir la politique de ses prédécesseurs Le traité du 45 juillet était la conséquence inévitable du refus opposé à la proposition de l'Angleterre.

L'annulation de l'influence française en Espagne , la conséquence de l'inaction coupable de tel cabinet, de ridicules jactances de tel autre. Le mal était dans les entrailles de la situation. Il n'avait plus qu'à en sortir , il en est sorti. Le ministère du I" mars a , dit-on , reçu de ses prédécesseurs un pays tranquille; oui, tranquille, comme l'est un terrain miné avant l'explosion. — Cette agitation politique ne s'était-elle pas communiquée jusque dans les plus hautes régions du Pouvoir, où domine habituellement un sage et persévérant amour de la paix ? Voulait-on que le cabinet poussât la théorie du pouvoir parlementaire et de la responsabilité ministère lie , jusqu'à rédiger lui-même les allocutions des audiences particulières ? Pouvait-il empêcher que ce noble et fier langage , descendu de si haut, n'allât électriser les cœurs , et n'ajoutât encore k l'émotion publique ?— Là seule politique à laquelle on pourrait reprocher de se contredire, ce serait celle qui, après avoir parlé de guerre devant les étrangers , viendrait parler de paix à tout prix devant la France. Cette politique , après avoir excité le pays en répondant à ses sentiments d'honneur, ne réussirait probablement pas à le calmer en n'y répondant plus.

Le bon sens public est donc naturellement porté à croire que si à Londres on injurie M. Thiers, c'est qu'il n'a jamais voulu déserter le terrain national , et que si on porte aux nues M. Guizot , c'est qu'il est prêt à faire toutes les concessions que M. Thiers a refusées.

Calomnie-ton le nouveau cabinet, en le supposant prêt à pactiser aux dépens de notre honneur? Mou Dieu ! nous le désirerions de grand cœur; mais comment le croire? Nous ne voyons dans les journaux de Londres qui révèlent la pensée de M. Thiers, trace d'une concession honorable. Il serait ignominieux pour la France de revenir au Traité du 15 juillet, et nous ne voyous pas qu'on accorde même tout le Traité. Malheureusement l'Europe sait aujourd'hui que notre gouvernement veut la paix, et recule devant la guerre. Cette conviction la rend d'autant plus exigeante , que le nouveau cabinet nous livre en quelque sorte à sa discrétion.

CONSTITUTIONNEL (4 octobre) : — Le bombarde

ment de Beyrouth est à la fois un acte de violence matérielle contre le pacha et un acte de violence centre la France. — Il y a une limite, nous a-l-on dit, à laquelle le gouvernement français aura le devoir d'arrêter les puissances. Eh bien ! c'est notre devoir de le dire , le sentiment général nous paraît être que cette limite est atteinte.— Les intérêts du pays menacés* son honneur atteint, iropo-

sent au Ministère le devoir de prendre une résolution énergique

—Le Ministère, en se retirant, parce qu'il ne lui serait pas donné de soutenir l'honneur de la France, laisserait sans doute une situation périlleuse. Mais elle ne le serait pas moins, elle le serait même davantage , s'il restait pour faire subir à la France quelque grande honte. Le péril de la honte est PLUS MENAÇAIT pour le gouvernement que les périls de la guerre.

Orç vojjt comme finers le prend <}e fa^t p our 9'&£$J!" serî — Et ce n'est pas seulement de l'indépendance de la France qu'il s'agit, mais de saCnarte et de ses institutions; car écoutez le Journal de la Cour :

LA PRESSE (5 novembre) : — Ce que nous aurions youlu, c'est que dans des conjonctures aussi graves, où la paix du monde, l'hon neur de la France, Y indépendance nationale, sont en question, d'où peu.t sorlir une effrayante uévolution , ce que nous aurions youlu, c'esj que le nouveau cabinet ne laissât aucune force en dehors de lui; c'est qu'il rassemblât toutes ses ressources, c'est qu'il réunit, — à titre de ministres avec ou sans portefeuille, de sous-secrétaires d'État, de directeurs-généraux — tous les hommes émineuls, à des degrés divers, du parti conservateur; c'est qu'enta U donnât l'idée d'une grande fédération comprenant le danger dont nos institutions sont menacées, et décidée pour les sauver ,à livrer une bataille désesi'Ékee. »

A l'appui de ce mapifeste réactionnaire, M. Emile de Girard in publie .deux très longs arUcJes, dans lesquels il s'efforce de prouver que l'administration et la politique ne seront dans la bonne voie, et que le gouvernement ne sera fort , que du jour où H aura : \° élargi le cadre d^s sous-secrétains d'Etat; — S* élevé celui des dirccteur>-géuéraux à 33 au moins ; — 5° introduit dans la Chambre des députés 50 directeurs-généraux, les membres du conseil d'Etat, les'présideuts, conscillers-iuaitres et référendaires à la Cour des comptes, l^s présidents, conseillers, procureurs et avocats-généraux à la Cour de cassation et à la Cour royale de Paris , les maréchaux de Fiance, lieutenants-généraux, aides-de-camp, les amiraux et yice-a,mraux

Mais c'est le discours du trône devant les Chambres <jui doit tout révéler : Voyons!— Et commençons par le passage du discours de 1839 relatif à la question d'Orient :

l>l5COLà\S DU TftOtf E (-85 décembre t.XÔ» ): — ...... gotfe

pavillon , de concert avec celui de la Grande-Bretagne , et fidèle à l'esprit de cetjLe union toujours avantageuse aux intérêts des deux pays, a veillé sur l'indépea4ance et la sûreté iwmeYUate de l'empire ottoman, ïfatre politique est toujours d'assurer \?l conservation 4e l'ikté£s>té 4e pet empire , dont l'existence est si nécessaire au mwlkri (de |a paix géniale.

ïteppelops-npus niflintenant que la Chambre devait être cpnyojqnée pour apppyer te touyernejnept qui 4eva# luj proposer la guerre. Or, voici }e disppurs rédigé par M. j&ui-r zot pour la Couronne :

DISCOURS DU ROI- MM. les Pairs, MM- les Péputés,— J'ai éprouvé le besoin de vous réunir autour de moi avant l'époque ordinaire xje la convocation des Chambres. Les mesures que l'empereur d'Autriche, la reine de la Grande-Bretagne , le roi de Prusse et l'empereur de Russie, ont prises de concert pour régler les rapports du sultan et du pacha d'Egypte m'ont imposé de graves devoirs. J'ai la dignité de notre patrie a cœur autant que sa sûreté et son repos. — En persévérant dans celte politique modérée et conciliatrice dontnous recueillons depuis dix ans les fruits , j'ai mis la France en état de faire face aux chances que le cours des événements en Orient pourrait amener. Les crédits extraordinaires qui ont été ouverts dans ce dessein vous seront incessamment soumis; vous en apprécierez les motifs. — Je continue d'espérer que la paix générale ne sera point troublée. Elle est nécessaire à l'intérêt commun de l'Europe , au bonheur de tous les peuples et au progrès de la civilisation. Je compte sur vous pour m'aidera la maintenir , comme j'y compterais si l'honneur delà France et le rang qu'elle occupe parmi les nations nous commandaient de nouveaux efforts. — La paix était rétablie dans le nord de l'Espagne, et nous nous applaudissons de cet heureux résultat. Nous Wrions Awes douleur que les maux de ï anarchie vinsse»* remplacer les «aliieur* de la guerre civile. Je por^e à l'Espagne l'intérêt le plus sincère. — Puisse la stabilité du trône de la reine Isabelle II et des institutions qui doiyent le soutenir, préserver ce noble pays des longues et douloureuses épreuves des révolutions ! — JLa satisfaction que nous avons réclamée n'ayanf pas été obtenue de la république Argentine , j'ai ordonné que de nouvelles forces fussept ajoutées à l'escadre chargée d'assurer d'ans ces parages le respect <je nos droits et Ja projection de nos intérêts. — En Afrique, le .succès a couronne' plusieurs expéditions importantes où

sVsl signalée la valeur de nos sold.its. Deux de mes fils ont partagé leurs périls. — Des efforts sont encore nécessaires pour garantir dans l'Algérie la sûreté et la prospérité de nos établissement*. Mon gouvernement saura accomplir ce que nous avons entrepris. — La ville de Boulogne a été le théâtre d'une tentative insensée qui n'a servi qu'à faire éclater de nouveau le dévouement de la garde nationale , de l'armée et de la population. Toutes les ambitions échoueront contre une monarchie fondée et défendue par la toutepuissance du vœu national. — La loi du budget ne tardera pas à être soumise à votre examen. — J'ai prescrit la plus sévère économie dans la fixation des dépendes ordinaires. — Les événements nous ont imposé des charges inattendues. J'ai la confiance que la prospérité publique , rendue à tout son essor, nous permettra de les supporter, sans altérer l'état de nos finances. — D'autres dispositions vous seront présentées pour des travaux d'utilité publique, daus l'intérêt des lettres, et sur la liberté de l'enseignement. — Messieurs, je n'ai jamais réclamé avec plus d'empressement et de confiance votre loyal concours. L'impuissance n'a point découragé les passions anarchiques. — Sous quelque forme qu'elles se présentent, mon gouvernement trouvera, dans les/oii existantes, et dans le ferme maintien des libertés publiques, les armes nécessaires pour les réprimer. — Pour moi, dans les épreuves que m'impose la Providence, je ne veux que lui rendre grâce de la protection dont elle ne cesse de me couvrir, ma famille et moi, et prouver à la France, par un soin toujours plus assidu de ses intérêts et de son bonheur, la reconnaissance que m'inspirent les témoignages d'affection dont elle m'entoure dans ces cruels moments.

On dit que ce discours, vivement applaudi par les Pairs et par les Députés conservateurs (et c'est tout simple), est entendu par la moitié de la Chambre dans un silence morne, courageux, hautement significatif. Comme c'est l'œuvre du Ministère, il appartient à la discussion... lit voyez les sentiments qu'il excite dans les Journaux I

CONSTITUTIONNEL : ( 6 nov. ) . — Il faut le dire,

parce que c'est la vériïé : le discours qu'on a mis dans la bouche du roi est une palidonie flagrante, c'est l'abandon de la politique qui a été suivie depuis le mois de juillet. A travers une phraséologie embarrassée , on y reconnaît un désir immodéré de paix, dont

l'expression a dû faire sourire les quatre grands ambassadeurs qui assistaient à la séance. On ne s'applaudit pas du passé , on l'excuse; on veut bien promettre d'en faire apprécier les motifs aux Cham bres : mais aussitôt on se retranche derrière des espérances de paix , et l'on prêche à l'Europe les bienfaits d'un état de choses pacifique.»

LE COURRIER FRANÇAIS ( 6 nov. ) : - « Le discours que le roi vient de prononcer devant les Chambres est le même, à quelques mots près, que le ministère du \" mars avait repoussé. Les ministres du 29 octobre n'ont pas craint d'en prendre la responsabilité. Quelle retombe donc sur eux de tout son poids; car jamais on n'a fait parler à une grande nation un langage moins digne d'elle!

» Nous ignorons ce que le ministère attendait de son discours, bien qu'il l'eût vanté et fait vanter à l'avance; mais il a produit le plus déplorable effet sur la Chambre A l'exception de quelques fanatiques des centres, qui applaudissaient aux passages les plus humbles, un morne silence a été la première impression, la première protestation de la Chambre contre cet acte de faiblesse. Les dépniés paraissaient frappés de stupeur. On ne concevait pas que, devant les ambassadeurs des Puissances étrangères , le gouvernement n'eût pas trouvé autre chose à dire , au nom du roi, au nom de la France , au nom de la révolution. Nous avons besoin de relire les bulletins de la République, du Consulat et de l'Empire, pour nous consoler de vivre dans un temps comme celui-ci. Heureusement , le Peuple vaut mieux que ceux qui le gouvernent , et l'Etranger le sait bien! »

SIECLE (6 nov.): — «C'est la rougeur au front que

nous allons rendre compte de l'inconcevable harangue que le ministère de M. Guizot a eu la criminelle folie de placer dans la bouche de la Royauté. Jamais l'orgueil de la France ne fut aussi profondément humilié ; jamais ministres sortis, dans les temps les plus malheureux, du bon plaisir de la cour ou du choix des favorites, n'avaient osé tenir , au nom de cette noble nation , un langage aussi indigne d'elle. Quoi , il y a parmi vous un des maréchaux de l'Empire ! Quoi , vous êtes ces mêmes tribuns dont la faconde irritée reprochait à M. Molé, il y a deux ans à peine, d'avoir avili et décrié dans le monde le gouvernement français, et voilà votre réponse à l'odieux Traité du 15 juillet, au bombardement des villes de la Syrie , aux menaces de la Coalition , aux pro-

vocations armées de l'Angleterre ! Mais vous n'avez donc pas songé que les quatre puissances étaient là présentes par leurs ambassadeurs que ceux-ci allaient recueillir chacune de vos paroles ; qu'ils s'empresseraient de les transmettre à Vienne , à Berlin , à Saint- Pétersbourg t à Londres ^ comme un signa assuré de notre aHHt* sèment ; qun leur audace en serait accrue ; que leurs dédains en seraient plus grands; et que la France le saurait ; et vous parlez des dangers de la monarchie ! Et vous voyez partout ses ennemis, excepté en vous-mêmes ! Mais il n'y a donc pas au fond de votre cqeur une voix qui se soulève et qui vous crie qu'en la dépouillant ainsi de toute dignité, de tout prestige ; en la montrant faible, cadu que, trembloUanle , c'est vous qui lui portez les coups les plus

funestes! —M. Guizota biffé les mots d'honneur et de rjfoor

lut ion , il a bien fait : ce n'est pas à lui qu'il convenait de les écrire. La France, nous l'espérons, les, rétablira bientôt dans ses manifestes , et les soutiendra au besoin de son épée. Dès demain , si ta Chambre le veut, nos ennemi* sauront dans toute l'Europe qu'U Cautencorc compter avec nous li»

LE COMMERCE (6 nov.) : — « En résumé, le pro-

gramme politique du ministère G uîzot est une de ces œuvres condamnées dès leur naissance. Rien n'y parle au sentiment national, et il semble écrit sous la dictée de ces feuilles étrangères qui à la fois proclament l'impuissance de la France et l'excitent à se jeter dans les voies de la guerre civile. Aussi sa lecture a-t-elle produit ce soir dans Paris une profonde impression, une impression de tristesse et d'alarme. Dans la Chambre, son mauvais effet a été presque général ; et, pour tout dire en un mot, à la Bourse même des joueurs de rentes, on en était confus.

Cependant, le Ministère de l'Étranger obtient d'abord la Victoire en faisant élire son candidat à la Présidence : mai* çe n'est qu'à une faible majorité; et ce- résultat, désolant pour l'honneur de la Chambre , ne fait qu'enflammer le courage de la Presse nationale.

SIÈCLE ( 7 novembre ) : — « Les ultra -conservateurs sa

livrent à la joie. Hélas! le réveil sera triste /Il ne s'agit plus de querelles de partis, de discussions presque métaphysiques, auxquelles les majorités qui se forment au sein des masses ne comprennent rien ou demeurent indifférentes. C'est l'iionnouf de la

France qui cette foi* est en cause, et le pays, plus quela Chambre, egt jaloux de son honneur !

COURRIER FRANÇAIS (7 novembre) : — I) paraît bien

maintenant que la Chambre avait une majorité pour tous les mi*nislères et potir tous les systèmes , car le déplacement de soixante voix a porté du côté de M. Guizot la force qui était du côli de M. Thiers. La Chambre aurait voté la guerre ; elle se prononce pour la paix : mais le pays ne pense pas comme la Chambre. Les trois pouvoirs peuvent s'humilier de concert ; mais l'opinion pur blique ne sanctionnera pas ce qu'ils auront fait.

COURRIER FRANÇAIS (7 novembre) : — On accuse le ministère du V r mars d'avoir abandonné la Syrie aux chances de la guerre, bien qu'on sache à n'en pouvoir douter que le ministère du te, mars est resté pendant plusieurs jours à l'état de démission, plutôt que d 1 accepter lanotedu 8 octobre, à laquelle il s'est résigné ensuite par un excès de dévouement.

COURRIER FRANÇAIS (9 novembre) : — Le discours n'est pas franc ; car il ne dit qu'à moitié ce que veut le ministère, d savoir la paix à tout prix. . . , . . Si la France devait tomber aussi bas, les spectateurs penseront que l'on pouvait du moins arranger sa chute plus décemment,

Croira-t-on que ce ministère, qui ne voit dans la Syrie qu'une petite question, o*e accuser ses adversaires d'avoir fardé de paroles

fanfaronnes leurs lâches résolutions ? f Au moment où le

ministère s'est retiré, la France avait épuisé les concessions ; il fallait choisir entre la guerre et l'humiliation. La présence de M. Guizot aux affaires dit assez le choix qu'on a fait. — Le rôle de prophète ne sied à personne ; mais quand un Peuple n'a évité la guerre qu'aux dépens de son honneur, il ne tarde pas à être obligé de la faire pour sa sûreté. Oui, la France aura la guerre, c'est notre ferme conviction ; elle l'aura bientôt , et elle y portera toute l'ardeur «je ses ressentiments. 11 n'est pat sage peur l'Europe d'avoir humilié la France ; car on allume ainsi un incendie qui ne couvera pas toujours sous la cendre.

COMMERCE 09 novembre) Nous possédons le Ministère

4e la paix à tout prix , cela eat évident ; il ne se dpjine pae la peine, d'ailleurs, 4e s'en eacjier. Le discours de la Couronne ftai* aussi

explicite qu'il pouvait l'élrc à cet égard ; mais les commentaires que le cabinet a publiés deux jours de suite dans le Moniteur parisien, ne laissent plus rien à désirer à la conviction de la France. Non seulement le Ministère déclare qu'il veut maintenir la paix, non seulement il ne voit, dans le traité de Londres, rien qui puisse commander la guerre , mais encore il n'y a , selon lui , dans ce traité, rien qui puisse la légitimer.

Ce mot est expressif, et peint bien toute l'étendue de la pensée ministérielle. Il ne s'agit pas pour le ministère de savoir si la France est en état de lutter contre l'Europe, si la défense de Méhémet-Ali est dans les intérêts de notre puissance. Il va plus loin : en présence de l'agression des quatre puissances , de l'affront qu'il reconnaît avoir reçu, de notre exclusion de la question d'Orient, de notre rejet des conseils de l'Europe, il proclame que nous n'aurions pas le droit de résister à ses iniquités par la force Quand on attaque Méhémet-Ali , le défendre serait plus qu'une imprudence ; ce serait une injustice; et la guerre que nous ferions pour nous opposer au Traité de Londres serait un acte illégitime.

Jamais sacrifice des principes indispensables à l'existence

d'une nation n'a été porté à cet excès : c'est l'immolation complète de notre libre arbitre au bon plaisir de l'Europe; et, s'il n'y a pas en ce moment légitimité pour la France à protester par les armes contre les agressions et l'injure du Traité de Londres, il faut effacer le droit de guerre de la liste de nos droits nationaux; nous ne sommes plus qu'une province de l'Autriche ou de l'Angleterre.

Veut-on la preuve de la vérité de ce que nous avançons?

déjà un journal, dont les habitudes n'ont rien d'hostile au pouvoir, YUnivers,* rapporté que des personnages attachés au gouvernement ex primaient, dès à présent , l'opinion qu'il n'était pas important pour nous que l'Egypte fût indépendante, et qu'il y avait peu d'inconvénients à l'abandonner à l'ambition des Anglais.

Cependant, enhardi par ce premier succès, excité par la Coalition, le nouveau Ministère fait faire en quelque sorte volte-face à l'armée que son prédécesseur échauffait contre l'Étranger, et fait un appel à son dévouement pour la lancer contre les Patriotes, qu'il appelle des ennemis de l'ordre, parce qu'ils chantent la Marseillaise et crient contre les ennemis de la France. — Le Ministre de la justice ressuscite les tyranniques Lois de Septembre contre les Écrivains et

les Journaux , tout en reconnaissant l'exaltation que doit nécessairement produire un généreux patriotisme.

CIRCULAIRE de M. Martin du Nord Je suis certain ,

Mi le procureur-général , que vous saurez respecter et défendre, s'il en était besoin, tous les droits delà Presse; vous saurez également la contenir dans les limites légales qu'elle ne doit pas dépasser. Ce n'est pas dans des moments où les esprits s'exaltent, où les sentiments nobles et généreux peuvent être facilement égarés, qu'il serait permis de fermer les yeux ou d'attendre les provocations évidentes du crime, devant des outrages manifestes au Roi ou aux Lois du Royaume.

Mais si le Ministère de l'Étranger veut poursuivre la Presse française, sur les excitations de la Presse anglaise, allemande et prussienne, qu'il ait donc le courage de poursuivre le Courrier, le Constitutionnel , le Siècle t à la parole desquels leur dévouement passé donne une tout autre influence qu'à celle des antres Journaux!... Les poursuivre ne serait qu'un scandale déplus; mais les épargner pour en poursuivre d'autres n'est-ce pas une révoltante iniquité? — Aussi le journal de la Cour repousse-t-il lui-môme les poursuites :

PRESSE (22 ou 23 octobre) : — Le National a tort de nous confondre avec les Débats; non seulement nous n'avons mis à l'index aucun écrit , mais nous désapprouvons hautement ces perquisitions fougueuses et ces poursuites réactionnaires qui s'élèvent et passent comme des bourrasques. La répression qui s'exerce ainsi n'est pas efficace; elle irrite sans intimider. La répression qui a le caractère de la passion, du caprice, delà violence, qui frappe sans prévenir, qui s'élance ainsi par bonds , au lieu de suivre son œuvre avec impartialité, calme et modération , une telle répression fait plus de mal à la société qu'elle ne lui fait de bien ; elle ôte aux lois plus de force qu'elle ne leur en donne ; elle fait dépendre du pouvoir la justice qui doit lui commander. Nous sommes pour la répression sévère, mais nous ne sommes pas pour la répression colère; nous sommes pour la répression légale, mais nous ne sommes pas pour la répression brutale; nous ne voulons pas plus qu'on agisse révoluttonnairement au nom de l'ordre qu'au nom de la Liberté.

Du reste , personne ti f a plus d'intérêt qué la Preste à ce qu'on ne poursuive pas les journaux; car elle aussi a provoqué la guerre, excité l'exaltation nationale... Elle vient même d'exciter à la violation de la Charte, et c est elle qui a publié celte étrange lettre dans laquelle M. de Lamartine aurait dit : « Nous marchons à un 10 août, et peut-être à un démembrement. » Y a-t-il une idée plus perturbatrice que celle de supposer la France dans l'alternative d'un 10 août ou d'Un partage par l'étranger? Et si Ton prévoit un 10 août, c'est-à-dire un mouvement du Peuple entier et de la lieprésentation nationale, comment peut-on conseiller une si périlleuse résistance au vœu d'une Nation qui ne veut pas tomber sous le joug de l'Étranger?

Cependant les menaces du Ministère n'épouvantent pas le Courtier Françaié ; et c'est alors (le 10) qu'il publie son article rapporté plus haut, page 31

Mai* LA PKESSE (1 1 novembre), changent subitement de langage, lé dénortcé , semblé demander des poursuites contre loi, ec dresse pour ainsi dire son acte d'accusation , en incriminant les articles suivants :

COURRIER FRANÇAIS (8 octobre). — Ce qu'un ministère anglais veut, il le peut ; dûcuflé volonté ne s'Interpose entre lui et ses devoirs... le consentement de là Reine est acquis. Ici, au contraire, il n'y a* pas nu s eul acte dé résolution , si mincé qu'il soit , qu'il ne faille armchér de vivé forcé. La note la plus pacifique coûte huit jours de délibérations. Le Gouvernement, tiraillé pét deux influencés contraires, épuisé dans cette lutte tout Ce qu'il à dé sève et de vigueur. Les conseils se multiplient durant cinq à six heures par jour, et Sont presque toujours une bataille sans victoire. 11 semble qu'un toAimlsGértiK s'étudlé à ne permettre que les enfantements qui sont des èvortefflents. — (10 octobre.) La Pairie préfld décidément une altitude hostile. On parle de rien* Généraux , de ceux qui oht laissé égorger l'Empire et chasser l'Empereur, qui reprendraient pour la circonstance leurs églogues sur les douceurs de la paix. — (25 oétobre) ' 11 est Vrai que la retraité du Ministère ayant sa raison dans la résistance de la Royauté aux mesures que semblait exiger la situation de la France, on péUtéraindrè que le respect dû au principe Monarchique ne s'affaiblisse dans certains esprits. Le Ministère

ne demandait qué le nécessaire ; c'est le nécessaire qu'on lai a refusé. ^- 28 octobre) : Mais si le Ministère du 1 er mars h'est pas respon* sable, nous dlra-t-on , qui pensez-vous donc qui le soit? on nous permettra de laisser cette question sans réponse-. •.< Par le temps qui court, les Ambassadeurs sont les premiers instruits de nos affaires, nous ne les savons qu'après eux. ^ (21) octobre) : La dé* mission des Ministres signifie que la politique réclamée par le sert* timent national a eu beau s'atténuer, qu'elle n'a pas été accepté**

Le Courrier n'en continue pas moins ses attaques:

COURRIER FRANÇAIS (41 novembre) : Eh abandonnant le Pa< ha , la France s'abandonne elle - même. Ayant marqué le déclin de son influence en Europe, et surtout dans la Méditer-* ranée, elle prend rang parmi les vaincus. La France représente l'esprit révolutionnaire, et l'Angleterre est l'organe de la contre-révolution. Est-ce par sa propre force ou par notre faiblesse qu'elle a réussi? Est-ce une victoire de son (Jeuternemcnt ou une lâcheté du nôtre P Voilà ce qu'il importe aujourd'hui de savoir.» *>i Lord Palmerston avait besoin de tromper l'opinion publique, en Angle-» terre, lorsqu'il déclara dans le Parlement que le traité n'était pas

dirigé contre la France Pour mener à fin la politique modérée et

vraie de M. Thiers , il ne fallait que d<* la fermeté; les Alliés, aU contraire, avaient besoin d'aller jusqu'à l'audace t mais ils avaient compté, non sans raison , sur le parti qui se fait toujours en France l'auxiliaire de l'Étranger Ce n'est pas l'étranger qui nous a désarmés au plus fort du conflit ; c'est le Parti conservateur De ce côté

est venue la funeste sécurité qui a marqué les premiers mois du Ministère de M-Thiers, alors que personne h la Cour ne voulait croire A la Coalition, et que l'on disait tout haut an* Tuileries : Ils n'oseront pas ! Pendant que les ordres de Mitito traversaient la France podf aller chercher jusque dans Alexandrie l'amiral Stopford, on s'écriait encore : Ils n'oseront pas ! Lorsque l'exécution du traité n'a plus été douteuse, on a cru qu'on pourrait effrayer les Puissances, et l'on s'est mis h faire la grosse voix ; le Journal des Débat** entonné la Marseillaise, et l'on a mis en circulation ce propos énergique d'un Grand Personnage qui n'est pas le Roi : « Il vaut mieux périr sur lé Rhin que duns un ruisseau de Paris » Tout cela n'était pourtant que du bruit; car, à peine le danger a-t*ll paru plus sérieux, que \ë clairon du P,irti conservateur a cessé de sonner la charge ; on a voula arrêter les armements, affaiblir ou changer le langage de notre ÎH» plonutie. Faut-il s'étonner que ceux qui en avalent la direction

aient pensé qu'on ne pourrait pas lutter avec l'Étranger tant que l'on n'avait pas au-dedans une plus grande liberté d'action ? Nous le déclarons hautement , la défaite est due uniquement (quoi qu'en disent les lâches du Parti conservateur , elle est due uniquement à la désertion qui s'est mise dans nos rangs. Le Pouvoir, les Chambres, le Pays, se sont divisés en présence de l'Étranger. Il est arrivé ce qui était arrivé en 4815: désormais la Coalition saura qu'elle peut toujours nous vaincre en ayant recours aux mêmes moyens : elle n'aura qu'à faire appel à la trahison !

Cependant le Journal des Débats, qui plus qu'aucun autre excitait à la guerre, a l'inqualifiable audace de reprocher (le 9) au Constitutionnel , au Siècle, etc., d'avoir, par leurs cris belliqueux , excité l'exaltation révolutionnaire. — Mais le Constitutionnel, ou plutôt M. Thiers, lui répond :

Constitutionnel (t > nov.) : — ....Nous répéterons cent fois au Journal des Débats, s'il nous y force, qu'il a fait plus de bruit que personne ; que, par ses articles belliqueux, il a plus contribué que personne à l'agitation révolutionnaire dont il se plaint. Car s'il altribuailà tort les articles guerriers de certains journaux à l'influence ministérielle, d'un autre côté, on attribuait les siens à l'influence royale (c'était à tort aussi, et la suite l'a prouvé). Néanmoins, cette opinion , répandue dans le pays , a contribué plus que toute autre chose à l'agiter.

Le Journal des Débats a vu, dans le Traité, une nouvelle Coalition contre la France; il l'a dit. Ce n'est pas assurément le Cabinet qui le lui a fait dire. Le Cabinet du t ei mars n'a exprimé cette même pensée que beaucoup plus tard dans sOn mémorandum. Il n'en est pas moins vrai que dans le premier instant il a compris la gravité de l'événement.

Les alliés ont poussé leurs mesures agressives contre la Syrie avec une rapidité et une vigueur à laquelle peu de personnes s'attendaient. Cependant, de son côté, l'armement de la France marchait vite. Après le coup de canon de Beyrouth , le Ministère du J er mars a-t-il été d'avis que la défense du Pacha dût être abandonnée, comme on ledit ironiquement, aux articles belliqueux des journaux? Non. Le Ministère a proposé trois mesures: l'envoi delà flotte française à Alexandrie, la convocation des Chambres, et le grand armement du pays. Ces mesures ont été repoussées. Le Ministère tout entier a donné sa démission, preuve qu'il n'était pas indifférent sur cette question de la Syrie. La crise s'est prolongée

plusieurs jours. Après de longues délibérations, les Ministres du l» r mars ont été frappés de l'inconvénient grave qu'il y avait à ce qu'en l'absence des Chambres, ils se séparassent de la Couronne. Ils ont fait laire leuropinion sur ce qu'il y avait à faire au-dehors devant des considérations de politique intérieure. C'est peut-être manque de fermeté. Ce n'est pas manque de dévouement Et il ne devrait pas entrer dans le rôle du Journal des Débats de tirer avantage contre eux de celte concession.

De ce dissentiment est né , comme moyen de transaction, la Note du 8 octobre. Cette Note, on fait semblant de ne pas la comprendre ; on en restreint judalquement le sens. Cette Note fait porter en effet le casus belli sur l'Egypte; mais elle n'implique nullement l'abandon de la Syrie ; la Syrie est livrée aux chances de la guerre. Cela signifie que , selon que le Pacha aura été plus ou moins heureux, il obtiendra de plus ou moins avantageuses conditions, c'est-à-dire que, comme parle M. de Nesselrode, il aura plus ou moins de Syrie ; mais cela ne signifie nullement qu'il est exposé à être complètement exclu de la Syrie. Jamais le Ministère du l"mars n'a attaché ce dernier sens à la note du 8 octobre. Et, véritablement, une pareille concession n'était pas compatible avec la politique de ce Cabinet. Comment! il aurait fait de si grands armements, et pour quel résultat? pour obtenir moins que le Traité n'accordait au Pacha. Cela n'était pas possible. Queh que fussent les événements de Syrie, le Ministère était obligé d'obtenir pour le Pacha quelque chose de plus que le Traité. C'était son devoir , et c'était aussi son intention , parce que c'était l'honneur de la France.

Il ne faut donc pas dire que la Syrie a été conquise par les alliés sous le Ministère du \ er mars, et que ce Ministère s'est résigné à assister en spectateur impassible à cette conquête. Le Ministère du \" mars a voulu s'y opposer et n'a pu faire prévaloir les mesures qu'il proposait ; enfin il ne s'était pas engagé par sa Noie à acquiescer tranquillement à cette dépossession complète du P.cha; il se réservait de regagner par les négociations ou autrement ce qu'on lui aurait pris par les armes. Si d'autres sont décidés à livrer la Syrie entière, qu'ils ne disent pas au moins que c'est là une besogne faite ; elle est à faire; et le Cabinet du i" mars leur en laisse tout l'honneur.

Mais, dans les Bureaux, pour la nomination de la Commission de l'adresse , une première discussion s'engage (le 10), dans laquelle les anciens Ministres: Thiers etRému-

sat donnent d'importantes explications, que presque tous les journaux rapportent delà même manière, Ecoutons!

M. Thiers (o"" Bureau): — A mon arrivée aux affaires toute union de rues entre la France et l'Angleterre avait cessé ; l'Angleterre se trouvait complètement unie à la Russie, à l'Autriche, à la Prusse, dans la question d'Orient ; la France se trouvait seule de son avis contre les quatre Puissances : elle avait demandé de la manière la plus formelle et la plus positive l'Egypte héréditaire et la Syrie héréditaire ; elle avait même annoncé qu'elle se séparerait complètement de l'Angleterre et des autres Puissances plutôt que de céder sur ce point . .. Le parti de l'Angleterre était irrévocablement pris J'ai considéré la signature du Traité non comme

un outrage pour la France, mais comme un très mauvais procédé et comme un abandon de son alliance, qu'elle avait le droit de trouver blessant. Cependant ce mauvais procédé n'était pas d'une nature telle qu'il pût provoquer la Guerre J'ai cru que la France devait se mettre en mesure d'obtenir une modification dans les résolutions prises à Londres; je n'aurais pas demandé une concession qui fût pour les quatre Puissances une Humiliation; mais il fallait une concession Quelconque , pour que l'honneur et l'influence de la France fussent sauvés ; elle le devait d'ailleurs, par Loyauté, au Vice-Roi , car si elle ne s'était pas mêlée de ses affaires au début de ces négociations , il aurait infailliblement soumis (a Porte, et

obtenu d'elle ce qu'il aurait voulu Je souhaitais que le Pacha

d'Egypte se renfermât dans une défensive vigoureuse ; et si cette défensive lui réussissait , même à moitié , la France , se portant comme médiatrice armée, avait chance d'obtenir une concession. Quelque modérée qu'elle fût, pourvu qu'il fût constaté qu'elle était due à la France , Vhonneur de celle-ci m'aurait semblé sauvé

Le bombardement de Beyrouth ne nous a nullement surpris, n'a changé aucune de nos déterminations; mais il a prouvé encore davantage qu'il importait de se hâter. Alors j'ai demandé à la Couronne trois choses: <° de compléter l'armement ; 2° de convoquer les Chambres à bref délai pour leur demander le complément de l'armement; 5° l'envoi delà Flotte à Alexandrie pour couvrir cette importante place et soutenir le moral des Égyptiens. Ces propositions ont été repoussées. Mes collègues et moi avons donné notre démission. Le duc de ltroglie a été appelé : une transaction est intervenue ; il a été convenu que les Chambres seraient convoquées le 28 octobre, c'est-â-dire à 20 jours de date ; que dans l'intervalle on concentrerait la Flotte sous le commandement de* amiraux

LalàndeeiDuperré j que les préparatifs commencés eontinueraient? et que quailt aux mesures qui devaient les compléter , on prendrai 1 un parti définitif au moment de la rédaction du discours du Trône* Ce jour-là a été convenu la Note du 8 octobre * qui avait pour but dé répondre à l'acte de déchéance du Pacha , mai9 dans laquelle on était loin d'abandonner la Syrie. Quand on connaîtra le texte Authentique, on ne pourra conserver aucun doute à cet égard» — Il a été convenu encore que le moment de la rédaction du discours de la Couronne étant venu , si la Couronne accordait les propositions dit Cabinet , le Cabinet resterait aux affaires , sinon il se retirerait. Cependant les démissions étaient données , mais on est convenu d'en garder le secret. Le moment de rédiger le Discours de la Couronne est venu ; le Cabinet a renouvelé ses propositions, dont la principale était l'achèvement de l'armement général. La proposition dit Cabinet n'ayant pas été admise , les démissions Ont été irrévocablement données, Ce n'est pas sur une Phrase du Discours de la Couronne, c'est sur l'ensemble du Plan dont il était l'expression que la dissension a éclaté. Le Cabinet ne voulait ni la Paix ni la Guerre à tout prix, mais il voulait, appuyé sur un armement sérieux , et surtout complet , négocier pour le Vice-Roi des conditions qui pourraient être plus ou moins avantageuses, suivant que la fortune lui aurait été plus ou moins favorable.

Tels sont les motifs de la retraite du Cabinet ; il ne se plaint point, il n'attaque point ses Successeurs, il se borne à cette simple remarque : c'est que les armements de la France n'étant pas complétés et l'intention de ne s'exposer à la Guerre dans aucun cas étant devenue manifeste, il n'est plus possible de négocier d'une manière efficace.

M. de RÉMU6ÀT (3 e bureau) dit que l'intérêt commercial et politique de la France l'engageait* ainsi que l'honneur et môme les adresses des Chambres, à soutenir le Pacha*

M. Roger, du Nord (7 e bureau), dit que le maréchal Smdt a flétri le Traité de Londres du nom de nouveau Traité de Chaumont (par lequel les coalisés de 1814 s'engagèrent à faire la guerre à la France pendant 20 ans).

M Duvergier de Hauranne (l' r bureau), parle dans le même sens. Il rappelle que, à la dernière session, les deux Chambres avaient reconnu et déclaré que le Pacha devait être soutenu) que

le Journal des Débat* avait élé, pendant six semaines, le plus ardent provocateur à la guerre, proclamant hautement que, si le Traité s'exécutait, la France serait déshonorée; que cette provocation du journal le plus pacifique et le plus essentiellement conservateur avait enflammé -le pays tout entier; que tout le parti conservateur avait également excité 1rs passions belliqueuses qu'on incrimine aujourd'hui; que cette ardeur guerrière avait subitement cessé le jour où se fit entendre le canon de Beyrouth ; qu'ainsi les conservateurs n'avaient fait que jouer une ignoble comédie — Il ajoute que c'est la France qui a empêché le Pacha d'entrer à Constantinople, et qu'elle avait ainsi pris l'engagement moral de le soutenir, et que d'ailleurs l'indépendance et la puissance de l'Egypte sont nécessaires à l'équilibre européen.

Tous les journaux rapportent les explications dans les Bureaux , et surtout celles de M. THIERS. — Mais les DÉ- BATS (11 ou 13 novembre) traitent les Ministres Rémusat et Jaubert, et leur ami Duvergier de Hauranne , de révolutionnaires (car ce ne sont plus des hommes de rien, mais des Députés , des Pairs, des Ministres, qui se trouvent coupables de sédition et d'anarchie!)... Les Débats dénoncent le Constitutionnel du 10 (page 56), etc., surtout M. Thiers, les accusent d'attaquer inconstitutionnellement le Roi pour s'excuser, et demandent pour ainsi dire la mise en accusation

de l'ex-Président du Conseil Oui , si l'on a du cœur,

qu'on mette en accusation celui qu'on déifiait hier, mais qui, s'il y a crime envers la Constitution et envers l'inviolabilité royale, est le premier criminel, pour avoir donné l'exemple du haut de sa Présidence. ..Car n'est-ce pas le plus révoltant scandale de poursuivre le National pour avoir parlé de la Cour (on prétend que la Cour veut dire le Roi, et que c'est un crime de parler du Roi), quand on ne poursuit ni M. Thiers, ni le Constitutionnel, ni le Courrier, ni le Siècle, quand on ne poursuit ni les Débats, ni le Messager (page 1*2), ni l'Univers religieux (page 24) , qui tous ont parlé du Roi ; quand on ne poursuit ni la Presse (page 46) , ni M. Fonfrède , qui provoquent formellement à violer la Charte.... ? — Écoutez en effet le Courrier de Bordeaux :

M. Fonfrêde , dans le Courrier de Bordeaux (rapporté par le

Commerce du 14 nov. ) — « Le ministère du 39 octobre,

dit M. Fonfrèdc, né d'une ambassade avortée et de l'isolement honteux de la France, entrant dans l'arène politique avec un discours de la couronne qui ne signifie autre chose que ceci : « Je » n'ai aucun plan ni pour l'Orient, ni pour l'Espagne, ni pour Al- » g'er, ni pour la France, ni pour* les finances, ni pour quoi que ce » soit au monde, » du premier pas obtient une majorité, qui serait certainement fort imposante si le nombre suffisait pour lui donner

de la valeur — Mais il ne s'agit pas de nous dired'one voix

niaisement triomphante : Nous avons la majorité. — Mais ditesnous ce ue la majorité fera du ministère, et ce que le ministère fera de la majorité. — Vous n'en savez rien. Le ministère n'en sait

rien ; la majorité n'en sait rien. — Nous voilà bien avancés ! —

Vous allez donc retomber en plein dans la malheureuse alternative qui. depuis dix ans, anéantit en France le gouvernement. — Le ministère, ne pouvant, ne voulant et n'osant représenter la volonté du ROI, qui serait UNE et FIXE, et qui, par conséquent, donnerait une direction à l'Etat. — J'ai dit toute ma pensée ; seul, je vous ai dit hautement avec la certitude d'être méconnu et repoussé, que le véritable moyen de délivrer la France de l'anarchie qui l'envahit et la dévore, c'était de rétablir le GOUVERNEMENT DU ROI ; c'était de restreindre la chambre dans le contrôle des lois et des actes ministériels, et de ne pas lui déférer la nomination des ministres et la direction du gouvernement.

Ne poursuivre ni cet article, ni les autres journaux, ni M. Thiers , et poursuivre le National , est-ce de la justice? N'est-ce pas proclamer deux balances , deux poids , deux mesures, V arbitraire , par conséquent , le despotisme et la tyrannie ?— Du reste, le Siècle répond aux Débats :

SIÈCLE (15 novembre) : — Le Journal des Débats somme indirectement M. Martin (du Nord) de déployer toute son énergie contre M. Thiers. Rien ne manque à ce document judiciaire que la signature d'un membre du parquet. Et ce n'est pas d'un mince délit que l'ancien Président du Conseil et quelques uns de ses collègues sont accusés : ils ont fait remonter au Roi la responsabilité des actes de son Gouvernement ; ils ont calomnié le Roi et sa politique pour s'exalter à ses dépens. Comme on le voit , les Lois de septembre trouvent ici leur naturelle application , et rien de plus simple que de traduire au moins M Thiers soit devant la Cour

des Pairs, soit devant la Cour d'Assises Ce sont les explications

directes du Constitutionnel du to et celles do M, Tbiers dans le cinquième bureau , que le Journal des Débats dénonce comme une violation coupable du secret des délibérations du Conseil , comme une sorte d'attentat contre la Royauté , suivant la définition des lois de septembre,

M. Thiers, dit le Journal des Débats , a déchiré l'unité du pouvoir en mettant le Public dans la confidence des discussions qui précèdent nécessairement des résolutions importantes ; il rejette la responsabilité morale : il doit être entendu que les Ministres ne signaient que pour la forme, par dévouement, sans répondre de rien , c'est-à-dire que pendant plus de quinze jours la Constitution aurait été suspendue ! Ainsi, continue-t-U, la question est nettement posée entre la Couronne et M. Tbiers. On nous apprend qu'il y a deux politiques dans le Ministère du V mars : une simple et grande: c'est celle de M.Thiers- Si cette politique n'a pas porté ses fruits , il faut s'en prendre à la politique de peur et d'humiliation. M. Tbiers a Ihonneur de la première , je vous laisse h deviner qui a l'honneur de la seconde !

Le Journal des Débat* s'élève de toutes ses forces contre cet exposé qu'il appelle renversement des principes de la constitution. La Charte, s'écrieH-il, ne connaît pas de ministres dévoués , elle ne connaît que des ministres responsables. Tant pis pour vous si le Roi a accepté votre sacrifice; vous êtes responsables, responsables de tout, de ce qui se fait, et de ce qui ne se fait pas. Vous n'avez plus le droit de dire que vous vouliez envoyer la flotte à Alexandrie , ou mobiliser la garde nationale, sinon la responsabilité des Ministres n'est qu'un mot, et' comme il faut portant que quelqu'un soit responsable, qui donc le sera ?

Toutes ces maximes sont vraies, nous le reconnaissons sans hésiter. Le dernier Ministère devait compter peut-être sur la gratitude royale, mais puisqu'il restait au pouvoir, il devait répondre devant le Pays, de son langage, de ses actes, de son inaction* C'est ce qui est arrivé. La responsabilité a été et reste fort grave. Les efforts du Journal des Débats pour l'aggraver encore, et l'étendre au-delà même de ceqoi était juste, prouvent qu'elle devaU rester sans compensation... Prenez garde; avec ces maximes rigoureuses vous aurez bientôt rendu le Gouvernement Constitutionnel impossible -, vous l'aurez bientôt réduit à une domination absolue exercée parle Roi , et secrètement acceptée par les Ministres , ou bien à une lutte ouverte , à utie guerre intérieure de tous les jours , de tous les jnoments^portant sur toutes les questions, et devant précipiter, sans

aucun résultat pour le Pays , les changements de cabinet. Que voulez-vous que fassent des hommes convaincus, des hommes de cœur, si , par hasard , ils rencontrent une résistance persévérante à chacun des actes qu'ils se proposent d'accomplir? — se retirer dès le premier refus, dès la première résistance, puisqu'ils doivent répondre de tout? Vous avez raison. Eh bien ! les Ministres, depuis 1850, n'ont pas suivi rigoureusement ce système, tant s'en faut ! et cependant, nous avons eu à peu près deux Ministères par année. Pensezvous que ce ne soit pas assez ? La France se trouvera-t-elle mieux de vicissitudes plus fréquentes? MM. La ffltteet Dupont de l'Eure, après bien des concessions , que sans doute , dans la rigueur do principe , on ne doit jamais faire, se sont éloignés pour toujours des conseils de la Couronne; M. Casimir Périer a sont i expirer ses forces et son courage dans les luttes qu'il lui fallait soutenir en secret après avoir lutté publiquement contre l'opposition; M. le due de Broglie a passé deux fois par l'épreuve du Pouvoir, et il ne veut plus redevenir Ministre; M. Guizot , poussé à bout , avait fini par se jeter dans la Coalition ; M. Passy, tombé d'abord avec le Ministère des trois jours, ensuite avec le Ministère du 92 février, a porté à la tribune l'expression rude et amère de son désappointement j M. Thierë en est à sa troisième démission , et il est traité de nouveau en factieux; M. Dupin, qui n'a jamais été Ministre, a déclaré qu'il avait refusé sept fois de l'être , parce qu'il exigeait avant tout l'indépendance des délibérations du conseil que signifient ces démissions , ces protestations , ces refus , ces retraites volontaires? cela veut il dire que le Régime Constitutionnel est d'une pratique tellement difficile qu'à peine peut-on se flatter de le voir s'établir solidement en France.. ? vous ne prenez pas garde aux radicaux qui vous écoutent , qui enregistrent les mécomptes , qui constatent les contradictions, qui tirent les conséquences extrêmes de ce qu'ils voient et de ce qu'ils entendent; qui se prévalent enfin de votre témoignage pour s'écrier tous < « Vous voyez bien que dans ce mécanisme constitutionnel il y a des rouages qui se heurtent , et qu'il faut en venir à l'unité ! »

Rien n'avance, rien ne s'affermit ; les institutions ne sont

pas mieux garanties que sous la Restauration ; pas une liberté, quj ne soit, comme alors, entamée ou contestée ; vos fuieurs contre la presse sont plus violentes et aussi plus aveugles que celles qui ont dicté au gouvernement de Charles X les ordonnances de juillet ; vous n'aimez pas qu'on vous parle du Peuple , parce que se$ èesoins vous importutwnt , et que vous avez oublié ses droits ; vous en êtes venus à trouver votre principal gage de sécurité dan* une

armée de 300,000 hommes! — Kst ce cela qu'avait promis h

Révolution de \ 850? Est-ce une situation tolérable pour un pays comme la France de s'entendre répéter sans cesse qu'il doit tout céder à ses ennemis , sous peine de périr dans les convulsions intérieures? Est-ce prudence et loyauté que de retrancher violemment de la Constitution les hommes et les partis qui ne régirdent pas le roi comme le principe et la fin de toutes choses? Est-il vrai qu'il n'y ait que des brouillons, des séditieux, des ennemis du trône , là où vous n'êtes pas, et nous aurions le droit de dire, en nous adressant à MM. Guizot, Teste, Villemain,

Duchdtel , là où vous n'êtes plus ? Il faut que la France soit

libre, puissante, honorée. Elle ne Test pas avec voire système, cela est certain. Interrogez à cet égard toutes les convictions : la réponse sur le fait sera unanime. Aussi voilà le mot de heformb qui s'élève et qui grandit; puisse la réforme, devenue nécessaire , rester modérée et ne s'égarer jamais, soit par voire faute, soit par celle des partis, dans la voie redoutable des révolutions!

Quelle hardiesse de discussion ! Quelle force ! La Liberté ne peut que s'applaudir d'un pareil courage et d'une pareille franchise. — Le Courrier Français ne montre pas moins d'énergie, en soutenant que les Ministres ont le droit d'expliquer à la Nation leurs différents avec la Couronne.— Nous ne voulons pas examiner cette thèse : tant qu'il conviendra au Pays de confier à un homme le pouvoir d'influencer les Ministères et les Chambres , et le droit d'avoir des ministres responsables comme les journalistes avaient naguère le droit d'avoir des hommes de paille pour éditeurs responsables, le Roi sera constitutionnellement hors de responsabilité: mais les Ministres seront responsables devant les Chambres de tout ce qu'ils autoriseront ou laisseront faire, et les Chambres seront moralement responsables devant la Nation de tout ce qu'elles autoriseront elles-mêmes en donnant des lois et des impôts. C'est aux Députés, aux Pairs, aux Ministres, à se montrer Français, citoyens, hommes. Si les Ministres et les Chambres adoptent des propositions funestes au Pays , ils ne peuvent pas plus s'excuser devant lui , qu'un meurtrier ou un incendiaire ne pourrait s'excuser devant un jury sur ce qu'on lui aurait donné le conseil du meurtre ou de l'incendie.

Aussi , le Président du Conseil en mars 1831 , M. Laffitte, a t il su conserver son indépendance et se retirer plutôt que de tolérer une politique extérieure qui lui paraissait fatale à la France. Son exemple est trop remarquable pour que nous n'en rappelions pas ici les circonstances.

M. Laffitte avait solennellement proclamé le principe de non-intervention (1) , et M. Dupin, aujourd'hui très prononcé, dit-on , pour l'intervention en Egypte et pour la paix , avait énergiquement appuyé M. Lallitte (2). Les Débats n'étaient pas moins prononcés pour la guerre contre l'intervention autrichienne en Italie.

DEBATS ( I er mars) : — Le principe de non-intervention

aitend aujourd'hui une nouvelle et plus sérieuse application.— Des secours ont été demandés au gouvernement autrichien par les souverains dépossédés de plusieurs États d'Italie. On parle de traité, de réversibilité, de stipulations, de contingent, qui obligeraient la cour de Vienne à se prêter à ces exigences, et il est hors de doute qu'un mouvement de troupes est commencé dans le royaume Lombardo- Vénitien, vers les frontières de Modène, de Parme eL de la Romagiie. — Ici encore, il n'y a pas deux partis à prendre p*tur lf gouvernement français. La présence d'un seul régiment autrichien sur le territoire d'une de ces provinces, est une violation flagrante du principe de la non-intervention. La Frmicc ne peut y consentir. — C'est ici plus qu'une question d'équilibre ou de prépondérance ; c'est l'avenir tout entier de notre révolulion. — Songeons qu'elle ne vit en Eufope que du maintien du principe qu'elle a proclamé la première , et que les autres puissances ont proclamé après elle. Elle n'a pas cherché sa force dans les accroissements de territoire, elle Ta trouvée dans le respect pour l'indépendance des autres nations. — Une seule atteinte portée à ce retpect , et LA FRANCE S'EXPOSE A PERDRE L'ES- TIME ET LA CONFIANCE DE L'EUROPE.

Cependant, l'ambassadeur d'Autriche, M. d'Appony (3), ayant, dans le courant de février, demandé le consente-

(1) Voyez ma 6 e lettre sur la crise actuelle, page 25.

(2) Ibid.

(3) Tous ces faits sont extraits d'un paragraphe non incriminé d'un ouvrage acquitté par le Jury, la Révolution de 1830.

ment du Cabinet français pour l'intervention autrichienne en Italie, en invoquant.un prétendu droit de réversibilité sur Moîiène, en promettant une Constitution et le désarmement (vaines promesses!), et le T\oi manifestant, comme il en, avait le droit , une opinion conforme , 31. Laffitie s'y opposa, formellement , et tuut le monde déclara qu'on se rendait à son avis. L'Autriche , encouragée pcuj-élre secrètement par quelque Ministre , n'en persista pas moins dans son projet d'intervention, et donna à plusieurs régiments Tordre d'entrer à Modène. — Aussitôt , l'ambassadeur de France à Vienne, le maréchal Maison, envoya à Sébastiani , ministre des affaires étrangères, la dépêche suivaute :

Dépêche du maréchal Maison • — « Jusqu'ici , m'a dit M. de Mdternich, nous avons laisse la France meure en avant le principe de la non-intervention ; mais il est temps quelle sache que nous n'entendons pas le reconnaître en ce qui concerne l'Italie. Nous porterons nos armes partout où s'étendra l'insurrection .... Si celle intervention doit amener la guerre, eh bien ! v enue 1$ guerre! Nous aimons mieux en courir les chances, que d'èâre exposés a périr au milieu des émeutes,

» Vous savez, ajoute l'ambassadeur, que jusqu'à présent personne ne s'est prononcé pour la paix plus ouvertement que moi ; mais je suis convaincu aujourd'hui que , pour détourner les dangeeS qui menacent la France, il faut prendre, sans retard , et avant que les levées de l'Autriche soient organisées , l'initiative de Id guerre , ei jeler une armée dans le Piémont. »

% Le maréchal Maison était si convaincu que la guerre allait commencer qu'il prit sur lui d'écrire di réclament au géné^ raA GuMminot, ambassadeur à Constantinople , et de l'engager officieusement de déterminer la Porte à envoyer 200,000 Turcs en Pologne.

La dépêche arriva à Paris le samedi 4 mars. On conçoit son importance, son urgence ! Le devoir du Ministre était de la communiquer immédiatement au Président du Conseil, qui l'aurait communiquée au Conseil et au Roi. Mais le général Sébastiani la communiqua immédiatement au Roi et à M. Bertin de Vaux (à qui IVJL de JPraslm, gendre du

Ministre , en remit une copie écrite de sa main) , sans en parler, pendant quatre jours, ni au Président ni au Conseil. Le mardi 7, MX..,, qui avait vu la eopie remise à M. Ber-r tin , vient avertir M. Laflitte qu'il était trahi , tandis que M. Y... avait déjà fait connaître la dépêche au National, qui en parlait. M. Lallitte se hâta de convoque» le Conseil, et rencontrant d'abord le maréchal Soult, Ministre de- la guerre , lui demanda s'il eoimaiasait la dépêche. — * Non , ïé-r poodit-il. Il y a un traiïrk ! "-Puis, M» kaflUte alla trouve? le Roi, se plaignit de la trahison deson coUègue subordonné, e/, insista vivement pour savoiç du Rai s'il connaissait la dépêche. Sur la réponse affirmative , M. Laflitte déclara qu'il voyait bien que l'opinion du Roi et de ses collègues était de souffrir l'intervention de l'Autriche , mais que sa conviction et sa conscience étaient que l'honneur et Le salut de la France exigeaient la guerre plutôt que de tolérer l'intervention autrichienne, et qu'en conséquence 4. 4un» nait sa démission. Toutes les. souciions des protestations d'une tendresse royale furent vainement essayées sur une âme long-temps enchantée et sur un esprit long-temps fasciné. Tout ce que purent obtenir de' son dévouement les instances les plus vives, ce fut qu'il restât quelques jours. Mais tous ses collègues (MM. €. Pêrier, Soult, SèbasHani, Montalicet , Louis, Barthe , Mêrithou , d'Argont , môme Thiers) se prononçant pour l'opinion du Roi , pour l'Intervention autrichienne et la paix , M. Laflitte persista dans sa démission comme dans sa conviction. — Nous n'examinerons pas si l'intervention était ou n'était pas l'entrée dans ce fatal système de concessions et de paix; à tout prix, jiont l'intervention en Pologne, en Belgique, en. Egypte, à Alger peut-être, n'est que la conséquence et la répétition ;; nous n'examinerons pas si les autres Ministres ont agi par des mo* tifs d'ambition ou par conviction personnelle; nous admettons môme cette dernière hypothèse : dans ce cas , tout est dans l'ordre, chacun joue son rôle ; le Roi peut certainement avoir et exprimer une opinion sur la paix ou la guerre ; les Ministres qui veulent la paix avec lui peuvent certainement rester auMniisterei f etM,XaffijU,e qui^se trouve

seul d'une opinion contraire, remplit son devoir en résistant à ses affections personnelles comme à toutes les séductions des protestations d'amitié pour déposer sa démission : mais les Ministres qui restent sont essentiellement responsables de leur approbation , ou de leur conseil , ou de leur obéissance à la Couronne ; et quelle n'est pas la responsabilité envers la France et l'histoire pour ceux des Ministres qui auraient trompé et trahi le Président du Conseil , sacrifié leur conscience et le pays à une serviie ambition, et commencé ce malheureux système dont la France déplore aujourd'hui et déplorera peut-être à jamais les conséquences !

Pour en revenir à la question actuelle , M. Thiers est donc incontestablement responsable; et les Chambres ellesmêmes ont une immense responsabilité morale. Aussi , le Commerce, etc. , rappellent-ils aux Députés les engagements pris par eux dans leurs Adresses z

ADRESSE de 4834 : — La France accueille avec une

parfaite gratitude l'assurance que Votre Majesté lui donne du maintien de la paix générale , si important à la prospérité de la paix intérieure et au développement de la civilisation; mais la paix cesserait d'être un bienfait pour le pays, si elle blessait ses droits et sa dignité ; vous ne l'accepterez jamais à un tel prix, Sire, nous le savons. Un peuple qui n'a jamais craint la guerre et qui a fait tant de sacrifice pour s'y préparer, ne peut être heureux que d'une paix qui ne coûte rien à son honneur.

ADRESSE de 4840 : — « Dans ces graves circonstan-

» ces, la position de la France est grande et désintéressée ; sa po- » lilique reste invariable. Elle ne souffre pas qu'aucune puissance » européenne menace Y Indépendance ou l'intégrité de l'empire » Ottoman, dont l'existence est nécèssaire au maintien de la paix xi générale ; mais en appuyant des droits consacrés par le temps, » elle lient compte des événements et n'abandonne pas les dro ts » nouveaux. Le traité qui consacrera des droits si divers doit être » équitable pour assurer à tous une durable sécurité. »

Mais revenons au nouveau Ministère Guizot et Soult,

qualifié Ministère de l'Étranger, et voyons les journaux anglais et allemands. — Cependant, voyons d'abord l'opinion du journal le Peuple.

JOURNAL DU PEUPLE (16 août): — En voyant ce qui se passe depuis quelques jours, nous persistons à dire plus que jamais.- Non, nous n'aurons pas la Guerre, parce que le Château ne veut

pas, n'a pas le courage de vouloir la Guerre Celui qui a le droit

de déclarer la Guerre est un homme prudent, et qui n'entend se servir de ce droit que lorsque les circonstances lui paraîtront graves. Si le temps ne lui a pas paru menaçant, il n'avait pas à déclarer la Guerre , vous le savez bien ; et le sachant , pourquoi êtesvous venu troubler les uns, enflammer les autres? Tenez , il faut bien que vous l'appreniez: savez- vous ce qui se dit partout depuis quelques jours ? c'est que vous avez fait les fanfarons pour faire croire à la Guerre , et que vous avez voulu faire à la Guerre pour agioter en grand, pour refaire des fortunes étourdiment dissipées, pour piper à la Bourse les pauvres petits rentiers, qui sont là , au milieu de vous autres, dit-on toujours, aussi peu en sûreté qu'à la forêt de Bondy. — Vous auriez donc fait comme ces industriels qui , à l'aide de la frayeur qu'ils jettent dans les grandes réunions, dévalisent ceux qu'ils ont effrayés. Le tour fait, le tumulte ersse. Les uns sont enrichis , les autres ruinés, et tout est dit. — Pourquoi ces rumeurs et non pas d'autres? c'est que nid ne peut manquer à son instinct, et le vôtre, messieurs, celui de la pensée qui gouverne la France depuis dix ans, est non pas de vous battre , mais de gagner de l'argent , beaucoup d'argent , le plus d'argent que vous pouvez. Autrefois les serviteurs de la Monarchie se battaient bravement , aujourd'hui ils gagnent de l'argent ...

JOURNAL DU PEUPLE (30 août) : - La hardiesse des Puissances à exécuter le Trailé de Brunow est pour nous la confirmation la plus éclatante qu'elles avaient reçu l'assurance positive, que notre Gouvernement se bornerait à faire quelques démonstrations sans conséquence , qu'on chercherait par tous les moyens possibles à nous endormir, pendant qu'elles mettraient le Pacha à la raison Le nouveau Ministère, si l'intrigue réussit, viendra nous

dire qu'il est arrivé trop tard ; qu'il en gémit, mais qu'il fiut se

soumettre aux faits accomplis Nous deviendrons la risée de

l'Europe. Eh ! qu'importe ? La politique du Château aura triomphé.

N'est-ce pas une suffisant* compensation ? — Un secret pressentiment nous dit cependant que tant de lâchetés ne s'accompliront pas sans que la France n'intervienne elle-même, malgré ce pouvoir occulte qui la paralyse actuellement. Oui, nous en avons l'espoir, elle interviendra pour faire rentrer dans la poussière ces orgueilJeux et cupides Pygmées, qui cotent à 1j Bourse l'honneur de la Nation , pour en trafiquer par l'iig»otage, qui est l'industrie des grands voleurs ; elle interviendra avec son droit , sa force , sa propagande ; et son honneur sera vengé, et le sort des peuples sera réglé selon les prescriptions de l'éternelle Justice.

JOURNAL DU PEUPLE (18 octobre) : — Quand il s'agit de guerre,' comme aujourd'hui, par exemple, les libéraux parlent d'honneur à venger, de gloire à conquérir, bien que résolus de faire toutes les concessions possibles pour l'éviter, et ils l'éviteront s'ils sont convaincus de n'être point atteints dans leurs privilèges, et ils boiront la coupe de la honte jusqu'à la dernière goutte, si les Puis* sancc s leur garantissent la possession du pouvoir, source de toutes les jouissances pour eux. Lorsque les démocrates demandent la Guerre , qu'ils ont toujours considérée comme une bien déplorable nécessité, ils n'ont en vue que les intérêts de la Civilisation et les Progrès du monde menacés par la Sainte-Alliance ; et persuadés que la France est le représentant et la sauvegarde des droits de l'Humanité, ils veulent qu'elle soit forte et honorée, pour que sort action émancipatrice soit incessante et sûre. — Vous avez cédé sur Adana , et on ne vous a pas écouté ; vous avez cédé sur Candie, et on n'a pas eu l'air d'y prendre garde ; vous avez cédé sur les villes saintes, et on a méprisé vos concessions ; enfin, vous avez cédé sur la Syrie, et l'on vous a insolemment répondu qu'on réglerait ces affaires sans vous et contre Vous. Et tout cela , certes , était bien prévu. Vous avez fait aux Diplomates étrangers tant de lâches concessions , qu'ils ont dû penser avec juste raison que vous n'étiez pas â bout d'en faire. Ët ils ne se sont point gênés ; et ils tous ont traité comme on traite d'ordinaire les poltrons et les imbéciles. Le traité du 15 juil'et est la pour le prouver.

Dotit y après s'être montrés simplés jusqu'à la bêtise et conciliants jusqu'à la lâcheté, nos Ministres ont voulu sortir de leur torpeur habituelle; car la convention de B. ; unow a révélé à la Franee que les haines de 1815, qui n'étaient qu'assoupies, venaient de se coaliser de nouveau contre elle. Ët ils ont dit que cette convention était une sanglante injure contre notre nation , et ils ont fait répéter tous les matins par leurs Journaux que la première démonstration

sérieuse contreMéhèmct-Ali serait le signé) d'onegucrre à outrance, parce que l'exécution du Traité serait la déchéance de la France... et les Puissances étrangères , sans déclaration de guerre, ont fuit dë Beyrouth un monceau de ruine*, rasé Caïffa, pris Diunia. Djebail, Séide, Tripoli, insulté noticPavillon bombardé Sàtnt-Jeàn-d'Acrè, bloqué Alexandrie , proclamé la déchéance de Méhémet-Ali, notre allié, que nos Minisires avaient promis de soutenir. . .

Ah! répétons-le sans cessé, lorsque vdus parliez de l'Intégrité de l'empire Oitoman, vous mentiez ; lorsque vous nous avez dit que vous ressentiez l'injure fuite à la France , et que vous en auriez raison, vous mentiez; lorsque vous nous avez protriiS que vbus sauriez défendre nos intérêts, vous mentiez; lorsque vous nOUS àvéz assurés que vos préparatifs militaires empêcheraient l'exécution du Traité, vous mentiez ; lorsque vous nous avez juré que Si Méhémet-Ali était attaqué, vous feriez une guerre à outrance , vous mentiez. Eh bien ! la convocation des Chambres est encore un mensonge. El qui pourrait croire que vous lés eussiez convoquées, si vous n'aviez la certitude que d'ici là la ruine de Méhémel-Ali aurfc acquis la force des faits accomplis que vous savez èi bieii respecter, ou que vos intrigues, opérant sur lEgoïsmé et la Pusillàntrnité des censitaires qui n'ont de culte que pour le veati d'Ot, parviendront à étouffer l'enthousiasme de la France ; et à comprimer sa trop juste impatience à \ei>ger son honneur outragé; a défendre sa Révolution menacée et peut-être compromise par des manœuvres qui réussiraient infailliblement , si un jour elles pouv&teht S'arjpii^er sur les fortifications de Paris?

Voyons maintenant les journaux, étrangers :

MQRNING IÏERALD (fin d'octobre) t — MM. Sottlt et Guizot qui ne désirent que la paix peuvent hasarder eh toute sûreté quelque expression pompeuse pour satisfaire l'opinion et donner au Roi une position convenable devant les Chambres.

TIMES (fin d'octobre ) : — Le moment e9t venu de passer

le Rubicon, il faut dédaigner les menaces de la France et rabaisser son esprit. • •>/.•.•< ,>

COURIER ANGLAIS (rapporté le 12 novembre): — la position du Ministère Soull-Guizol n'est pas tellement affermie qu'elle pût résister au choc d'une nouvelle offense faite à l'orgueil national ou à la vanité de la Franco. Nou$ devons à M. Guiaot qui

s'est courageusement jeté dans le gouffre béant , et qui a risqué sa popularité et sa réputation pour éviter une guerre universelle, quelque témoignage signalé de dédommagement et d'estime. Il ne serait pas bien que ce patriote dévoué tombât victime de ses sympathies en faveur de l'alliance anglaise.

Ainsi, M. Guizotest d'autant plus estimé de l'Aristocratie anglaise qu'il est plus impopulaire en France et plus déshonoré. .>• ,

Le SIECLE du 1* novembre se plaint vivement des journaux de Londres qui engagent le Gouvernement à mitrailler la canaill et osent lui dire qu'il vaut mieux canonner les Parisiens que l'ennemi.

TIMES : — Il est du devoir de la Grande-Bretagne et de tes alliés de seconder les efforts du Ministère Guizot. — La Syrie rentre sous l'obéissance du sultan. Cette circonstance est très favorable à M. Guizot. Si l'Angleterre peut sans compromettre l'objet essentiel du traité contribuer à l'entrée aux affaires de cet homme d'Etat ou à le maintenir au pouvoir , lord Palmerston serait bien aveugle s'il épargnait ses efforts pour seconder honorablement et avec efficacité le nouveau Ministère

STANDARD : — La démission du Ministère Tbiers produira un changement notable dans la disposition de l'Europe à l'égard de la France. Les peuples menacés par la France nourrissaient contre elle un ressentiment profond. Ou pardonnera volontiers à M. Tl tiers es folies auxquelles il s'est laissé entraîner par égard pour le Roi qui les a repoussées ; tout ce que la France peut raisonnablement demander, et même plus , tout ce qui pourra être accordé sans compromettre l'honneur et la sécurité des nations , sera spontanément accordé pour la consolidation d'un trône qui est la garantie de la liberté du monde. On se conduit envers un ami généraux autrement qu'envers un ennemi qui vous insulte. Tout ce que les nations auraient dédaigné d'accorder à l 'insolent incendiaire que le roi a renvoyé et puni , elles presseront le roi de l'accepter. Il est bon que la France sache tout ce qu'elle doit au caractère de son Roi. Toutefois ne nous hâtons pas de compter sur une déclaration pacifique de la part du Gouvernement français, vu l'effervescence qui règne en France. Aujourd'hui le ministère nouveau sera tenu de temporiser. Un changement de ton brusque de la part Je

la cour 9erait dangereux et irriterait la populace égarée ; il faut user de prudence pour prévenir une catastrophe : en attendant , qu'il nous suffise de savoir que l'on a tourné la difficulté , et que l'Europe est rentrée dans une voie sûre. On s'est rendu maître de l'incendie ; ne nous plaignons pas s'il s'échappe un peu de fumée de ses cendres.

Journaux anglais TIMES, STANDARD, MORNING-AD- VERTISER, CHRONICLE, GLORE (rapportés par le SIÈCLE

du to novemb.) : — Le discours de la couronne de France

est plus pacifique qu'il n'était permis de l'espérer II satisfera les amis de la paix, non seulement en Angleterre, mais dans toute l'Europe. Le Times ne doute pas que la politique suivie par le nouveau cabinet ne suscite à la France trop d'offaires chez

elle pour qu'elle puisse s'occuper de l'Espagne Le Morning-

Advertiser félicite le roi d'avoir eu le courage de devenir un moment impopulaire et de s*eœposer dans l'intérêt du système de

la paix aux conséquences des commotions intérieures Si le

Globe ne loue pas le discours autant qu'il le voudrait, c'est qu'il sait que les éloges sont toujours suspects dans la bouche des étrangers: il n'est pas possible , dit-il, de rencontrer plus de prudence

et de fermeté que dans le discours du roi des Français Le Chro-

nicle injurie la France, jette à pleines mains de la boue à la Révolution, et convient que le discours du roi est fait pour causer une grande joie en Angleterre.

La marine anglaise, ajoute-t-il , a conquis la Syrie ; la France n'a plus rien à objecter contre l'exécution du traité; lord Palmerston a rétabli l'intégrité de l'empire Ottoman. Gloire lui soit rendue !

Ecoutez Forgane de la Diète Germanique :

JOURNAL DE FRANCFORT (rapporté le 11 novembre) :— » Noua avons parlé hier de la nécessité où se trouve le Cabinet du 30 octobre, de dire à la tribune la vérité, et toute la vérité, sur la situation, par rapport au Traité du 15 juillet, et de trancher franchement devant les Chambres la question qui s'y rattache. Aujourd'hui, nous croyons devoir insister plus que jamais sur l'importance de cet avis. Les correspondances que nous avons reçues hier de Paris, nous apprennent qu'il est à craindre que dans la question extérieure surtout , le nouveau Cabinet ne lente un juste-milieu entre l'opinion de M. Thiers et celle des conservateurs. Une circonstance confirmerait assez les appréhensions de nos correspondants. Le Journal dan Débats fait entendre très

clairemenlqueM.Guiioteontinuerailla politique des note» de M. Thiers, ou, en d'autres termes, que M. Gmzot battrait M. Thiers avec les notes de M. Thiers.

» Sans doute, il ne manquera pas de gens pour applaudir à l'habileté d'une pareille tactique; mais ce ne sera pas nous. Nous sommes, au Contraire, profondément convaincus qu'on fie sè tirera pas à aussi boa compte du gâchis dans lequel on est entré; nous soulmeS convaincus qu'il faut de la netteté dans la conduite et dans le langage pour rendre au Gouvernement français toute la liberté dation que tes partis lui ont enlevée dans la question extérieure. 8» donc M. Guiiot donne à son Cabinet la direction que le journal des Débats et la polémique de la Tresse semblent indiquer, nous osons le lui prédire hardiment, il n'ira pas loin. Eu effet, s'il est en politique un système qu'on puisse appeler immoral dans son principe , et toujours stérile dans ses résultats, un Système qui à été dé tout temps en France funeste à ceux qui l'ont pratiqué, à partir dê M. Décrites jusqu'à M. Molé, c'est certainement lë système dé bascule.

» Là première besogne du Cabinet actuel, si nous avons bien compris sa mission, c'est de dompter les factions, en leur enlevant le moyen d'exploiter désormais la question extérieure à leur profil. Pour cela, il faut que le Cabinet fasse prendre au Gouvernement une attitude bien dessinée vis-à-vis des Cabinets étrangers et vis-à-vis des Chambres.

» Te traité du 15 juillet ne louche ni à l'indépendance de la France, ni à l'équilibre européen, et il n'altère en aucune façon les rapports de la France avec les autres cabinet*. (1 n'a été conclu sans le coiicdurs de la France que parce que le gouvernement français d alors a voulu luimême se séparer des puissances, surtout par rapport à son exécution. Ce sont là des vérités incontestables qu'il fiut reconnaître hautement à la tribune; c'est là le vrai terrain sur lequel le nouveau cabinet doit se placer. De plus, il est de toute nécessité qu'il ne recule pas devant l'intime conviction que ses membres doivent avoir ac.juise ; que les puissances ne veulent que la paix avec la France, qu'elles ne songent nullement à dépouiller le sultan, ni même à touchera la position du pacha 1 d Egypte, pourvu que celui-ci accepte franchement le traité du 15 juillet et le titre de vassal de la Porte Ottomane. Sans ces éclaircissements sur la portée et le but du traité en question, le cabinet ne saurait trouver bar dévers lui le mojen de déclarer désormais inutiles les armements que l'ôrt a entrepris et poOrsùivi> jusqu'ici sous les prétextes lés plus frivoles. Or, sans la cessation des armements, point de |»o>sibilité au mlnis'èrc de rétablir la tranquillité intérieure en France et de réprimer lés excès dés filetions. Hé quoi ! Min stres du 30 octobre, vous voudriez prendre, a ia tribune, le même ton belliqueux que vos prédéce setirs! Vous voudriez prétendre que l'isolement que la Fr >nee s'csl donné ?'» elle-même est un butrtige qu'on lui a fait! Vous vou Iriez continuer ces jeux de casas belli plus vains ici uns que les autres! Vous vaudriez vous déclarer pour la continuation des armements, en feignant envers les puissances une défiance que Vou 1 * n'iprouvt* pas intérieurement l Mais alors, ne *erie**v0Ot

pas les continuateurs purs et simples du 1 er mars? Mais alors» voos ne

voudriez donc jamais tn finir avec votre Marseillaise ou théâtre, avec vos rassemblements dans /es rues, ni avec la polémique incendiaire de votre presse sut- la question extérieure?

» Le traité du 15 juillet est presque déjà un tait accompli, tl sera désortfiate'fune des bases du droit public européen; et utte (ois èxéeulé, iè bénéfleè voit* ell revient comme aux autres puissances, ét vàtts lésa" vtt tint, plus qu'a feLLÊ* sncorb ; et vdiis votis refuserez de dire à la tribUné que volis consente* à son exécution! En vérité, cela ne serait ni d'une politique loyale, ni d'une politique éclairée. Il y a plus} en appelant à voire aide celte sorte de faux-fuyants, et en flattant mal é propos l'orgueil national, vous succomberez, à coup sûr, dans la lutte que vous avez appelée vous-mêmes une bataille désespérée. Ne vous placez donc pas dans une position qui vous ferait Irerabler au moindre mouvement du télégraphe de Mdfsèillé ou à l'arrivée de chaque baieau à vapeur venant de l'Orient. Qttè M. tJnizol prenne la même nette position qu'il sttt sé doonér le 6 septembre, lorsqu'il reconnut la nécessité dé se Soustraire au jbugdu télégraphe de Rayonne, en déclarant ouvertement qu'il n'interviendrait pas en Etpagné, quoi qu'il arrivât au-deià des Pyrénées.

» En s'adressent franchement aux Puissances, le Cabinet du 30 octobre saura bientôt à quoi s'en tenir sur l'extension qui doit être donnée à l'exécution du Traité du 15 juillet. Qu'il se rallie donc aux Puissances pour hâter, par son ascendant moral a Alexandrie, la solution de la question. M. Thiér», touten déclarant qu'il ne serait point le médiateur entre les Puissances et le Pacha, en avait néanmoins entrepris le rOe, mais d'une manière qui n'était guère de nature à faire ouvrir ah vice-roi les yeux sur ses vrais intérêts. Que M. Guizot accepte cette noble mission, en suivant toutefois une autre marche. Qu'il se montre Français et Européen et non Egyptien a Alexandrie ; qu'il déclare au Pacha qu'il ne le soutiendra en Egypte qu'un prix de son entière adhésion au Traité du iS juillet. Alors Mehémei-Ali se soumettra; et le cabinet du 30 octobre aura terminé la question orientale d'une manière conforme aux intérêts généraux européens, en même temps qu'il sortira victorieux à la tfibune de ta première éprehve qui ta décider de sou existence. *

Ecoutez encore le Journal de Franefort.

*« La missiott du général Çjrollmann pour Vienne, suspendue provisoirement par la nouvelle de la crise ministérielle en France, a été ajournée indéfiniment par là nouvelle de la formation du ministère >oull-Gtii2ot. La première démarche du nouveau cbiuet français a e*ic de protester contré les intentions belliqueuses que l'on Supposait à la France sous le ministère démissionnaire , et de donner aux ambassadeurs étrangers résidant à Paris l'assurance que le maintien de la fjaix èn Europe était la devise du cabinet du 2tf octobre.

» Os ouvertures faites par M. Guizot au baron Arnim , notre minisire plénipotentiaire près de la cour des Tuileries, ont été immédiatement transmises par celui-ci au cabinet de Berlin , qui a an été qu'il fallait attendre que la position du nouveau ministère français vis-à-vis les chambres pût se dessiner d'une manière précise , avant de répondre à ces ouvertures. En attendant , M. de Grollmann, qui devait partir pour Vienne, prend part à la commission extraordinaire nommée par le roi pour établir un plan de défense générale de toute l'Allemagne contre l'éventualité d'une invasion française par les frontières du Rhin.

» Au nombre des mesures préventives adoptées par cette coroniisHnn. il faut compter le départ des commandants-généraux Tbilc, Pfuel et Nostiz, chargés d'organiser leurs corps respectifs sur le pied de guerre. Mais ce qui a fait la plus grande sensation chez nous, et qui prouve l'intention sérieuse de notre cour de prendre une attitude belliqueuse par rapporté la France , c'est qu'hier le général Hayde, commandant la Indivision de réserve , a reçu l'ordre de partir immédiatement pour Breslau. Ce fait n'est que le prélude de l'appel général et prochain de toute la landwehr. »

Il faut bien le remarquer, dit le Commerce , les gouvernements d'oulre-Rhin n'arrêtent pas leurs armements, et ils nous font signifier par le Journal de Francfort que nous devons suspendre les nôtres

Nous ne cesserons de signaler tout ce que cette attitude a de menaçant pour notre indépendance. Si les chambres n'en tiennent pas compte, nous aurons fait notre devoir, et le pays, du moins, sera averti.

Toutes les nouvelles de Bavière s'accordent à annoncer que le rappel des semeslriers sous les drapeaux s'opère avec activité. Plusieurs régiments doivent renforcer la garnison de Landau , où l'on a déjà envoyé des renforts d'artillerie. La garnison de Wurtzbourg sera augmentée de trois régiments de che*au-légers. La S* division de l'armée bavaroise sera bientôt au complet , et pourra se mettre en marche. La Gazette à" Augsbourg nous apprend en outre que les États de la Confédération ont accueilli avec empressement l'invitation de s'armer qui leur a été faite par le gouvernement prussien.

C'est l'attention portée sur ces faits que nos députés doivent voter l'adresse. Ils comprendront peut-être alors si le moment est *enu de faiblir.

Le Journal dè Francfort poursuit avec perse vérance ses dotv seils, nous pourrions dire ses injonctions au ministère Guizot. Ce n'est pas assez des directions sur la politique extérieure, il lui fait la leçon sur la politique intérieure. Les lois de septembre, les victoires remportées sur l'émeute ne peuvent suffire au gouveinemen pour la résistance , qui est sa condition forcée. Il faut changer la base électorale ; i\ faut que le gouvernement crée dans la chambre une droite qui lui serve d'appui: si le gouvernement représentatif est possible , il ne Test qu'à l'aide des éléments aristocratiques. Tout cela n'a pas besoin de commentaires.

La feuille allemande n'est, du reste, pas moins satisfaite que la presse anglaise du discours du trône. EUe loue surtout M. Guizot d'avoir mis de côté tout esprit belliqueux , et de n'avoir pas voulu donner une fausse apparence à la véritable situation des choses-.

Gazette d'Augsbourg.— La (Tazette d'Augsbourg (dit leCommerce, du 44 nov.) qui ne croit pas, comme le Morning Chronicle 9 que l'affaire de Syrie soit terminée, envoie à ses abonnés un plan de celle contrée qu'elle suppose devoir être au printemps prochain le théâtre d'une grande lutte dans laquelle il faudrabien, dit cette feuille, que la France entre en lice.« Le théâtre de la guerre s'agrandira, dit la feuille allemande. Méhémel-Ali fera ses derniers efforts-, on soulèvera l'Asie-Mineure; les Russes arriveront d'Erivan et d'Odessa, et la dernière heure de l'empire turc chancelant ne tardera pas à sonner, car il faut que sa ruine amené la fin de la lutte actuelle. De l'Inclus à la Méditerranée tout est en dissolution, et ce sont les Européens qui décideront. Le nœud se complique de plus en plus, et la guerre une fois commencée, on ne sait où elle s'arrêtera. »

11 est certain que les dernières nouvelles de l'Inde, même telles que les donnent les journaux anglais, annoncent un redoublement d'ardeur dans la lutte, et que dès qu'on saura dans ces contrées que l'Angleterre doit guerroyer à la fois en Syrie, en Chine, et peut-être contre la France, bien des haines étouffées pourront se raviver. Un gouvernement habile avait bien des moyens d'agir sur l'Angleterre, et lord Palmerston,en signant leTraité du lo juillet, pouvait se perdre ; mais il savait à qui il avait affaire.

Y a-t-il , dans ces journaux étrangers , assez de mépris et d'outrages contre la France!

Cependant M. Guizot , faisant pour ainsi dire cause corn-

mune avec eux, repousse la politique personnelle de M. Thiers (dont il consentait à être l'agent) , et cherche à le flvitrir dan& le Moniteur Parisien en l'accusant d'avoir fardé de paroles fanfaronnes ses lâches résolutions, — Mais il adopte la Note du 8 octobre, qu'on a dit contenir l'opinion approuvée par le Roi , sans réfléchir que cette Note , si remplie de concessions, contient cépendantun engagement de faire la guerre si l'on veut détrôner le Pacha.

Néanmoins , les événements marchent ; les Alliés conquièrent le littoral de la Syrie, souillent la division, la trahison, l'insurrection > jusque dans l'Egypte; on parte de. possibilité d'empoisonnement du Pacha, tandis qu'il accuse le Gouvernement français de l'abandonner et de le trahir , et que Palmerston le menace et se moque de la France, même de M. Guizot, dans une nouvelle Note en réponse à celle du 8 octobre.

NOTE PALMERSTON (2 novemb ) : — Le gouvernement

anglais, dit-elle en substance, voit avec la plu* vive satisfaction que M. Thiers , nonobstant quelques divergences d'opinion avec les puissances européennes, seulement sur les affaires de détail, est d'accord avec elles sur les principes fondamentaux qui doivent régler la conduite de toutes les grandi s puissances. Toute rupture de la paix est par là impossible. Le gouvernement, anglais félicite ironiquement M Thiers de ce qu'il a accepté avec une fidélité religieuse les traités de 1815 ; un arrangement , dit-il , qui a pour but d'empêcher que l'Egypte et la Syrie ne soient détachées de 1' empire Ottoman , est exactement cou forme à cette opinion, et aussi bien d'accord avec sa lettre qu'avec son esprit- Lord Palmerston pense que la puissance souveraine qui gouverne tout l'Empire turc doit pouvoir exercer son autorité suprême avec une indépendance entière de tout contrôle étranger, aussi complètement et pleinement sur les rives de la mer Rouge que sur la mer Noire , en Egypte et en Syrie, que sur le Bosphore et les Dardar nelles, si Méhémet-AIi, ajoute til, pour me servir des termes de la dépêche de M. Thiers, est « un Pacha désobéissant envers son maitie, et dépendant de toutes sortes d'influences étrangères.» Loin d'être un élément essentiel à l'équilibre européen , il n'est plus pour l'Empire qu'une source.de faiblesse et de dissension!; Qu'U rwte. d/wau^ultan a. décider, ctaufte souvoraia de l'Bm-

pire turc, lequel de ses sujets sera placé par lui pour gouverner telle ou telle partie de ses demaincs, et qu'aucune puissance étrangère n'ait le droit de contrôler le Sultan , dans l'ex< rcice disert: tionnaive d'un des attributs inhérents et essentiels de la. souveraineté indépendante.

Tous les journaux, comme nous l* verrons tout-à^rheure, trouvent cette Note plus outrageante encore que le Traité : mais M. Guizot, réduit à dissimuler l'injure pour n'être pas forcé d'en tirer vengeance, soutient , dans ses journaux, que cette Note ne contient que des réflexions métaphysiques sans application. Lui seul nie ie soufflet qu'il vient d& recevoir après s'être vanté qu'il obtiendrait de son ami Palmerston des conditions meilleures. — Ecoutons maintenant les journaux.

CONSTITUTIONNEL (15 nov.) : — La dernière note de lord ^almerslon n'est pas moins que la théorie de la piénipotence de* souverains légitimes , telle qu'elle est consacrée par les traités 4e IH15. Dans celte théorie ♦ tous les faits intervenus depuis ces traités ne doivent pas prévaloir sur les principes qu'ils contiennent. Appliquée au sultan, cotte théorie maintient ses droits de souveraineté sur tous les territoires qu'il possédait à l'époque des traités de 1814. Si cette légitimité inaltérable rencontre un pouvoir nouveau, il n'existe a qu'autant qu'elle lui permettra d'exister. Le pouvoir du pacha est un tait qui disparaît devant le droit ; mais ce droit de souveraineté ne peut pas s'arrêter en Egypte : il va jusqu'à Alger. La théorie de la noie va même beaucoup plus loin. La révolution de Juillet n'est pas comprise dans les traités de 18lo.

CONSTITUTIONNEL (15 novembre) : — Pourquoi oe pas 1* dire à la Chambre ? Les circonstances sont telles qu'un bon nombre d'esprits limprés, mais sincèrement patriotes, qui répugnaient à se jeter dans l'iuconnu , commencent à se demander en effct si la Réforme électorale ne serait pas devenue la Nécessité de la situation. Nos correspondances des déparlements nous apprennent que. des hommes très attachés au gonvernernent de Juillet, et jouissant parmi leurs concitoyens d'une considération méritée se décident à signer des pétitions pour la R< Tortue électorale, et que beaucoup d'autres, pour prendre ce parti, n'a tiennent que le résultat de la solennelle discussion qui va s'ouvrir sur la réponse au discours du Trône.

La Chambre est prévenue : le pays a les yeux sur elle , et c'est d'après la conduite qu elle tiendra qu'il réglera la sieuoe. S'il avait jusqu'ici mis toute sa confiance dans ses mandataires légaux, c'est qu'il ne supposait pas que dans une question d'honneur national, lu fermeté de la Chambre pût lui faire faute. Si son espoir est déçu, le vœu d'une réforme électorale et parlementaire deviendra

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