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Comment l'Église romaine n'est plus l'Église catholique

Selon les anciens catéchismes, il y a quatre marques auxquelles on reconnaît la véritable Eglise de Jésus-Christ : elle est une^ sainte^ catholique et apostolique. Et comme les ultramon tains sentent qu'en s'en tenant à ces quatre marques ils ne sauraient démontrer péremptoirement qu'ils sont la véritable Eglise, ils ajoutent dans leurs nouveaux catéchismes une cinquième marque qui tranche toute difficulté en leur faveur. « La véritable Eglise, disent-ils, est une, sainte, catholique, apostolique, et romaine. ^

Pour nous, anciens catholiques, restons fidèles à nos vieux catéchismes. Nous aurons jugé l'église romaine actuelle, quand nous aurons vu comment elle est une, sainte, catholique et apostolique.

D'abord, possède-t-elle réellement l'unité ?

L'unité véritable de l'Eglise catholique n'est cas

COMMENT L'EGLISE EO>Li.INE

seulement l'accord de l'Eglise avec elle-même à un certainmoment de la durée ^ mais à toutes les époques de son existence. En effet, s'il n'en était pas ainsi, l'unité de l'Eglise ne serait ni catholique, ni apostolique, ni chrétienne.

Or, d'après ce principe incontestable, il n'est pas .moins incontestable que l'église romaine actuelle est totalement dépourvue d'unité. Car, par la prétendue définition dogmatique de l'infaillibilité et de l'omnipotence du pape, elle a totalement rompu avec la foi catholique qui était enseignée avant le 18 juillet 1870. Le 18 juillet 1870 est une complète dénégation du catholicisme antérieur. Donc l'églisa romaine actuelle n'est plus mie avec l'église catholique qui a précédé le 18 juillet 1870.

Mais, même en ne considérant l'église romaine que depuis le 18 juillet 1870, est-elle réellement une?

Pas davantage.

Si, en effet, on l'envisage comme étant composée des anciens et des nouveaux catholiques, il est manifeste qu'elle est profondément divisée. Aussi les nouveaux catholiques s'empressent-ils de rejeter hors de son sein quiconque veut rester catholique cofpme on l'était ayant le 18 juillet 1870.

Mais , même à ce dernier point de vue , l'église romaine, réduite simplement aux catholiques de juillet, peut-elle revendiquer l'unité comme sa marque caractéristique ?

L'unité d'HYPocMSiB et de peur, oui; l'unité de DOCTBiNB, non.

Pour nous en eonvaincre, examinons comment les catholiques libéraux d'autrefois, devenus officiellement ultramontains par leur soumission officielle aux nouveaux dogmes, ont fait cette soumission.

Nous possédons sur ce point des renseignements précieux, qu'il serait indiscret de livrer maintenant à la publicité. Qu'il nous sufSse pour le moment d'affirmer les faits suivants :

Npus connaissons un cardinal allemand qui a publié dans son diocèse les décrets du concile du Vatican, et qui cependant a dit à un ancien catholique : « Si, après ce que vous avez écrit sur l'invalidité du concile, vous vous rétractiez, je n'aurais pour voqs que du mépris. >

Nous connaissons un évêque de la même nation, qui a également publié les décrets du concile dans sou diocèse, qui a même signé la lettre pastorale de soumission des évêques de Fulda, et qui, dans son entourage, ne se gêne nullement pour dire que les gens de la cour de Bome sont les suppôts du diable, et pour rire à pleine gorge de Tinfaillibilité papale.

Nous connaissons un évêque hongrois qui a envoyé à Rome i^ne lettre de soumission, mais avec cette distinction : « Comme catholique et comme évêque , je me soumets à l'autorité de Eoii^e ; mais comme homme et comme théologien .^ îe

garde ma liberté et ma conviction ; d distinction qui sape par la base le catholicisme romain, en proclamant qu'il est dogmatiguement en opposition avec la raison, avec la science, avec l'histoire, et en permettant, sous les dehors de Tobéissance, non-seulement le scepticisme, mais l'incroyance formelle et explicite.

Nous en connaissons deux autres, l'un allemand, Vautre français, qui n'ont envoyé au pape leur lettre d'adhésion aux nouveaux dogmes que sur la menace expresse de retrait de pouvoirs. Nous ignorons le degré de sincérité de l'évêque français. Quant à l'évêque allemand, se voyant méprisé de tous ses anciens amis et ne pouvant voir personne parmi les catholiques qu'il respecte, il a avoué plusieurs fois que la mort lui serait plus douce qu'une telle vie.

Nous connaissons un évêque français, qui, après la lettre que le P. Hyacinthe a écrite au P. Gratry pour, flétrir sa rétractation, a signalé cette lettre à l'un de ses amis, lui avouant toute l'admiration qu'il ressentait et pour la lettre et pour l'auteur.

Une amie de Mgr Place, évêque de Marseille, a écrit la lettre suivante le 26 décembre 1870 : «. . . Ceux (de nos pauvres évêques français) qui n'ont point promulgué le dogme, affirment que rien ne les oblige à le faire avant la clôture solennelle du concile, qui n'est que suspendu. Le dogme n'a été promulgué ni à Paris, ni à Orléans, ni à Marseille.

Quant à cette dernière ville, j'ai tout lieu de croire qu'il ne le sera point tant que Mgr Place sera notre évêque. Le seul acte de soumission qu'il ait fait a été d'insérer dans un post-scriptum du mandement du 4 août : « Le moment n'est pas encore venu de vous entretenir en détail des travaux du concile, il faut pour cela attendre sa clôture ; mais, du moins, puisque les deux décrets qu'il a rendus et qui put été revêtus de la confirmation du Saint-Père sont connus, la paix de l'Eglise et le devoir qu'impose la conservation de la sainte unité... demandent que ces constitutions soient reçues avec déférence, respect et soumission par tous les enfants de^ l'Eglise.» Depuis, il n'a pas ouvert la bouche. J'aurais mieux aimé pour mon compte qu'il n'imprimât pas cette phrase ambiguë ; mais vous voyez cependant qu'il n'y a rien là qui ressemble à un acte de soumission formelle ou une adhésion donnée à ce qui s'est passé à Rome... Jusqu'à présent notre évêque % affirme pas que l'assemblée du Vatican soit un concile^ ni que le dogme soit un dogme, mais il ne veut pas non plus dire le contraire... La pauvre France s'est suicidée, mais le catholicisme l'y a bien aidée.. ^. Je crois comme vous que c'est le mensonge qui nous tue, et que, tant qu'on ne verra pas cela, nous roulerons d'abîmes en abîmes (1). i»

(1) Voirie Journal du Concile du D' Friedricli , p. 459-460; Nôrdlingen, 1871.

Voilà donc comment croient les évêques qui se sont soumis depuis le 18 juillet 1870 ! En est-il autretnent de la plupart des prêtres? Non. C'est toujours, au fond, le même scepticisme. L'un d'entre eux, qui a fait sa soumission, écrivait le 10 janvier 1872 : « Nous ne sommes pas chargés d'en remontrer à ceux que Dieu nous a donnés hiérarchiquetnent et 'administrativement pour supérieurs ; nous n'avons pas même le devoir de les suivre, quand il nous apparaît qu'ils s' écartent des voies de l'honneur et dea chemins du ciel ; nous n'avons qu'à leur obéir, etiam discolis k.. Pourquoi nous mêlerions-nous des démêlés de la reitie de Hongrie?..» Qu'est-ce que nous sommes, du reste, pour risquer de troublôr notre vie, en contredisant les plus forts ? Gamalîel avait raison : Si est ex hominibus^ dissolve lur; si vero ex Deo est^ non poteritis dissolvere^ ne forte et Deo repugnare inveniamini. Sinite illos^ sinite m os. »

Les simples fidèles ne croient pas davantage, pour peu qu'ils réfléchissent à l'incompatibilité de l'idée d'HOMME et de l'idée d'iNFAiLLiBiLiTÉ. L'état d'esprit du plus grand nombre est parfaitement dépeint par ce mot bien connu, dont la spontanéité fait pardonner la crudité : « Comme catholique je me soumets, mais le diable m'emporte si j'en crois un mot. D C'est ainsi que s'expriment, entre eux, les (catholiques) romains de la meilleure société.

Encore en 1769, à la suite de la fameuse bulle Unigenitus^ on écrivait: « La vingtième proposition, qu'on dit hérétique au Mans, n'est à Angers que malsonnante. En deçà de la Loire, on appelle erroné ce qui n'est que téméraire au delà... On crie sans s'entendre; on y dispute en se disant unanimes; c'est un concert dont tous les tons sont faux. En bonne foi, est-ce ainsi qu'enseigne l'Eglise enseignante?... Jamais décret n'a eu plus d'adhésions et moins d'hommages, plus de tocsins en sa faveur et moins de cœurs à sa suite. Les lettres de cachet le soutiennent, la feuille des bénéfices l'accrédite, les jésuites s'en servent, les évêques en abusent, les brouillons s'en prévalent, la Sorbonne l'accepte et s'en joue, les universités l'acceptent et le méprisent, les communautés l'acceptent et en gémissent, les séminaristes l'encensent comme une châsse qu'on n'a jamais ouverte : partout des acceptations, et nulle part des acceptants (1). »

Il en est à peu près de même aujourd'hui, relativement aux décrets dogmatiques du conciliabule du Vatican. Si les esprits étaient transparents, de quel scandaleux désaccord n'aurait-on pas le spectacle ! Les prêtres qui se rallient à la nouvelle Rome ^ le savent si bien, qu'ils n'osent pas, même au confessionnal, même devant Dieu, interroger les fidèles

(1) Réflexions mr le despotisme des évêques et les interdits arbitraires^ p. 8 et 53; Avignon, MDCCLXIX.

L'EGLISE CATHOUQCE.

lart de cet arehevèijae, oa né- , S'il regarde son neTeii I fait évideminent, en le toléle; et s'il le considère toujours fet évidemment qa'il ne croit laux dogmes.

, la récente déclaration de

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Comment ! vous le déclarez infaillible pour interpréter la révélation, et vous prétendez qu'il n'est infaillible qu'autant qu'il reste fidèle à cette même révélation. Mais qui sera juge de sa fidélité a la RÉVÉLATION? Là est toute la question pratique. Est-ce vous qui aurez le droit de dire qu'il interprète mal la révélation ? Evidemment non ; car si vous vous réserviez ce droit, votre pape ne serait infaillible en aucune manière et vous pourriez le soumettre à votre jugement : ce qui serait un blasphème, d'après vos principes. Et si vous ne vous réservez pas ce droit, vous êtes donc obligé d'avouer que toutes les fois que le pape parlera comme docteur de l'Eglise universelle et déclarera interpréter la révélation, vous n'aurez point à examiner s'il est fidèle ou non au contenu de la révélation, mais vous devrez le croire absolument^ même quand personnellement vous ne penseriez pas comme lui. Au fond, Mgi* de Ketteler ne fait qu'une amphibologie; et s'il la fait sérieusement, il ne croit pas vraiment à Tinfaillibilité du pape, telle qu'elle eât exprimée dans les décrets du Vatican ; il ne fait que donner un crocen-jambe au sens naturel de ces décrets. L'instruction pastorale des évêques suisses est absolument dans le même esprit et n'a pas plus de valeur.

Nous connaissons également un théologien célèbre, qui autrefois n'admettait même pas que la simple primauté du pape fût de droit divin, et qui s'est soumis

auxdécretg du concile. Mais, s'entretenant depuisavec un de ses amis, resté fidèle à Tancien catholicisme, il lui dit : « Vous, du moins, vous êtes un honnête homme I ... » Que de remords dans cette parole I

Nous connaissons aussi deux religieux de grand renom en Europe, qui, placés entre le désir de sauver leurs communautés et le besoin de respecter leurs consciences, ont fait le compromis suivant. Pour préserver leurs communautés des .foudres du Vatican, tous deux se sont soumis. Et pour donner satisfaction aux réclamations de leurs consciences, tous deux se torturent l'esprit à la recherche d'un expédient. L'un dit : € Autre chose est oiéir^ autre chose est croire'^ j'obéis, mais je ne crois pas; » comme si l'on pouvait obéir dans les choses de foi sans les croire ! L'autre ditr.c Je crois les décrets du concile, mais je les crois dans le sens que Dieu seul sait être vrai; car nul homme actuellement, pas même le pape, ne connaît le vrai sens de ces décrets ; c'est Dieu seul qui le précisera par le cours des événements ; » comme si le sens naturel de ces décrets n'était pas d'une clarté évidente, et comme s'il n'était pas illusoire de déclarer qu'on doit être d'ac*cord avec le pape pour admettre ces décrets, et qu'on peut se mettre en désaccord avec lui pour en expUquer le sens 1

Nous avons connu un autre religieux, non moins illustre que les deux précédents, lô ? • Gtt^Xrj ^ Ki;v^

s'est soumis uniquement pour éviter ce qu'il appelait un schisme, mais nullement parce qu'il était persuadé de la vérité intrinsèque des nouveaux dogmes, et qui ne craignait pas de les expliquer à sa fantaisie, de manière à les faire cadrer avec la science générale de la religion et avec ce qu'il lui plaisait d'appeler « l'harmonie féconde. »

Tel évêque excommunie ceux d'entre ses prêtres qui rejettent les nouveaux dogmes, et ne craint pas de les expliquer lui-même dans un sens absolument contraire à leur sens naturel et absolument réprouvé par ■Rome, Tels prêtres, aussi pieux que savants, appartenant même à un grand Ordre religieux, font leur soumission, mais déclarent qu'ils ne tiennent pas la séance du 18 juillet 1870 pour œcuménique. Combien d'autres gardent le silence, parce que, à la moindre parole, ils seraient interdits parleur évêque et privés du pain qui les fait vivre !

On le voit, les uns croient les nouveaux dogmes, mais les expliquent dans des sens complètement contradictoires. Les autres ne les croient pas, bien qu'ils se soumettent ; et s'ils se soumettent, c'est pour ne point perdre soit leur évêché, soit leur cure, soit leur vicariat, soit leur couvent, soit leur collège, ou bien pour éviter une rupture avec Rome. Ils aiment mieux rompre intérieurement avec la vérité et avec la foi, que rompre extérieurement avec Pie IX et ses jésuites.

L'unité de ces nouveaux ultramontains n'est donc pas autre chose qu'un accord extérieur sur des formules verbales, mais nullement un accord d'esprit sur la doctrine. C'est l'unité dans les mots, et non l'unité dans les idées ; unité d'hypocrisie et decrainte, basée sur une fausse notion de l'autorité et de l'obéissance, ou sur un égoïsme honteux qui fait sacrifier la conscience à la position. Telle est l'unité actuelle de l'église romaine, et cela, non pas dans une question de simple opinion, mais dans le sens même du dogme que cette église estime le plus essentiel, le plus fondamental, le plus nécessaire de tous ses dogmes !

Or l'église romaine se contente-t-elle d'une pareille unité? Si elle s'en contente, de quel droit revendique-t-elle l'unité dogmatique comme sa marque distinctive? Car il n'est aucune communion chrétienne qui ne jouisse d'une unité plus vraie. Dans les autres communions chrétiennes, en effet, les dissidents ne se cachent pas, et l'on sait à quoi s'en tenir sur les véritables orthodoxes ; tandis que, dans l'église ultramontaine, les nouveaux adhérents cachent à qui mieux mieux le reste de libéralisme qu'ils ont gardé jusqu'à présent, et font de l'unité dogmatique de leur église un simulacre d'unité qui ne trompe que les simples.

Non, l'église romaine actuelle n'est pas une dans sa croyance dogmatique.

Elle ne Test pas en Allemagne, où les catholiques libéraux d'avant juillet qui se sont soumis depuis juillet, gardent dans le fond de leur conscience leur foi antiultramontaine.

Elle ne Test pas en Angleterre, où certains prêtres, restés publiquement fidèles aux principes de l'ancien catl\olicisme , sont tolérés par leurs évoques dans l'exercice de leurs fonctions sacerdotales, comme s'ils avaient réellement la foi romaine.

Elle ne Test pas davantage en Italie, où le nombre des prêtres qui rejettent les nouveaux décrets et qui attendent dans le silence l'heure de la délivrance, est considérable.

Elle ne l'est pas même en France, dans ce malheureux pays qui semble être devenu la terre du papisme. Car, si une partie du clergé français a montré tant d'ardeur à accroître la puissance papale, il ne faut pas se tromper sur le motif réel de cette ardeur: pour les ignorants qui se sont laissé abuser par les récents Manuels de théologie falsifiée qui leur ont été imposés, sans doute il s'agissait autant d'accroître la puissance du pape que de vénérer sa paternité et de glorifier ses infortunes; mais pour les intelligents qui se souviennent de l'ancienne théologie et surtout pour ceux qui ont contrôlé les assertions des livres ultramontains, il s'agissait uniquement de faire pièce aux évêques, de les ruiner par l'agrajidissement de la papauté, de leur ôter

tout moyen de continuer cette administration de petits pachas qui était devenue la consécration de l'arbitraire le plus capricieux et le plus odieux, et, pour cela, de les réduire à n'être plus que de simples vicaires du pape, lequel, étant loin, aura toujours un gouvernement plus doux que celui des évêques qui sont près.

Au fond, dans la meilleure partie du clergé français, rultramontanisme est donc politique et non dogmatique; et dès que les événements pourront permettre une sincère manifestation des consciences, les preuves abonderont.

Mais, en attendant, chacun se dit : t Que faire ? S'attirer par une parole imprudente une excommunication, n'est^e pas, dans l'état actuel des choses, perdre sa position, et, avec sa position, ses moyens d'existence, son crédit, et, par conséquent, la possibilité de faire encore un peu de bien aux âmes restées catholiques? Notre gouvernement, aussi aveugle en religion qu'en politique, ne tourne*t-il pas à l'ultramontanisme, sous prétexte de se soustraire à des questions qui ne sont pas de sa compétence ? Donc il ne nous soutiendra pas, et ce sont les ultramontains seuls qui bénéficieront de son budget et des églises. D'autre part, les honnêtes gens, les catholiques qui pensent comme nous, sont en France l'incarnation même de la peur, et ils ne viendront à nous que lorsque nous auronE tèum^^ %\* ^^n

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