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des évangélistes, d’ ‘après la sienne propre, Ds s écrivain, étant censé avoir produit, sous l'inspiration divine, une œuvre personnelle et définitive, que « Ja pieuse postérité » conservait ensuite (« comme un héri- À tage précieux », sans « y altérer une seule lettre ». Richard Simon (1) avait fort bien vu qu'il n'en était rien. et que les livres de l’Ancien Testament, notamment le Pentateuque (2), n’étaient pas l'œuvre d'individus, mais de générations successives qui enrichissaient etretouchaient les anciennes Écritures en les copiant. Ces. libres procédés n'étaient pas encore tombés en désuétude aux approches de l’ère chrétienne, et l'on peut dire mème que les Évangiles synoptiques ont été composés à peu près de la même façon que les livres historiques … de l'Ancien Testament. - L'époque où le texte de tels livres a été relativement fixé est aussi celle où l’on} peut dire que les ouvrages ont été définitivement composés.
« Nos manuels bibliques, fidèles à la tradition de Bossuet, continuent de traiter ces problèmes d’origine avec une hardie simplicité. Mais, ici encore, l'on-esten présence de faits qui sont évidents pour les hommes — sans parti pris. Si l’on veut savoir comment éerivaient = les historiographes hébreux, l’on n'a qu'à comparer la Chronique, ou livre des Paralipomènes, avec les livres des Rois : on verra comment l’auteur plusrécent prend, laisse, corrige, explique les données de ses devanciers.
On n’a qu’à regarder aussi la façon dont les rédacteurs du premier Évangile et du troisième ont exploité le. second. Un FLE sera utile pour justifier mon assertion. SE
« Lisez Le récit de Marc (3) touchant la prédication — infructueuse de Jésus : à Nazareth : vous constaterez que le fait se place après la résurrection de la fille de Jaïr; que les compatriotes du Sauveur se montrent inerédules; que, pour ce motif, Jésus ne peut faire de miracles
au Ve
{1} Savant prêtre de l'Oratoire, 1 6382 à 17 12. Æ
(2) Le Pen'ateugue, c. a. d. les cinq premiers livres de la Bible, que. Von attribuait jusqu’ ‘alors à Moise lui-même. :
[(3) Mare, vis 1-6.| E ee !
{Te —
chez eux, et qu'il en est étonné. Consultez Matthieu (r):
le même fait vient après le discours des paraboles, et
il semble en dépendre chronologiquement, parce que l’évangéliste a déplacé toutes les anecdotes qui se
trouvent, dans Marc, entre le discours des paraboles et la prédication à Nazareth ; le rédacteur se-contente de dire que Jésus « ne fit pas beaucoup de miracles »,
à cause de l’incrédulité de ses auditeurs; il- corrige ainsi l’expression malsonnante : « il ne put pas faire de
miracles », - incrédulité ».
et l'indication : «il était surpris de leur Prenez Luc (2) : l'incident est transposé
tout au début de la prédication galiléenne; Jésus refuse formellement de faire des miracles, en donnant pour raison que les prophètes Elie et Elisée ont fait les leurs pour des païens, non pour des Israélites; et comme les gens de Nazareth se fâchent et veulent le faire périr, il leur échappe et s’en va. Marc et Matthieu ignoraient ce dénouement. Quand même on ne voudrait pas admettre la priorité de Marc relativement à Matthieu ét à Luc, ni la dépendance littéraire de ceux-ci à l'égard de celui-là, on m'accordera du moins que les évangélistes ont une façon très libre d'interpréter la tradition qui leur tient lieu de source.
-« Pour entendre quelque chose à l'histoire de la Bible, surtout à l’histoire de lAncien Testament, il faut commencer par mettre de côté l’idée du livre qui nous est familière, à savoir celle d’une composition homo- . gène, œuvre et propriété d’un individu, qui demande à rester ce que l’a faite cet unique auteur. Chez les sa la gloriole littéraire était inconnue; les livies valaient par leur contenu et l'utilité que leurs posses-
et
seurs se proposaient d'en retirer; ils n’existaient pas
pour eux-mêmes ni pour l'honneur de ceux qui y mettaient la main. Tant que l’on a cru pouvoir les compléter et les améliorer, la forme des anciens écrits
(1) MATTH. XUT, 53-35 2) Luc, 1v, 16-30
n'a pas été arrêtée;
ceux dont l’histoire est la plus
compliquée sont naturellement ceux qui ont été d'abonE lus et copiés davantage. Tels sont les documents de la Loi; tels les livres d'Isaïe et de Jérémie ; telles les: rédactions de l'Evangile qui nous ont été conservées. sous les noms de Matthieu, de Marc et de Luc. Onne peut d‘sserter sur l'authenticité, l'intégrité, la valeur testimoriale de ces écrits, comme s’il s'agissait d'œu< vres modernes dont chacune a, pour ainsi dire, Son : individualité et représente une personne.
« Que la critique n’aboutisse pas toujours à des de ‘ tats certains, les critiques le savent aussi bien que leurs. adversaires; car ils ont conscience d'opérer constamment avec des hypothèses que l'examen des textes rend. plus ou moins probables, qu’il peut rendre certaines, autant que la matière le comporte. E’hypothèse joue; dans j’investigation historique, le même rôle que dans. les recherches pioprement scientifiques. La meilleure est celle qui rend le mieux compte des faits connus et. qui s’y adapte avec le plus de facilité. Celle qui ne tient pas devant des faits est condamnée parlà et n'a pas besoin d'être discutée autrement. Or, il est des hy pothèses qui ne résistent pas à l'examen critique des. + - Livies saints : par exemple, l’unité originelle et l'authenticité mosaïque (1) du Pentateuque, l'unité duliwe" " d’Isaïe, la composition intégrale du premier Evangile selon saint Jean. Et il est des hypothèses que l'analyse critique confirme et perfectionne chaque jour en les corrigeant : par exemple, l'hypothèse documentaire. et celle 4: une compilation successivement accrue'au Cours. . des siècles, pour le Pentateuque et pour Isaïe; lidée d'une combinaison de sources pour le premier Evangile; l’idée d’une œuvre théologique et mystique pour le quatiième. » ”"
« On aurait tort de penser que la tradition oppose des. = certitudes à ces hypothèses. La tradition ne leur oppose. pas même des probabilités. Elle né leur oppose rien,.et pour une bonne raison : elle n’a jamais envisagé les
1) Mosaïque — venant de Moïse.