‹ Comment moururent les rois de FranceChapitre 2 sur 40 · G PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

G PRÉAMBULE

Mérimée : « Une des maximes de Stendhal était que quiconque fait métier de mettre du noir sur du blanc, ne doit ni s'étonner, ni s'offenser, lorsqu'on lui dit qu'il est une bêle. » Un écrivain ne saurait être tabou.

« Sachez gré à vos adversaires de l'ardeur même, de

la violence et du nombre d e leurs attaques », disait M^ Pail-

lel dans un plaidoyer pour Emile de Girardin, en 1838.

Pour finir, le philologue Sainte-Beuve n'attesle-i-il

point que, sans un peu de que relie la critique ne vit pas?

P. -S. — Au moment de mettre sous presse, nous apprenons par le Moniteur Médical, qui a donné l'hospitalité la plus écossaise à notre premier essai critique de la mort des rois de France, que le /)" Cabanes, notre collaborateur pour les G ayetez d'Esculape, vient d'être chargé d'un cours — de six leçons — de pathologie historique à l'Inslilul des Hautes-Etudes de Bruxelles. Il étudiera : Les relations de la Médecine avec l'Histoire : théorie et applications.

Coiilrasle singulier. Nous faut-il rappeler que V Académie de Médecine de Paris a refusé naguère au nouveau conférencier offic iel belge, à deux reprises, un modique strapontin d' « associé libre », que notre confrère sollicitait, ausc ses titres à l'appui ? Hélas ! Nul n'est prophète en son pays.

CHARLEMAGNE f 814

Charles 1% roi des Francs et empereur d'Occident, mourut à l'âge de soixante-douze ans, le septième jour d'une maladie aiguë qu'il contracta à la chasse.

Longtemps, on a attribué sa mort à une pleurésie, en raison du violent point de côté (pleuron) que le monarque ressentait : on ne dit pas de quel côté.

Le D' Bougon, s'appuyant sur la fièvre continue et le point de côté, conclut : « Ce fut certainement une pneumonie aiguë qui l'emporta en six jours. » C'est fort probable, mais notre savant confrère ne peut créer la certitude, à défaut d'autopsie. Effectivement, nous objectons qu'on retrouve ici aussi bien les syndromes de la pneumonie que ceux de là pleurésie aiguë : fièvre, douleur pongitive et mort le septième jour.

Or, dans la pleurésie, l'épanchement est la règle ; il apparaît du troisième au quinzième jour et, s'il est considérable, peut déterminer le décès par gêne de la circulation pulmonaire (trombose) ou par déplacement du cœur s'il siège à gauche, ce que nous ignorons. L'expectoration de crachats rouilles, caractéristique de la pneumonie, manque, mais le cas est fréquent chez les vieillards ou a passé inaperçu.

Au reste, toute pneumonie, en se propageant à la surface du poumon, détermine l'inflammation de la plèvre qui le recouvre. En outre, la mort du monarque « avec toute sa connaissance », plaide en faveur d'une pleuré-

sie — mortelle par cause mécannique ou thrombose — contre une pneumonie, maladie infectieuse provoquant, vers les derniers jours, un délire qui obnubile le libre arbitre. Mais nous ne devons accepter le renseignement « avec sa connaissance > que sous toute réserve, eu égard aux habitudes peu scrupuleuses des historiographes qui placent dans la bouche des princes moribonds des mots historiques de leur invention.

Pour concilier la tradition et le diagnostic du D' Bougon, piquons sur le sarcophage du grand empereur l'étiquette pleuro-pneumonie, affections qui vont souvent de pair et compagnie.

Certes, le D' Bougon a peut-être raison, mais nous n'avons pas tort, même en n'invoquant que la jo/eur^s/e.

Nous relèverons pourtant une erreur d'appréciation dans sa relation, publiée par la Chronique Médicale (1901). Quand Charlemagne tomba malade, écrit notre érudit confrère, il ne voulut pas consulter ses archiatres, qu'il avait pris en grippe parce qu'ils lui ordonnaient des viandes bouillies au lieu de rôties, et il se soigna lui-même par la diète, « pour essayer de couper la fièvre ». Il n'avait pas à s'imposer la diète, c'est elle qui s'imposait à l'égrotant : la perte d'appétit, ou anorexie, nul médecin ne l'ignore, est toujours la conséquence de la fièvre, de quelque nature qu'elle soit ; de là l'erreur populaire : « La fièvre nourrit. >

Le D' Cabanes rappelle que Charlemagne eut, « de sa première femme » (c'est concubine qu'il faut lire), Himiltrude, un fils difforme, appelé Pépin le Bossu, et que ce grand monarque, « qui était d'une si remarquable stature, était fils de Pépin le Bref, et père de Pépin le Bossu ». Mais il ne dit pas que ces contrastes sont, le plus souvent, des applications de la loi héréditaire, fréquente sinon absolue, qui fait tenir le fils de la mère ou de son grand-père maternel et la fille aînée du père ou de sa grand'mère paternelle. Buffon disait qu'en général

« les enfants tenaient de leur mère leurs qualités intellectuelles et morales » et se donnait pour exemple — les fils effectivement, surtout l'aîné, tiennent de leur mère — mais il avait le tort de ne pas spécifier le sexe et la particularité relative à la primogéniture que nous avons maintes fois observée. Sur la légitimité de la descendance paternelle des filles, notamment de l'aînée, nous ne voulons pas discuter, bien que l'esprit malin fasse Jaillir de nos souvenirs cette répartie peu courtoise de l'apothicaire Demachy — censeur royal singulier — à une dame qui lui assurait que sa fille ressemblait à son père :

— A mon mari, Monsieur. — Madame, entendons-nous ; Je parle de son père et non de votre époux.

Cette objection n'est pas applicable aux fils qui, quoi qu'il arrive, ne peuvent renier leur mère. D'où l'explication des nombreuses exceptions qu'offre la loi de l'hérédité croisée en ce qui concerne les demi-oiselles ou demoiselles ; de là aussi la nécessité pour notre code de reproduire le principe du droit romain : h pater est, quem nuptiœ demonslranl.

Autrement dit, en français : certains rejetons ont deux pères, un légal et un obstétrical. De là, les légitimités royales contestées.

A Jacques II, disait Louis ' :

« De Galles ' est-il votre fils ?

— Oui-da, par sainte Thérèse !

Ainsi que vous de Louis Treize. »

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