COMME^T MOURURENT
LOUIS VIII Cœur de Lion f 1226
Après la croisade contre les Albigeois, le roi vint mourir à Montpensier « sous les coups de l'épidémie engendrée au siège d'Avignon », ainsi que plusieurs milliers de ses soldats — couverts de gloire et de sang hérétique — qui succombèrent à une fièvre pernicieuse palustre, cholériforme, la même maladie qui aidera saint Louis à monter au ciel. Celte mort presque foudroyante fut naturellement attribuée au poison administré par Thibaut de Champagne, épris passionnément de la reine Blanche de Castille.
Or, le roi tomba en frénésie, d'après Vincent de Beauvais, c'est-à-dire en délire (frenesis), provoqué par une fièvre intense pernicieuse, cholériforme, épidémique, toujours grave. Ce délire, rare dans la dysenterie, fit errer les médecins qui l'attribuèrent, sans plus tarder, à la continence du roi ; ils lui « proposèrent, dit le R. P. Daniel, un remède que la loi de Dieu défendait » et qu'il refusa énergiquement.
Encore de nos jours, on considère le mariage comme un remède à tous les maux physiques et moraux. Assimiler l'éternel féminin à une drogue ! Que diront les éminents féministes qui veulent en faire une parlementeuse ? 11 est vrai que, déjà mythomane, elle n'a que quelques degrés à escalader pour atteindre la tribune.
On aurait pu faire venir de Paris la reine, — qui lui avait donné onze enfants et non pas douze, — mais l'intervention était urgente, et ce fut une pucelle qu'on glissa dans le lit du roi, « dans le temps qu'il dormoit ». A son réveil, le piteux et pieux Louis se rebiffa et, à l'exemple du pudique Joseph, congédia la jouvencelle dépitée, «et proféra cette belle parole : Qu'il vcdoit mieux
mourir que de se sauver la vie par un péché mortel ' ». Le roi, il est vrai, était plutôt en état d'interpréter les Argans, joueurs de bassin, que les Roméos, joueurs de guitare.
Quant à l'accusation d'empoisonnement, portée sur le comte Thibaut, il est pénible de voir Michelet, « le grand éducateur du xix» siècle », se conduire en mère Michel et se faire l'écho de ce commérage de portière.
Petit-Dutaillis, d'après Roger de Wendover, rapporte la mort du roi à la dysenterie et réfute sans peine, le premier, la fausse accusation d'empoisonnement. Hélas! la lumière, sauf celle du soleil, vient rarement du Midi.
1. " Le R. P. Daniel, rapporte Voltaire, a fait graver cette aventure en tête de la vie du roi, comme le plus bel exploit de ce prince », il conlia celte gracieuse composition au burin de François Boucher. (Voir le hors texte du frontispice.)
LOUIS IX Le Sailli t 1270
Brachct, qui a la prétention de tout expliquer, arrive à conclure par cette lapalissade sur la mort de Charles d'Anjou, un des frères de saint Louis : « Elle serait due à une maladie fébrile non définie. » C'est le pendant de la conclusion de Sganarelle à Géronte : Voilà jaslemenl ce qui fail que voire fille est muelle.
Avec l'aide d'Élie Berger, auteur de Blanche de Castille, le D' Cabanes conteste la légende six fois centenaire qui fait donner le sein de sa mère à Louis IX et que l'on cite, comme un exemple remarquable d'amour maternel, dans tous les recueils de Morale en aclion.
Saint Louis était, semble-t-il, sujet à l'éruption d'un érysipèle à répélition sur la jambe droite, qui, au dire du confesseur de la reine, apparaissait « deux, trois ou quatre fois par an », comme les plaques eczémateuses que Napoléon s'efforcera à écorcher et appellera « ses époques ». Notre confrère y voit une « maladie infectieuse » : mais, l'immunité suivrait la première éruption, au moins pendant un certain temps, comme pour la variole.
Ces dermatoses, que nous avons observées à la face chez deux clients, une ou deux fois par an, n'offraient aucune gravité. Ce sont des érylhèmes erysipélaleux non infectieux, sorte d'eczéma rubra.
Sur quoi se base-t-on pour établir que le roi fût incommodé de cette éruption durant trente années et à partir de quelle époque compte-t-on les « cent fois » qu'on lui fait contracter cette incommodité, dont ne parle même pas Joinville ? Le D' Cabanes y voit une relation avec le paludisme, parce que quelques cas — des coïncidences sans doute — ont été publiés par un
médecin russe qui les a baptisés, értjsipèle malariqiie, et qu'aucun autre médecin, que nous sachions, n'a signalés ni avant ni depuis.
L'érythème royal n'est-il apparu qu'après les premières atteintes de l'impaludisme, contracté dès 1242, «pendant la guerre contre les Anglais dans le Poitou' ?» Sur cette découverte russe, l'auteur des Morts mystérieuses s'emballe et, avec le ton tranchant de ce qu'on nommait jadis un « décisionnaire », n'hésite pas « à eu faire l'application » incontinent à saint Louis, sans se soucier de « ce qu'en pensent les spécialistes ». Nous, simple médecin, pensons que ces érythèmes à répétition apparaissent, non moins souvent, chez des herpétiques ou arthritiques indemnes de malaria.
Saint Louis eût de nouveaux accès fébriles en France, et, au lieu d'éviter les foyers de l'impaludisme, il n'écoute que son fanatisme religieux et débarque à Damiette, en 1249, pour combattre et convertir les infidèles, mais, à défaut de la protection divine qui aurait dû prendre en considération le but louable de sa mission, il y est assailli par des accès rémittents des pays chauds.
Après un séjour de vingt ans en France, l'incurable mystique s'embarque une seconde fois à Aigues-Mortes, accompagné toujours de ses trois fils, mais abandonné de la reine Marguerite qui avait assez de sa première randonnée.
Cette {ois,lG pitoyable roi est dans un état si pitoyable que Joinville le porte, comme une loque, « dès l'ostel au conte d'Ausserre jusqucs aux Cordeliers ».
Ce prince charitable, qui a été beaucoup surfait au point de vue intellectuel, n'était pas toujours enclin à la pitié ni à la charité, en preuve son intolérance à l'égard des blasphémateurs, des hérétiques et des luxurieux. Le sire de Joinville raconte une punition qu'il infligea, en Egypte, à l'un de ses chevaliers, après leur avoir défendu