LE
- immortel anticipent dans le temps, pour la foi, la félicité promise. La perspective eschatologique du royaume … céleste s’est, en quelque façon, dédoublée, parce que le — bonheur annoncé, qui fermait l'horizon de l'Evangile, au lieu d’être à l’extrêèmité du temps et très rapproché, est demeuré proche en se superposant au temps comme une sphère de félicité purement spirituelle où l’on pénètre par la mort, et s’est éloigné, d’autre part, en se reculant à la limite indéterminée du temps; comme un changement d'économie qui se produira finalement dans l’ordre total de l’univers. Ce dédoublement est comme un correctif que le fait de l'institution ecclésiastique a introduit dans la croyance; mais le symbole de la foi chrétienae ne laisse pas d’être substantiellement(1) le même que celui de la foi évangélique. Il n’y a pas plus lieu de les opposer l’un à l’autre, comme s'ils étaient contradictoires, qu’il ne convient de lesidentifier . absolument, en niant les limitations de la perspective évangélique, à seule fin d’y retrouver la forme actuelle de la croyance ecclésiastique.
| « Le rapport de l'Eglise à l'Evangile est donc très "clair, «au point de vue de l’histoire. L’une continue l'autre, et si le message évangélique était substantiellement (2) vrai, l'Eglise, qui en reste chargée, est l'organe dela vérité. (Autour d’un petit livre p. 158 à 161.) « Les textes qui concernent véritablement l'institution de l'Eglise sont des paroles du Christ (3) glorifñié. Le PE “HpuCre.e est celui de Matthieu (4): « Toute puis-
(1) Encore un de ces mots commodes que l'on ne peut définir et qui, par leur vague, empêchent toute objection. Mais ils ne prouvent Bien,
(2)- Toujours le même vague. M. Loisy est aussi imprécis comme théologien, qu'il est rigoureux comme critique.
[(3) Marru. xxvin, 18-20.]
(4) Ces fameuses ‘paroles du «Christ glorifë» et du « Christ - immortel », comme il est-dit plus bas, sont des paroles que, d’après Loiïsy, Jésus n'a jamais dites. Mais elles auraient été inspirées par le Christ après sa mort, par son Esprit. Pure hypothèse dont M. Loïsy ne peut se passer pour rester orthodoxe et dont la gratuité constitue le pus le plus faible de son système.
Res
sance m'a été donnée au ciel et sur!la terre. Allez, 1 instruisez toutes les nations, leur apprenant à obser- à ver tout.ce que je vous ai commandé. Je suis avec vous” toujours, jusqu’à la fin du monde. » La perspective du ÿ prochain avènement est décidément rompues Entre l'Evangile de Jésus et cet avènement, qui coïncideræ avec la fin de l’univers désormais retardée, se place la : conquête des peuples, l’organisation de la société chrétienne, une longue vie-du Christ lui-même, invisi-« ble et présent, dans l'Eglise qui devient son rovaume sur la terre. C’est donc après la résurrection.que le rédacteur du preinier Evangile, le seul qui ait employé É le mot « église » dans son livre, aux deux endroïts que j'ai cités, place la fondation de l'Eglise, et il la rattache … à une volonté du Christ immortel, non à une intention manitestée par Jésus avant sa passion.
« La finale du stcond Evangile exprimela même eee Le Sauveur apparaissant aux onze apôtres leur dit (1): « Allez dans tout l'univers prêcher l'Evangile à toute æcréature. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé; : celui qui ne croira pas sera condamné. » Pour mesurer” la portée de cette instruction, il faut la faire précéder. de ce que saint Jérôme (2) a lu dans certains manuscrits grecs: Jésus reprochant aux Onze leur incrédulité,
« ceux-c1 s'excusaient, disant: Ce monde injuste et incrédule est au pouvoir de Satan, qui empêche, par … les esprits-impurs, qu'on ne saisisse la vraie force de Dieu. Manifeste donc maintenant ta justice. » Les disciples demandent l’avènement du royaume célestes" le Christ leur répond : « Convertissez le monde, faites | l'Eglise. » Mais je n'insiste pas sur cette conclusion de . Marc, qui est secondaire par rapport à celles des t trois +4 autres Evangiles. :
« Dans Luc, Jésus, ouvrant ‘intelligence des apôtres pour qu'ils comprennent les Écritures, ee dit. 6):
(1) Marc, XVI. 13-10.] + ; (2). C:Pelag: EH, 15.] = $ . - [(3) Luc, xxiv, 46-40]. 2 F4
« Ainsi est-il écrit que le Christ devait souffrir et res-
susciter des morts le troisième jour, et que l'Evangile
doit être prêché, pour la rémission des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Vous en êtes les témoins. Je vais vous envoyer ce que mon Père a promis. Restez dans la. ville jusqu’à ce que vous soyez investis de la vertu d’en haut. » Ces paroles sont expliquées au commencement des Actes (1). Là aussi les apôtres demandent si Jésus ne va pas rétablir « la monarchie d'Israël ». Et le Christ répond : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père seul a pouvoir de régler. Mais vous recevrez la vertu de l Esprit qui viendra en vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, la Samarie, et jusqu'aux extrêmités de la terre. » Ce disant, Jésus est enlevé au ciel, et deux anges assurent les disciples qu'il reviendra. Mais, entre le départ et le retour, les apôtres, les envoyés du Christ, ont un programme à remplir, ils ont l'Eglise à recruter et à constituer. Cette façon de présenter les choses est d’autant plus remarquable chez l’auteur du troisième Evangile et des Actes, qu’il a grand souci de l’universalité du salut, de la prédication aux Gentils. Mais il s’est interdit de mettre ses idées dans le corps de l'Evangile ; il les fait seulement pressentir dans les récits figurés de la visite du Christ à Nazareth, de la mission des soixantedouze disciples, dans le développement qu'il donne à la parabole du, Festin. I sait trop bien qu'il n’a été question dans l'Évangile que du royaume de Dieu, et que l'Église est née après la résurrection, en quelque sorte
© par “la résurrection du Sauveur et l’action de l'Esprit.
Bien que le quatrième Évangile tout entier soit un fruit de cet Esprit, un enseignement du Christ glorifié, il n’en rattache pas moins l'institution de l'Église au récit de la résurrection. Jésus, apparaissant pour la
première fois à ses apôtres, leur dit (2) : « Paix à vous!
5 Acr. 1, 6-8]. È
(2) JEAN, xx, 21-23].
vous . remettrez, retenus à ceux à qui voi drez, » Jean a réuni en un seul table les ir
aux apôtres est celle qui fonde Le Pi de DÉe l'Église elle-même : l’évangéliste y a rést tradition apostolique touchant les conséqu résurrection ; le colloque avec Marie de Magdala est que le préambule, et l'apparition, à Thomas 4 supplément. Ce qui est dit de la mission des apôtres fait directement écho à la finale de Matthieu. Notez que Jean ne veut:connaître que cette mission suprême, la seule qui compte, et que les exercices de prédication auxquels les apôtres ont pu se livrer antérieurement | sont pour lui comme non avenus. La mission des À apôtres est celle de l’Église; apôtres et Église latiennent du Christ ressuscité. On ne prend pas la peine. de dire | qu’elle est universelle, la mission personnelle du Sauveur ayant été conçue comme telle depuis le commence ment du livre; il suffit de dire que la mission des apôtres est comme celle du Christ. De même que le Créateur a soufflé sur le premier homme (1) pour lui communiquer la vie naturelle, Jésus gloriñé souffle sur ses apôtres pour leur communiquer le donsde vie éternelle qu’ils doivent transmettre à toutes les âmes de bonne volonté. Les apôtres sont désormais ue d'Esprit divin, en vue de leur ministère, comme Jésus en a été pourvu le premier, en vue du sien. Ce qui est dit de la rémission des péchés représente ce qu'on HE dans les Synoptiques touchant le pouvoir de lier et de … délier (2), la prédication de l'Évangile du pardon (3) et Et l'admission des ee dans l’Église par le Dep (@)..
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[(1) Gex. 1, 7.] F LP 2
(2) MaTrH. XVI, 18, (XVI, 19).] ss Se (3) Luc, xxiv, 47.] + - s ['4) MaTTH. XXVIN, 19 (MARC, XVI, 15- 16.1. D
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. Jean. comme ses devanciers, fonde l'institution formelle … de l'Eglise sur une volonté du Christ glorieux (1).
« Mais il reste clair que les évangélistes racontent beaucoup moins dés incidents particuliers de l’histoire qu'ils n’expriment un sentiment de la conscience chrétienne, dans les termes qui leur semblent répondre le mieux au fait chrétien. En tous ces témoignages, l’institution divine de l’Église est signifiée par la foi à la foi (2), beaucoup plus que l'origine de l’Église n'y est décrite par l’histoire et pour elle, La foi à l'institution divine de l’Église se manifeste dans les documents qui attestent la foi au Christ ressuscité : c'est un témoignage de foi qui présente à la foi le Christ immortel et la volonté du Christ sur l’Église.
« Je n’ai pas à discuter ici, au point de vue critique, les récits de la résurrection. Je crois avoir montré que la résurrection du Sauveur n’est pas proprement un fait
> d’ordre-historique, comme a été la vie terrestre du Christ, mais un fait d'ordre purement surnaturel, suprahistorique, et qu’elle n'est pas démontrable ni démontrée par le seul témoignage de l’histoire, indépendamment -du témoignage de foi, dont la force n’est appréciable que pour la foi même (3). Je dis la même chose pour l'institution de l’Église, en tant que cette institution répond à une volonté formelle et spéciale du Christ, puisque cette volonté n’est pas plus vé:ifiable pour l’historien (4) que la gloire même de Jésus ressuscité. Considérons seulement par rapport à l'institution de
(1) On pourrait tout aussi bien expliquer la fondation et le succès du mahométisme par une influence de Mahomat survivant et glorieux dans le ciel. > . (2) et (3). Voilà bien encore le fidéisme dent nous parlions plus haut. Nous ne nions pas qu’il renferme un élément de vérité, mais nous affirmons que l’Église catholique le rejette, car il est impossible d'établir sur cette base une orthodoxie exclusive, intransigeante.
(4) Voïlà la pensée de M. Loisy, résumée ainsi par lui dans l’Evargile et l'Eglise, p. 119: « Si on le regarde indépendamment de la foi des apôtres, le témoignage du Nouveau Testament ne fournit qu'une : probabilité limitée et qui ne semblera pas proportionnée à l'impor-
- tance extra-ordinaire de l’objet attesté. »
Pa
l'Église les textes que je viens de passer en revue. Tous … concernent une apparition aux onze apôtres, et. tous - æ font valoir, au fond, la même idée. Maïs voyez, cher … ami, si l'on peut déterminer, d’après les documents, les circonstances et les termes de l'institution. Selon Matthieu, le Christ s’est montré en Galilée, sur une montagne; avant les critiques modernes, un commen- ä tateur du XVIe siècle, Maldonat, a observé que la mise” en scène du premier Évangile est comme une Sat ô de la tradition apostolique (1) sur les apparitions du : Sauveur, non la relation d’un fait particulier. Luc et, Jean mettent l apparition à Jérusalem et le soir même de la résurrection; mais Luc réserve le don du Saïnt Esprit pour la Pentecôte : Jean le fait communiquer aux apôtres par le Christ lui-même, dans sa première manifestation. Si nous regardons les discours, la prédication est au premier plan chez Matthieu, avec lPassistance permanente du Christ; dans Luc, la rémission des péchés a autant de relief que la prédication, et la promesse de l'Esprit remplace la garantie de l’assistance du Sauveur; chez Jean, il n’est plus question que de la. rémission des péchés, et le don de l'Esprit se substitue
à la promesse. L'institution de l’Église par le Christ ressuscité n’est donc pas un fait tangible pour l'historien. Ce que l’historien perçoit directement est la foi à cette institution, la foi qui inspire les récits et qui se traduit dans les discours du Christ aux apôtres. C’est la continuité de la foi (2) qui fait pour l’historien la continuité … de l'Évangile et de l'Eglise; car la foi à Jésus ressuscité continue la foi à Jésus Messie, et l’Église, institution de
- T (1) Les apôtres onf cru Jésus ressuscité, voilà ce que prouve cette À tradition. Prouve t-elle que Jésus es7 réellement dans le sens habituel E et honnête du terme, ressuscité? Non. La résurrection, d'après Loisy, est « supra-historique .» Jésus est ressuscité pour la foi, comme il «est Dieu pour la foi. » Et c'est tout. .
(2) On pourr ait tout aussi bien, par la continuation de la foi au divin, é -à l'idéal, établir un lien entre le christianisme et la religion de l Humanité ou de la Conscience humaine, le Christ, certes, ne pouvant être étranger à nos consciences.