LE RÉEL
Sacrement : Confirmation.
Vertu : Espérance.
Don : Pieté.
Béatitude : Douceur.
Œuvre : Conseiller.
Ange : Gabriel.
Arcane : Le Binaire.
Planète : Sin-Nannah.
Œuvie aristique : S'égaler aux consensus. Génie cl Orient : Oannés-Dagon.
Génie d'Occident : Saint Denys l'Aréopagite. Sage : Cléobule.
Religion naturelle^ morale innée, conscience originelle, forment un triple terme d'absurde.
J'ai interrogé des voyageurs : sur les grands fleuves d'Amérique, par des aurores ou des crépuscules d'une beauté formidables, la nature ne leur a pas parlé de Dieu, mais d'ellemùnio, d elle seule.
Je me suis interrogé et j'ai découvert que ma morale consistait à vouloir que mon tempérament fût roi des phénomènes et des êtres.
Enfin, j'ai pu, comme fondateur d'ordre, maintenir des âmes très diverses dans une obédience idéale et j'ai découvert que la conscience est une faculté négative formée ou déformée par l'intérêt ou la passion.
A. XL — Toute élévation de l' homme est surnaturelle. Tout moyen de l'élever est artificiel.
Ceux qu'on appelle sauvages présentent des caractères inférieurs a l'aninial . et l'homme originel, harmoniquement paraît moindre que le végétal, dont l'évolution demeure fatalement ordonnée.
L'onagre d ignorance qui servit de philosophe au siècle du théosophe Voltaire, le citoyen de Genève^ époux de sa servante, le rhéteur de r£'mi/e, a déclaré que l'homme naissait bon et que la société le corrompait.
Un phénomène permanent et déplorable, que le simple lettré observera, c'est que les doctrines de certains prétendus penseurs se forment de leurs rancunes contre le sort.
Si le monde moderne savait ce que lui a coûté la misère d'un individu, on dirait la
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dèche aujourd'hui ; il se hâterait d'apaiser et de museler par un canonicat , une sorte de prébende, les gens de talent, ces pires dangers sociaux.
Mais le monde moderne est un abstrait et je n'ai pas encore trouvé un politique ou un prêtre dont l'entendement put dépasser l'horizon de sa propre vie,
Au jour le jour, à l'an Tannée, telle la piteuse devise des modernes égrégores.
A Babylone, à Memphis, l'homme supérieur dès qu'il paraissait, littéralement disparaissait dans le cortège de ses collègues les Mages : on éteignait, en les satisfaisant, ses concupiscences, Honneurs, richesses lui étaient prodigués pour ce seul prix, le silence devant la plèbe.
Ceux qui résistaient à cette sublime corruption ceux-là étaient des demi-dieux : c'était Joseph, c'était Moïse. Dans le beau passé oriental on étouffait le petit agitateur, le mesquin hérésiarque : aujourd'hui il y a plus de vanités en délire, que d'estomacs en gésine : on compterait plus vite les chiens de la rue que les prétendants au pouvoir.
Ce débat sur la bonté native de l'homme
naquit de la comparaison des génies et des
saints avec les brutes et les méchants l et les
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arguments se balanceraient encore, sans la promulgation de la série daïmonique.
A, XII. — Tout homme qui préfère le Bien à son désir, par conséquent reconnaît la suprématie de ridée sur le Jait. adhère au divin : et s il cela se produit, instinctivement ou avec une intensité que son éducation n explique pas, cet homme est un démon c'est-à-dire, intermédiaire entre lange et l'homme.
Toutefois la révulsion d'un désir s'opère par prudence, par souci des conséquences et lors il ne signifie plus^ au sens indiqué.
On arrive à confondre la charité avec une impression très égoïste. Le spectacle de la souffrance physique agit sur nous douloureusement, et nous la soulageons pour nous soulager. L'aumône et la fréquentation de l'église, pratiqués k la fin d'une vie et par crainte de l'enfer ne méritent aucune estime.
A. XIII. — La race d'un homme apparaît dans ses propensions ; noble s'il est attii^ par le noble : manant, s' il va de soi à la vulgarité.
Les français professent un goût particulier pour la comédie qui leur fait peu d'honneur : les admirateurs de Molière sont légion auprès de ceux de Racine et cependant Phèdre et
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Alhalic paraissent des constellations auprès de Tartiifc et du Misanthrope.
A. XIV. — UAristie consiste dans an choix perpétuel entre les impressions offertes de la vie et de l'art. Elle veut le rejet brutal et sans appel du réel et du bas; elle veut F exclusivisme dans la recherche des sensations d'au delà.
Or, l'instinct nous suit déguisé et persistant a travers la vie , et s'insinue dans la sphère animique. Est-ce que le Palais-Royal n'est pas un théâtre pour estomacs, un théâtre de digestion : les féeries et les pièces à spectacle ne correspondent qu'aux enfants et aux hommes restés enfants c'est-à-dire instinctifs. L'homme de Médan a hâti sa fortune sur le plaisir instinctif de contempler des êtres plus laids et bêtes que nature : car la réalité ne donne pas la butordise de ses personnages.
Combattre l'instinct sous toutes ses formes, à toute heure, tel est le souci del'Ariste.
A. XV. — L instinct est cette succession impérieuse des mouvements organiques qui nous incline à agir sans volonté, ni réflexion, suivant la concordance de nos appétits et des événements.
UAristie nous enseigne à rejuser l événement concordant à notre appétit, s'il disconvient à notre idéaL
Cela peut se passer d'exemple : riiomme qui a trop désiré et qui rencontrant une fille, l'accole, est semblable au chien qui a soif et lappe une flaque saumâtre. Ici je pressens cette réflexion qu'un pareil hasard n'a point de conséquences, Erreur, ce hasard peut se reproduire, et hors de cette considération ; le lendemain si l'homme à la fille se trouve en présence d'une femme de mérite, il la verra à travers ses récents souvenirs, il la verra chiennement.
A. XV. — La sensibilité esthétique s acquiert, se développe et se maintient, par la détestation da médiocre y du général, du facile.
Celui qui supporte la Muette de Portici ou la Favorite, celui qui peut lire un rapport de M. Gréard ou une pièce de Scribe, celui qui peut regarder un Messonnier ou un Bastien Lepage, sans soufirir, n'est pas un Arlste.
A. XVI. — La marque d'un progrès dans l'ascèse aristique est la douleur, la constriction spirituelle, en Jace du médiocre . Qui ne souffre pas au contact du laid, ne sent pas le beau,
Ou est le beau? à quels caractères le reconnait-on? Je pourrais répondre mille choses ino-énieuses : le beau dans la vie et dans l'art
c'est l'idée : on indiquerait vite les chefsd'œuvre, en chaque art, mais la, il est facile de le sentir. II faut encore le percevoir dans les êtres et dans la vie ambiante il se présente pas toujours étincelant, inévitable ; il se cache ou se montre, partiellement engangue. Eh ! supputez un instant, la somme de génie dépensé dans les diverses religions, rapprochez-en le résultat et vous aurez un aperçu de la difficulté à percevoir le beau moral.
A ce point de vue, comment jugerez vous Mac Mahon, ce maréchal universellement honoré? Remarquez que le jugement doit être abstrait, et que si vous êtes français et patriote vous devenez incompétent : est-ce un héros ? Esthétiquement le héros incarne une idée : Mac Mahon n'incarnait rien que la routine nationale : voilà donc un simple mercenaire, un homme de guerre au service de la France. Il reste à savoir si dans les guerres ou il a combattu, sabre français, il était du côté de la justice : si oui, estimez-le ; sinon aux gémonies. Mais pour conclure r exemple, du moment que cet homme était prêt a tout faire pour la France, il perd sa moralité, parce que l'intérêt d'un peuple devient toujours immoral.
Voici un magistrat c'est-à-dire quelqu'un qui envole ses semblables aux galères, est-il vénérable en soi ; pas plus qu'un homme muni de ce qu'il faut pour peindre n'est admirable ; cela dépend de l'arrêt, cela dépend du tableau. Juge et peintre fonctionnent deux sublimités, l'art et la justice ; mais s'ils fonctionnent mal, si le juge est impie et l'autre sans talent ?
Quand je parlais au récipiendaire de la Magie, l'exhortation revêtait une forme plus nette et aisée. L'Aristie diffère de la gnose comme la simple dévotion, de la prêtrise; je m'adressais à des séminaristes de l'occulte, aujourd'hui mon prône vise des laïcs. Je ne leiir parle ni de milltation, ni de prosélytisme, ni de martyre, je leur montre le salut selon le Saint-Esprit.
Ailleurs je l'ai proféré, déjà :
XVIII. — Dans F immortalité , l' homme peut envisager deux choses : le paradis ou aboutissement harmonique de la série, et la gloire éternelle, ou aboutissement superlatif de l individu.
Or la gloire, le Saint-Esprit la détient, et ne la donne qu'aux saints et aux aristes, parce que les autres ne la pourraient pas recevoir. De même que la dévote n'a cure de la messe en ré on en si, et ne la distinguerait pas de
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l'ordlnftire : de même, notre devenir ne comportera rien de plus que l'exaltation de nos désirs terrestres.
Je vais sur les thèmes du Décaloguc relever des vertus et des vices également ignorés.
1. — Je suis le Seigneur votre Dieu, mas n'en aurez point d'autres
Hélas ! la plupart sacrifient à la plus niaise des idoles, à l'Opinion; ils croient que les examens basés sur une seule faculté , la mémoire constituent le savant : et ils participent au vol constitué de la Bourse, ceux qui condamnent l'atï'amé voleur d'un pays, le vagabond coupable de n'avoir pas de toit.
Ils croient k l'or, non à sa beauté, à son éclat, à son caractère de synthèse dynamique, ils croient à l'or incarné, ils respectent M. cinq cent mille livres, sans espoir d'en rien recevoir.
Après le diplôme, et le colFre fort, il y a une autre idole, la Patrie. J'appelle patrie la collection des êtres si nuls qu'ils n'existeraient pas en dehors d'une fonction. Enfermez avec un cahier et un crayon tous les généraux, tous les premiers présidents, tous les anciens ministres et la haute horde des laquais de
France : vous verrez que ces êtres inférieurs a l'araignée et au vers à soie, réduits à eux même, n'ont pas d'existence morale. Eh bien ! ce sont ceux-là qui soutiennent la patrie. Quant au patriote désintéressé c'est un passionnel qui a souffert directement de l'étranger ; ou bien et surtout un ingénu qui ne se sent pas de raison d'être et qui s'appuye au collectif, par défaut de personnalité.
Enfin, il existe ailleurs qu'à Saint-Etienne un certain ruban rouge qui est le plus haut degré de la distinction nationale.
Or, tous ces fétiches exigent des actes dévotieux contraires au service du Dieu unique ;