SENTENCE
Nous syndiques, juges des causes criminelle» de telle cité, ayant vu la procès tait ei formé partie va ni nous, à 1 instance de notre lieutenant es
d'Arragoi en Espagne, par lequel et les volontaires confessions en nos ■nains faites et par plusieurs fois réitérées, el tes livres devant uuus produits , nous confie et appert loi Servet, avoir des long-temps mis en avant
remontrances et corrections, avoir d'une mal ieieuie el perverse obsli nation peraévéremment semée et divulguée josques à l'impression de livres publies contre Dieu le père, Le fils et le saint esprit ; bref, contre les vrais fondemens de la religion chrétienne, et pour cela taché de faire chisme et trouble en l'église de Dieu, dont maintes ames ont pu être ruinées et perdues (chose horrible et épouvantable, scandaleuse et infectante), et n'aToirni honte ni horreur de te dresser toralemenl contre la majesté divine et sainte trinite; aim avuir mis peine et t'etre employé obstinément à infecter le monde de tes hérésies et puante poison héréticale : cas et crin» d'hérésie grief et détestable, et méritait giiève punition corporelle.
A ces causes et autres justes à ce nous mouvantes, désirant de purger l'és,lise de Dieu de tel iufecteiuent, el retrancher d'icelle tel membre pourri , ayant eu bonne participation de conseil avec nus citoyens et aiaiil invoqué le nom de Dieu pour faire droit jugemeot, séans pour tribunal
jeux, disant, ou nom dit psre, du fîlt et dit minl-eiprit, par cette notre définitive sentence laquelle donnons ici par écrit. Toi Michel Servet condamnons à devoir être lié et mené au champ de Ckompct, et là devoir
lllï ÉTABLISSEMENT DE LA HEPORHR
être à un pilutis altaebé et brûlé tout vif avec ton livre , tant écrit de B main qu'imprime, jusqu'à ee que ton corps suit réduit eu cendres; el lin^i lin ii-^-i l<\i jiiiii i prinr <3<iij[ilt i \l l iji[]1l^;u\ .hl I u s ijiii tvl cas voodroient
sentence faites mettre en eiéemion (i)..
Cei arrêt cruel fut lu le 37 octobre à Servcl pr le tribunal. Le milheurcun, frappé Je sliipmr à cette nouvelle, tomba clans un abatte-
trancher h tt-i t- , afin que féiimiiiiTé des .(iiiillrmiccs ne le jetât pas dans le: désespoir et ne perdit puint uni aine. Il ajouta que s'il avait pèche
volonté que d'augmenter ta gloite de Dieu. Mais il trouva ses juges impitoyable» et il fut rccnndnit en prison (a). Espérant sans Joule qu'il obtiendrait la vie en louchant sot. persécuteur, Sei-vet désira le voir dcui
rendit auprès de lui. Voici comment Calvin racuiile lui-même celi» n.nférence : • L'ayant oncilionné sur ce qu'il me voulait, il me dit qu'il
- voulait me demander prduu. Je lui répondis avec sineérilé que je -n'avais jamais poursuivi nies injures privées; que je l'avais nveni
. jvait déjà offert mes soins pour le guérir au péril même de mi vie, et
- qu'il n'avait pas dépendu de moi que les gens pieux ne tendissent b
- main à son repentir; Ljcc'eciMiitc j'avais doiieeim-ril et .h.iijs [dat cherché à . le ramener par les letire* qui' je lui avais écrites .- i[U enfin je n'avais ou-
• Mié aucun office de bienveillance jusqu'à ce que, exaspéré par mes libres
• observations, il avait répandu contre moi sa rage plutôt que sa bile. Mail . m'abstenaut de parler de ce qui cuti cernait, je le priai d'implorer plutôt
■ lil», et te sjint-esprit; de chereber à apaiser le CLs de Uicu auquel it
■ avait honteusement enlevé » nature en niant qu'il eut revêtu une chair
- semblable à la nôtre, en brisanl ainsi le lien de l'union frateroelle, en
[1] Çdli «MB*! M d.N. All-«ri«, f. s; 1 .01, « i... I 1
* GENÈVE. l63 . repoussant l'unique rédempteur. Mais je n'obtins rien de lui par mes
. sage que ne le commande la règle du maître. C'est pourquoi, selon le * précepte de suint P:iul h jf m\ : lm];ii;ii ili' fi lninime héïclique qui, en . pr.c liant , . : tait condamne par son pl'ipiT jugement (i). .
Serre! Tut conduit suppliée par rarel qui se trourait en ce mnmenl à Genève. En y marchant, le malheureux ne cessa de s'écrier: O Dieu,snuve mon amel âjcsiu, fds du Dieu éternel, aie pitié de moi {3)! Lorsqu'il fut arrive en vue du bûcher qu'on avait élevé hors de h ville, à Champel, lieu des «Feulions, il tomba il ecuoux, et il pria Dieu pendant quelque temps. T;i:n:is 'fu i: pliait, l-'m r-i-L , .-. adressant à la foule du
Vojez quelle force a Snlan quand il possède quelqu'un. Lorsque Serve! eut
ternit ses opinions, l'engagea » parler au peuple; mais l'infortuné, troublé jusqu'au fond del'ame, no répondit quepar des gémissements, et ils écriait: 0 Dieu! ô Dieu! Sut les iriMo.uces del'arel ,p,i lui d.mambit s'il n'avait rien
Farel L'exhorta a invoquer le fils éternel de Dieu, mais il le refusa constamment. Il s'avança ainsi en silence vers le bûcher. Il fut placé au milieu de fagots de chêne encore verts et de branches d'arbres encore garnies lit leurs feuilles. Un pieu s'élevait au centre du bûcher, il y fut attaché par une chaîne de fer, et son cou y l'ut llié par une corde épaisse qui faisait cniatro ou cinq mura. On avait placé sur sa tête une couronne de chaume, couverte de soufre, et son livre do la Restitution du christianisme avait été lié à sa cuisse. Il pria lui-même le bourreau de ne pas le làiic souffrir long-temps. Celui-ci mit d'abord le feu en face et ensuite tout autour de Lui. En voyant s'allumer le bûcher, l'infortuné poussa un eri si horrible qu'il glaça de terreur tout le peuple. 11 souffrit long-temps, et il criait d'une voix lamentable : Jésus, fils du Dieu éternel, nje- pitié :1e moi! l'ont idjrL : ^i L r .*cs =<iuf:ra:iei^ . <[■.[<■!: pie 5 '--:v.^ lin prnp\' iilli irni nhi-t.lier du bois, et le jetèrent dans le bûcher. Après une demi-heure de c«t
ai.
• 64 ÉTABLISSEMENT DE LA KÉtOHME A GBNÈVK.
aiTmix tourment, il eipira (i). Telle fui la En de Servet, que des homme» qui auraient «te brhlcs dans leur pays, parce qu'il» ne pensaient pai ce qu'y pensait tout le monde , firent brûler parce qu'il ne penssit pat
• En ce temps-là Michel Servet (dont il a esté parlé ri -dessus) , Espagnol, de maudite mémoire, survint, non pas homme, mais plustost un moj.'lie horrible composé de toutes [es hérésies anciennes et nouvelles, condamnant le bapLesme des petits enfan» : el surtout exécrable blasphemrteur contre la sainte trinilé : et nommément contre l'éternité du fils île Dieu. Cestuy-cy estant arrivé dans cette ville, el recognu par aucuns oi-i lavoyeut veu ailleurs, (ut saisi par le magistrat le i3* jour daour', « cause de ses blasphèmes. Ët là dessus fut tellement et vivement ooœLalia par Calvin en la venu de Dieu et de sa Parole, que pour toute défense il ne lui resta qu'une opiniaslrelé indomtable : a raison de laquelle par juste jugement de Dieu et des hommes, le a;' jour d'octobre, il fut condamné au supplice de feu : et ainsi finit sa malheureuse vie et ses blasphèmes qu'il avoit desgorgex de bouche el par escril , 1 espace de trente ans el plus. Or il n'est pas besoin d'en parler davantage , veu qu'il y Et uu Jbrl beau livre, que Calvin en composa expressément un peu après, assavoir l'an i5S4 , où il montre que la vraye et dro'ue foi porte dç croire trois personnes eu une seule essence divine, réfute les erreur» détestables de re mal-heureux Servet ; et prouve que l'office du magistrat l'ejtend jusque» à réprimer les hérétiques, et que pourtant à bon droint ce meschant-là a esté puni de mort à Genève : brief , qu'il portoit de» marquis lli'-n . l'TJ^ini'^ ,ln r< : piiikklir.ui (a). - 1
(!) f sir. p»r [t»i n. dfealli, Alhronfeii, p. 10» 'i !3t, et Jso 1 tUiM^â A —m MU. Srr**, | ^iiiwuli;naiilvFiA«nii I vniBidM|i««l F art>».CteUJIioi J.L.Muhnn.r.M)
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