‹ Comment l'Église romaine n'est plus l'Église catholiqueChapitre 2 sur 18 · COMMENT L»EGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

COMMENT L»EGLISE ROMAINE

grâce à notre succès, ils n'auront à se compromettre en rien. Donc il n'y a rien à faire présentement. »

C'est ainsi que raisonne tout bas, à huis clos, un tiers du clergé français; et certainement, s'il y avait en France, comme ailleurs, de nombreux comités d'anciens catholiques , organisés pour recueillir les aumônes des fidèles, et sufiSsamment pourvus pour ouvrir des églises, entretenir le culte et assurer la subsistance des prêtres qui se dévoueraient à la prédication du vrai catholicisme, il se ferait dans peu de temps une résurrection qui étonnerait la France elle-même, et qui serait sa propre résurrection, aussi bien au point de vue national qu'au point de vue religieux.

Quoi qu'il en soit, la situation actuelle de l'église romaniste trahit de tout côté le scepticisme le plus complet. A entendre les explications de ses membres les plus intelligents, l'acte de foi n'est plus un acte de l'intelligence, mais seulement un acte de la volonté, et encore ! Il suffit, pour être réputé croyant, d'avoir une certaine velléité de croire, c'est-à-dire, de désirer soumettre sa volonté à l'enseignement du pape ; mais il n'est pas nécessaire de croire réellement, c'est-à-dire, d'adhérer, d'esprit et de cœur, aux doctrines prétendues révélées. Le doute de l'esprit et même la répugnance positive au symbole papal sont tolérés; on n'exige, à dire vrai, que le désir de soumission de la volonté. Or, cette théorie sur la

nature de l'acte de foi est absolument fausse, parce qu'elle divise Thoinme avec lui-même, qu'elle permet à l'esprit de protester contre la volonté, qu'elle laisse la raison, cette faculté destinée à s'attacher à Dieu aussi bien que le cœur, se séparer de Jésus- Christ et de sonEglise, qu'elle permet le divorce entre la science et la foi, et qu'elle transforme les catholiques en hommes à qui l'absurde ne coûte rien, et les dogmes en thèses politiquement nécessaires, mais scientifiquement inadmissibles.

Donc, nous avons le droit de le conclure, l'église romaine actuelle manque absolument d'unité dogmatiqtce.

CHmuiieiit l'é|pllte romaine n'eit plat AAIMTC

L'église romaine actuelle n'est pas plus sainte qu'elle n'est une.

Loin de nous la pensée de juger les âmes. Dieu seul en a le droit et le pouvoir, parce que lui seul lit au fond des esprits et des cœurs. Nous sommes convaincu qu'il y a dans l'église romaine, même ultramontaine, beaucoup de personnes saintes, surtout celles qui ignorent la révolution dogmatique que lesultramontains viennent de faire, et qui ne restent attachées à cette égli-se que parce qu'elles la croient toujours la même et toujours catholique.

Ce que nous voulons juger, c'est la doctrine morale de cette église, c'est sa conduite dans l'administration des choses saintes, en i^n mot, ses principes pratiques et ses actes.

Le catholicisme romain, tel qu'il a été expliqué par M. Veuillot et sanctionné par les décrets dogmatiques du conciliabule du Vatican, n'est que le Brahmanisme de l'Occident; et ce Brahmanisme est la

corruption même du catholicisme, non-seulement dans son dogme, mais aussi dans sa morale.

Quelle notion n'a-t-il pas faussée^ en effet î

La religion^ qui est avant tout une union de Tâme avec Dieu, qu'en a-t il fait, sinon une soumission des actes de Tâme, ou tout au moins des actes du corps, au pape î ^

Dans ce système antichrétien, qu'est-ce que le bien î L' obéissance au pape et à sa curie , rien de plus, rien de moins. Effectivement^ Rome pardonne quoi que cô soitj dès que Ton se soumet à son empire. C'est toûjoui's Faul IV offii-ant à sa « très-chèfe fille en Jésus-Christ, Elisabeth, reine d' Angleterre, ^ d'annuler la sentence prononcée contre le mariage de sa mère^ Anne de Boleyn, pourvu qu'elle, consentît à reconnaître la juridiction papale sur elle et ses sujets* Omnia propter vos^ disait saint Paul (1) ; omnia propter me^ dit le pape. — Par contre et naturellement, le mal, c'est la désobéissance à la volonté du pape et aux décisions de sa curie. Quiconque parle de droits autres que ceux du pape, attaque ceux du pape ; et dès lors, quel qu'il soit, quelques vertus qu'il ait pratiquées, il n'est qu'un orgueilleux qui se révolte, Un renégat, un apostat.

C'est ainsi que^ dans le Brahmanisme romain, l'obéissance, cette vertu qui consiste dans la soumis-

(1) //• Epitre aUfiif Corinthiens, ch. IV, v. 15.

sion de la volonté à Dieu et à ses lois, n'est plus que le prosternement de rhomme et de toutes ses facultés devant le pape et devant sa curie.

Avec un tel critérium^ il est facile de comprendre à quoi on a réduit la morale et la sainteté. De même que, dans les séminaires, le cours de morale n'est plus guère qu'un cours de mesquine casuistique^ ainsi, dans la société romaniste, tient-on volontiers à l'écart les principes, pour ne s'occuper que de certains détails méticuleux, à l'aide desquels on arrive toujours, en définitive, à se jouer de la loi et à agir suivant son propre désir. De là cette innombrable quantité de lois romaines, que la curie du pape a imaginées pour effacer les quelques lois, vraiment morales, que Jésus-Christ a promulguées dans son Evangile.

Il en a été de la notion de la sainteté comme de la notion de la morale : c'est le triomphe du terre à terre le plus grossier et le plus pharisaïque sur le spiritualisme même de l'Evangile. « Oui, j'en suis convaincu, le catholicisme est perdu s'il ne se régénère, s'il descend la pente où il s'est placé ie 18 juillet 1870. Pour en être persuadé, nous tC avons qn'h PRENDRE AU SÉRIEUX ce quB disaient les opposants du concile^ le 17 juillet^ sur la transformation radicale ET DANGEREUSE que U nouveau dogme allait introduire dans le gouvernement de V Eglise. Ils se taisent maintenant, ils ne peuvent même plus plai-

der la cause de la société moderne, car elle doit rester à leurs yeux frappée des foudres divines de Tlnfaillible. Tls doivent se ranger comme un troupeau muet sous la houlette du Pastor seternns^ dont la

main est levée contre toute liberté, à commencer parla plus sainte. Les insulteurs frénétiques de tous les droits peuvent seuls désormais élever la voix, car seuls ils sont orthodoxes. Le catholicisme (lire : le romanisme) authentique, c'est cette misérable religion d'outre-monts, avec ses anathèmes contre toute conscience libre, ses superstitions honteuses, ses eaux lustrales,^ tout ce triste bagage de fables ridicules et de violences impuissantes, qui la rend digne du paganisme de la décadence (1). i» Le fanatisme des amulettes de la Ville Eternelle et de ses succursales, comme au temps des statuettes de la Diane d'Ephèse, voilà à quoi tourne aujourd'hui la piété romaniste. Un prêtre catholique d'Allemagne confirme ce témoignage. « Tout ce rite romain, dit-il, qui, depuis vingt ans surtout, annihile les rites particuliers des anciennes églises, n'est pas autre chose qu'un immense réseau de lois de piété italienne, pour imposer l'uniformité extérieure à toute l'Eglise d'Occident... Nous en avons été nous-même témoin : un jour deux jeunes ecclésiastiques ont disputé fort sérieusement entre eux, pour savoir si le prêtre qui prononce

(1) Le Concile du Vatican^ par M. de Pressensé, p. VIII; Paris 1872, chez Sandoz et Fischbacher.

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à voix haute les paroles du canon de la messe que la congrégation romaine des rites ordonne de ne prononcer qu à voix basse, commet un péché mortel^ ou seulement un péché véniel (1) !... >

Du reste , comment l'église romaine traite-t-elle actuellement le sacrement de pénitence ?

Plus on s élève en haut lieu et dans les régions mystiques, plus ce sacrement disparaît pour faire place à ce qu'on appelle la direction. Le confesseur importe peu, attendu que l'absolution est pour les , romanistes une chose fort secondaire ; c'est surtout le directeur que l'on envisage et que l'on estime, parce que l'essentiel du sacrement consiste mainter nant dans la direction. Cela est si vrai, que certai^P prêtres, et des plus connus, se vantent auprès de leurs amis d'être, non pas le confesseur ^ mais le dir recteur de telle dame du grand monde. La confessioB est le lot des prêtres inférieurs. Ce qu'on appelle e le haut clergé p ou « le clergé distingué », ne tieiit guère qu'à la direction ; il rougirait qu'on le raar geât parmi les donneurs d'absolution, comme ^i l'abr solution n'était pas l'exercice même du pouvoir sa? cerdotal qu'ils ont reçu de Jésus-Christ !

Pendant que, d'un côté, le prêtre disparaît pour n'être plus qu'un homme ou un ami que l'on cour suite, il se fait, d'un autre côté, un changement PQ»

(1) D»^ Reinkens, Glaube und XJnterwerfung^ p. 7 ; Munster, 1871.

moins grave. En théorie, Ton enseigne que dans le sacrement de pénitence la contrition importe pardessus tout; mais en pratique, on la relègue au deuxième ou troisième plan, pour mettre au premier l'accusation des fautes. Et encore va-t-on même plus loin : car qette accusation n'est-elle pas un récit plutôt qu'une accusation ? Au lieu du péché que Ton devrait accuser simplement dans son espèce, ne se perd-on pas dans la narration scandaleuse des circonstances de ce péché? Si le pénitent croit son âme déchargée, est-ce bien parce qu'il a réellement le repentir de la faute accusée? n'est-ce pas ^hiiàt parce qu'il a tout dit? Et cette véritable altération de la nature du sacrement, ne retombe-t-elle que sur le pénitent ? N'est-elle pas causée surtout par le confesseur, qui, au lieu d'arrêter le récit de circonstances inutiles au sacrement, les provoque par curiosité et peut-être même par un sentiment plus malsain que la simple curiosité? Quoi qu'il en soit des sentiments, n'est-il pas vrai que l'acte en lui-même n'est que trop souvent un acte d'inquisition, et d'inquisition profondément immorale? C'est ainsi que le pénitent, au lieu de confesser ses péchés, se laisse aller dans son verbiage à confesser ceux des autres, et que le confesseur, au lieu d'ei^tendre le simple aveu d'une faute individuelle, pénètre dans le secret des fajuilles, les gouyerqe à son gré au nom de Dieu , sépare trop souvent par des conseils imprudents ceux qui

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sans lui seraient restés unis dans Tamour domestique, et s'immisce, en tout cas, dans des questions qui ne relèvent souvent que de la physiologie, et non de la morale, et encore moins de la religion.

Une troisième altération est celle de la satisfaction. La satisfaction qui devrait être une expiation du passé et un préservatif pour l'avenir, n'est la plupart du temps qu'une prière banale, n'expiant rien, n'ayant aucun rapport avec les fautes commises, et n'exigeant aucun effort qui puisse rendre meilleur. Si le pénitent l'oublie ou la néglige, rien n'est changé ; il suffit qu'il en avertisse son directeur dans sa prochaine confession, et tout est fini par là. Ou bien, si la pénitence n'est pas une prière banale, c'est une aumône imposée d'une certaine manière, en sorte que, quand elle n'est pas agréable au pénitent, elle est utile au confesseur.

Voilà comment s'administre, à peu près généralement, dans l'église romaine actuelle, le sacrement de la purification des âmes ! Nous demandons sincèrement aux chrétiens sérieux si des Pharisiens de l'ancienne synagogue, de cette synagogue anathématisée par le Christ, agiraient autrement !

Le sacrement de l'Eucharistie n'est pas plus respecté. Le? moralistes qu'on appelle Prohàbilistes ^ qui sont les théologiens les plus autorisés du romanisme, et dont les ouvrages servent actuellement de Manuels dans tous les séminaires, enseignent, en

effet, la proposition suivante : t Si celui qui a reçu l'absolution avec des dispositions douteuses de la part du confesseur, est encore en état de péché mortel^ la communion qu'il reçoit dans cet état sera nulle, mais elle n'est pas pour cela sacrilège ; elle peut même être nulle, sans être tout à fait inuêile (1). i> Il suffit de réfléchir un instant, pour entrevoir ce qu'il y a d'horrible profanation dans cette proposition.

Il est incontestable, d'ailleurs, que la morale de l'église romaine actuelle est la morale même des Jésuites.

Or, qu'est-ce que la morale jésuitique ?

Sans recourir à certaines accusations exagérées dont elle a été l'objet, sans rappeler les immortelles Provinciales de Pascal, que personne ne réfutera jamais, sans nous servir contre elle des condamnations d'Alexandre VII, d'Innocent XI, etc., nous pouvons affirmer qu'elle repose tout entière sur trois principes : le probabilisme, la direction de l'intention et la restriction mentale.

Or, ce sont là trois principes essentiellement immoraux.

En effet, le probabilisme jésuitique, après avoir affirmé que l'on peut suivre une opinion probable, alors même qu'elle serait beaucoup moins probable

(1) Voir Censure de 22 propositions de morale corrompue , par Tabbé Laborde ; Paris, 1843.

que Topinion contraire, enseigne qu'une opinion est réellement probable dès qu'elle a pour elle c rassentiment d'un homme grave ; » et il ajouté qu'on peut choisir une telle opinion, quand môme on serait convaincu qu'elle n'est pas la plus conforme à la vérité.

Cette doctrine est plus que fiiusse, elle est perverse.

D'abord, elle légitime l'indifférence en matière religieuse : car, pour les protestants, Bèze, Claude et Leibniz sont des hommes graves ; pour les ultramontains, tout ultramontain est un homme grave > pour les orientaux, Photius et les patriarches sont des hommes graves ; pour les anglicans, les évêques de 1562. sont des hommes graves; pour les juifs, les rabbins sont des hommes graves ; pour les musulmans, Mahomet est un homme grave, etc. D'où il résulte que toutes les religions sont basées sur une probabilité suffisante pour que tous aient suffisamment raison.

Ensuite, cette doctrine annihile la conscience en en faisant un jouet. Car, si aujourd'hui je puis feire une chose et demain la chose contraire, avec une égale aisance, uniquement parce que chacune de ces choses est approuvée par un homme grave, et indépendamment de ce qu'en pense ma propre conscience, il est évident que ma conscience n'est plus rien dans la direction de ma conduite. C'est resr

pecter rhomme grave qui est en dehors de moi, et dont la doctrine plaît à mes goûts ou flatte mes passions, mais ce n'est plus me respecter moi-même au fond de iha conscience. La raison dit que le principe fondamental de iotlte morale est dans l'obéissance loyale à l'impartial dictamen de la conscience ; saint Thomas enseigne que la conscience est la règle prochaine de tout acte honnête et chrétien; saint Paul déclare que cliacun sera jugé selon le témoignage de sa propre coiiscience^ testimoninm reddente iïlis conscientia ipsorum (1). Le probabilisme jésuitique renverse tout cela^ place le critérium de la morale, non plus dans la conscience, mais en dehors, dans l'opinion d'un homme réputé grave. On comprend dès lors comment les vrais chrétiens, selon le jésuitisme, doivent n'être que des machines passives, ne se mouvant pluô elles-mêmes, mais mues par le directeur qui est l'homme grave ^ croyant aveuglément tout ce que Y homme grave leur dit de croire et faisant ponctuellement tout ce qu'il leur dit de faire. Renoncer à son intelligence^ à sa liberté, ^ sa conscience, à son caractère, et devenir comme un cadavre ou comme un bâton dans. la main de V homme grave^ perinde ac cadaver^ tanquam baculus^ tel est le résumé de toute la morale jésuitique. Aussi l'histoire constate-t-elle que plus un peuple se. nourrit du jésui-

(1) Epitre attœ RomainSf ch. II, v. 15.

tisme, plus il devient cadavre. Que la France, l'Espagne, l'Italie, l'Irlande et la Pologne fassent leur examen de conscience !

La France l'avait compris au dix-septième siècle ; car son clergé, assemblé en 1656, appela ces maximes de morale « la peste des consciences, > et les accusa d'avoir tellement altéré la morale chrétienne et les maximes de l'Evangile qu'une profonde ignorance serait plus souhaitable qu'une telle science. Dans son assemblée générale de 1700, il précisa davantage sa condamnation: c II n'est permis à personne, dit-il, de choisir l'opinion qu'il n'aura pas jugée lui-môme la plus conforme à la vérité. Que dans la pratique il nous soit permis de suivre le sentiment que nous-mêmes nous ne jugeons pas devoir être choi3i comme plus probable, c'est là un principe nouveau, inouï, et mis au jour dans le dernier siècle seulement par des auteurs connus et certains, qui en ont voulu faire la règle des mœurs, mais qui répugne à cet axiome célébré paroles Pères : quoi uhique^ quod semper, quod ai omnibus^ et qui ne saurait offrir la sécurité d'une règle chrétienne. Ce principe est la source des maux et de toutes les maximes corrompues dont nous avons parlé... lia été noté de censure par nos prédécesseurs, hommes de courage et de religion; il a été depuis souvent réprouvé, il l'est encore aujourd'hui sans réclamation de personne, et, au contraire, avec l'approbation

des gens de bien, ce que personne ne peut nier. Pour ces motifs, nous aussi, la chose mûrement considérée, nous avons jugé et nous jugeons que ces nouvelles opinions^ pernicieuses dans V affaire Au salut ^ doivent être avec le plus grand soin évitées et prohibées. » Le clergé de France, dans cette assemblée, condamna cent vingt-sept décisions « relâchées^ corruptrices de la foi et de la morale, nées de cette source empoisonnée. » L'Italie elle-même, à cette époque, protestait encore de concert avec la France. En 1679, Innocent XI avait condamné les maximes sorties du probabilisme jésuitique ; et dans sa bulle du 14 septembre 1665, Alexandre VII avait déjà déclaré que le probabilisme est « un système tout à fait contraire à la simplicité de TEvangile et à la doctrine des saints Pères, et tel que, si les fidèles le suivaient dans la pratique comme une règle droite, on verrait bientôt une immense corruption envahir les mœurs des chrétiens.» Cette prédiction ne s'est malheureusement que trop accomplie ; le triste spectacle que nous avons sous les yeux en est l'irrécusable constatation.

Mais ce n'est là que le premier principe de la morale romaine jésuitique. Le second consiste dans l'art de diriger son intention.

Sans aucun doute, l'intention dirigée sincèrement vers le bien est la mesure même de la justice des consciences, comme l'intention dirigée sincèrement vers

le mal est la mesure de leur culpabilité . Toute la bonté morale des âmes, comme toute leur malice, est donc dans leur sincérité. Or, la sincérité ne se divise pas; il n'y a pas une demi-sincérité; elle est entière ou elle n'est pas. Celui qui est sincère dans la détermination du but, mais qui ne l'est pas dans le choix des moyens, ne l'est aucunement. Toute la justice qu'il s'était acquise en voulant un but bon, il la perd en voulant des moyens mauvais. C'est pourquoi saint Paul dit : « Ne faisons pas le mal pour procurer le bien , non faciamus mala ut veniant lona (1). »

Or, le jésuitisme dit précisément le contraire. H ne commande pas toujours des moyens mauvais pour arriver à un but bon, mais il ne les prohibe pas. Selon lui, le moyen est indifférent par lui-même. Tout dépend du but. Le but mauvais corrompt les moyens bons; de même, le but bon justifie et sanctifie les moyens mauvais. Donc, dit-il, il suffît d'être sincère dans la détermination d'un but bon.

Mais allons plus loin. Selon le jésuitisme, un but bon est un but probablement bon, comme nous l'avons expliqué précédemment. Donc, pourvu que le but que l'on se propose soit approuvé par V homme grave^ tout est parfait. Que les moyens soient criminels et que l'on en soit convaincu, peu importe : par

0) Epitre aux JRomatns, ch. UI, t. 8.

cela seul que le but voulu est conforme à l'opinion de Y homme grave, tout est saint et méritoire devant Dieu, parce que agir ainsi c'est arrêter sa volonté dans le but et non dana les moyens. Rien de plus facile que ce jeu. Un ecclésiastique désire-t-il un bénéiSce avantag-eux î S'il donne de l'argent à son supérieur pour acheter ce bénéfice, il est simoniaque et commet un péché mortel ; mais s'il donne cette même somme h son supérietir, uniquement dans l'intention de lui faire plaisir, il peut entrer en possession de ce bénéfice en toute sûreté de conscience. Pareillement, celui qui, ayant reçu un soufflet, tue Bon adversaire dans le but de se venger, commet un péché mortel, parce que la vengeance est un crime; mais s'il le tue, uniquement avec l'intention de sauver son honneur, il est innocent. On le voit, cette doctrine est simplement la science d'arriver à ses fins par l'art de diriger son intention ; c'est la perversité de l'acte dissimulée sous l'apparence de la bonne volonté;

La restriction mentale n'est qu'une façon de pratiquer plus finement encore cette hypocrisie et cette perversité. C'est le secret de mentir sans que le mensonge soit un péché, et de violer ses serments sans parjure. Ainsi, celui qui fait une promesse avec serment, peut ne pas tenir cette promesse, si, en la faisant, il a eu soin de sous-entendre en pensée , un mot qui changeait complètement \e «>^iîl^ ^^ ^^^

paroles. Celui qui a commis une faute hier et qui jure de ne l'avoir pas commise, ne fait pas un faux serment, pourvu qu'en/ disant : « Je jure de ne l'avoir pas commise, » il sous-entende dans son esprit le mot € aujourd'hui, >

On a donc raison, lorsqu'on dit que la morale jésuitique consiste à changer le mal en bien et le bien en mal, à violer n'importe quelle loi sans pécher, et qu'il en est d'elle comme de ces tours de passepasse où l'on escamote sérieusement le noir par le blanc et le blanc par le noir.

De fait, à quoi ne mènent pas ces trois principes? Les moralistes ultramontains n'admettent -ils pas contre le droit de propriété le système de la compensation secrète, compensation abandonnée complètement à l'arbitraire de la partie qui se prétend lésée ? Cette doctrine qui légitime le vol sous les dehors d'une fausse équité, n'est-elle pas tous les jours pratiquée au tribunal de la pénitence par les confesseurs romanistes ? Ces mêmes moralistes n'enseignent-ils pas, par exemple, que le vol des petites sommes, quelque répété qu'il soit et quelque considérable que puisse être finalement la somme volée, ne constitue pas un péché mortel, s'il y a entre chaque vol l'intervalle de deux mois? etc., etc.

Et ce qui se fait pour la justice se fait également pour toutes les autres vertus. Aucune n'est respectée intégralement.

Aussi ne trouve-t-on dans les pays où règne un tel code, qu'une société vivant dans le mensonge et l'aimant, une agglomération de gens occupés à se tromper les uns les autres, à jouer entre eux au plus fin, même au pied de l'autel, riant de l'honnêteté dès que Y JionoraUlité publique est sauve, se moquant des principes pourvu que les revenus s'accroissent, dilapidant le budget à qui mieux mieux, recourant à l'Etat pour toute œuvre au lieu de recourir à eux-mêmes, n'aspirant qu'à une chose, ne rien faire, maquillant leur coiiscience quand ils ne l'étouffent pas, la vendant et la traitant comme la chose dont on se passe le plus aisément, la subordonnant complètement à l'amélioration de leur position, à la satisfaction de leurs intérêts et de leurs passions.

Ce n'est malheureusement pas la France, ni ses sœurs de race latine et de religion romaine, qui pourront nous démentir. Tristes victimes de cette morale toute diplomatique qui a remplacé la science du bien par celle du succès, elles nous montrent à quel degré d'abaissement on peut tomber, quand la conscience n'est plus que le marchepied de l'égoïsme et delà cupidité, quand on emploie toute son activité à réussir per fas et nefas^ quand on remplace les principes par les considérations personnelles, quand on refuse au mérite pour n'accorder qu'à la faveur, quand on est prêt à fouler aux pieds laNfec\\.fe^\si^xs\fe

évidente, dès que Vhomme grave Tordonne, en un mot, quand on ne rougit pas d'abdiquer toute dignité dès qu'il y a profit. Tôt ou tard Ton est puni par où l'on a péché : on a trahi l'honnête pour augmenter l'utile ; vient un jour où l'utile est trahi à son tour, et où les intérêts matériels sont encore plus lésés que la dignité morale.

Tels sont les doctrines, les actes et les résultats du romanisme actuel.

Donc, nous avons le droit de le conclure, l'église romaine n'est plus sainte.

Comment Péglise romnine n'est pins CATUQUQUB.

L'église romaine actuelle n'est pas plus catlolique qu'elle n'est sainte et qu'elle n'est une.

Selon l'église romaine actuelle, la catholicité consiste, avant tout, dans le nombre des fidèles et dans l'étendue du territoire qu'ils occupent. C'est une corruption de l'idée de catholicité, comme nous le verrons plus loin: car la catholicité véritable, telle que les Pères l'ont entendue , consiste uniquement dans la doctrine. Les premiers disciples de Jésus- Christ, qui n'étaient qu'un bien petit troupeau, pusillus greXy étaient-ils catholiques, oui ou non? Cependant ils n'étaient pas nombreux et n'occupaient pas un vaste territoire. Aussi saint Augustin dit- il : « Alors même que ceux qui ne maintiennent pas la vraie doctrine seraient répandus dans tous les lieux où existe l'Eglise, ils n'appartiennent pas pour cela à l'Eglise (1). » Ce n'est donc ni la multitude, ni la

(1) Cf. Unit, eccl, c. IV,

plus OU moins grande étendue, qui constituent la véritable catholicité.

Toutefois , pour réfuter l'église romaine jusque dans ses calculs les plus spécieux, supposons même que la catholicité de l'Eglise consiste dans l'étendue de l'espace qu'elle occupe. Est-ce que les orthodoxes, les anglicans, les protestants, en un mot tous ceux que l'église romaine anathématise, ne sont pas, comme elle, répandus partout? Ne lisant que ses propres écrits, il est tout naturel qu'elle ignore ce que font les autres communions chrétiennes ; mais de ce qu'elle ignore ce qu'elles font, il ne résulte pas que ces communions n'aient ni leurs missionnaires, ni leurs sociétés pour la- propagation de la foi.

Supposons encore que ce soit le nombre des fidèles qui constitue la catholicité de l'Eglise. L'église romaine actuelle aurait-elle le droit de se prévaloir? Le nombre de ceux qu'elle traite de dissidents, n'estil pas supérieur à celui de ses adhérents? Sans parler des milliers de catholiques restés fidèles à la foi d'avant juillet 1870, il y a environ cent millions d'orthodoxes (1), vingt-cinq millions d'anglicans, soixante millions de protestants; ce qui fait, dans le monde - chrétien , cent quatre-vingt-cinq millions de fidèles, traitant à leur tour l'église romj^ine

(1) Ce chiffre est donné par un protestant, M. le pasteur A. de Mestral, dans son Tableau de V Eglise chrétienne au XIX* siè' de ; Lausanne, 1870.

de dissidente (1). Or, l'église romaine actuelle s'élève-t-elle à ce chiffre? Non; car, si on l'en croit elle-même, elle n'affirme que cent quarante ou cent cinquante millions.

Et qu'est-ce que ces cent cinquante millions? Examinons un peu de quoi est formé ce chiffre, et sous ce spectacle grandiose voyons le spectacle réel.

D'abord, il faut distinguer l'immense multitude des ignorants, tous ces gens qui ne savent aucunement ni de quoi il est question, ni quels sont les points sur lesquels les anciens catholiques, les orthodoxes, les anglicans et les protestants sont en opposition avec les romanistes actuels, et qui par

(1) D'après la récente statistique donnée par le New- York Tri" bune^ la population anglicane et protestante s'élèverait même à cent vingt et un millions, ainsi répartis :

Etats-Unis 33,000,000

Grande-Bretagne et Irlande 25,000,000

Empire germanique 25^000,000

Suède, Norwége et Danemark. . . . 7,500,000 Hollande, Belgique et France. . . . 5,000,000 Hongrie, Autriche et Roumanie. . . 6,000,000 Suisse, Russie et autres parties de TEu-

rope 5,000,000

Amérique anglaise, y compris les Indes

(ouest)! . 4,000,000

Australie, Tasmanie et Nouvelle-Zélande 1,500,000

Libérie, Natal, cap de Bonne-Espérance. 1,500,000 Egypte et autres parties de l'Afrique. 1,000,000 Arménie et autres parties de TAsie. . 5,000,000 Amérique du Sud, 1,500,000

Total 12¥s000,0Q0

donc que Veuillot soit bien fort, et le romanisme aussi. Comment dès lors un homme impartial pourrait-il se prononcer contre eux?... Ce raisonnement est plus répandu qu'on ne pense. Nous connaissons des curés de Paris qui le formulent hautement! Oui, ce clergé français qui autrefois allait puiser sa théologie dans les Pères de l'Eglise et dans les documents authentiques de l'histoire, va maintenant, en matière dogmatique, consulter le Figaro^ cet Univen mondain, et V Univers, ce Figaro religieux ! Aussi trouve-t-on dans cette catégorie d'ultramontains la raison remplacée par l'imagination, la science parle verbiage, le raisonnement sérieux par le jeu de mots, les questions de principes par les questions de personnes, la discussion par l'injure et l'anathème, la conviction de la foi par la conviction de l'esprit de parti, quelquefois même par la simple conviction de l'argent palpé.

Cette dernière catégorie de gens qui restent attachés à l'église romaine et qui y pratiquent même très-ostensiblement , mais uniquement par intérêt, est peut-être la plus considérable de toutes. Tels sont les gens qui ont besoin de s'assurer une position, un nom, une clientèle, et qui ne craignent pas de se faire de la réception des sacrements un moyen pour s'attirer l'estime et la faveur des gens d'église. A cette classe doivent se rapporter tous ces prétendus conservateurs, qui, voyant tout crouler autour d'eux

par suite du mépris de l'autorité et des excès des faux libéraux , sentant l'urgence qu'il y a à s'appuyer plus que jamais sur le principe d'autorité, et croyant que le pape actuel est le seul représentant de ce principe en Europe, s'attachent au pape et à son ultramontanisme, quel qu'il soit, comme à la seule planche de salut dans l'ordre des intérêts sociaux et commerciaux. Insensés, qui ne voient pas la différence qui sépare l'autorité de l'autocratie, et qui ne comprennent pas qu'autant la Rome catholique d'autrefois, en afBrmant la sage autorité, a été utile à la société temporelle, autant la Rome ultra montaine et hérétique du 18 juillet 1870, en affirmant l'autocratie et l'absolutisme, lui sera nuisible. Les ennemis les plus dangereux de la société temporelle ne sont pas ceux qui abusent au grand jour de la liberté, mais ceux qui corrompent dans le secret la notion et la nature de la véritable autorité. Mais alors même que les conservateurs dont nous parlons seraient dans le vrai, il n'en serait pas moins évident que leur catholicisme, n'ayant rien de surnaturel et ne s'appuyant que sur des considérations d'intérêt purement temporel et d'égoïsme mal dissimulé, ne serait pas le catholicisme religieux que prétend représenter l'église romaine.

Or, si nous défalquons des fameux cent cinquante millions, d'une part, tous ceux qui ne pratiquent pas et ne croient pas, c'est-à-dire, l'immense multitude des

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baptisés qui ne veulent pas entendre parler de foi romaine pendant leur vie et qui ne consentent à se laisser oindre d'huile, un quart d'heure avant leur mort, que pour faire plaisir à leur famille ; si nous défalquons, d'autre part, la multitude, plus considérable encore , de tous ceux qui ne se disent romains que par ignorance, par routine, par sentimentalisme, par demi-science, par respect humain et par intérêt purement temporel, combien nous restera-MI de vrais romains, sérieux, réfléchis, ayant analysi leur croyance et leur conscience, sincères et couvain^ eus?... Pour nous, nous n'oserions pas affirmer qu^il en restât quelques milliers. Et nous connaissons des romanistes qui vont jusqu'à croire qu'il en est à peine quelques centainea ! . . .

Sans aucun doute, on peut faire subir aux autres communions chrétiennes le même travail d'analyse, Qt sans aucun doute, il y a chez toutes des sceptiques, des ignorants, des hommes de routine^ de sentimentalisme, de respect humain et d'intérêt. Mais tout homme de bonne foi reconncdtra que le â^ntiment religieux et la foi des races germaniques et surtout des races slaves ont un caractère plus éclairé, plus sérieux, plus profond que celui des races latines, qui de plus en plus tournent soit à l'atliéisme qui nie Dieu, soit à la superstition qui le falsifie, et qui bientôt, si elles n'y prennent garde, se diviseront nettement en deux catégories ; l'Internationale rouge qui

déteste Dieu, et rinternationale noire qui le ridiculise.

Donc, alors mâme que la catholicité consisterait, comme l'enseigne l'église romaine, dans le nombre et dans l'étendue, cette église ne pourrait pas se dire l'Eglise catholique.

Mais la catholicité de l'Eglise consiste dans la DocTBiNE. Comme l'explique saint Vincent de Lérins, l'Eglise catholique est celle qui croit aujourd'hui ce qui a été cru partout, toujours et par tous. < Quod ubique, quad semper^ quod ab omnibus ereditum est^ » tel est le grand principe du véritable catholicisme, telle a été la règle de foi proclamée par tous les Pères et par tous les théologiens catholi^ ques.

En 1607, Jacques-Nicol Colbert, archevêque de Rouen, écrivait encore à ses prêtres : « Soyez toujours pénétrés d'un profond respect pour la sainte antiquité; étudiez-la de toutes vos forces, et tirez vos règles de conduite, dans les fonctions de votre état, de ses sacrés monuments. Pour éviter les relâchements pernicieux introduits dans ces derniers temps et défendus par les théologiens modernes, imprimez fortement dans vos esprits cette règle de saint Vincent de Lérins, qui ne regarde pas moins la doctrine des mœurs que celle de la foi : Annoncer aux chrétiens catholiqms quoi que ce soit en outre de ce qu'ils ont reçu^ ne/ut permis dan^ aucuu iztw^% ^

44 COMMENT L'EGLTSE ROMAINE

n'est 'permis nulle part^ ne sera jamais permis. Au contraire , anathématiser ceux qui annoncent qm que ce soit en outre de ce qui a été reçu une fois ^ est un devoir dont on ne peut en aucun temps se dispenser, dont on ne peut nulle part se dispenser^ dont on ne pourra jamais se dispenser. »

Cette sentence de l'archevêque de Rouen de 1697, qui n'est que le commentaire du principe catholique formulé par saint Vincent de Lérins, n'est-elle pas la condamnation formelle de l'église romaine actuelle, laquelle croit maintenant, comme vérité révélée par Jésus-Christ même, une opinion qui, avant le 18 juillet 1870, était encore regardée par des évêques romains comme une erreur détestable et pernicieuse, sans que cesévêques cessassent d'être catholiques, même aux yeux de Rome? N'est-il pas évident, d'une part , que les romanistes actuels annoncent quelque chose « en outre de ce qu'ils ont reçu ? > Car, ,s*ils avaient reçu primitivement le dogme de l'infaillibilité et de la toute-puissance papales, pourquoi auraient-ils attendu dix-huit siècles pour enseigner ce dogme si important, et pourquoi auraientils regardé comme vrais catholiques ceux qui, pendant dix-huit siècles, ont combattu ce dogme? N'est-il pas évident, d'autre part, que les anciens catholiques ne font pas autre chose que d'accomplir ce devoir indispensable dont parle l'archevêque de Rouen de 1697, et qui consiste à « anathématiser ceux qui

annoncent quoi que ce soit en outre de ce qui a été reçu une fois ? »

Si donc les ultramontains anathématisent les anciens catholiques, uniquement parce ^ue ceux-ci remplissent leur devoir de catholiques, n'est-il pas péremptoire que les ulti'amontains cessent, par le fait même, d'être catholiques? Si les memhres de l'église romaine actuelle regardent comme hors de leur église les anciens catholiques, leurs frères d'avant juillet, uniquement parce que ceux-ci ne veulent rien annoncer c en outre de ce qui a été reçu,' i> mais garder dans toute son intégrité « ce qui a été reçu, » n'est-il pas de la dernière évidence que les membres de l'église romaine actuelle, en violant le dépôt de la doctrine reçue, rompent avec le catholicisme luimême, se séparent de leurs frères restés fidèles à la doctrine reçue , et tombent directement dans l'hérésie? Encore une fois, qui ne voit que l'église romaine, par la révolution qu'elle a opérée depuis le 18 juillet 1870, est devenue précisément l'église anticatholique, basée, non plus sur le principe que la vérité dogmatique est la vérité catholique, la vérité universelle, la vérité crue par tous, mais sur cet autre principe, essentiellement contraire, que la vérité dogmatique est la parole d'un seul, la parole du pape ?

Bref, le principe cathoUque est que le pape doit se conformer à la croyance de l'Eglise \i\iVT^t^i^\kft\

le principe essentiel de Téglise romaine actuelle, au contraire, est que la croyance de l'Eglise universelle doit se conformer à la parole du pape. Donc, le romanisme actuel > loin d'être l'universalisme catholique, n'est plus que l'individualisme papal, et par. conséquent le renversement radical du catholicisme.

Comment l'égalise romaine n'eut pins APOftTOfiiaUB.

Enfin ) l'église romaine actuelle n'est pas pins apo$toiiqu9 qu'elle n'est une, sainte et catholique.

Pour être apostolique, il faudrait que, telle qu'elle est présentement, elle descendît des apôtres, sinon sans modification accidentelle dans la forme, du moins sans altération dans le fond, c'est*à-dire, que ses dogmes actuels, ainsi que les principes de sa moraie actuelle, de sa constitution actuelle et de son culte actuel, eussent été crus , admis et pratiqués par les apôtres.

Or, l'histoire la plus authentique constate certainement le contraire.

En effet, une grande école historique et théologique, même en Occident, soutient que la primauté du pape ne repose que sur le droit ecclésiastique, sur la sanction que lui ont donnée les premiers conciles œcuméniques, à la suite d'un usage fondé sur la situation géographique et politique Ôl^A^n^^

de Rome. Saint Irénée explique parfaitement cet usage, et les textes des conciles de Nicée, de Constantinople et de Chalcédoine, sont formels. Selon cette opinion, il n'a pas été question de primauté parmi les apôtres. Toutes les paroles de Jésus- Christ à saint Pierre, la conduite des apôtres vis-àvis de saint Pierre et celle de saint Pierre vis-à-vis des autres apôtres, n'en indiquent pas la moindre trace. Donc, d'après cette école, qui, nous le démontrerons, est appuyée sur des documents irréfutables, l'église romaine actuelle aurait une constitution, une discipline et des dogmes, absolument contraires à la constitution, à la discipline et aux dogmes des temps apostoliques.

Mais supposons même que la primauté du pape soit réellement de droit divin, c'est-à-dire qu'elle ait^té établie par Jésus-Christ et reconnue par les apôtres. Il reste encore parfaitement démontré, pour toutes les communions chrétiennes, à l'exception des seuls ultramontains, que cette primauté du pape n'est nullement une suprématie, mais ime simple présidence dans le gouvernement de l'Eglise, présidence qui, il est vrai, constitue le pape premier gardien des lois de l'Eglise, mais qui ne le constitue ni juge ni gouverneur de l'Eglise. Donc, même dans cette s.econde opinion, la croyance romaine actuelle, loin de rappeler celle des apôtres, la contredit.

Mais, nous le répétons, cette seconde opinion perd toute force en présence des documents qui servent de fondement à la première : car, en supposant que Jésus-Christ ait conféré une primauté à saint Pierre, il faudrait, pour prouver que cette primauté devait passer au pape, établir incontestablement : P que cette primauté de saint Pierre n'était pas un simple privilège personnel, mais une charge qui devait se transmettre à quelqu'un ; 2® que, défait, saint Pierre ne Ta transmise ni à l'église d'Antioche, ni à celle d'Alexandrie, mais à celle de Rome qu'il n'a pas fondée ; 3** que, s'il Ta transmise à l'église de Rome, ce n'est pas précisément à cette église même qu'il l'a transmise, mais seulement à l'évêque de cette église. Qui ne voit que ce sont là des difficultés insurmontables pour l'école romaniste, si l'on veut recourir aux documents authentiques, et qu'elles ne peuvent paraître tranchées en faveur de la papauté que par l'habitude que nous avons de sanctionner les faits accomplis ?

Le romanisme actuel ne remonte donc pas aux apôtres.

Cependant il renferme quelque chose qui est contemporain des apôtres. Voici comment. Il faut distinguer dans le romanisme l'esprit et le système.

L'esprit du romanisme actuel est composé de deux éléments : l'élément judaïque de la synagogue au temps du Christ, et l'élément païen de la '^vevll^

M) COMMENT UÉ6LIBE ROMAINE

Rome à la même époque. Saint Pierre, quittant la Judée et venant àRome, est le Bymbole complet de la fusion de ces deux éléments. Tout homme impartial qui analyse le romanisme, y trouve, eu effet, cet esprit de légalité judaïque, qui se souciait peu de la justice, dès qu'on était méticuleux dans les observances extérieures; ce pharisaïsme étroit, pour lequel la pureté de la conscience n'était rien, et la propreté des mains était tout; ce formalisme menteur et immoral, qui dans les matières les plus graves sacrifiait l'idée au mot et le fond à la forme ; cette bureau» cratie des scribes, qui se faisait passer pour Tau* torité de Dieu, pour la succursale du ciel, et qui administrait les âmes comme des choses inertes, sur lesquelles elle avait droit d'aliénation et de vente ; ce paganisme dans le culte et dans la dévotion, qui rapetissait Dieu au niveau de l'homme, qui s^appliquait à parler aux sens au détriment de l'âine et du culte intérieur, et qui conduisait finalement les esprits grossiers à la superstition et les esprits délicats au scepticisme ; cette organisation hiérar^chique qui embrassait tout, cette centralisation qui ramenait tout au centre, cet absolutisme du centre qui absorbait et dévorait tout, ce besoin de souhaiter et de faire que le genre humain n*eût qu'une seule tête, ce &natisme qui incendiait les villes et faisait périr les peuples pour satisfaire son ambition et réaliser ses rôves. Autrefois, c'était Néron jouaot

de la lyre et chantant son triomphe à la vue de Rome en feu ; maintenant, c'est le Roi ultramontain se proclamant vice-Dieu, et s'écriant en chœur avec les évoques ses serviteurs, à la vue des âmes et des nations divisées par eux ; < Périssent les peuples, pourvu que notre dogme soit défini, perdant popuH dummodo dêfiniatur dogma ! »

Tel est l'esprit du romanisme actuel, esprit essentiellement contraire à Tesprit du christianisme catholique, tel qu'il ressort de l'Evangile.

Etouffé pendant les premiers siècles, d'abord par l'efficacité de l'EvangUe qu'on lisait alors, puis par ce souffle d'affranchissement religieux que le Christ avait fait passer dans les âmes et qu'entretenait la lecture des Livres saints, enfin par les difficultés que les persécutions et la lenteur des communications eussent suscitées aux papes, s*ils eussent alors voulu exercer une autorité sur les églises particulières, cet esprit ultramt>ntain réassit cependant plus tard à manifester de temps en temps ses ambitieuses prétentions au gouvernement suprême de toutes les églises/ Mais à chaque tentative il se vit réprimé par tous les évoques et par tous les Pères des églises d'Orient, Les églises d'Occident elles-mêmes surent lui résister, grâce à la science et à l'énergique foi de leurs Cyprien et de leurs Augustin.

Cependant l'ignorance des barbares qui se convertirent au christianisme et rindiffêKRv^^ fst^W

santé des anciens fidèles facilitèrent aux scribes et aux pharisiens de l'église de Rome la propagation de leurs doctrines centralistes et absolutistes, qui n'étaient que leur ambition érigée en principe ; et au neuvième siècle, on vit apparaître mystérieusement une collection de Décrétâtes, habilement fabriquées dans le but de formuler en système théorique ce qui n'avait été jusque-là qti'une suite d'afiSrmations aussi gratuites qu'orgueilleuses. C'est dans ces fausses Décrétales d'Isidore qu'a pris naissance le système ultramontain ; système purement humain, et humain de la pire façon, qui n'a rien du Christ ni des apôtres, qui n'a pénétré dans l'enseignement public des écoles au douzième siècle et qui ne s'est développé au point où nous le voyons actuellement, que par une série continue de falsifications, dont il sera publié plus tard une étude approfondie. En attendant cette publication, qu'il nous suffise de renvoyer les hommes sérieux qui voudraient se renseigner sur ce point, à l'ouvrage de Janus sur h Pape et le Concile (1), et surtout à la prétendue réponse qu'a essayé d'y faire Hergenrœther. En France, les ultramontains de l' Univers et du Monde ont beaucoup crié contre cet ouvrage de Janus, mais aucun ne l'a lu; nous connaissons leur manière de composer leurs articles. Quant à la ré-

(1) Paris, Ubrairie internationale de Lacroix, 1869.

ponse d'Hergenrœther, loin de réfuter Janus, elle le confirme par sa propre faiblesse : les textes tronqués se trahissent toujours par ce qui leur manque, et on a beau souffler de tous ces poumons dans les lambeaux qui en restent ; ne pouvant contenir tant de si mauvais air, ils finissent vite par éclater.

L'origine du système romaniste est donc parfaitement certaine, et, grâce à la publication de documents jusqu'ici cachés, l'histoire de ses progrès se révèle de plus en plus. Le Vatican a beau fermer ses archives secrètes aux savants, les savants tôt ou tard y entreront. En attendant, chaque homme de bonne foi se dit : Si ces archives ne contiennent que des secrets favorables à la papauté ultramontaine, pourquoi la papauté ultramontaine les cache-t-elle avec tant d'opiniâtreté, et pourquoi expulse-t-elle avec tant de sévérité ses bibliothécaires, dès qu'elle s'aperçoit qu'ils préfèrent la vérité à son mot d'ordre et qu'ils sont disposés à être sincères? Une institution qui repose sur la vérité et qui se croit divine, ne cache rien, parce qu'elle n'a rien à cacher. Elle met tout au grand jour, parce que le grand jour ne peut que lui gagner les amis de la vérité. Si, au contraire, elle se cadenasse contre les amis de la vérité, c'est donc qu'elle n'a que des titres faux et qu'elle repose sur le mensonge.

Or, n'est-ce pas là l'histoire ancienne, moderne et contemporaine du Vatican ?

Scribes et docteurs- de la synagogue nouvelle, malheur à vous ! Car c'est vous, plus encore que les scribes de l'ancienne synagogue, que Jésus-Christ a anathématisés, lorsqu'il a dit : < Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux : vous n'entrez point, et vous ne souffrez pas que les autres entrent !.. Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous avez pris la clef de la science et n'y êtes point entrés, et que vous avez repoussé ceux qui entraient ! »

Comment Péyllse romaine est HÉRinriQUB.

De ce qui précède il résulte que l'église romaiue actuelle n'est ni une, ni sainte, ni catholique, ni apostolique, et par conséquent qu'elle ne réunit aucune des marques de la véritable Eglise de Jésus- Christ. Et si elle n'est pas la véritable Eglise de Jésus-Christ, c'est donc qu'elle est positivement hérétique et schiamatique.

De plus, nous démontrerons dans le cours de cet ouvrage que le romanisme actuel est la falsification dogmatique, morale et disciplinaire du vrai eatholicisme ; qu'il a corrompu toutes les notions fondamentales de la doctrine catholique, non-seulement la notion de la sainteté, comme nous l'avons déjà constaté, mais encore la notion de l'Eglise, la notion de l'unité, la notion de la catholicité, la notion de la foi, la notion du concile œcuménique, la notion de l'autorité, la notion du fidèle, la notion du prêtre, la notion de l'évêque, la notion du pape. Nojia démontrerons que toutes ces notions e^^Qn-^

56 COMMENT L'ÉGLISE ROMADŒ

tielles sont non-seulement confuses chez les romanistes actuels, mais encore totalement erronées; et que, sur tous ces points, il y a contradiction formelle, flagrante, entre l'enseignement romain d'aujourd'hui et l'enseignement des Pères et des Docteurs des huit premiers siècles.

Pour nous préparer à cette importante démonstration qui renverse par la base tout l'échafaudage doctrinal de l'église romaine actuelle, nous pouvons formuler deux autres arguments, très-simples, à la portée de toutes les intelligences de bonne foi, et desquels il résulte également que l'église romaine actuelle est positivement hérétique.

Ces deux arguments, les voici :

Premièrement. — L'église romaine actuelle enseigne encore que la véritable Eglise catholique ne change jamais dans sa foi. Or, P est-il certain, incontestable, que, avant le 18 juillet 1870, l'égUse romaine regardait encore comme catholiques les évêques, les prêtres et les fidèles qui traitaient publiquement l'infaillibilité et la toute-puissance papales d'erreurs pernicieuses et non de vérités révélées? Oui, cela est certain, incontestable; — 2** est-il également certain, égalemeht incontestable, que^ depuis le 18 juillet 1870, l'église romaine regarde comme schismatiques, comme hérétiques, comme fils de perdition, comme non-catholiques, tous ceux qui traitent publiquement et secrètement l'infailli-

bilité et la toute-puissance papales d'erreurs pernicieuses et non de vérités révélées? Oui, cela est également certain, également incontestable. Donc, l'église romaine d'après le 18 juillet 1870 n'est plus la même qu'auparavant; donc, l'église romaine a changé dans son symbole et dans sa foi ; donc, l'église romaine actuelle n'est certainement plus la véritable Eglise catholique.

Secondement. — Celui-là est réellement hérétique qui corrompt réellement, le dépôt de la doctrine révélée. Cette vérité est élémentaire et porte sa démonstration avec elle. -

D'autre part, il y a deux manières de corrompre réellement le dépôt de la doctrine révélée : l'une, par soustraction, l'autre, par addition.

Corrompre par soustraction la doctrine révélée, c'est rejeter quelque chose de cette doctrine : ainsi a fait généralement le protestantisme, en retranchant des articles de foi qui avaient toujours été considérés comme tels dans l'Eglise universelle.

Corrompre par addition la doctrine révélée, c'est lui ajouter quelque chose. En efiFet, écrivait Mgr Tévêque de Moulins, « le dépôt de la foi, chacun le connaît en son entier ; et si nous ne pouvons Hen y • retrancher, nous ne pouvons rien y ajouter non plus (1),. » Qui ignore que l'erreur est aussi bien la

(1) Lettre circulaire du 26 février 1853 touchant la lecture de l'Univers, p. 5,

58 COMMENT UÉQLI8E ROMAINE

vérité exagérée que la vérité diminuée, et que toute erreur dans la doctrine révélée constitue une hérésie? Donc l'hérésie est aussi hien l'exagération de la révélation que sa diminution ; c'est aussi hien l'addition au dépôt sacré de la foi que la soustraction à ce même dépôt.

De fait, l'enseignement qu'on ajoute, alors môme qu'il ne serait ni faux ni impie, n'est-il pas essen* tiellement humain ? Evidemment. En l'ajoutant^ on humanise donc le dépôt essentiellement divin de la doctrine révélée ; on ftiit passer pour divine une parole qui n'est qu'humaine ; on impute à la sagesse de Dieu même une doctrine qui n'est que le produit de la conception de l'homme. Or, n'est-ce pas chan* ger, altérer, vicier, corrompre la nature même du dépôt de la révélation? N'est-ce pas substituer rhomme à Dieu ?

Alors même que la doctrine ajoutée serait vraie en elle-même, cette addition n'impliquerait-elle pas un mensonge grave, à savoir, que cette doctrine a été révélée par Jésus-Christ à son Eglise et que celle-ci l'a toujours crue comme telle? Et ce mensonge, qui est une falsification de l'histoire et ime injure faite à Dieu, n'est-il pas suffisant par luimême pour exciter l'indignation de tous les ami» sincères de la vérité? Mais surtout, que ne doivent pas dire les vrais gardiens du dépôt de la doctrine révélée, lorsqu'on introduit dans ce dépi^t, non plus

une doctrine humaine vraie, mais une doctrine humaine fausse, impie, subversive de tout principe, pernicieuse à l'Eglise autant qu'à la société temporelle? Une telle addition est évidemment le comble de la corruption. Elle est beaucoup plus grave que la corruption par soustraction ; car, en corrompant la révélation par soustraction, on ne fait qu'amoindrir la parole de Dieu et diminuer la quantité des vérités qu'il a daigné enseigner aux hommes, tandis que, en ajoutant à la révélation une doctrine feusse, on s'attaque à la qualité, à la nature même des vérités révélées, on les falsifie, on les gâte jusque dans ce qu'elles ont de divin. Telle est la pire manière de tomber dans l'hérésie.

Or, n'est-ce pas là le procédé ultraraontain ? Assurément. Que vient de faire, en effet, l'église romaine? Elle vient d'ajouter au dépôt de la révélation chrétienne la doctrine de l'infaillibilité et de la toutepuissance du pape ; doctrine, qui non-seulement n'est pas selon l'Evangile, mais qui est positivenjent contre l'Evangile ; doctrine, qui non- seulement n'est pas affirmée par les Pères comme une vérité, mais qui est niée par eux comme une erreur ; doctrine non-seulement humaine, mais erronée, antichrétienne, anticatholique, conçue par l'ambition de quelques hommes, propagée par le mensonge, couronnée par l'ignorance et le fanatisme. En sorte que, quiconque veut être membre de Tégliaô to-

m COMMENT L*£GLI8E ROMAINE

maine actuelle, doit admettre sincèrement, dans Id fond de son âme, là où Ton ne trompa pas Dieu, comme un dogme réellement RévéLÉ par Dieu et

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