CHARLES VI
Brachet fait observer que l'aliéniste Moreau de Tours, son collègue, — on n'est jamais trahi que par les siens, — en dépit de la chronologie, place le bal des sauvages, où le roi faillit être brûlé vif, en janvier 1393, avant la catastrophe de la forêt du Mans, le 5 août 1392, et attribue au premier accident, l'origine de la folie du roi, sous l'influence de la terreur qu'il
éprouva. Michelct « le laïque historien de seconde main », au dire de Brachet, émet la même erreur. Charles VI avait déjà reçu son coup de marteau et, d'ailleurs, i'obnubilation de son libre arbitre l'empêcha de se rendre compte de la gravité de l'accident.
Son hérédité vésanique est fort chargée du côté maternel. Sa mère, Jeanne de Bourbon, épousa son cousin, Charles de Normandie, depuis Charles V ; et fut, répétons-le, la première Jeanne la Folle, frappée à trente-cinq ans, en 1373.
Son grond-père Louis de Bourbon, le Boiteux, s'enfuit à couRTHAi et COURAIT à cloche -pied, parce que claudicant. Charles V, son père, s'enfuit de Poitiers.
Son arrière-grand-père, Robert de Clermont, souche des Bourbons, devint fou.
Le duc Louis II de Bourbon, son oncle, frère de sa mère, Jeanne, mourut d'aliénation mentale. Celte famille est une pépinière d'aliénés. Jeanne portait une aétito ou pierre d'aigle, qui gardait du « chault mal «.
La première crise ataxo-adynamique, convulsive, a lieu à Amiens, fin mars 1392. On le conduit en litière à Beauvais, le 8 avril ; vers le 28 avril, il va chasser à Gisors, où il réside encore le 12 mai, et rentre à Paris à l'Ascension. Monslrelet situe celte crise à Beauvais et non pas à Amiens.
La seconde crise de manie aiguë se manifesta dans la forêt du Mans, le 5 août ; il tua quatre hommes de sa suite, après la chimérique apparition du chemineau. On le ligota sur un chariot, comme un forcené, pour le ramener au Mans.
Dans sa démence, Charles VI prétendait n'être ni roi, ni marié et n'avoir jamais eu d'enfants. 11 repoussait Isabeau à chaque approche: « Délivrez-moi, s'écriait-il, comme vous pourrez, de ses persécutions ! » On ne pouvait mieux qualifier ce délire « de persécution. » Il se bardait d'attelles de fer et se voyait sans cesse poursuivi par ses ennemis. Pendant trente années, «il fallut toujours avoir le regard sur lui et le garder», écrit Monslrelet. En 1412, on a l'imprudence de le laisser encora goûter au tournoi.
Isabeau, pour sa propre sécurité, lui glisse dans les bras une remplaçante, Odette, dont il eut une fille qu'on maria, nous le savons, à Harpedanne. On fit celui-ci seigneur de Belleville, en Poitou, ce qui valut à la reinette intérimaire le nom de « Demoiselle de Belleville », laquelle rappelle mnémoniquemeut la Pucelle de Belleville de Paul de Kock.