X PREFACE
get le souffle vivifiant de VAnarchie dans leurs conceptions de Vavenir, surtout dans les pages consacrees a la production et a Vichange. Et ce qu'ils disent a ce sujet devrait Hre serieusement medite par chaque travailleur arnoureitx de Liberie, de Justice et d^Egalite, ainsi que par chaque personne soucieuse d'eviter les conflits sanglants d'une frochaine rSvohition.
II est probable que Pataud et Pouget paient encore un tribut trop fort au passe. C'est inevitable dans des ouvrages de ce genre. Letir <( Congres Confederal » qui discute s'il faut mettre a Ut charge sociale les enfants, les invalides et les vieillards, s'occupe a notre avis, de questions qui seront resolues sur place; et lorsqu'il dhide qu'aucune corporation, aiicnn service social ne pourra a s'abstraire de la connnunaiite » (^. 163), il tranche une question que la vie locale, seide, sera a menie de resoudre. Quant an « Comite Confederal », il emprunte beaucoup trop ajt gotivernenient qu^il vient de renverser.
Eh bien, ces grandes questions sont precisement niatihe a discuter. Les auteurs nous les ont posies; ils itojis out signals une tendance : a nous d'y reflechir, — avant que la revolution nous ait appele a agir! — Et celui qui s'inspirera de /'esprit dtt livre de Pataud et de Pouget, sera deja a mime de se pron oncer sur ces questions avec une certaine in de pendance de jugement. Tres probablement, il trouvera la centralisation inutile et pourra deja suggerer des moyens de Veviier.
Ce qui se recommande, en outre, dans ce livre, a
prefact: XI
V attention des lecteurs, c'est V esprit de tolerance four les tendances diver ses, differ entes de celles des auteurs, dont iL est impregne, — esprit de tolhance et de bonhomie tout a fait caracthistique de la mentalite des populations ouvrihes franqaises et qui contraste si fort avec Vamour du reglement, de la lot generate, reste si cher encore aux nations qui n'ont pas eii V experience revolutionnaire de la nation frangaise.
La tendance a la conciiiation sc voit aitssi dans cette idee neuve des auteurs qui proposeni de combiner le communisme pour tous les objets de premiere necessite avec le camet de «■ bons de travail » pour les objets de luxe, delivre a chaque membre de la societe. Cette idee, qui rappelle Videe du Vingtieme siecle de Bellamy, merite fort d'etre discuiee.
Enfin, la meme tolerance se retrouve aussi dans cette autre proposition d' expropriation et Sexploitation des grandes proprieies foncieres par les syndicats d'ouvriers agricoles, d'une part, et, dautre part, le maintien des petit es et des moyennes exploitations foncieres qui continueraient a etre mises en valeur par leurs occupants actuels.
Fideles a ce principe de tolerance, les auteurs attachent aussi, avec beajicoup de raison, tine importance frimordiale a la propagande par Texemple, au lieu de mettre leur espoir dans le vote, la loi et la guillotine pour les recalcitrants.
On aimer ait, ce pendant, les voir appliquer plus largement ce principe atix populations des prisons. IJn coup d^audace, comme ceh/i de Pinel, apres avoir
XII PREFACl
servi d'exemple quelque part^ levera un jour tous les doutes a ce sujet.
Le seul reproche que je me per met tr at de faire aux auteurs, — une observation plutdt qu'tm reproche^
— c^est d'avoir considerablement attenue la rSsistance que probablement la rivolution sociale rencontrera sur son chemin. Vechec de la tentative de revolution en Russie nous a montri tout le danger d'une illusion de ce genre.
Certainementy cette resistance ne sera pas menaqante si, d'ici la, /'esprit revolutionnaire, — le courage de demolition des institutions, — se ripand dans les campagnes, en mhne teinps que /'esprit de revolte. Alors, le szicchs de la revolution sera assure. Malheureusement, on ne saurait etre stir qu'il en sera ainsi. Que d'excellents revolth ne connaissons-nous pas nous-mimes, doues d'un courage personnel d. toute ipreuve, et cependant n^ayant pas le courage de Vesprit revolutionnaire ?
C'est ce qu^il y a a craindre pour des rSgions entieres. Et c'est la surtout qu'il faudrait diriger les efforts de ceux qui — comme les auteurs de ce livre
— confoivent la Revolution, non pas comme un regne de la Terreur et un abatage de tites humaines, 7}/ais comme un abatage de la fork capitaliste et Statiste.
Pour un parti parlementaire, qui attend ses succh des factices majoritis Sleciorales, — et pour les Jacobins qui comptent encore sur la terreur inspiree par des « colonnes infernales », — les regions arriSrSes peuvent itre quantite nSgligeable.
Ceux-la oublient, — ou bien ils n'ont jamais con-