‹ Comment mr l'abbe? Loisy interpre?te les dogmes catholiquesChapitre 3 sur 11 · NS RES · texte numérisé non relu

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p'oblèmes que la critique a soulevés, et ceux qui

allèguent aujourd’hui la tradition contre la critique ont bien l’air de ne pas les soupçonner encore. La tradition chrétienne ne savait pas comment le Pentateuque avait

- été écrit, et certains au‘eurs ecclésiastiques, entre autres

saint Jérôme, ont assez clairement entrevu cette incertitude. L'Eglise a pris le Pentateuque et les autres livres de l'Ancien Testament tels que la Synagogue les lui a transmis, comme des écrits inspirés de Dieu. Quant aux conditions particulières de leur rédaction, comme on n’y attachait pas d'importance, on les avait promptement oubliées. Les Juifs contemporains du Christ et des apôtres n'avaient que les notions les plus vagues sur la provenance des Ecritures; ils attribuaient tout naturellement la rédaction du Pentateuque à Moïse, parce que celui-ci y jouait le principal rôle et parce qu'on avait écrit ee son nom les documents de: la Loi. L'attribution à Isaïe, à Jérémie, des livres qui portent leur nom, résultait de causes analogues : un noyau d'oracles, rédigé ou dicté par ces prophètes euxmêmes, avait fait, pour ainsi dire, boule de neige le long des siècles, et le livre avait toujours gardé le nom du principal auteur. Il paraît également certain que la tradition chrétienne n'avait pas eu beaucoup d'égard aux circonstances dans lesque:les les Evangiles avaient été composés. La preuve en est ‘qu'elle ignorait ces circonstances. Les maigres indications du vieil auteur Papias d’Hiérapolis, recueillies par Eusèbe de Césarée, ne concernent que les Evangiles de Matthieu et de Marc; elles ne peuvent passer pour une tradition de l'Eglise; elle ne sont qu'un témoignage isolé, dont la portée même est sujette à discussion et malaisée à définir; tout le reste est inconsistant, hypothétique ou légendaire; l'Eglise s’est contentée des noms, ayant l'assurance intime de posséder, dans son Evangile quadriforme, le véritable Evangile du Christ.

« [a tradition de l'Eglise sur l’origine et l’histoire humaine des Livres saints n ‘a donc été et ne pouvait

- être que quelque chose d'assez vague, d'une vérité très

LR cite générale, non un ensemble de connaïssances-précis comme on-essaie maintenant d'en mettre dans-le manuels d'histoire littéraire. La critique s'est efforc de créer cœæ manuel de littérature biblique, parce qu* n'existait pas. Elle aurait pu s’ épargner souyent des hypothèses trop aventureuses; mais, nonobstant. de nombreux écarts, et malgré l'opposition qu'on lu a

faite, il paraît bien qu'elle a réussi à fixer, tant pour

l'Ancien que pour le Nouveau Testament, les lignes … essentielles du travail qui a produit la Bible ». FRE 31 à 39.)

Ce west, en réalité l'Écriture-Sainte

« Les livres de l'Ancien Testament, dans - ie ensemble, n’ont pas d’autre ‘objet que ‘l'instruction religieuse et l'édification morale de leurs lectéurs. L'exactitude bibliographique y est inconnue, le souci. du fait matériel et de l’histoire objective en est absent. L Ils nous montrent comment on interprétait les souve-«

nirs du passé, mais ils nous le font connaître bien …

impaifaitement. L'histoire du peuple hébreu, telle. a

qu'ils la décrivent, serait plutôt une histoire de la Providence qu'une'histoire d'Israël. Dieu en site être le premier personnage. Comme on l'a vu d’abord

parlant et agissant pour tirer le monde du chaos, onle

voit encore parlant et agissant pour fonder son peuple, l'installer en Palestine, Te favoriser ou le châtier, mettre. en mouvement et briser la puissance d’Assur, celle de

Babylone, Antiochus Epiphane. L'intervention divine

.a-t-elle été sensible, à chaque moment de l'histoire d'Israël, comme il semblerait qu'elle ait dù l'être sil" . perspective générale des recits bibliques et tousces-

récits mêmes étaient matériellement vrais (1)? On ne

(1) Les récits de l'Ancien et du Nouveau Tesament sont formés de quelques éléments historiques, mais surtout de constructions, d'idéalisations de ces élements par la foi, par la conscience: mystique

ns

pourrait l'affirmer qu’en se défendant l'examen des documerts à interpréter.

« L'histoire d'Israël a été, comme celle de tout autre peuple, un enchaînement de faits très variés, où les croyants, soit dans le temps même, soit plus taftd, ont reconnu Dieu, mais où ils auraient pu ne pas le recon-

naître, s'ils n'avaient été croyants. Les commentateurs les plus orthodoxes se demandent maintenant si les plaies d'Egypte ont été des miracles absolus ou des accidents providentiels. L'’historien n'y peut reconnaître que des souvenirs idéalisés par la foi, On les racontait de diverses manières, et de même le passage de la mer Rouge, les aventures du désert, celles de l'entrée en Palestine, les exploits de Josué, de Gédéon et de personnages plus récents. Tant s’en faut que la Bible reflète toujours l’impression de ceux qui ont été témoins des faits racontés. Supposé qu'il en fût ainsi, l’on aurait encore à établir une distinction entre Île fait même et le sens qui lui a été attribué. Les anciens, en général, et non seulement les Israélites, vivaient dans une atmosphère de merveilleux, qui influençait leur jugement en toute occasion et les empêchait de - chercher l'explication naturelle des choses. Il faut tenir - compte aussi de la forme légendaire que prend nécessairement la tradition orale dans un milieu populaire, et des préoccupations des écrivains qui ont reeueilli, interprété, amalgamé les récits traditionnels. Les faits sacontés dans l’Ancien Testament ne sont pas des faits simplement vus ou connus de génération en génération mais des faits commentés et jugés longtemps après leur accomplissement. Il appartient au critique de discuter le témoignage biblique, d’en examiner la véritable portée, de discerner ce qui est matière de fait de ce qui est interprétation de foi, ce qui est de tradition primitive de ce qui-est de tradition secondaire, et d'utiliser

de }'Humanité. Voilà pourquoi, bien que n'étant pas : matériclle- «ment vrais », ils s’inposent, d'après Loisy, à la foi qui s'y retrouve et reconnait. — Oui, mn ais comme de simples my hes.

Et po ee)

chaque élément selon sa nature, ce qui est donnée de. fait, pour l’histoire extérieure, et ce qui est interprétaie traditionnelle, pour l’histoire de la croyance. n …

! Ainsi reconstituée, l’histoire d'Israël ressemblera nous à celle des autres peuples; mais elle ny. ressemblera ; jamais entièrement, parce que la religion y a toujours tenu sa grande place, qu'elle a fini par y tenir presque toute la place, et que la religion d'Israël diffère profondément des autres religions de l'antiquité. Même après qu’on a remis les faits, autant que possible, dans ce qu’il convient d’appeler ‘leur jour naturel, le surnaturel ne disparaît pas, du moins il est facilement reconnaissable pour le croyant, et l’histoire d'Israël reste l’histoire du peuple de Jahvé, on pourrait presque dire l’histoire de Dieu même pendant de longs siècles de l’humanité. Ce trait lui appartient en propre. Le critique impartial trouvera que l’histoire de la nation israélite se ramène à une suite d'événements vulgaires dans la vie des peuples, et à l’action d'hommes reli: gieux dont le caractère n’a rien de commun, letout, faits et hommes, concourant à une œuvre plus grande qu'eux, à savoir a religion monothéiste,

«Un travail du même genre, aboutissant à un résulte semblable, est à faire sur les Evangiles, pour en dégager ” la physionomie historique du Sauveur. La tradition littéraire de l'Evangile a suivi l'évolution du christianisme primitif. Les deux s'expliquent l’une par l’autre, et si l’analyse critique des Evangiles précède nécessairement la reconstitution de l’histoire évangélique et. apostolique, il est également vrai que, p?r une sorte de - . réciprocité, l’histoire du christianisme primitif explique la composition des Evangiles et en éclaire les particulari‘és les plus déconcertantes pour les esprits étrangers à la critique. C'est parce que les Evangiles sont, avant tout, des livres d’édification, que leurs auteurs n'ont. pas craint de traiter la matière traditionnelle avec une liberté qui rend b'en inutiles tous les artifices au moyen desquels une certaine exévèse s'efforce de la dissimuler. Les évangélistes plus récents n'ont pas hésité à boule-

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verser l’ordre que leurs devanciers avaient suivi dans le classement des récits et des discours. Le dernier

même a osé produire un cadre nouveau et une forme

nouvelle de l'Evangile. La prédication du Sauveur et les faits évangéliques sont légèrement glosés dans les Synoptiques ; ils sont traduits dans saint Jean. Là aussi le critique démêlera ce qui est souvenir primitif de ce qui est appréciation de foi et développement de la croyance chrétienne. » (P. 40 à 45.) |

Les Evangiles « Certes, les Synoptiques (1) sont déjà des livres de prédication chrétienne et non des histoires proprement

dites; mais la tradition populaire qui les supporte est encore dominée par l'impression de la réalité; le Christ

. y est encore un personnage vivant. On y voit Jésus de

Nazareth, en pleine conscience de sa mission providen-tielle, commencer à prèêcher, dans son milieu galiléen, le prochain avènement du royaume des cieux; la simplicité originale de sa parole attire d’abord la foule; le prestige de sa haute piété envers le père céleste qui lenvoie, et sa profonde commisération pour le peuple qui souffre dans l’âme et dans le corps lui font une clientèle des pauvres gens à qui il s'adresse d’abord; les miracles se produisent comme spontanément et se multiplient presque malgré lui; cependant les gardiens officiels de la religion ne tardent pas à s’'émouvoir; les pharisiens critiquent l'attitude du nouveau docteur à l'égard de la Loi, des traditions, des gens mal famés; le peuple même ne trouve bientôt plus son compte à la promesse d’un règne de Dieu qui ne tend pas d'abord à relever limdépendance d'Israël; Jésus sait qu’il doit porter l'Evangile à Jérusalem, mais l’expérience taite

(1) On appelle ainsi les évangiles attribués à MaTrnaœu, Marc et Luc.

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en Galilée É2 tit de l'issue funeste que Dédt avoir. à cett: démarche nécessaire; il obéit à la loi desa dep %: tinée, il vient à Jérusalem pour la Pâque; il y enseign | pendant quelques jours, sous l'œil inquiet des Sr ee et sous le regard jaloux des scribes; il est livré comme perturbateur et faux Messie à l’autorité romaine; le ; gouverneur s ’aperçoit que l'accusé n'est pas un agitateur politique ; mais l'espèce d’équivoque, impossible à dissiper, que créait le nom de Messie, de «oi des Juifs », avoué enfin devant les juges, fait que Pilate cède à la pression des accusateurs; Jésus meurtsur la croix, et son rôle proprement messianique, sa gloire de: chef préposé à la société des justes élus, ne commente qu'avec sa résurrection. Dans cette perspective, l'en: chaînement des faits, la conduite des personnes, celle. de Jésus depuis son baptême, celle des pharisiens etdes prêtres, celle de Pilate, n'ont pas besoin d’être expliqués : tout s'explique de soi-même et par un mutuel rapport de circonstances et d’action; la grandeur du Christ est sensible, mais sous de modestes apparences, et sa carrière se déroule à la façon des choses qui arrivent en ce monde. \

« Il en va tout autrement (1) dans le quatrième Evangile, où le Christ étonne dès l’abord la Galilée et sur tout Jérusalem par les prodiges les plus extraordinaïtes,” en même temps qu'il les stupéfie par une doctrine que

(1) «Il faut se représenter l’évangéliste comme un prophètechrétien, contemplant la vérité dans le symbole et ne distinguant pas nettement l'un de l'autre, parce que les deux formaient devant son regardunseul tableau vivant et harmonieux. La question qui se pose tout de suite devant le lec'eur moderne, à savoir s'il s’agit d’un faitréel, mest pas. ce qui préoccupait l'auteur, Pour lui, la vérité de la narration ne consiste pas dans son rapport avec la réalité matérielle d'un faitancien, mais dans son aptitude à représenter sensiblement une réalité spirituelle. » Voilà ce que dit Loisy, à propos des « Noces de Cana », dans un ouvrage spécial sur le Quu/rième Evangile (p: 284). Etül le répète au sujet de tous les autres « miracles ». Le christianismesainsi compris devient. facilement inattaquable. Le tout est de savoir si, au = lieu d’rdéaliser ces vieilles histoires dont le charme est rompu pour nous, l'efort de notre conscience ne.doit pas étre maintenant d'idéaliser les réalités présentes, la vie, es grands devoirs sociaux.

nul ne peut comprendre. Le Christ johannique (1) se présente comme un être transcendant, qui n’est pas de la terre, mais du ciel; qui semble ne parler et n’agir jamais que pour satisfaire aux termes de sa définition, pour prouver qu'il est de Dieu, qu’il est un avec Dieu. De ses rapports communs avec les hommes de son temps, même avec son entourage, on ne dit rien. Les gens qu’on met en relations avec lui n’interviennent que pour lui fournir l’occasion de déclarations qui roulent toujours dans le même cercle et affirment la divinité de son origine. On lui épargne le contact des lépreux, des possédés et des pécheresses (2), la familiarité avec les pharisiens et avec les publicains, même avec ses disciples. Il connaît d'avance les dispositions des hommes et le programme de sa vie; il marche d’un pas qu'on pourrait dire automatique vers le terme fatal de sa destinée, jamais ému, si ce n’est qu'il le veuille, jamais affecté du sort qui l’attend, si ce n’est qu'il lui plaît une fois de se dire inquiet, pour ajouter aussitôt qu'il ne doit pas l’être et qu’il ne l’est pas (3). Et comme son enseignement n’a d'autre objet que la divinité de sa personne -et de sa mission, il n’opère de miracles que pour faire valoïi ce qu’il enseigne, pour « manifester sa gloire(4) », comme il est dit dès le miracle de Cana; ces miracles sont des arguments de sa toute- -puissance, en même temps que des symboles transparents de son œuvre spirituelle, c’est-à-dire, encore et toujours, de sa mission telle que la définit son enseignement; ce sont comme de grandes allégories en action qu'il institue lui-même devant tout un peuple. Il va au-devant de la mort, et les soldats peuvent l'arrêter parce qu'il le permet; il n’est pas seulement ferme devant Caïphe et devant Pilate, il les domine de toute sa divinité; il est sur la

(1) C. a. d. tel que JEax nous le dépeint.

[(2) L'histoire de la femme adultère, au c. VIII, est une pièce rapportée qui appartient par son origine à la tradition synoptique, non au quatrième Evangile.]

(3) JEAN, XII, 27-28.] (4) Jean, II, +4à

. une créature. Quand on a fait de Jésus le fils « consubstantiel» de

croix comme sur un trône royal; il démande à boire pour réaliser une prophétie; après quoi, « sachant que tout est accompli (r) » Prophéties anciennes et volontés PS Fa Père, il rend l esprit.

SCT Christ, sans doute, n’est pas une belote méaph qe car il est vivant dans l'âme de l’évangéliste. Mais ce Christ de la foi, tout spirituel et mystique. c’est le Christ immortel (2) qui échappe aux conditions . du temps et de l'existence terrestre. Les hommes que le récit amène autour de lui sont devenus des types. figuratifs et tiennent leur place, en cette qualité, dans la synthèse théologique et apologétique de l’auteur. La vie qui se dégage “de tout cet énsemble est celle de la foi chrétienne, vers la fin du premier siècle chrétien. Les récits de Jean ne sont pas une histoire, mais une contemplation mystique de l'Évangile; ses discours sont des méditations théologiques sur le mystère du. salut. » (P..89 à 93. ere

VI ETES La divinité du Christ

« La divinité du Christ est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n'avait pas été expressément formulé dans l Evangile ; ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie (3) fils de Dieu.

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‘ [(1) Jan, XIX, 28-30, |

(2) Méfions-nous de l'intrus‘on de ce « Christ immortel » que M. Loisy introduit sous une sorte de voile psychologique et mystique” et grâce auquel il se tirera ensuite — nous le verrons — de tôutes = les objections, -

(3) Il n’y a rien à tirer de l'expression fils de Dieu qui S'appliquait à tous les hommes ; quant à la notion de Messie, remarquons d'abord qu'il y eut plusieurs manières de-concevoir cette fonction. "Mais, quelle que soit celle que Ton adopte, le Messie demeure toujours

TE

Dieu, cette affirmation de l'identité de substance (décrétée au Goncilée n de Nicée en 325) entre Dieu et Jésus constitue quelque chose d'été-

(Aucun principe de théologie, aucune définition de

Y Eglise n’obligent à admettre que Jésus en ait fait la “déclaration formelle à ses disciples avant sà mort. Il est, au contraire, très conforme à l'esprit de la tradition catholique de supposer que la révélation s’en est affirmée graduellement. Quand Jésus, au bord du lac de Tibériade, dit à Simon et à André, à Jacques et à Jean: « Suivez-moi », il n’ajouta pas: «Je suis Jésus-Christ, Fils éternel de Dieu, Verbe fait chair. » Il ne leur dit même rien de sa personne, et ce ne fut ‘qu'après l’avoir entendu longtemps et avoir assisté à ses miracles, qu’ils soupçonnèrent en lui le Sauveur promis. Jésus ratifia la confession de Pierre : « Tu es le Christ (1) »; mais on ne voit pas qu'il ait voulu la contrôler en élargissant, complétant ou corrigeant l’idée que les apôtres pouvaient avoir du Christ en tant que fils de Dieu. La révélation du secret messianique se - fait réellement par l'Esprit qui agit dans la communauté des premiers croyants (2). Pour la foi, les témoins de cet Esprit sont l’apôtre Paul, l’auteur de l’Epitre aux Hébreux, celui du quatrième Evangile. Avec ce dernier la révélation s'achève. Et en effet, le quatrième Evangile contient lès éléments essentiels de la christo-

rogène à la notion de Messie La divinité de Jésus, dans le sens du Concile de Nicée, n’est nullement ex germe dans la notion de Messie. Si l'on nous répond que le Concile de Nicée n’a fait que préciser ce qu'affirmait du « Verbe » le quatrième Evangile, nous dirons que cet évangile, ou tout autre, a commencé à ajouter à la notion de Messie ce qui n'y était pas contenu. Premier point sur lequel se trouve inexacte cette commode théorie du germe.

{[(G) Marc, vin, 20.|

{2} Voilà le second point faible de la théorie de M. Loisy. Pour -rester orthodoxe, il devra affirmer la légitimité de toute évolu’ion qu'il constatera historiquement dans Eglise, et déclarer que la dite

évolution est homogène, comme celle d'un 1 gland en un chène (c’est la

comparaison dont il se sert, p. 66). Mais c "est ici que nous l'at tendons. Comment prouver qué l'évolution est normale, homogène? Parce rque, dit-il, c'est le Christ immortel, c'est l'Esprit du Christ qui la dirige et en assure l’unité et l'identité. Or, il n en donn: et n'en peut donner aucune preuve, sinon qu'il en est ainsi pouy la foi. Mais pour quelle foi? Quelle valeur a cetæ-foi? Elle-est obligatoire pour tous? Aucune réponse,

logie ecclésiastique, la notion du Verbe inCarné, Hé D

Chrièt Fils de Dieu et Dieu parce que Verbe fait chair en Jésus: Mais tant s’en faut que le dogme fûtentière-. ment élaboré dans le Nouveau Testament. Ce n’est pas. sans cause qu’il se produisit tant d’hérésies sur le sujet.

Si la croyance avait été très claire dès le début, ne

n'aurait pas eu tant de peine à faire son chemin. La théologie la plus sévère ne peut pas s'empêcherd'avouer que le travail de la pensée chrétienne, dans les premiers siècles chrétiens, que les écrits des docteurs et les définitions des conciles ont précisé, coordonné, harmonisé les données de la révélation. Il ne faut donc pas tçop s'étonner que la consubstantialité du Pèreet du

Fils, définie par le concile de Nicée, ne se discerne pas

dans la prédication évangélique du royaume des cieux. « Pour l'historien, le travail de la tradition chrétienne

fait suite à celui des écrivains du Nouveau Testament. Le tout représente comme un effort continu dela-foi.

pour saisir plus parfaitement un objet qui la dépasse. Cet effort re va pas sans tâtonnements; 1] n’atteint pas

du premier coup son terme définitif; on peut même …

dire, en un sens, qu'il ne l’a pas encore atteint aujour-

toujours Jésus plus haut, et donnant de sa mission une. idée plus compréhensive, à mesure que s'ouvre devant

la foi intelligente une vue plus large surle monde eÈs >

sur l'humanité. Chaque étape de la foi est comme une épreuve et un obstacle qu’elle surmonte par la force divine de son principe intérieur. » (P. 117 à r20. )

Fhurs mais il suit toujours la même ligne, mettant

« L'idée évangélique du Messie contenait le principe .

de tout le développement christologique. Elle implique, en effet, la prédestination éternelle de celui qui doit apparaître en ce monde comme le Fils de Dieu, son

exaltation finale, et, comme condition intermédiaire de -

la prédestination et de la gloire, un rapport tout particulier d'union entre Dieu et l'homme-Christ, rapport” qui n’est point la simple connaissance du Dieu bon, mais quelque chose d’infiniment plus mystérieux et. pius profond, l'espèce de pere intime et ineffable

“de lhomme-Christ par Dieu, qui est figurée sensible-

ment par la descente de l’Esprit sur Jésus baptisé. La vocation de Jésus n’est pas celle d’un prophète; elie est unique en son genre, et comme mission providentielle, et comme grâce de Dieu. Prédestination unique d’un être humain à un rôle unique, auquel cet être humain est adapté par ‘une communication unique de vie divine qui s'épanouit en une perfection unique de foi, d'espérance et d'amour; voilà tout ce qu’on trouve dans l’histoire du Christ. ;

« Mais ce tout n’est pas peu, puisque le travail entier de la pensée chrétienne, depuis Paul, Jean, Justin, Irénée, jusqu'aux derniers conciles qui ont fixé le dogme, tend à définir le rapport de prédestination et d’union qui rattache Jésus à Dieu. Le travail théololique n’a pas son pointde départen dehors de l’histoire, dansla spéculation pure ; car l’explication hellénique (x ) n’est pas prise à côté du fait initial; elle s’ appuie sur le fait, «elle coïncide avec lui; on peut dire même qu’elle sort de lui. Un même tableau symbolique, la descente de l'Esprit, a pu figurer la consécration mes-

sianique de Jésus, dans les Synoptiques, et l’incarna-

tion du Verbe, dans saint Jean, parce que le Verbe aussi est esprit divin, et que le rapport de l'Esprit avec Jésus est conçu par Jean comme l’incarnation du Verbe éternel. La modalité de la pensée johannique n’est pas juive, mais la substance de cette pensée était dans les Synoptiques, et la pensée des Synoptiques reflète ce qu'il est bien permis d'appeler la conscience psychologique de Jésus. Aucune solution de continuité ne se remarque entre le fait-et son interprétation. Celle-ci

n'est pas une fiction étrangère à celui-là ; réciproque-

ment, le fait évangélique bien compris ne "proteste pas contre l'interprétation théologique, si on la prend pour ce qu’elle est, et il ne la détruit pas. Si l’on peut dire que

(1). La théorie du Verbe (4° Evangile) est hellénique, c’est-à-dire grecque, ce terme de Verbe (Logos) étant empranté à la philosophie grecque (stoiciens, platoniciens, etc.).

— 24 Les

cet enchaïnement réel et logique ne proufe pas la vérité objective de l’idée messianique et christologique. vérité qui se démontre, en effet, par d’ autres moyens, il serait insensé de prétendre qu'un tel enchaînement, étant naturel, ne convient pas à une’ vérité divine,

comme si le lien historique des choses prouvait que .

Diéu est absent de l’histoire!

« Le Christ historique, dans l’humilité de son « service », est assez grand pour justifier la christologie, et la christologie n’a pas besoin d’avoir été enseignée expressément par Jésus pour être vraie. Certes, on ne fera pas admettre au critique le moins expérimenté que Jésus ait

enseigné en termes formels, et simultanément, la christologie de Paul. celle de Jean, et la doctuine de Nicée;

d’ Éphèse et de Chalcédoiñe. L'histoire des premiers siècles chrétiens n’est concevable que s’il n’en a pas été ainsi. Mais il ne s'ensuit pas que le travail théologique. ait été en pure perte (1). Comment aurait-il été inutile, puisqu'il ne tendait pas à définir historiquement l’enseignement de Jésus, mais ce que Jésus était pour Ja conscience chrétienne? Ce qu’on pourrait appeler la forme intime de la conscience de Jésus au temps de sa vie mortelle échappe en grande partie à Fhistoriens mais ce n’est pas non plus ce que les conciles ont voulu définir; car leur construction doctrinale n’a rien d’une analyse psychologique. Entre la conscience de Jésus et

ces définitions métaphysiques, il y a la même différence

qu'entre le réel et l’abstrait. Les définitions sont, pour la foi, les meilleures qui aient pu être données, eu ‘égard

l’ensemble des conditions et des circonstances où elles ont été fixées. Eïiles ne sont pas l'expression

(1) Ce n'est pas la question. La question est de savoir si ces «idéalisations », ces « constructions » de la foi, comme M. Loisy les appelle, s'imposent à toute conscience, sous peine de damnation. L'Eglise le prétend. Mais pourquoi l’idéalisation d'Arius, la construction de la foi d'Arius ne vau-elle pas celle de la foi ‘d'Athanase? M. Loisy sera forcé d’invoquer de nouveau le Christ immortel,

Esprit du Christ qui dirige l'Eglise. Mais ce sont là des affirmations |

aussi gratuites que commodes.

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adéquate du mystère qu’elles essaient d'exprimer. Demander au plus croyant des critiques si Jésus, au cours de sa vie terrestre, avait conscience d'être le Verbe éternel, consubstantiel au Père, est lui poser une question oiseuse. L’historien ne voit pas que là pensée humaine du Christ ait été déterminée selon les catégories de la pensée chrétienne des temps postérieurs à la diffusion du quatrième Evangile. Aussi répondra-t-il que Jésus n’a pas donné cet enseignement sur sa personne; mais le croyant (1) ajoutera que la définition ecclésiastique n’en est pas moins celle qui convenait à l’objet défini. Le sentiment que Jésus avait de son union avec Dieu est au dessus de toute définition. Il suffit de constater que l'expression qu'il en a donnée lui-même est, autant qu'on peut la saisir, équivalente en substance à la définition ecclésiastique. » (2) (P. 133 à 138.)

L'Eglise et Ia « résurrection » de Jésus

« L'Église a-t-elle été instituée par le Christ? J'ai qualifié d'insignifiante l’objection que les protestants tirent volontiers de ce que Jésus, dans son enseignement, n'a parlé que du royaume des cieux, et non de l'Église. Maintenant encore je trouve que la difficulté n 'est qu’apparente, et je crois y avoir suffisamment xé= pondu. Ce n’est pas l’institution qui fait défaut à l’Église. Jésus a voulu FÉglise dans le service apostolique, organisé en vue du royaume éternel, et qui doit durer jusqu'à la fin des temps. Ce service est continué par l'Eglise, dont on peut dire que c'est la raison d’être.

(1) C'est toujours et ce sera toujours le même refrain : la fo; supplée à ce que ne dit pas l’histoire et le justifie par elle-même. Or, c'est précisément ce que l'Eglise catholique a toujours condamné sous le nom de jidérsme.

(2) Ce n'est pas exact. nous l'avons vu. Si l'on suppose, à la moderne, que Jésus a senti-« le divin » en lui, rien ne prouve que ce fut d’une manière essentiellement différente de celle des autres hommes, comme l’affirme la définition ecclésiastique.

La ee de perspective est secondai matière d’eschatologie (1) qui. exclut toute précision. D'ailleurs, Ja perspective du royaume est, en un sens, ‘restée prochaine pour l Église comme elle l'était pour Jésus et les premiers disciples de l'Évangile. Jésus est

entré dans son 1ègne glorieux par la résurrection; tous |

ses fidèles, qui le Suivent dans la mott, le suivent aussi dans la gloire; le royaume, au lieu de se constituer à la limite extrême du temps, se constitue, pour ainsi dire, au-dessus du temps; il est pour chacun-au terme dela génération dont il fait partie, au terme de sa propre existence. Et je ne dis pas cela pour nier le purgatoire.

L'idée du royaume renfermait le germe (2) de l'Église et l'espérance éternelle de l'humanité. Ces deux éléments se sont distingués de plus en plus nettement, dans la conscience chrétienne; mais ils étaient déjà distincts, au moins virtuellement, dans l'Évangile. Selon la

rigueur des termes, l’ Église n'est pas plus ! le royaume des cieux que ne l'était l'Évangile: mais l'Évangile et l'Église sont dans un rapport identique avecle roÿaume; ils le préparent immédiatement; ils en sont la racine terrestre, dont la tige monte vers l'éternité. LE’ Église en toute vérité, continue l’ Évangile, maintenant devant les hommes le même idéal de justice à réaliser pour laccomplissement du même idéal de bonheur. Elle continue le ministère de Jésus, selon les instructions

u’il a données à ses apôtres, en sorte qu’elle est fondée sur les plus claires intentions du Christ.

« La même correspondance étroite qui éxistait entre l'Évangile et le royaume prochain se retrouve entre l'Église du temps et celle de l'éternité. Le royaume était déjà dans l'Evangile par la présence et l’action de Jésus : la présence et l'action invisibles du Christ

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