C4 COMMENT L'EGLISE ROMAINE
sans valeur ; de ce que ceux-là ont le devoir de parler autoritairement, il ne suit pas que ceux-ci aient le devoir de se taire. Dans la véritable Eglise catholique, tous ont le devoir, bien qu'à des titres et à des degrés divers, de défendre et d'affirmer la foi reçue, parce que la science des choses saintes est un don que Dieu peut accorder aux simples fidèles aussi bien qu'aux prêtres et aux évêques, qui seuls cependant ont l'autorité de l'enseignement officiel. Si donc un simple fidèle ne saurait imprimer à ses jugements une autorité officielle, toujours est-il que la vérité est toujours la vérité, de quelque part qu'elle vienne, et qu'elle porte perpétuellement avec elle cette autorité sacrée de Tévidence qu'elle tire d'elle-même et contre laquelle nul homme sincère
ne saurait se révolter. De tels jugements ne sont pas obligatoires officiellement^ au nom de V autorité enseignante^ mais ils le sont scientifiquement^ au nom de la vérité elle-même. Or, n'est-ce pas dire qu'ils le sont réellement pour quiconque les trouve conformes à la vérité? Assurément. Car que devraiton penser de celui qui dirait : « Cette action est réellement mauvaise en elle-même ; mais, puisque l'autorité législative ne l'a pas encore défendue ex o/ficiOyje puis la commettre. — Cette doctrine est évidemment erronée ; mais, puisque l'autorité scientifique ne l'a pas encore condamnée ex pro/esso , je puis l'admettre. — Cette doctrine de l'infaillibilité et
de la toute-puissance du pape est certainement contraire à la révélation; mais, puisque l'autorité enseignante ne Ta pas encore condamnée comme telle ex catJiedra^ je puis la croire ou approuver qu'on la croie. j> Evidemment un tel raisonnement serait absolument erroné.
a Si je ne dis point la vérité, écrivait l'abbé Laborde, ne me suivez pas, rejetez-moi, méprisezmoi, foulez-moi. Au contraire, si je la dis, si votre conscience vous le dicte, vous ne pouvez vous dispenser de me suivre, parce qu'il ne vous est point permis en matière de religion et de morale de rejeter la vérité. Si la vérité est dans mes paroles, en me suivant ce n'est pas moi que vous suivez, mais la vérité, mais Dieu même, puisque la vérité ne vient que de Dieu. Que ma petitesse ne vous soit donc point un scandale. Si votre conscience juge que ce que je vous montre est la vérité, en me suivant ce n'est pas d'un individu sans rang et sans nom que vous vous mettez à la suite, mais bien à la suite de Celui qui a dit : « Je suis la voie, la vérité et la « vie; personne ne va à mon père, c'est-à-dire, n'en- « trera au ciel que par moi. » Regardez-y donc de près, en présence du Dieu tout-puissant qui doit un jour juger chaque homme sur le témoignage propre de sa conscience, testimonium reddente illis conscientia ipsorvm (1). »
(1) Censure de22prqpôsitiçns de morale corrompue ;P«iT\% A%^â.
M COMMENT L'KGLISE ROHAINE
En attendant qu*un concUe Trahnent GecnméDique condamne toutes les hérésies de rnltramontanisme, tout catholique peut et doit les signaler scientifiquement et les condamner au nom même de la révélation dont il est le gardien, et dont elles sont, avant toute déclaration conciliaire, la corruption.
Mais, diront peut-être certaines ftmes pieuses, comment pouvez-vous déclarer hérétiques tous ces saints qui ont appartenu et qui appartiennent à l'église romaine?
D*abord, jusqu'au 18 juillet 1870, aucun saint de Téglise romaine n*a professé Tinfaillibilité absolue du pape comme un dogme; beaucoup Font combattue comme une erreur^ soit directement, soit indirectement; dans les temps' modernes, plusieurs ont admis une sorte d'infaillibilité relative et conditionnelle, mais ils n'ont jamais enseigné que cette doctrine fût autre chose qu'une opinion ou une vérité non dogmatique. Donc nous n'avons à condamner, comme hérétique sur ce point, aucun saint de l'église romaine, jusqu'au 18 juillet 1870.
C'est, au contraire, l'église romaine actuelle qui doit considérer tous ses saints d'autrefois comme hérétiques, sinon formels, du moins matériels : car ce qui est de foi divine maintenant l'a toujours été, attendu que la doctrine révélée est la même dans tous les temps; et si l'on est réellement hérétique aujourd'hui, en niant les nouveaux dogmes de Tinfaillibi-
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lité et de la toute-puissance papales, on l'était aussi réellement autrefois*, en ne les croyant pas de foi divine.
Quant au présent, nous regardons comme hérétiques matériels tous les membres de Téglise romaine, qui, de bonne foi, croient les nouveaux dogmes, absolument comme les membres de Téglise romaine traitent d'hérétiques matériels les membres des autres communions chrétiennes, qui, de bonne foi, ne croient pas les mêmes dogmes. Nous avouons sans diflSculté que le nombre de ceux que nous considérons comme hérétiques matériels dans Téglise Totnaine est relativement moins considérable que ce dernier : car peu de membres . de l'église romaine croient réellement, dans leur conscience, les prétendus dogmes qu'on leur impose, bien que la plupart fassent ce qu'ils appellent leur soumission extérieure; il y a plus d'hypocrites que d'hérétiques matériels. Mais, nous le répétons, nous n'avons point à juger les personnes; nous ne devons apprécier qu'objectivement les doctrines, les paroles et les actes, et nous croyons avoir démontré suffisamment, à tout homme intelligent et sincère, que l'église romaine actuelle est, dans son enseignement et dans sa conduite, réellement et positivement hérétique.
Commewl Pég^lise romaine a faiiMié la noiloii
de l'EGIilSB.
La notion de l'Eglise est une de celles qui ont eu à subir dans l'église romaine, outre les funestes effets de la versatilité des esprits, les effets plus funestes encore de la versatilité des cœurs. Effectivement, toutes les passions qui s'agitent dans le gouvernement des nations se sont également agitées dans celui de l'Eglise. Et de même que l'on a eu une tendance à confondre politiquement les nations avec les gouvernements, ainsi l'on a été porté à confondre l'Eglise elle-même avec son propre gouvernement.
Cette tendance a été pernicieuse : car, en même temps qu'elle paralysait toute la partie de l'Eglise qui n'entrait point dans la hiérarchie, elle développait dans celle-ci une activité excessive et malsaine. En outre, elle a rendu l'Eglise elle-même responsable de toutes les fautes de sa hiérarchie et de son gouvernement. Une pareille situation est trop grave,
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pour que Ton ne travaille pas à la faire cesser. De même que, dans Tordre civil et politique, les nations occidentales, comprenant enfin qu'au lieu d'être gouvernées pour leur bien, elles ne l'étaient que pour le bien de leurs chefs, se sont soulevées pour tenter de reconquérir leurs droits et de se gouverner elles-mêmes, suivant les principes naturels de la sage raison; ainsi, dans l'ordre religieux, l'Eglise d'Occident doit-elle ramener l'autorité de ses chefs dans ses véritables limites, faire circuler de nouveau l'activité de la vie jusque dans ses membres les plus extrêmes, et se gouverner elle-même suivant les principes surnaturels de l'Evangile. Si les nations ont le bon esprit de ne vouloir plus qu'on les définisse politiquement et civilement par leurs gouvernements, et de chercher sérieusement à rétablir les choses dans leur état normal, il faut également que l'Eglise ne consente plus à être définie par son gouvernement et qu'elle se reconstitue dans son état normal. Or, l'état normal de l'Eglise, au point de vue de la notion et de l'essence des choses, c'est son état primitif, parce qu'il touche aux apôtres et par eux à Jésus-Christ.
Primitivement, l'Eglise était ce qu'on peut appeler une république, non-seulement à cause des mœurs si désintéressées et si fraternelles qui unissaient les chrétiens entre eux, mais à cause de la notion que l'Evangile avait donnée de l'autorité reli-
70 COMMENT L'EGUBE ROMA.TNB
gieuse. Dans tous les siècles, les docteurs ecclésias* tiques les plus autorisés, même ceux qui étaient imbus des idées les plus monarchiques, ont appelé l'Eglise c une république spirituelle. > Même encore au dix-huitième siècle, le cardinal de la Luzerne lui-même écrivait : c La règle ancienne et uni^er^ selle^ observée dans tous les siècles et dans toutes les parties de l'Eglise, a été d'admettre dans conciles, avec les évêques, des prêtres et même diacres; on y recevait aussi de simples laïques. Ttm les anciens monuments en /ont foi (1). > Il est parfaitement certain que, jusqu'au neuvième siècle, les papes eux-mêmes n'ont exercé leur autorité dans l'Eglise que par les conciles et conformément aux canons; et comme les conciles étaient alors composés non-seulement des évêques, des prêtres et des clercs, mais encore des simples fidèles, il en résulte que l'Eglise était alors gonvernée par elle-même; cq qui suffit pour établir que l'Eglise n'est nullement une monarchie. C'est le pape Nicolas V^ (858-867) qui commença à mettre en pratique les fausses Décrétales d'Isidore, à transformer la primauté du pape en autorité monarchique, à changer ainsi la constitution primitive de l'Eglise et à préparer toutes les altérations subséquentes (2). Du reste, si l'Eglise était essentiellement et de droit divin une
(1) Droits et Devoirs des évêques et des prêtres^ p. 476.
(2) Cf. Le pape et le Concile^ par Janus, p. 107 et lU.
N'BST PLUS L'EGLISE CATHOLIQUE. 7i
monarchie, il est évident que, dans les interrègnes qui séparent la moH d*un pape de l'élection de son successeur, il n*y aurait pas de gouvernement réel. Ce seraient de véritables sujets qui seraient à la place du véritable chef, et le véritable chef. Te dépositaire nécessaire de l'autorité, celui-là seul qui de droit divin pourrait gouverner l'Eglise, n'existerait pas. Il y aurait juste de quoi faire illusion aux esprits superficiels, qui, au lieu de voir l'autorité, ne Donsidènrent que Thomme qui la possède; mais ce serait insuffisant pour tromper les hommes sérieux. Or, en supputant les interrègnes des papes, on trouve que Célestin IV fut élu après une vacance de deux ans,' Grégoire X après une de trois ans^ Nicolas IV après une de près d'un an. De plus, après Nicolas IV, il y eut une vacance de deux ans et trois mois; après Benoît XI, il y en eut une de onze mois, et après Clément V, une de deux ans et quatre mois« Ce qui fait une absence de gouvernement pendant plus de onze ans, sur un intervalle de six règnes seulement. La gravité de cet inconvénient ne saurait échapper à personne; mais cet inconvénient n'existe pas, si le gouvernement de l'Eglise n'est point essentiellement monarchique. ^
Ouvrons l'Evangile. Au chapitre XVIIP de saint Mathieu, nous voyons clairement : 1° que Jésus- Christ ne sépare pas les apôtres d'avec l'Eglise; 3" que c'est à l'Eglise réunie qu'il donne ses pou-
voirs; 3" que par Eglise il entend la société de tous ses disciples, et non-seulement de quelques privilégiés. En effet, voici les propres paroles de Jésus- Christ à tous les disciples qui Técoutaient : < Si Tun de vos frères a péché contre vous, allez et repr^ezle seul entre vous et lui. S'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. S'il ne vous écoute point, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit avéré par le témoignage de deux ou trois témoins. Que s'il ne les écoute point, dites-le à Y Eglise; et s'il n'écoute point Y Eglise^ qu'il vous soit comme un payen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel. Je vous le dis encore, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, quoi que ce soit qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les cieux. Car là oii deux ou trois seront réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. »
Il est évident que Jésus-Christ confère , dans ce passage, le pouvoir de lier et de délier, de condamner et d'absoudre. Mais à qui le confère-t-il? Est-ce à quelques disciples seulement, qu'il choisit et qu'il désigne pour les constituer maîtres des autres? Non. Est-ce à chacun des disciples isolément? Pas davantage. Il confère ce pouvoir à tous ses disciples sans exception, en tant qu'ils forment une société, une
église. C'est éette société, cette église même, qui est l'unique dépositaire de ce pouvoir (1).
De fait, il est de l'essence de toute société de pouvoir condamner et absoudre; si la loi est juste et appliquée justement, ce que le juge lie sur la terre est lié dans le ciel, ce qu'il délie sur la terre est délié dans le ciel, car il n'y a pas deux justices. Un disciple peut bien, il est vrai, en chasser un autre de sa présence particulière ; mais pour être exclu réellement de toute la société, il faut le jugement de cette société même. C'est donc l'assemblée générale des disciples qui doit décider les questions qui les concernent, et sa décision sera ratifiée dans le ciel, parce que tous ne peuvent pas se tromper, les passions de quelques-uns ne pouvant pas annihiler la justice de tous. Ce sont les disciples réunis qui seuls peuvent traiter légitimement quelqu'un de payen et le retrancher de leur société. C'est donc dans l'Eglise, comme société des disciples de Jésus-Christ, et non dans la réunion exclusive et autocratique des principaux chefs, que résident l'infaillibilité dogmatique et l'autorité gouvernementale.
Loin de nous, assurément, la pensée d'enseigner l'égalitarisme dans l'Eglise et d'opérer le nivellement là où Jésus-Christ ne l'a pas opéré. Il est certain,
(1) « l"*otestas ergo remittendorum peccatorum dpôstolis data est, et acclesiis quas illi a Deo missi constituerunt, eiepiscopis qui eis ordinatione Ticaria successerant. >»S. C>/pT\eii,Ep\îît."XXN
comme nous le verrons, que Jésus-Christ a institué une hiérarchie dans son Eglise ; mais ce qui est également certain, c'est qu'il n'a pas fait de cette hiérarchie tonte son Eglise. Les membres de la hiérarchie ont donc reçu une part de pouvoir plus ou moins grande, suivant qu'ils occupent dans cette hiérarchie une place plus ou moins élevée : saint Jean Chrysostôme le remarque très-justement, en expliquant le passage susdit de saint Mathieu (1). Mais cela n'empêche pas que les simples fidèles n'aient le droit de concourir activement à l'administration des choses de l'Eglise avec les membres de la hiérarchie. Ils sont réellement de l'Eglise , sans en être les chefs ; ils vivent réellement dans l'Eglise, bien que dans les rangs inférieurs ; et cette vie réelle qu'ils possèdent dans l'Eglise, suffît pour que rien de ce qui a été confié à cette même Eglise, dont ils sont essentielle* ment membres, ne puisse leur être soustrait ou leur devenir étranger.
Lorsqu'il est question de l'Eglise dans l'Evangile et dans lés épîtres des apôtres, il ne s'agit pas seulement de saint Pierre, ni des apôtres, ni des évêques, ni des prêtres, ni des diacres, mais aussi des Ifià'ques, simples fidèles. La définition évangélique de l'Eglise est celle-ci : < L'Eglise est la société des fidèles, c'est-à-dire, de tous les disciples de Jésus-Christ; > et quand Jésus-Christ impose des devoirs et donne
(1) Momil in S. Afat/t., lll, ip, 33.
des droits à TEglise, ces devoirs et ces droits (Concernent, bien qu*à des degrés divers, tous les fidèles, et nbli-sèulêment lés pasteurs. Telle est la signification dû mot ^ Eglise. > Et TEglise générale, où tinîVérselle, ou catholique, n*est que la réunion ou la collectivité de toutes les églises particulières; Nous regardons ce point comme parfiiitement établi, pour quiconque a lu attentivement le NoUveau-Tes*»tàment. Si un douté pouvait s'élever à ce sujet, il suffirait, pour le faire disparaître, de consulter les passages suivants : Math. XVI, 18; Act. XX, 28; J^* Ep. à. Pierre, V, 13; Ep. aux Rom. XVI, 23; /'« Ep, àuxCorinth., t, 2; XVI, 19; ir Ep. aux CoHnth., I, 1; 7" et IP Ep, aux Thessaïon., I, 1 et 4; Ep. à Phïlem., 2; IIP Ep. s. Jean, 6, 9, 10; ApocaL, II, 1, 7, 11, 17. Il est absolument impossible de comprendre ces textes, si les laïques sont exclus dé la définition de l'Eglise, et si, par conséquent, TEglise n'est pas la société de tous lés fidèles.
Cette notion de l'Eglise est la seule qui soît enseignée dans les écrits des Pèires des premiers siècles. Selon saint Irénée, Ce sont tous les fidèles qui sont les dépositaires delà croyance et de la tradition,, cr^r dunt et traduit (1). C'est dans TertuUien que se lit cette proposition : < UH très, Ecclesia est, licet
(1) Lib. Il, adif. Hërèséi^ càp. ti.
LAici. > Saint Cyprien faisait entrer, non-seulement dans la définition spéculative de l'Eglise, mais dans son gouvernement, tous les fidèles, même laïques. Ge fait nous est affirmé dans une lettre du clergé romain lui-même : t Sic collatione cansiliorum cum Episçopis^ Preshyteris^ JDiaconis^ Confessoribus^ pa-
RITER AC STANTIBUS LAICIS,/â^^dJ, lupSOTUm tTOCtare
rationem (1). > Ailleurs il définit expressément l'Eglise < le peuple uni au prêtre , le troupeau uni à son pasteur (2). » Saint Optât de Milève énumère ainsi les membres de l'Eglise : < les évêques, les prêtres, les diacres, les ministres, et la foule des fidèles, et turbam fidelium (3). » Saint Hippolyte dit également que le corps de l'Eglise se compose, nonseulement de l'évêque, des prêtres et des diacres, mais encore du peuple (4). Isidore de Péluse définit l'Eglise < l'assemblée des saints unis entre eux par une foi certaine et par une vie parfaite, sanctorum cœtus ex certafide atque optima Vivendi ralione collectus Ecclesia est (5). d Nicolas P" et Innocent III enseignent également eux-mênies que « l'Eglise est la société des catholiques, c'est-à-dire, des fidèles, Ecclesia est catholicorum seu fidelium congregatio; >
(1) s. Cypriani, Epist, XXXI.
(2) « Ecclesia plebs sacerdoti adunata, et pastori suo grex inhserens. » Epist, LXIX, n. 8.
(3) Lib. Il, Contra Parmenianum.
(4) Be Charism.f n. I.
(5) Lib, Ilf Epist. CCXLVl ad TYieodo^Vvxta. fti^\?,ç.o^\im.
définition qui a été acceptée par un concile de Latran. Saint Thomas d'Aquin n'est pas moins formel : < L'Eglise, dit-il, est la société des fidèles ; elle est semblable à la société politique, parce que le peuple lui-même s'appelle l'Eglise, Ecclesia similatur congregationi politicsd , quia ipse populus Ecclesia didtur ; tout chrétien est comme un membre de l'Eglise même, quilibet christianus est sicut membrum ipsius Ecclesia (1). »
Launoy prouve par des textes nombreux et irrécusables que jusqu'au concile de Trente cette définition de l'Eglise a été donnée par les docteurs ecclésiastiques les plus considérés (2). Elle a été maintenue, même après le concile de Trente, mais seulement selon la lettre, et avec des altérations qui depuis longtemps déjà en avaient complètement corrompu l'esprit.
Comme on peut s'en convaincre par le discours de Fleury sur l'état de l'Eglise pendant les six premiers siècles, l'Eglise s'est gouvernée elle-même pendant toute cette époque, en ce sens que tous ses membres, même laïques, prenaient une part active dans tout ce qui la concernait et jusque dans |es affaires de son gouvernement; ils étaient en dehors de la hiérarchie, mais non en dehors du gouvernement, parce
(1) Dist. XX, qusest. 1, art. VIII, et Symholi Exposit.
(2) T. V, p. 665 et seq., B. - Cf. T. II, p. 652, B. — T. IV, p. 249, B.
7S COMMENT L'ÉGUSE ROMAINE
que le gouvernement n'était point alors, comme il Test aux époques de centralisation, confondu et identifié avec la hiérarchie (1).
C*est après le sixième siècle qu'un premier ébranlement se fit sentir dans la partie occidentale de la république chrétienne. Le nombre des simples fidèles y devint trop considérable pour que le concours de tous aux affaires de TEglise se fit comme par le passé. D'ailleurs, l'ignorance était profonde parmi les barbares nouvellement convertis ; et chez les anciens fidèles l'indifférence gagnait de plus en plus. Ces trois raisons : le grand nombre, l'ignorance et l'indifférence, déterminèrent les pasteurs à ne plus s'adressera tous les fidèles, mais seulement aux principaux d'entre eux, qui étaient alors comme les délégués de tous. On lit encore dans les Actes du quatrième concile de Tolède en 633, qui régla la forme du concile provincial : c Après les évoques, les prêtres et les diacres, seront introduits les laïques que le concile aura jugés dignes d'y assister (2). >
Cela même disparut plus tard. Les moti& qui avaient empêché les laïques d'assister tous au con-* ciie, finirent par les en éloigner tous. Les églises particulières ne se firent plus représenter dans les con-r ciles de la province que par leur clergé. C'est alors
(1) Voir Usurpations des papes et des ^éques, par J.-J, Brethé; Paris, Dentu, 18Ô1.
(2) Labbe, t. V, col. 1704.
que les simples fidèles furent pratiquement exclus de toute participation au gouvernement de l'Eglise et qu'ils devinrent de simples sujets, croyant et obéissant à peu près passivement*
Cependant les princes ne se laissèrent p^s com^ plétement exclure. Soit ambition de se substituer aux simples fidèles qui étaient dans Tordre temporel leurs vilains et leurs serviteurs , soit jalousie envers les évêquës dont la puissance ne faisait que grandir» même temporellement, et qui étaient de véritables seigneurs, capables de leur porter ombrage jusque sur leurs terses, les princes continuèrent à assister aux conciles et à y maintenir, sinon la réalité, du moins Tombre des anciens droits des fidèles dans les choses ecclésiastiques. Leur présence finit même par n'être plus qu'une sorte de formalité et de convenance traditionnelle, sans autre but que cçlui de sau* vegarder les droits de la puissance séculière, dans le cas où la puissance spirituelle aurait cherché h l'amoindrir par des empiétements ; mais on le voit, il ne s'agissait nullement, par le fait de leur présence, de droits quelconques dans l'ordre spirituel ; le vrai laïcisme chrétien avait disparu pour faire place à ce laïcisme purement politique qui devait être si désastreux ; c'en était fait déjà de la république chrétienne, et, dans un tel état de choses, définir encore l'Eglise d'une manière absolue < la société des fidèles, » c'était garder un vieux souvenir,
» co
Tide désonnais de réalité; car, en réalité, l'Eglise n était plos que la société des pasteurs.
Dans cette deuxième définition, l'Eglise n'était plus la république chrétienne d'autrefois, mais une aristocratie.
n faut avouer que cette notion de l'Eglise dura peu en Occident , d'abord, parce que, dès le neu- Tième siècle, les fausses Décrétales d'Isidore vulgarisèrent , dans les esprits ignorants et naî& qui les reçurent, la notion réelle, bien que confuse encore, de l'Eglise comme monarchie; ensuite, parce que le deigé inférieur, placé nécessairement entre les simples fidèles qui n'avaient plus ni le goût ni la faculté de s'occuper des affaires ecclésiastiques, et l'épiscopat qui ne voyait en lui qu'un simple serviteur , devait évidemment disparaître, après peu de temps, du gouvernement effectif de l'Eglise, victime de l'indifférence des simples fidèles et de l'ambition épiscopale. De même que les simples fidèles avaient été exclus du gouvernement, parce qu'ils ne faisaient pas partie de la hiérarchie ; de même lès prêtres et les ministres inférieurs en furent exclus à leur tour, parce que, aux yeux des évêques, ils étaient censés n'avoir qu'un pouvoir d'ordre et non un pouvoir de juridiction. On distingua, en effet, un pouvoir d'ordre et un pouvoir de juridiction, sous l'empire dumême sentiment qui avait fait confondre le gouverivec la hiérarchie. Non content d'avoir dé-
daré que quiconque ne faisait pas partie de la liiérarchie ne saurait être partie active dans l'Eglise au point de vue gouvernemental, on déclara ensuite que quiconque n'avait qu'un pouvoir d'ordre était exclu de toute participation au gouvernement de l'Eglise, parce que, disait-on, le pouvoir d'ordre n'avait rapport qu'aux sacrements, tandis que le pouvoir de juridiction touchait au gouvernement même de l'Eglise, comme si le pouvoir d'ordre, conféré par Jésus-Christ lui-même, était d'une nature inférieure à ce pouvoir dit ie juridiction , que les évêques étaient censés conférer eux-mêmes pour valider l'exercice du pouvoir d'ordre. .
Quoi qu'il en soit des raisonnenïents au moyen desquels le clergé inférieur fut éliminé du gouvernement de l'Eglise en Occident, le fait est certain, et le prêtre, vrai pasteur dans l'Eglise, ayant charge d'âmes, institué par Jésus-Christ pour l'administration des choses saintes^ se vit exclu de l'administration des choses dites ecclésiastiques. On le garda, il est vrai, pour la forme, comme on garde une relique des vieux temps, sans lui attacher ni importance, ni valeur, dans la vie pratique ordinaire. De nos jours encore, quelques prêtres, choisis ordinairement pour leurs infirmités, leur grand âge et leur incapacité de faire autre chose, sont adjoints à l'évêque sous le titre de chanoines titulaires, et simu
lent autour de lui une sorte de conseil qu'il ne co:
82 COMMENT L'ÉQLISE ROMAINS
suite jamais sérieusement, et qu'il compose, du reste, lui-même à sou gré, dans le doublq but de rendre service à des vieillards sans ressource et de ne pas s incommoder lui-même dans son administration.
Le clergé inférieur essaya bien, à deux reprises différentes, de reconquérir ses droits^ rnai^ en vaiu* La première tentative eut lieu aux conciles de Goustance et de Bâle. A Constance, on alla même plus loin ^car le pape ayant demandé, pour donner h supériorité au nombre de ses prélats, que les docteurs séculiers et les députée des rois, des princes et des académies, n eussent pas voix délibérative, le concile s'y opposa. Plus tard, j^u dix-septième et au dix-huitième siècle, notamment à Reims, à Lisieux et à Paris, de grands débats eurent lieu sur les droits et en faveur de la réhabilitation du clergé du second ordre. Mais ces débats demeurèrent stériles. Vint ensuite le concordat de 1801, qui acheva d'op* primer le clergé du second ordre sous le joug épiscopal, en livrant les simples desservants ôt les vicaires, c'est-à-dire, l'immense majorité dil clergé du second ordre, à l'arbitraire de l'ordinaire.
Cette dégradation du sacerdoce au profit de l'épiscopat amena une nouvelle altération dans la notion de l'Eglise. L'Eglise ne fut plus considérée pratiquement ni comme une république, ni comme une aristocratie, mais comme une monarchie tempérée d'aristocratie. On conservait les nnoieimad définitions poo? wuve^
garder verbalement et en apparence la tradition, mais, de fait, l'Eglise, loin d'être la société des fidèles, comme dans la première période, ou la société des pasteurs, comme dans la deuxième, ne fiit plus que l'épiscopat, c'est-à<r>dire, les évoques des églises particulières ayant à leur tête Tévêque dit universel. Ce fut là ce qu'on appela d'abord l'Eglise enseignante, et plus tard, simplement l'Eglise. L'Eglise n'était ]donc plus que la partie haute de la hiérarchie. L'autorité de l'Eglise, soit doctrinale, soit gouvernementale, qui autrefois avait été considérée comme résidant dans la réunion des églises particulières, c'est-à-dire, dans la société même de tous les fidèles, ue fut plus censée résider que dans les évêques et le pape. Ce .que les évêques et le pape proclamaient unanimement comme étant dQ foi, était réellement de foi ; les canons disciplinaires et moraux qu'ils arrêtaient de concert, devaient être acceptés et mis en pratique. Les prêtres, ' malgré leur titre et leur office de pasteurs, à plus forte raison les simples clercs et les simples fidèles, n'avaient aucun droit; ils devaient croire et obéir, absolument et sans réplique. Toute revendication de leurs anciens droits eût été considérée comme une atteinte aux droits de l'épiscopat et de la papauté.
Ce nouveau système se généralisa au point de ne plus soulever aucun débat. Restait cepe]i(}ant une
ai COM?iENT L*£GUSE BOMAINB
difficulté, celle d'équilibrer la puissance épiscopale et la puissance papale. Tantôt, comme à Constance, à Baie et à Paris, on plaça celle-là au-dessus de celle-ci; tantôt, au contraire, on éleva celle-ci audessus de celle-là. C*est alors, au sein de ces disputes sur la nature et sur les rapports de ces deux puissances, que Ton se demanda d'où venait en première source la juridiction et quel était le principe fondamental de l'infaillibilité de l'Eglise* Sont-ce les évêques qui rendent l'enseignement du pape infaillible, ou bien est-ce le pape qui rend infaillible celui des évêques? Sont-ce les évêques qui donnent aux décrets du pape force de loi, ou bien est-ce le pape qui donne cette même force à ceux des évêques? Les débats, une fois sur ce terrain de la subtilité la plus vaine et la plus ridicule, ne pouvaient y rester longtemps. Il est clair que le pape, étant le premier partout, soit dans la doctrine, soit dans la discipline et le gouvernement, devait être bientôt considéré comme le premier principe, le fondement et la source dé toute juridiction et de toute infaillibilité.
Telle fut la fameuse lutte entre le gallicanisme qui affirmait la subordination du pape aux évêques pris collectivement, et l'ultramontanisme qui affirmait la supériorité du pape sur tous les évêques réunis ou dispersés. C'est à ces questions mesquines qu'était déjà réduit, au dix-septième siècle et au dix-
huitième , ce reste de catholicisme romain libéral, qu'on appelait gallicanisme.
Le mouvement de centralisation qui avait fait éliminer successivement les simples fidèles et les prêtres, devait nécessairement avoir son cours contre les évêques et les emporter à la fin, au bénéfice de la papauté. Les ultramontains, qui s'étaient d'abord contentés de définir l'Eglise « \^ papauté unie à l'épiscopat » pour faire échec aux gallicans qui la définissaient « Vépiscopat uni à la papauté, » éliminèrent bientôt l'épiscopat pour ne plus affirmer pratiquement que la papauté. De même que les évêques avaient fait de leurs prêtres de simples serviteurs de l'épiscopat, de même il était naturel qtie le pape transformât les évêques en simples serviteurs de la papauté. Les évêques avaient voulu ne laisser aux prêtres que le devoir d'obéir, se réservant à eux seuls le droit de commander ; le pape, à son tour, ne devait laisser aux évêques que le devoir d'obéir, et se réserver à lui seul le droit de gouverijer 'toute l'Eglise. Les évêques avaient voulu tout juger par eux-mêmes sans le concours sérieux ni des prêtres ni des fidèles ; il était logique que le pape, lui aussi, finît par vouloir tout juger sans le contrôle sérieux de personne, pas même des évêques. Les évêques avaient voulu que les simples prêtres tinssent d'eux tous leurs pouvoirs sacerdotaux ; pourquoi le pape n'aurait-il cas» Novslxi. ^^
86 COMMENT L'EGUSE ROMAINS
les simples évêques tinssent de lui seul tous leurs pouvoirs épiscopaux? Les évoques avaient voulu supprimer les tribunaux et les concours ecclésiastiques, et gouverner les prêtres, non plus légale* ment, mais arbitrairement ; pourquoi le pape uau^ rait-il pas voulu également que toutes les causes majeures et mineures relevassent de son propre tribunal, et que les loip, faites par ses inférieurs, fussent remplacées par sa pure et simple volonté ?
Les gallicans des derniers siècles ont eu beau dire, contre les ultramontains, que l'Eglise était une monarchie efficacement tempérée d'aristocratie, leur système bâtard ne pouvait tenir contre ce torrent impétueux de centralisation et d'absolutisme, qui prit sa source dans les fausses Décrétales d'Isi^ dore, qui accrut sa violence dans les siècles suivants par toutes les falsifications des différentes écoles ultramontaines , qui vint un instant se briser en mugissant contre les murailles de l'Eglise aux conciles de Constance et de Bâle, et qui reprit ensuite son cours avec une force nouvelle, déracinant sur son passage les institutions les plus anciennes et renversant aveuglément tout ce qui lui résistait. Il est essentiellement dans la nature d'une monarchie, si l'on pèse toute la force de cette expression, d'être absolue; si elle est tempérée, c'est par faiblesse pu par bienveillance du monarque, et non par logique, Qossuet lui-même, avec tout son génie, n'a pu rester
ferme dans le gallicanisme de son temps ; et tout en faisant des armes pour la cause gallicane, il ne fut au fond qu'un ultramontain qui ne voulut pas se l'avouer. Emporté par le désir de triompher des protestants, il tomba dans l'excès d'unité, retrancha le .plus possible aux prêtres et aux laïques sous prér^ texte de n'affirmer que les droits de l'épiscopat, et finit, soit par faiblesse de caractère, soit par prudence, par concentrer l'autorité de l'Eglise dans l^k papauté. D'une part, en effet, il disait ; < Il est cer» tain que le second ordre ne doit point avoir voii^ délibérative, et c'est mon avis, quoiqu'il y ait de$ exemples contraires (1). » D'autre part, dans son discours sur Tunité de l'Eglise, il admettait que les évoques ne sont que des brebis sous 1^ conduite du pape, De même que les gallicans de cette époque ne considéraient plus pratiquement les prêtres comme pasteurs, ainsi les ultramontains pnvisagaient- les évèques comme des brebis et les fidèles comme des agneaux. Malgré le caractère épiseopal, il n'y avait entre les évoques et les simples fidèles qu'une diffé^ renoe de quantité, celle qui distingue les brebis des ^neaux; le seul et unique pasteur des évêques aussi bien que des fidèles, }e seul qui ne fût point du troupeau, mais qui en fût le maître unique^ était le pape. Une telle doctrine se trouve dans 3o6-*
COMMENT L'EGUSE ROMAINE
suet lui-même^ dont la plume cependant avait un jour écrit cet aveu : « L'infaillibilité que Dieu a promise à son Eglise, réside primitivement dam tout le corps (1). > Arnauld, Nicole, et en général l'école de Port-Royal, exagérèrent aussi le système épiscopal. Une de leurs raisons était sans doute de faire contre-poids à l'autorité papale, bien qu'ils dussent aboutir au résultat tout opposé. Mais le principal motif qui les guidait en cette affaire, était leur haine contre les jésuites, ces simples prêtres turbulents qui aspiraient à dominer les évêques. Afin de les réduire, ils travaillèrent à augmenter l'autorité des évêques et à diminuer autant que possible celle des simples prêtres.
Cela posé, rien n'était plus naturel que d'affirmer l'identification complète de l'Eglise et du pape. Pour les ultramontains, l'Eglise ou le pape, c'est tout un, non pas de cette unité de simple accord qui n'est que l'union, telle que l'entendaient saint Ambroise et même encore saint François de Sales, mais de cette unité de véritable absorption qui est l'anéantissement de l'un au profit de l'autre. Loin de comprendre que l'unité de l'Eglise doive être, comme celle de la société et comme celle de la nature, un harmonieux ensemble de variétés infinies, on supprima successivement une à une toutes les
(I) Ltttre et Leibniz Bar la réception du concile de Trente.
variétés pour ne plus affirmer que Tunité dans le pape et par le pape. D'après rultramontanisme, l'Eglise n'est plus cette forêt dans laquelle chaque arbre a son port, sa grandeur, sa beauté particulière; c'est une charmille uniforme, dans laquelle le ciseau du propriétaire, sous prétexte de régler la vie, la violente ; ou plutôt, ce n'est même plus une charmille, c'est un seul arbre, dont tous les autres, déracinés sans pitié, sont dévenus les humbles greffes. C'est ainsi que l'Eglise, altérée déjà dans la notion de sa constitution, le fut encore jusque dans celle de son unité, comme nous le verrons.
Les catholiques qui faisaient profession de combattre l'absolutisme dans la monarchie, se sont en vain récriés. En vain ont -ils essayé de justifier l'Eglise, en disant que la monarchie qu'elle voulait établir consistait uniquement dans « le règne de Dieu sur les cœurs (1). » En vain ont-ils enseigné que € la puissance papale est la plus liée qui se puisse concevoir, qu'elle consiste avant tout à maintenir les lois de l'Eglise et à en empêcher les violations, que ce n'est qu'à cette condition que le siège
(I) « On a prétendu que TEglise affectait une monarchie absolue, et qu'elle prétendait établir sur la terre une théocratie. Oui, Messieurs, elle aspire à une monarchie universelle, mais c'est à celle des âmes et des esprits; c'est le règne de Dieu sur les cœurs. C*est ainsi qu'elle l'entend, et si jamais quelques hommes ont rêvé une autre monarchie pour l'Eglise, elle n'en est pas responsable. » M. l'abbé Bautain, !'• conférence d j^otre-J)ame,
90 COMMENT L'KGLISE ROMAINE
papal peut compter sur Tobéissance des églises particulières, sur la confiance et le respect des fidèles (1). » En vain ont-ils répété que telle a été lî^ doctrine des papes eux-mêmes, que Pie VII s'çst exprimé sur ce point de la manière la plus explicite et la plus incontestable (2) . Il a fallu céder à la force de centralisation et d'absolutisme, qui, depuis le neuvième siècle, était visiblement déchaînée dans Téglise d'Qocident, et contre laquelle les catholiques libéraux de chaque époque n'avaient opposé que des digues impuissantes. Dans la première période de l'histoire de l'Eglise, lorsque la notion de l'Eglise ' était encore saine, c'étaient les conciles qui gouvçrnaie;nt, ordonnaient, défendaient, en leur nom, c'està-dire, de par Tautorité de l'Eglise, dont ils étaient les dépositaires. Mais déjà, au douzième siècle, même dans les conciles, ce sont les papes qui font les lois en Occident et les promulguent, d'abord au nom du siège apostolique, puis en leur propre nom. « Auctoritate sedis apostolicse proAibemus >, lit-on dans le premier canon du concile prétendu œcuménique de 1123, tenu par Calixte IL Dans celui de 1179, Alexandre III promulgua vingt-sept canons dont il fit donner lecture aux évoques, en
(1) M. de DôUinger, Kirche und Kirchen; Mûnchen, 1861, p. 3S et 39.
(2) Esposizione dei sentimonti di sua santita. Cf. Die neuesten Grundlagen der deutsch-katolischen Kirchenverfassung; Stutt- ^»rà, IS21, p. 334. — Cf, Kirche und Kirchen, p. 41.
N'EST PLUS L'£GLISS CATHOLIQUE. 9t
déclarant que c'était « avec Tapprobation du sjr uode ». Plus tard cette approbation ne fut même plus nécessaire ; on la supprima comme une formar lité. Lorsque Pie IX voulut proclamer le dogme de l'immaculée Conception, il se contenta, en effet, de consulter les évoques sans délibérer avec euz, et les évoques se contentèrent d'assister h la proclamation du dogme, qui fut faite par le pape seul et en son seul nom.
Il y a quelques années, le cardinal Litta prenait encore la peine de nous avertir, pour le succès de sa thèse, qu'il entendait le mot c église » dans le sens d'église enseignante^ o'estrà-dire, des évêques unis au pape (1); ce qui prouve que cette définition restreinte n'était pas le sens obvie et premier du mot c église » . Mais actuellement un tel scrupule n'est plus nécessaire. Aujourd'liui, en effet, l'Eglise n'est plus ni la société de tous les fidèles, ni celle de tous les pasteurs, ni même celle des évêques et du pape, mais la société du pape seul. Le pape est tout et tient lieu de tout; les fidèles, les prêtres et les évêques ne sont que les agneau^ et les brebis de son troupeau. Il suffit de lire De Maistre, dom Guéranger, Veuillot et les jésuites de la Civil ta^ pour se, convaincre que telle est la base fondamentale de rultramontanisjqae. « Lorsque nous j)arlons de l'J'-
(1) LeUre XX; p. J04,
glise^ disait le jésuite Gretzer, nous entendons désigner le pape. » — « C'est du pape, dit la Civilta^ que dérivent la propre foi et la propre vie religieuse de l'EgUse et des évêques, dont il est la tête (1)... C'est le pape quL est le dispensateur des grâces spirituelles (2)... C'est dans les mains du pape seul, qui en est le seul dispensateur et le seul gardien, que Dieu a déposé sur la terre les trésors de sa révélation, de sa justice, de ses grâces. Aussi est-il par rapport à nous ce que serait le Christ, s'il gouvernait l'Eglise par lui-même et visiblement (3)». Le pape est le « summum oraculum », < le vice- Dieu sur la terre, vices J)ei gerensin terra. »
C'est littéralement et réellement le papisme h la place du catholicisme. Et lorsqu'on se rappelle que M. Veuillot écrivait, le 8 octobre 1869 : « L Eglise sera Dieu^ » n'a-t-on pas raison de dire que les ultramontains d'aujourd'hui font du catholicisme une véritable papolatme ? L'Eglise est Dieu , or l'Eglise est le pape, donc le pape est Dieu. Voilà toute leur doctrine, tout leur Credo.
(1) « Non basta che il popolo sappia essere (il papa) il capo délia chiesa e dei vescovi; bisogna che intenda da lui derivare la propria fide, da lui la propria vita religiosa, » Année 1867, t. XII, p. S6.
(2) « Lui essere il dispensiere délie grazie spirituali. » Ibid.
(3) « I tesori di questa rivelazione, tesori di giustizia, tesori di carismi, venero da Dio depositati in terra nelle mani di un uomo, che ne e solo dispensiero e custode... quest' uomo e il papa... Ed ô rispetto a noi cio che sarebbe esso Christo, se per se medesimo e visibi) mente quaggiu governasse la Chiesa. »
Cette doctrine a été constamment pratiquée au conciliabule du Vatican ; elle en a inspiré les règlements et les agissements; et les décrets dogmatiques de l'infaillibilité et de Tomnipotence papales en ont fait la doctrine même de l'Eglise enseignante. La rupture avec l'ancienne doctrine est donc complète ; de la république, telle que Ta conçue et enseignée le Christ, telle que l'a pratiquée l'Eglise primitive, on en est venu peu à peu, par la destruction successive des droits des fidèles, des prêtres et des évêques, jusqu'à la monarchie la plus absolue et la plus tyrannique qui se puisse imaginer, puisque, tout en l'ayant fabriquée avec des mains humaines et par le jeu des passions humaines les plus honteuses, on a réussi à la faire accepter comme une œuvre divine, à laquelle nul ne peut toucher ni de l'esprit ni du cœur, sans violer le droit divin et sans être un hérétique, un apostat, un antechrist.
Les points laissés obscurs dans cette étude, qui n'est qu'un aperçu général, seront éclaircis et prouvés dans les thèses suivantes.
Comneiit Véglïue romaine a fmmuué les notioi d'OlimiÊ et éto CAff HOIilCillÊ.
, Une preuve évidente que l'église romaine à fittiss la notion de Yunité dans l'Eglise, c'est qu'elle û craint pas d'enseigner que l'unité prime la rétiri et que celle-ci, au besoin, doit être sacrifiée à cell( là. Saint Jérôme ne pensait pas ainsi : selon lu quelque désirable que fût l'unité, là vérité deva toujours lui être préférée. Les intelligences les pk simples comprendront aisément, pourvu qu'elle soient droites, que le bien suprême est la vérité que l'unité n'a de force réelle que par la vérité que toute unité qui ne repose pas sur la Térité n'eï qu'une unité apparente, destinée à rendre encor plus profondes les divisions qu'elle ne réussit mêm pas à cacher longtemps. Puis donc que l'église rc maine actuelle, dans la personne de ses membres le plus considérables et de sesévêques les plus illustres aime mieux trahir la vérité et la foi que de brise ce qu'elle appelle l'unité, c'est que cette unité dor
elle se prévaut, n'est point l'unité vraie. L'unité vraie est avec la vérité, et non avec le mensonge; loin de gouverner la vérité, elle lui est subordonnée.
Quand les théologiens romanistes traitent dfe l'unité de l'Eglise, ils distinguent l'unité dans la foi et Funité dans le gouvernement. Cette distinction est excellente. Mais qu'en font-ils pratiquement? N'avons-nous pas constaté (1) que l'unité dogmatique n'est ^ dans l'église romaine actuelle , qu'une unité purement disciplinaire et gouvernementale ? Si certains évêques, en effet, déclarent en théorie qu'il faut l'unité de croyance intérieure, ne se contentent-ils pas, dans la pratique, de l'unité de soumission extérieure ? Les prêtres de l'église romaine qui ne croient pas intérieurement les nouveaux dogmes, et même beaucoup de ceux qui font profession de les croire, n'évitent-ils pas avec le plus grand soin de questionner les fidèles sur leur croyance intérieure, et ne donnent-ils pas tous les jours soit l'absolution sacramentelle, soit la communion eucharistique à des personnes qu'ils savent pertinemment rejeter les nouveaux dogmes, et qui, par conséquent, sont hérétiques à leurs yeux, se contentant, pour leur conférer ainsi les sacrements, de pouvoir dire q}x' offideUement ils sont censés ne pas savoir que ces personnes rejettent les dogmes en
(1) Chap, K
96 COMMENT L'ÉGLISE KOMAINE
question? En vérité, n'est-ce pas, pour rappeler une expression de Veuillot contre Mgr Dupanloup, «jouer avec la foi? > Est-ce bien ainsi que l'on traite avec Dieu même, dans les choses les plus sacrées? Une telle conduite n'est-elle pas simplement l'art d'escamoter les sacrements? Et voilà ce qu'on appelle unité dans l'église romaine !
Il est manifeste, encore une fois, que ce n'est là qu'une unité d'apparence et non de croyance. Depuis que l'église romaine a dénaturé sa constitution primitive, pour la modeler sur le césarisme et surtout sur le militarisme moderne; depuis qu'un archevêque a osé assimiler, non-seulement les simples fidèles, mais les prêtres mêmes de son diocèse, à un régiment qu'il pouvait faire manœuvrer à son gré, il est tout naturel que l'unité dans l'église romaine ne soit plus que l'unité soldatesque de la soumission purement extérieure. Depuis que l'on traite les consciences comme les simples soldats, depuis qu'on leur fait un crime de raisonner, et qu'on résume tous leurs devoirs en un seul acte : emboîter le pas mathématiquement au son du clairon du Vatican, il est de toute impossibilité de s'en tenir à l'ancienne notion de Tunité. Autrefois, il fallait croire avant tout ; maintenant, la foi étant pratiquement inutile comme tous les actes intérieurs, il suffit à'obiir extérieurement.
Mais supposons même qu'il s'agisse, dans l'église
romaine, d'une unité de croyance intérieure, cette unité, telle qu'elle la comprend, serait encore fausse. Et voici pourquoi :
L'Eglise catholique étant de tous les temps et devant être- la même dans tous les temps, il est évident que son unité ne doit pas jètre une unité d'un jour, d'un an, d'un siècle, mais bien de tous les siècles. Pour que l'église romaine puisse revendiquer ajuste titre la véritable unité, il faut donc qu'elle soit une avec elle-même, non-seulement en 1872, mais encore en 1870, en 1682, en 1414, en 858, etc., etc. ; de telle sorte que, si l'église romaine du dix-neuvième siècle n'est pas une avec l'église romaine du dix-septième, ou du quinzième, ou du neuvième siècle, elle manque positivement de la véritable unité catholique, quelque grande que soit Tunanîmité dont elle puisse se prévaloir à certaines époques séparées.
Or , l'église romaine de 1872 est-elle une avec l'église romaine d'avant le 18 juillet 1870? Nullement, puisqu'en 1872 elle professe un symbole tout DIFFÉRENT dc SOU symbolc de 1869, de 1682, de 1414, de 858, etc. En effet, en 1872 elle enseigne, comme vérités divines^ révélées par Jésus-Christ et crues depuis dix-huit siècles par toute V Eglise^ cette infaillibilité et cette omnipotence papales que ses docteurs et ses évêques, même encore en 1869, traitaient de doctrines « gangrenées. »
98 COMMENT L*ÉGLI8B ROMAnŒ
On le voit, l'église romaine actuelle ne peut se dire une qu'en faisant subir à la hotion de l'unité une double altération, c'est-à-dire, P en réduisant à une unité de simple soumission extérieure ce qui devrait être essentiellement une unité de croyance intérieure ; 2* en limitant à quelques années l'unité qui devrait s'étendre à tous les siècles.
Mais ce n*est pas tout. La notion de l'unité, dans l'église romaine actuelle, implique Une troisième altération.
Dans cette église, en effet, l'unité de l*épiscopat signifie l'adhésion volontaire ou involontaire des évoques à la doctrine du pape. Le jpàpe, dît-on, est le centre de l'Eglise ; donc, conclut-on, l'Eglise n'est une qu'autant que tous les évêqtîes sont uns avec le pape. Dans ce système, ce n*êst pas le pape qui tire son unité de son union avec toute l'Eglise ; tnais c'est l'Eglise entière qui tire sa propre unité dô sa soumission au pape. Car, en supposant même que le pape soit vraiment le centre de l'Eglise catlioli<lùe et que les évèques ne soient que des points disse» minés à la circonférence, il faut, selon l'église romaine, non-seulement que ces points soient en communion avec le centre, mais encore qu'ils soient en dépendance de ce centre; il feut rtiêiîié que C&a* cun de ces points ne soit pas autre que la reproduction du centre. Dans ce système, il n'y a réellement qu'un point, le centre ; et la circonférence
p'est réellement quelque chose qu'à la condition d'être le centre multiplié par lui-même. Une telle unité n'est évidemment que l'unité de centralisation administrative ; unité admirable, dès qu'il s'agit de bureaucratie et d'expédition d'affaires, mais déplorable, dès qu'il s'agit des choses de l'âme et de la conscience. La synagogue des pharisiens et le collège des augures payons n'auraient rien inventé de plus perfectionné dans l'espèce.
Comme nous sommes loin, hélas I de cette belle et grande unité de l'Eglise primitive ! Quelle apos-^ tasie de la doctrine des Cyprien, des Augustin, des Vincent de Lérins ! Pour ces docteurs, comme pour tous les Pères des huit premiers siècles, l'unité de l'Eglise était l'accord même de toutes les églises particulières, et cet accord de toutes les églises particulières se produisait, non certes par leur abdication entre les mains du pape, mais par l'unanimité de tous les évoques comme témoins de la doctrine de Jésus-Christ et comme canaux fidèles de la tradition primitive. Saint Cyprien, en effet, enseigne expressément que l'épiscopat est un, non pas parce qu'il est possédé par un seul ou parce qu'il découle d'un seul, mais parce qu'il est possédé et exercé par tous les évêques ,sofidairetnent et m commun. Et c'est cet épiscopat un, gouvernant; toute l'Eglise par une action commune et collective, avec l'aide des prêtres et des diacres en union avec les fidèles,
qui constitue l'unité de l'Eglise universelle. L'unité, dans l'église romaine actuelle, n'est qu'une unité romaine ou papiste^ et non pas l'unité universelle ou catholique. Dans l'église romaine actuelle, les évoques ne sont pas des évêques agissant solidairement; ce ne sont que des préfets du pape, des délégués du pape, agissant passivement sous la volonté absolue et infaillible du pape. Une telle unité n'est donc pas l'unité de tous, mais l'unité d'un seul s'imposantà | tous sans conteste de la part de qui que ce soit. Ce ' n'est plus la circonférence, c'est le centre, ou plutôt c'est le pape devenu monstrueusement, à la place de Jésus-Christ, le centre de l'Eglise, à la façon de Saturne dévorant ses propres enfants pour maintenir sa propre unité.
Mais, disent les romanistes, il n'y a qu'une seule Eglise, et par conséquent, c'est une fausse science et une hérésie d'en nommer plusieurs.
Vraiment! Il faut donc alors déclarer hérétique saint Jean ? Car saint Jean n'a-t-il pas parlé de plusieurs ég-lises? « Les sept étoiles, dit-il, sont les sept anges des sept églises. >
Il faut donc déclarer hérétique saint Paul ? Car saint Paul n'a-t-il pas reconnu ces « églises de Judée, qui étaient unies en Jésus-Christ (1)? »
Il faut donc déclarer hérétique saint Augustin?
(1) Epître aux Galates, ch. I, v. 22,
N'EST PLUS L'EGLISE CATHOLIQUE. lOi
Car saint Augustin n'a-t-il pas écrit : « A cause de l'unité de l'Eglise, l'Eglise est une : una est columba mea. A cause des congrégations fraternelles qui sont dans la diversité des lieux, il y a plusieurs églises (1). »
Il faut donc déclarer hérétiques tous ces docteurs, qui, ne reconnaissant qu'une seule Eglise universelle, reconnaissaient cependant plusieurs églises particulières, l'église romaine, l'église gallicane, l'église d'Angleterre, l'église d'Allemagne, l'église de Russie, l'église de Grèce, l'église d'Arménie, etc., etc., lesquelles, réunies par les liens d'une même foi, d'une miême înorale et des mêmes sacrements, forment l'Eglise une et universelle ?
L'ancienne doctrine catholique sur l'unité de l'Eglise est donc parfaitement claire. Et aujourd'hui encore, dans cette église orientale orthodoxe , que l'église romaine elle-même, même après le concile de Florence, même dans ces derniers temps, n'a jamais osé appeler hérétique^ mais seulement schismatique — église dont la foi est par conséquent restée irréprochable, même aux yeux des latins — on enseigne : 1° que, de droit divin, il n'y a dans l'Eglise catholique qu'un seul centre d'unité, Jésus- Christ, seul chef de cette Eglise ; 2® que, de droit divin, il y a une seule autorité centrale extérieure et
(1) In Psal. 141, 7.
lOt COMMENT L'ÉGLISE BOMAIMB
visible, l'épiscopat, possédé et exercé solidairement par tous les évêques ; 3"" que, de droit ecclésiastique, il existe une primauté parmi les patriarches ; primauté respectable, puisqu'elle a été instituée et eon* fîrmée par l'Eglise dans les premiers conciles œcuméniques, mais ne consistant nullement dans une autorité centrale qui serait la destruction même de Tépiscopat, au bénéfice du patriarche d'Occident et au détriment de l'Eglise.
Tel était également l'enseignement de l'Eglise la^ tine, avant l'apparition de l'ultramontanisme des fausses Décrétales ; et nous maintenons, aVec le savant M. Guettée, les points suivants :
« 1° Il n'y a dans l'Eglise qu'un seul épiscopat, comme il n'y eut, au commencement, qu'un seul apostolat ; il est le même dans tous les évêques, et il est possédé solidairement par tous, sans distinction;
c 2'' De même que les apôtres possédèrent une seule et unique dignité ou autorité ; de même, tous les évêques possèdent une seule et unique dignité ou autorité ;
« 3° Aucun évêque en particulier ne possède de prérogative divine sur les autres évêques ;
K 4° L'unité de l'épiscopat est le signe de l'unité de l'Eglise ;
« 5° L'Eglise seule conserve infailliblement les vérités qui lui ont été confiées dès le commencemeut
par les prédications et par les écrits apostoliques ;
€ 6** Les évêqueg n'ont que le devoir de veiller à ce que ces vérités ne soient point altérées dans les églises qui sont confiées à leur surveillance ;
« 7"" Dans les conciles ils ne peuvent que ctmstaUr la foi toujours admise par leurs églises respectives ;
€ 8° Aucune église particulière, à plus forte rai« son aucun évêque, ne possède d'autorité doctrinale ;
€ 9*" La seule condition pour être membre de TE-* glise catholique^ c'est d'être en communion avec tou« tes les églises apostoliques qui n'ont point innové dans la doctrine (1). ^
Cela posé, il est facile de constater les altérations que l'église romaine a fait subir à la notion de la catholicité : car les notions de catholicité et d'unité sont parfaitement corrélatives, la catholicité devant être une et l'unité devant être catholique,
Le mot catholique signifie universel; et quand les Pères des premiers siècles expliquaient l'universalité de l'Eglise de Jésus-Christ, ils entendaient, non le nombre des fidèles, qui dans le principe était fort restreint, bien que les apôtres et les disciples fussent d'une catholicité irréprochable, mais la perpétuité et l'identité de la doctrine chrétienne, en quelque lieu et b quelque époque qu'elle fût prêchée : qmi uU-
(1) U Union chrétienne j octobre 1871, p. 440. — Voir aussi Exposition de la doctrine de V Eglise caif^olique orthodooce^ par M. Guettée, p. 115, 392-398; Paris, 18^.
qtce^ quod semper, quod ah omnibus creditum est Même encore au sixième siècle, le pape Pelage P' louait saint Augustin de s'être souvenu de l'enseignement divin qui place le fondement de l'Eglise dans les sièges apostoliques^ et d'avoir enseigné que ceux qui se séparent de la doctrine et de la communauté de ces sièges apostoliques étaient des schismatiques (1). > Ce pape ignorait donc encore que l'église romaine fût en possession d'un privilège quelconque en matière de doctrine. Il se Jbornait simplement à indiquer la nécessité, dans les cas de doute par rapport à la foi, de se conformer à l'enseignement des églises apostoliques, et, par conséquent, à l'enseignement des églises d'Alexandrie, d'Antioche .et de Jérusalem, aussi bien que de l'église de Rome.
Pour les romanistes actuels, les églises apostoliques n'ont pas plus de valeur que toute autre église. Il n'y a, selon eux, qu'une seule église, l'église romaine; et l'église romaine, c'est un seul homme, Tévêque de cette même église, le pape. C'est dans le pape que se résume tout l'universalisme chrétien, toute la catholicité de l'Eglise. « Le catholique, c'est le papiste, c'est le papiste soumis à l'église romaine, au pape (2). >
De là ce déversement de Rome sur toutes les églises particulières, qui fait de chaque diocèse une sorte de
(1) Mao^i, Concil. IX, 716, 732.
(2) Le Monde ^ septembre 1811.
petite congrégation romaine, dans laquelle les anciennes traditions locales sont éliminées pour faire place aux décisions arbitraires de la haute curie. De là cette uniformité générale, imposée à tous les diocèses. De là cette destruction de toute variété, pour l'établissement de ce qu'on appelle unité, et qui, loin d'être l'unité diviner dans les consciences^ n'est que l'unité césarienTpe dans V uni/orme extérieur. Une seule langue, la langue latine ; une seule discipline, la discipline latine; un seul culte, le culte latin ; une seule administration, l'administration latine : voilà tout le système romain; et cela, afin que la curie romaine soit comprise et ôbéie, dans tous les pays étrangers où elle parlera et commandera.
Dans les premiers siècles, les églises particulières étaient nationales et autonomes ; ce qui ne les empêchait ni d'être unes ni d'être catholiques^ par la communion de foi, de prière, de charité et de grâce, qui existait entre elles. Mais Rome a vite compris qu'avec de tels principes elle ne pouvait en aucune manière donner satisfaction à son ambition ; et dès qu'elle l'a pu, elle a fait à ces principes cette guerre tantôt sourde, tantôt ouverte, toujours tenace, qui a fini par abattre toute église nationale à ses pieds. L'église catholique de France a tenu bon jusqu'en ces derniers temps; mais, grâce aux malheureuses concessions de Bossuet, grâce à l'ignorance et surtout à la faiblesse de ca'ractère qui sont devenues
116 COMMENT L'ÉOLISB ROMAINS
chez elle à peu près généraleâ, elle est tombée sous les coups persévérants du romanisme. yéglîse catholique d'Allemagne, elle i^ussi , a hoixteusement succombé, à Texception des anciens catholiques qui tiennent toujours haut et ferme, à Texemple de Tan^^ cienne église de France, le drapeau de Tautonomie et de \^ nationalité.
C^est donc dans les anciens catholiques de tous les pays que se trouve le dernier espoir de sauver l'ancienne constitution, à la fois une et inultiple, catholique et nationale , contre la nouvelle constitution romaniste, qui ne reconnaît que la nationalité romaine, les usages romains, le rite romain, la discipline romaine, la vie romaine, l'autorité romaine, la foi romaine, etc., etc. S'ils venaient à succomber dans cette lutte, c'en serait ^it pour longtemps du vrai catholicisme en Occident, et les races latines, complètement asservies par les principes délétères du romanisme actuel, n'auraient plus àjouer en Europe queje rôle des anciens habitants de Corinthe et d'Ephèse, au temps de la décadence payenne.
Bref, tout aplanir et tout niveler, pour tout fouler aux pieds et tout dominer, telle est la devise de Rome. A les entendre, les romanistes affirment encore la ^ hiérarchie ; mais, au fond, ce n'est que le chef de la hiérarchie qu'ils reconnaissent. Leur église, disentils, est comme une lyre harmonieuse ; mais, en réalité, cette lyre n'a qu'une corde et qu'une note, le pape.
N'EST pLus L'Église catholique. io7
Malheur aux peuples qui s'endorment dans l'unité politique du césarisme : la paix dans une telle unité n'est qu'une paix d'un jour, et de quels horribles désordres n'est-elle pas suivie ! Mais trois fois malheur à l'église d'Occident, si elle allait consentir à abdiquer au profit de l'unité césarienne du romanisme : fille d'un pontife-césar et non plus du Chrièt, elle aurait, tôt ou tard, le sort réôefi^é à tous les césars !
Conument VêglAne romaine a IkaMé la notioB
de U FOI.
La notion de la foi est tellement altérée dans les esprits, que, si Ton demandait aux romanistes en quoi elle consiste, l'immense majorité répondrait, avant tout, que la foi est la doctrine enseignée par le pape. Quelques autres, plus instruits et moins exclusifs, concéderaient que c'est la doctrine de l'Eglise enseignante, c'est-à-dire, la doctrine qu'enseignent le pape et les évêques. Même chez ces derniers, l'idée fondamentale porte sur le pape et les évêques, et non sur la doctrine. D'après cette conception, ce ne sont ni les évêques ni le pape qui relèvent de la doctrine, c'est la doctrine qui relève du pape et des évêques. Ils en sont les maîtres, par cela même qu'ils en sont les juges. C'est leur jugement qui est le critérium catholique, la règle de ce qu'il faut croire. Comme on l'a très-justement remarqué, dans ce système, ce n'est pas par une procédure sur pièces historiques, mais par le concours
créateur ou inspirateur du Saint-Esprit, du pape et des évêques, que le dogme s'établit ; et les opposants qui ont raison, ne sauraient l'emporter sur le pape et les évêques qui ont tort. Devant les raisonnements du pape et des évêques, qui sont infaillibles, doivent donc se courber tous les fidèles sous peine d'hérésie. Tout ce qui est ainsi défini par leur jugement et par leurs raisonnements, est de foi. La foi est donc une chose qui se transforme dans le cours des siècles, et dont les articles augmentent, suivant que le pape et les évêques jugent à propos de les augmenter. En présence de cet accroissement, les prêtres et les simples fidèles sont d'autant. plus parfaits qu'ils apportent une obéissance plus passive et une foi plus aveugle.
Telle est l'idée que l'on se fait généralement de la foi dans l'église romaine actuelle.
Essayons d'en montrer toute la fausseté et de la rectifier avec précision.
I. — D'abord, l'idée première qui doit s'éveiller en nous, lorsque nous pensons à la foi, est l'idée de Dieu, et non l'idée du pape ou des évêques. Saint Thomas enseigne clairement que l'homme de foi ne donne son assentiment à une vérité que lorsqu'elle est révélée par Dieu ; non enim^des de qua loquimur^ assentit alimi nisi quod est a Deo revelatum (1).
(1) Somme théologiquêj 2. 2, I, 1.
Selon lui, ce qui est vu et su par la raison naturelle ne peut pas , comme tel , être l'objet de la foi ; mais il peut le devenir et être cru réellement, si Dieu le révèle positivement. C'est donc la révélation positive que Dieu nous fait d'une vérité, qui constitue cette vérité objet de notre foi. C'est donc Dieu, et Dieu seul, qui est le révélateur des articles de foi, Dem revelator articulorum fidei. Par conséquent, la doctrine de la foi est uniquement la doctrine qui nous est révélée par Dieu.
Dieu, pour nous révéler cette doctrine du salut, a choisi plusieurs envoyés pendant les temps de l'ancienne alliance. Mais en dernier lieu il nous a parlé par son fils Jésus-Christ, l'Envoyé par excellence du genre humain. C'est le Christ qui a complété la révélation des prophètes et arrêté définitivement le corps de la doctrine révélée. Avec le Christ, la révélation est terminée. Les apôtres eux-mêmes n'at aient pas le pouvoir d'ajouter quoi que ce fut à ce corps de doctrine révélée, ils ne pouvaient que le faire connaître et le prêcher au monde en l'expliquant. Le seul maître de cette doctrine était et est encore le Christ. « Ne vous appelez point maîtres, leur disait-il, car il n'y a qu'un seul maître, le Christ (1). » Si saint Paul s'appelait « maître des gentils, magister gentium (2), d il ne voulait pas dire qu'il était
([) Evangile selon saint Mathieu^ ch. XXIII, v. 10. (3) II' Epitre cl Timothée, cb. I, y, U,
maître de la foi, mais seulement, comme l'indique le contexte, qu'il était le prédicateur et l'instructeur de leurs esprits ignorants et payens. Loin d'être des maîtres de la foi, les apôtres eux-mêmes n'en étaient que d'humbles et fidèles gardiens. Toute leur mission était, en la faisant connaître, de la garder intacte. Ce qu'ils prêchaient sur les toits n'était que ce que le Christ leur avait enseigné dans le secret. Il leur avait confié sa doctrine, non comme un trésor qu'ils pouvaient administrer et employer à leur gré, avec le droit de courir les chances d'augmentation ou de diminution qu'il leur plairait de courir, mais uniquement comme un dépôt auquel ils ne pouvaient ni ajouter ni retrancher, et qu'ils devaient simplement montrer et garder.
Ce point est tellement important qu'il faut solidement l'établir par les Ecritures.
€ Timothée, écrit saint Paul, garde le dépôt, en évitant les nouveautés profanes des mots, Timothée^ depositum custodi, devUans profanas vocum noi)itates (1). » Cette idée du dépôt à garder est si grave à ses yeux, qu'il y revient plusieurs fois encore dans sa seconde Epître : t Depositum 7}ieum SERVARE . . . , ionum depositum custodi (2) . . . , Jidem servavi (3). » 11 l'exprimait, du reste, dans toutes ses prédications (4). .
(l) /■•• Epître à Timotliéc, VI, 20.- (2) II* Epttre, l, 12 et 14. — (3) Ibid., IV, 7. - (4) yoiv Actes, XY, 4\-,XN\, \,