CONCLUSION
Nombreux ont été de tous temps les gens instruits qui, pour se reposer de leurs occupations professionnelles, se sont livrés aux recherches historiques. L'histoire est un champ fertile que chacun cultive à sa façon. Disons plutôt que c'est une mine profonde où chacun descend, armé de sa lanterne et désireux de ramener au jour quelque fait oublié. Les uns trouvent dans la suite des événements une confirmation de leurs croyances ; les autres, après une critique acerbe du passé, proposent des réformes qui, mises à exécution, ne manqueront pas au moins d'être profitables à leurs auteurs.
La gent médicale, plus que toute autre, semble friande du sport historique. La chaire de l'histoire de la Médecine, dans notre Faculté, il est vrai, ne peut trouver un. titulaire qui s'y maintienne. Chaque professeur qui y passe, quelques brillantes que soient les promesses de la leçon d'ouverture, fait, comme les marionnettes, trois petits tours et s'en va. Mais ce n'est là qu'une anomalie dont il serait oiseux de dire les causes. Combien de médecins — et les loisirs forcés de la clientèle ne manqueront pas d'en accroître le nombre — combien de médecins aujourd'hui font de la pathologie historique, qui, l'a proclamé le grand Bouchard, « est le point capital de la médecine » 1 Certains mêmes, amis des petites chapelles, ont fait des efforts inutiles pour créer une Société de médecine historique.
Interprétant à contre-sens le mot de Bichat : « La Médecine 'est une méditation sur la mort », il en est qui se sont plu à rechercher les maladies auxquelles ont
succombé, soit les grands personnages, soit les souverains. A l'aide des renseignements fournis par les médecins du temps ; à l'aide des autopsies incomplètes, telles qu'on les pratiquait alors, à l'aide des traitements plus ou moins fantaisistes auxquels les malades étaient soumis, vouloir établir un diagnostic précis est une prétention outrecuidante '.
Le lecteur excusera notre franchise, si, comme conclusion à nos critiques, nullement intangibles, nous reconnaissons que la médecine historique n'est qu'une science conjecturale, « encore embryonnaire », ainsi que le reconnaît Littré, son promoteur, et si, tout en encourageant nos jeunes confrères à ce genre d'étude, nous leur disons que le médecin, pas plus que les autres, n'a en mains la clé de l'énigme.
1. Brachel, avec la présomption de tout aliéniste, va même jusqu'à prétendre que l'interprétation des remèdes administrés suffit à révéler la nature des affections morbides des souverains et, par suite, « servent de pierre de louche pour juger leurs actes ». N'avons-nous pas vu Louis XI prendre de la fumeterrc, dite l'herbe à la jaunisse, alors qu'Avicenne la conseille contre Vépilepsie, et, d'autre part, la fièvre quarte invoquée par le mémo godiche couronné, parce qu'elle passait pour guérir Vépilepsie, depuis l'antiquité, et plus tard, les dermatoses, les flux de sang, compris celui des hémorroïdes. Allez donc vous y reconnaître dans ces contes d'apothicaires. Résultat discordant des déductions de cette prétendue science. Brachet en conclut que le roi des hémorroïdaires était épileptique et son émule Cabanes — lequel a adopté puis rejeté l'épilcpsie, — que sa fonction bilieuse laissait à désirer et que son caractère, ainsi que ses actes, dépendaient surtout des tumeurs hémorroïdules !