ARCANE DE LUCIFER OU DE LA NAISSANCE
Devant le diable cornu, griffu, épouvantable de l'imagination médiéviste, le sourire du saint Jean et de la Vanité de Léonard suffisent.
Mais je fais plus que rejeter le grotesque en religion comme en esthétique : car en cela, chacun conçoit Dieu et le diable, a sa propre image.
Je nie la démonologie telle que l'enseignent
les séminaires et je la nie, sur la foi d'une
parole grecque et orthodoxe pourtant : mon autorité, ô curés ingénus, c'est Sa Majesté Samt-Denys Taréopagiste. oc Le mal absolu n'est pas ; le mal est un accident du bien. »
Les démons ne sont pas essentiellement mauvais, ils ont perdu les biens angéliques ; mais ils conservent leurs forces naturelles.
Sont-ils mauvais pour eux-mêmes, ils se corrompent. Si, pour d'autres, que corrompent-ils P
l\2 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
La substance, la puissance ou ropération : ils corrompent ce qui est susceptible de corruption.
PUIS, CE N'EST PAS LA, POUR TOUT ET EN TOUT, UN MAL, ils ont faibli dans la conservation de leur principe , ils délaissent d'habitude et d'opération les biens divins, mais ils ont gardé Tintellection : on les nomme mauvais, a cause de leur débilitation dans leur opération naturelle.
Le mal n'est pas chez les démons en tant que mal, mais comme défaut et manque de perfection dans les biens propres. »
Enfin saint Thomas d'Aquin :
(( Cette similitude de Dieu qui résulte de la grâce^ le démon voulut l'obtenir par la vertu de sa nature et non parle secours divin. »
Que les Sulpiciens ignorants se débattent contre saint Denys et saint Thomas. Ces Pères de l'Eglise m'autorisent a plaindre ceux que l'on maudit les chargeant des péchés Ifumains, facile et ridicule moyen de flatter l'homme ; je n'ai jamais vu dans mes péchés et ceux d autrui, d'autre nécessité explicative que la malice de l'individu.
Sur cette notion sérieuse et saine du démon, ange obscure, j'ai greffé l'idée occulte de Tin-
volution et de révolution : il y a ici bas deux séries : les êtres qui, nés de la terre tendent à monter, etd'autres, nésde Tesprit, pour quila vie terrestre est une chute et l'expiation de quelque mystérieux crime de Tau delà.
Fidèle au Bereschit et au sepher d'Hénoch, je vois dans le génie d'un Platon, d un Dante, d'un Wagner la descendance daïmonique :
psychologue, je retrouve dans l'intimité d'un Litz, d'un d'Aurevilly, pour citer des personnalités que j'ai pénétrées, le conflit de la nature angélique enfermé dans l'humaine condition.
Je crois avec Pythagore et Platon que le génie n'est jamais un homme mais un démon, c'est-à-dire un être intermédiaire entre la série spirituelle et la série terrestre : et il faudrait une bulle du pape, ex cathedra, pour que je cessasse mon opinion.
(( Les enchanteurs, les égregores de tous les temps, de tous les pays, mages, saints, artistes, poètes, aristes, mystagogues sont des rejetons obscurcis ou lumineux de la descendance angélique. » (ISTAR, p. lii, 1887).