HENRI I
Rendons à César... Nous avons injustement attribué à l'auteur des Morts mystérieuses l'explication du surnom Surdus, donné à l'archiatre. Notre confusion vient de la phobie de notre confrère pour les guillemets qui ont pourtant la forme de l'initiale de son nom. C'est Littré qui parle, dans une note de Médecine el Médecins, p. 472, d'après Ordgric Vital : « ... Voilà, une purgation de précaution qui tourna d'une manière bien funeste ! Et voilà un archiatre qui s'absente bien mal à propos I » Fallaitil qu'il attendît l'effet de la purge?
« Ce Jean de Chartres, continue Littré, fut, selon l'annaliste, surnommé le Sourd, d'après l'événement, sans doute parce qu'il n'entendit pas les plaintes de son royal patient et qu'il ne vint pas à son secours. » Comment pouvait-il savoir ce qui se passait au palais et, même avec une ouïe surfine, entendre les plaintes du moribond ?
« L'annaliste attribue la mort du roi à une imprudence, à savoir que, tourmenté par la soif, avant que le médicament eût commencé son opération, il but secrètement, à l'insu de son médecin, de l'eau que lui donna son chambellan. Cette infraction, dans l'opinion de l'annaliste, met complètement à couvert la responsabilité de l'archiatre, il est probable qu'il ne l'a pas inventée, mais que l'archiatre la mît en avant aussitôt qu'il vit les accidents mortels se déclarer... »
Littré nous paraît bien sévère de traiter cet archiatre d' « imprudent » et de « négligent », alors qu'il reconnaît que « l'observation n'est pas médicale et fort incomplète ».
Guillaume de Jumièges, cité par le D'' Henri Berthaud ', raconte la mort de Henri I^'' dans les mêmes termes que le précédent annaliste et qualifie Jean de Chartres : Medicornm perilissimvs, le plus habile des médecins. Comme quoi : Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son.
LOUIS VI le Gros
D'après les Annales de l'Eglise abbatiale de Saint-Viclor, Jean de Toulouse relate que Louis VI, traité par Obizon, mou-
Fig. 34. — D'après l'ffisi. de la. Càric, de T. Wright (Garnier, édit.).
rut de la dysenterie rebelle, dont il eut à souffrir toute sa vie, et « contre laquelle, dit Suger, ses médecins furent impuissants, malgré leurs potions si repoussantes et leurs poudres si amères,
1. Bulletin de l& Société Franç&ite de l'Histoire de la Médecine, 1907.
qu'il fallait, pour se soumettre à ce ré^nme, un courage surhumain ».
Un dysentérique chronique, au lieu du sobriquet Eveillé, ne mérite-t-il pas plutôt l'antonyme Déprimé ? L'Eveillé, il est vrai, ne voulait pas dire, actif, agité, mais batailleur, qui a l'instinct de combativité. « A inullis non dormiens cognominaretar, » (Il fut appelé par beaucoup ne dormant pas.)
« Plus tard, dit Suger, il fut immobilisé au lit par le développement monstrueux de la polysarcie et la faiblesse consécutive. »
Nous avons fait observer que son obésité excessive lui permettait de courir — à la lettre — ventre à terre. On eût pu le caricaturer, comme plus tard, le duc de Mayenne, Luther et le général Galas (fig. 34), portant son bas-ventre sur une brouette. Rappelons que la guerre peu glorieuse des Pays-Bas, en 1635, fournit le prétexte à satiriser, en France, ce Galas, ami des galas pantagruéliques, affligé d'une obésité notoire, qui avait forcé les armées françaises à battre en retraite. (Gal-AS, Pays-BAS et BAS-ventre offrent une syllabe de consonance analogue).