NAPOLÉON III
Le D' Conneau, médecin et ami de l'Empereur, qu'il aida dans son évasion de Ham, dit, au moment où l'ex-souverain venait d'expirer : « Que n'a-t-on écouté le D' Sée ! L'opération aurait été faite avec succès, il y a trois ans de cela, et on ne l'a pas voulu. » Cherchez la femme, Eagenia. régnante.
D'autre part, le comte de La Chapelle écrit : « Jamais, disait Napoléon III à Chislehurst, je ne me serais laissé entraîner à faire la guerre si j'avais su que les plus éminents chirurgiens de Paris s'étaient rangés à l'avis du professeur Sée, dont le diagnostic déclarait formellement que j'étais atteint de la maladie de la pierre et qu'une opération était urgente. »
Le D' Conneau, sur l'ordre de l'Impératrice, se décide à tenir secrète la consultation, signée du D'' Sée, et s'abstient de la présenter à la signature des autres consultants.
Le D'' Ricord, qui avait assisté à la consultation, a donné la clef de ce mystère, en juin 1879, à la table du Prince Napoléon,
OÙ Alfred Darimon recueillit ces paroles : « Le D"' Nélaton, dit- il, était le vrai coupable : il avait craint, si les diagnostics étaient connus, d'être appelé pour opérer l'empereur. » Le peu de succès que Nélaton avait obtenu l'année précédente, en opérant le maréchal Niel, l'avait effrayé de la responsabilité qu'il était exposé à encourir. Déjà, fin août 1866, il fit usag-e d'une
Fig. 39. — Le D' Conneau, d'après la Lanterne, n° 68, de Roohefort.
sonde métallique qui amena du sang et ne put parvenir dans la vessie. Est-il vrai que l'Empereur ne connût la vérité que 'plus tard, après la déclaration de guerre et que la réponse : « Le vin est tiré, il faut le boire ! » est bien de l'Impératrice, à la remise de la consultation par le D' Conneau (Fig. 39)?
Le comte de La Chapelle attribue la mort de l'ex-empereur,
non pas à l'opération de la lithofritie, qui avait réussi à la première séance, mais à la potion au chloral, prescrite par le médecin, sir W. Gull, pour calmer les souffrances du malade et lui assurer le sommeil, qui lui donna le repos éternel : « Napoléon III, ajoute-t-il, mourut empoisonné par une dose exagérée de chloral... Je fus témoin des vives récriminations qui eurent lieu entre le chirurgien Thompson et le médecin et ce fut ainsi que j'appris d'une manière certaine (?) la cause réelle de la mort de l'Empereur ». Ce sont là propos de médecine de gens du monde et prétextes de médecins qui saisissent toutes les occasions pour atténuer leurs insuccès, même les plus naturels.
D'une lettre adressée au comte d'Hérisson par le D' Alfred Guillon, fils de celui qui sonda Napoléon III à Vichy, en juillet 1866, à l'aide d'une sonde molle en gomme, à bout olivaire, nous tirons ce passage qui évoque une coïncidence historique : «... Vous savez que Napoléon I'"' souffrait d'une rétention d'urine à Waterloo et au moment où il se rendait à bord du Bellerophon. Singulière coïncidence et conclusion : Napoléon I" et Napoléon III ont perdu leur trône par le fait d'une maladie des voies urinaires ! » Et tous deux moururent dans une île anglaise.
LE PRINCE IMPÉRIAL {Napoléon IV)
Selon le comte d'Hérisson, le Prince, excellent cavalier, ne tomba jamais de cheval. « Par contre, il fit une chute malheureuse du haut d'un trapèze, et cette chute, croit-on, fut cause de la double opération que le D' Nélaton fut obligé de lui faire. Ni l'Empereur, ni l'Impératrice, ni les gouvernantes, ni l'excellente miss Shaw, ne connurent cet accident; mais, après quelques jours, le Prince boitait d'une jambe et souffrait beaucoup plus qu'il ne le laissait paraître. Il en vint à ne plus marcher qu'à grand'peine.
« On fit venir les médecins : ils constatèrent une contusion à la cuisse, une tumeur. Nélaton perça la tumeur, mais la douleur persista. On interrogea de nouveau Nélaton, qui crut à l'existence d'une tumeur plus profonde que la première et déclara urgent de la faire disparaître. L'enfant se prêta courageusement à ces opérations douloureuses et fut guéri au bout de quelques jours. »
S'agissait-il d'une arthrite coxo-fémorale, dénommée coxalgie (coa;a, hanche ; algos, douleur), ou bien d'un abcès sous-périosté
de l'os iliaque qui, dans l'enfance, se divise en trois segments — ilium, pubis, ischion^ — lesquels se soudent au fond de la cavité articulaire de la hanche ? Dans l'un et l'autre cas, l'articulation de la cuisse a dû être atteinte, soit directement, soit par propagation de voisinage, et conserver quelque gêne fonctionnelle, sans toutefois entretenir la « boiterie » accusée du début.
Augustin Filon, second précepteur du Prince impérial, prend son service à Saint-Cloud,le 4 septembre 1867, l'année de l'affection de la hanche. Il va nous fournir quelques détails précis, puisés à bonne source, sur cette maladie qui, nous le pensons, n'est pas étrangère à sa mort.
Désigné pour la présidence nominative de l'Exposition Universelle qui se tint au Champ de Mars, « il fut empêché d'assister à l'ouverture des galeries que les alarmistes se plurent à exagérer »... « Un abcès à la hanche (par conséquent une coxalgie) nécessita l'intervention de Nélaton », à la suite d'une consultation tenue avec les D''^ Conneau, Corvisart et Barthez fils.
« L'opération eut lieu avec un plein succès, mais on découvrit un second abcès en formation, plus profond que le premier. Il fallait attendre pour agir en toute sûreté. Ce n'était qu'un bobo; par malheur la place où il se trouvait le rendait dangereux et difficile à atteindre. » Les alarmistes n'avaient donc pas tout à fait tort.
« Nélaton se tira à sa gloire de cette difficulté ; mais le Prince demeura longtemps (la guérison de ce bobo n'eut donc pas lieu au bout de quelques jours) sans qu'on lui permit de se servir de ses jambes (c'était bien une lésion articulaire)... Le Prince, à la suite des petites opérations et un séjour à Luchon (station sulfureuse propice aux scrofuleux) avait été amené à Saint- Cloud pour y achever sa convalescence. On le retenait encore de temps en temps sur un lit de repos... La maladie (un bobo) l'avait pâli, légèrement aminci et comme allongé. »
Le même auteur relate que le carnet du prince portait cette note écrite le matin de sa mort, le 1" juin : « l'escorte (de 6 hommes) est commandée par le Capitaine Carey » et non par lui, comme l'a écrit l'Impératrice.
Le choix du camp, dans un fond entouré de plantations de maïs, cachant l'ennemi et bornant la vue à quelques pas, avait été décidé à la légère et sans placer en vedette aucun homme à cheval, ni prendre la moindre précaution contre une attaque
1. Voir lig. 72 de notre Corps humain, 5» édition, librairie Masson.
imprévue. C'est dans ce traquenard qu'on décida de préparer le café, qui fut pris par les Cafres '.
Pour en finir avec l'intéressante victime des Zoulous, occuponsnous de la façon dont fut opérée la reconnaissance du cadavre en Angleterre. Comme principaux signes d'identité du corps du Prince impérial, percé de dix-sept coups de sagaie par devant, examiné à Ghislehurst, le D' Evans, qui fut son principal dentiste, a reconnu quatre aurifications de molaires, dont il avait eu à s'occuper autrefois.
D'autres assistants, rapporte le comte d'Hérisson, ont reconnu une ancienne cicatrice que le Prince avait à la main. Mais personne n'a songé à rechercher les deux cicatrices des incisions pratiquées à la hanche par Nélaton, pour évacuer les foyers purulents de la région articulaire.
D'après l'examen de la selle du Prince impérial, on a pu constater, au dire de Filon, qu'il a dû s'accrocher à la fonte de gauche. « La courroie de cuir qui relie les deux fontes s'est déchirée sous l'effort. » L' « excellent cavalier » ne put monter son cheval gris, âgé de sept ans, Fate (le Destin) « aussi tranquille qu'un agneau et sans aucun vice », écrit le comte d'Hérisson d'après la déposition de son groom Brown, « qui n'en revenait pas de voir le Prince se mettre en selle par la seule force des poignets et des jarrets, sans l'aide de l'étrier, pendant que son cheval était en marche ». Hélas ! C'était un coup de la Fatalité ou de la coxalgie du jeune âge.
Le Prince impérial, qui périt faute de ne pouvoir utiliser son cheval, fut cavalier h six mois. C'est par le cheval, selon Filon, qu'il commença son éducation. Il fut mis sur un poney, lié sur sa selle avec une courroie. « A six mois, écrit son panégyriste, il fut en état de monter un cheval ordinaire. Il était cavalier dans l'âme. » Sans commentaires...
l.CA-rnet, CA-pitaine, cA-rey, CA-mp, CAF-é, et CAF-res, autant de mots mnémoniques qui commencent par ca ou caf.