‹ Comment on devient artisteChapitre 35 sur 70 · RÈGLES DE SOCIABILITÉ · texte numérisé non relu

RÈGLES DE SOCIABILITÉ

Sacrement : l'Eucharistie.

Vertu : la Charité.

Don : Entendement.

Béafitiide : Pleurer. Œuvre : Consoler.

Ange ; Samael.

Arcane : Le Ternaire.

Planète : Tammuz-Istar.

Œuvre aristique : Choisir entre le fait et ridëe.

Génie d'Orient : Mosché.

Génie d Occident : Pythagore.

Sage : Bias.

L'activité humaine peut revêtir sept caractères différents, quelle que soit la matière où elle s'emploie, L'activité solarienne, la plus parfaite, matériellement c est Alexandre, esthétiquement c'est Léonard : elle opère par le génie ou la naissance.

L'activité Lunarienne, poétique, fantasque et bohémienne, élevée en ses aspirations, versatile en ses manifestations.

L'activité Saturnienne, âpre, hautaine, fanatique, profonde en conceptions, maladroite à réaliser.

L'activité Jupitérienne , qui consiste à organiser, a favoriser le travail d'autrui, à être V imprésario de son milieu.

L'activité Vénusienne , exclusivement passionnelle, mais d une très grande puissance mondaine, charme à la fois l'individu et Topinion.

L'activité Marsienne, physique celle-là, matérielle et utile seulement a l'état subordonné.

L'activité Mercurienne, qui tient de toutes les autres, mais sans fixité, ni grandeur.

Quel que soit l'individu auquel vous songez en ce moment, il décèle un de ces caractères, il est rayonnant ou reflétant. Soleil ou Lune, concentré avec Adar ou expansif comme Mérodack, il séduit comme Istar ou s'impose CQmme Nergal, à moins qu'il ne soit Nébo le Protée.

La conte mplativité prend les mêmes formes que l'activité.

Samas, c'est le génie des Arts et Tincarnation de la gloire.

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Sin, c'est le gënie littéraire et l'incarnation de la poésie.

Adar, c'est le penseur, l'idéologue et le moine : Mérodack, c'est le recteur, le gouverneur, le roi.

Istar, c'est la passion et parfois la musique.

Nergal, c'est l'activité physique et l'hé roïsme.

Nébo, c'est l'invention et la science pratique. Les sept qualités dominantes seraient donc •

Le sens des formes.

Le sens des images.

Le sens métaphysique.

Le sens de l'ordre.

Le sens de l'amour.

Le sens de Tactivité.

Le sens technique.

Suivant ce qui prédomine en toi. lecteur, choisis une des sept voies d'idéalité.

La forme, la poésie, la philosophie, la politique (au sens idéal et théocratique s'entend, soit l'histoire), la psychopathie, l'aventure, et l'adaptation.

11 faut une vocation, dans la vie contem-

plative comme dans l'active, et pour chacun elle se révèle particulièrement.

En ascèse aristique, que nous avons définie la recherche du Divin à travers la nature et l'homme, les Solariens sentiront le Divin par les beaux-arts, les Lunariens par la poésie et la iTiusique, les Saturniens par l'idéologie, les Jupitériens par les évidences historiques, les Vénusiens par le phénomène sexuel, les Marsiens par l'idée d'héroïsme, les Mercuriens par goût d'ingéniosité.

A. XXUI. — De toutes les choses publiques, une seule intéresse rAriste: cest le temple, et le théâtre lorsqu'il devient temple par le mystère qu'on y célèbre.

Plusieurs sursauteront à cette affirmation : les meilleurs prêtres agissent comme représentants d'un monopole, je leur ai répondu a ce sujet en i882\ dois-je redire encore que j'ai sans cesse devant les yeux les jdéales civilisations d'Orient, où la théologie comprenait tout l'œuvre d'entendement humain, où l'art était sacerdotal et le sacerdote esthète.

' Vice suprême, p. 3o3.

De bonne fol, celui qui serait condamné à la musique de paroisse, à la littérature des églises, à la philosophie des catéchismes, serait vite infériorisé. Que l'Eglise nous envoie des hommes à notre taille, ou qu'elle souffre nos propres efforts pour remédier à son insuffisance.

L'Ariste ne doit fréquenter ni les lieux de paresse, ni les hommes de loisir; en vertu de cette assertion de saint Thomas que toute la tradition confirme :

A. XXIV. — U homme emporte en son devenir éternel l acquêt intellectuel, et son illumination d'élu dépend qualitativement de son ascèse d'homme ; l'état appelé paradisiaque ne saurait être unijorme pour tous : là se trouveront des castes, des groupements.

Chacun trouvera ce qu'il aura mérité, mais la première condition du mérite, c'est le souhait, le désir.

Voilà pourquoi l'être qui se cultive en ce monde se prépare des joies infiniment plus nobles et subtiles que le simple dévot. A choisir une comparaison dans la tradition m'eme de la mystique, il est clair que Beet-

hoven, Gluck, Wagner percevront la musique des sphères autrenient que M. Massenet, et que les Wagnëriens eux aussi comprendront mieux les chœurs des anges que les piauleurs de cantiques.

A. XXV. — L ascèse aristiqiie cherche à percevoir dans les chejs-d' œuvre l'écho, si affaibli qu'il soit, de r éternité.

Je me figure le juste arrivant k l'état céleste, comme Parsifal au premier acte. Un Gurnemanz céleste le fait assister à quelque merveille et puis lui dit : « comprends-tu? » S'il comprend, on le mène à une autre émotion plus grandiose encore ; s'il comprend de nouveau, il monte dans l'échelle des mirages infinis, jusqu'au point où son esprit ne supporterait plus la lumière, trop éblouissante.

Est-ce à dire qu'il souffrira de ne point monter davantage ? Au contraire , il évolue jusqu'à ce que la joie devienne douloureuse par l'excès.

A. XXVI. — U éternité bienheureuse n'aura d'autre mesure que notre Jorce à la supporter.

Et notre force à la supporter dépend de notre entraînement ici-bas.

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Je me figure sept joies paridisiaques : la rencontre des êtres qui se ressemblent, le commerce des êtres qui se valent, l'initiation aux mouvements de 1 éternité, l'émulation dans la vision divine, la copulation des esprits, l'entraînement spirituel, l'harmonie des causes secondes.

Et me figurant ces joies infinies, j'enseigne que les habitués de café se préparent mal aux rencontres célestes : ces brutes qui n'ont pas vu le prix du temps ne seront pas admises dans l'éternité.

Le commerce des élus n'a point de rapport avec la vie des cercles et le Jockey-Club, qui dans son entier appartient au néant : je le damne au nom du Saint-Esprit,mon sublime Seigneur. Quant à celui qui s'est intéressé à sa localité, k son pays, à l'éphéméride, à ce rien renaissant qu'enregistre le journal, celui-là, que comprendra-t-il aux mouvements de l'éternité? Sont-ce les batteurs de cartes, les joueurs de billard, ces gens trop lâches pour le vol, trop paresseux pour le travail et que la sociclé tolère, qui seront préparés à la vision diviiie Evoquez donc les débauchés et les mœurs, et même des passionnés, en face de ce début du XXI, Paradiso.

(( Mes yeux et mon esprit fixés sur Béatrice, je la contemplais, elle ne souriait pas.

(( Si je souriais , tu subirais le sort de Semelé réduite en cendres, si je ne tempérais ma beauté qui s'accroît à mesure que je monte les degrés du palais éternel, elle brillerait tellement, que ton faible esprit mortel serait consumé, comme par la foudre une feuille d'arbre. »

Ceux qui président a l'amélioration des chevaux, les sportmen, n'ont rien a faire dans le royaume céleste.

Le terme même de copulation spirituelle peut les égayer et cette gaieté suffit pour les faire rejeter à jamais.

Je sais combien ce mysticisme scandalisera, mais je défie le plus paradoxal de soutenir que le pilier de café-concert se destine a entendre l'harmonie des causes secondes.

A. XXVII. ^ — V Ariste recherche les impressions terrestres qui le préparent et t approprient aux voluptés célestes.

Evidemment^ le lecteur se croit entraîné a un enseignement religieux; certes, je ne saurais en faire de laïque : je développe le côté

esthétique de la religion, je donne la prééminence à la beauté ; et quoique aucune vertu ne soit demandée au sens policier et répressif, le seul fait d'adhérer à la recherche du Divin écarte le plus grand nombre de péchés.

On objectera encore, d'abord que dans ce nouveau traité je semble exiger plus de foi, ensuite que, créant une caste soigneuse de son devenir, je la déprends de cette charité qui est la définition de Dieu et Tessence même de l'Evano'ile.

A. XXVIII. — Même si les religions, les pi illosophies , les poésies et les arts se trompaient, c est-à'dire étaient les générateurs et non les réflecteurs de l'au-delà, il faudrait encore les suivre, parce qu'ils énoncent la seule formule élevée de la vie.

En outre, l'adhésion au plan religieux et esthétique se montre le seul mode de jouir, dans le sens avouable de ce mot.

Celui qui croit k une volupté vraiment matérielle est simplement un brut.

J'ai interrogé des équivalents d'Armand Sylvestre, et autant que ces êtres peuvent s'analyser, ils avouent que leur plaisir dépend

exclusivement de ce que leur àme a précédemment cristallisé.

Donc, je croirais que le ciel est une pure invention du génie humain, j'agirais comme je fais : les bénéfices de cette duperie idéale sont si immédiats, si puissants, qu'aucune vérité ne les égalerait en importance.

Au reste, qu'est-ce que la vérité? Le poids d'un corps flottant est égal au poids de liquide que déplace la partie plongée. Voilà une vérité ; quand Thumanité en posséderait mille semblables, mon âme n'en serait pas plus satisfaite.

Les anciens ont dédaigné les applications scientifiques parce qu'ils avaient vu tout de suite que la vie de l'homme, la vraie, est intérieure, et voilà pourquoi chez eux la religion a tout dominé,

Considérons l'homme végétalement et les théories comme des modes de culture, n'est-ce pas que les beaux spécimens humains sont les génies et les Saints? le cœur de saint François, de sainte Thérèse, l'esprit de Léonard et de Wagner ne sont-ils pas la merveille humaine? N'hésitons pas à préconiser la voie où les hommes deviennent demi-dieux, et rêvons du ciel, qu'il soit vide ou tel que la religion le

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désigne, quanta notre foi de Mage catholique la voici, basée sur une parole de Bacon.

A. XXIX. — L'Esprit humain ne peut rien concevoir d'irréel et d' inexistant en soi : aucune idée ne peut naître du cerveau de l' homme. L'audelà, pris au sens le plus vaste, contient les réalités de nos rêves, les matrices de nos notions : toute relativité conçue par rhomme suppose un absolu qu'il reflète.

Quant à la charité, qui semble absente de la doctrine aristique, j'observerai d'abord que l'enseignement catholique est basé sur une idée du salut personnel et que ce salut, doctrinalement, ne doit jamais être mis en péril, même par charité.

Or, la première conséquence de l'initiation c'est de mettre en péril son salut. La môme dllTérence qui existe entre les troupes régulières et les corps francs se retrouve en comparaison des individualités et du commun troupeau.

Le soldat se trouve relevé de toute responsabilité, il fusillera en sécurité dame son père, sa mère, ses maîtres de philosophie ; il fusillerait des génies, des cardinaux et le Pape ! Le sous-off. , son gourou, commande.

82 AMPHITHEATRE DES SGIEISCES MORTES

Il y a un peu de cet abrutissement dans le chrétien ordinaire, mais à l'éclat moins dangereux. J'ai demandé à un des plus beaux officiers de la cavalerie française, qui est esthète et catholique, ce qu'il ferait si on l'envoyait quérir son père pour l'arrêter et le fusiller : ((j'irais, mais je me casserais la jambe avant d'arriver. »

Voilà, puissants OElohim, ce qu'on obtient au nom de cette abominable, exécrable, immonde notion, le collectif national ; et quand nous prêchons pour Dieu même, on nous demande mille preuves, on soupèse notre argument. 0 mortels éphémères, comme vous appelle Eschyle, race d'esclaves, êtres incohérents et faibles, que seriez-vous, sans le péché daïmonique ! Le daïmon est celui qui n'obéit pas au nombre et à la force, le daïmon pense et veut : nul ne l'opprime impunément. Pascal l'a dit : il y a trois sortes de personnes : les unes qui servent Dieu Tayant trouvé ; les autres qui s'emploient à le chercher ne Fayant point trouvé, et d'autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé.

Je parle à ceux qui, cherchant Dieu, ne l'ont pas trouvé, me plaçant dans la situation d'esprit ou je serais, sans les doxologies de mon

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vénéré père, et je iiioiilre la voie qui m'eût séduit, la voie d'orgueil et de subtilité.

Pourquoi ce mot d'orgueil est-il tombé en mauvaise part ; certes s'il désignait seulement l'attitude des officiers, des avocats, des filles, et des ministres, mais il change son sens suivant les personnes.

Le véritable orgueil ne se manifeste pas, puisqu'il consiste a s'indilTérencier du sentiment général ; en outre, sa matière doit être inaccessible au nombre, sinon il serait illusoire ; enfin il ne vaut qu'à condition d'une extrême humilité devant l'idéal.

On peut-être orgueilleux de comprendre la pensée de Moïse, de palpiter k l'œuvre de Wagner, mais non pas d'avoir du rouge à sa boutonnière ou du fer blanc sur son frac.

La religion a conçu, comme point idéal, des moines à jamais séparés du monde et qui prient.

L'esthétique ne peut-elle pas concevoir, comme un autre point élevé, des aristes dédaigneux de la société et qui pensent?

Qui viendra déclarer que la pensée ne vaut pas la prière, et que le Saint-Esprit ne mérite point d'avoir ses mystiques ?

La raison mystérieuse et sociale du moine et de Fariste, la voici :

A. XXX. — Les monastères sont de vivants contrepoids à la somme des iniquités ; ils compensent par l'excès de leurs oraisons la quantité des blasphèmes, et ï équilibre moral de ï humanité na jamais été obtenu autrement.

Donc l'Aristie est un contrepoids à la somme des bêtises ; elle compense par l'intensité de sa recherche du divin la quantité des paroles vaines et mensongères, et l'équilibre cérébral de l'humanité n'a jamais été obtenu autrement.

En vérité, il faut que quelques-uns pensent pour tous ; on l'accordera, et on peut s'assurer que le nombre des penseurs sera toujours restreint. Quant à la charité, elle diffère en aristie de celle de l'Eglise, elle choisit. 11 n'y a pas deux âmes égales entre elles, et ce qui fait leur différence, c'est leur conscience d'ellesmêmes et du Divin : en conséqueiïce les curés cesseront de le dire à leurs dévotes ; leurs patenôtres ne sont pas plus agréables à Dieu que des chefs-d'œuvre.

A. XXXI. — Pour produire un chef-d' œuvre iljaut avoir entrevu le divin et, un moment, vécu d'infini.

Par conséquent, le grand artiste a été un saint à certaines heures, comme il arrive au saint d'être artiste.

S'il y avait à Paris quatre mille personnes réservant leur présence et le prix de leur entrée aux grandes œuvres, on pourrait entreprendre des manifestations d'art qui changeraient le cours esthétique.

Chaque individu se multiplie par la dizaine de personnes sur qui il influe ; on voit que quatre mille affirmations représenteraient, étant très militantes, une forte résistance au courant du siècle et du goût.

Par le fait de préconiser le livre noble, la musique grandiose, la pensée sévère et lucide, par la profération d'idées élevées et saines, on fait la charité, une très haute charité, selon le Saint-Esprit.

Mais s'il s'agit de la charité matérielle, c'est a l'art qu'il la faut faire, en la personne de ceux qui ne peuvent accomplir leur œuvre sans secours.

En i883. je n'ai pu trouver parmi les

riches les quinze cents francs nécessaires à limpression du commentaire de l'apocalypse de Lacuria. Or Lacuria c'est la suite de Platon, simplement cela^ et le Faust de Gounod, tant applaudi, lui doit singulièrement.

L'abbë Lacuria, qui avait englouti son patrimoine dans l'institution des jésuites d'Oullins, vivait dans l'extrême misère, derrière Sainte-Geneviève, quand je le connus.

Il est mort à OuUins : que sont devenus ses inestimables manuscrits ? Lecteur , si vous trouvez un jour, chez les bouquinistes, deux volumes in-S** avec ce titre : « les harmonies de Têtre ou les lois de l'ontologie expliquées par les nombres ». vous comprendrez la théorie aristique et qu'il eût mieux valu sauver les manuscrits de ce génie que de doter un hôpital.

Le pire malade de ce monde, c'est l'esprit humain, et les docteurs sont rares, les remèdes plus encore ! je parle hélas ! dans un pays qui a laissé Lamartine mendier, et Sigalon sans couleur.

Réservez votre pitié pour ceux qui aux maux ordinaires joignent celui incommensurable d'être écrasé par une œuvre à produire, une mission a accomplir : sauvez les daïmons, car eux seuls seront vos sauveurs.

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C'est ici le Heu de répéter, dans un sens spécial, la parole finale de Parsifal : « Rédemption au Rédempteur. »

A. XXXII. — Nul daïmon ne peut acquérir les biens spirituels à son profit : il ne lui est tenu compte, par la miséricorde divine, que de ses réalisations expansives.

Si Wagner n'avait pas produit son œuvre, il serait damné. Il a obéi comme Balzac, comme tous les génies, à un taon Invisible.

Le daïmon est semblable à la vierge aux cornes de génisse, à la malheureuse qui doit accomplir sa course terrestre sans répit, sans arrêt, jusqu'à ce qu'elle ait atteint le lieu de sa réalisation.

Croyez le, il y a quelque chose de surnaturel et d'inexplicable dans le cas physique d'un Balzac se consumant à produire son œuvre.

Concevoir est une joie, réaliser comporte toujours une peine énorme. Nul ne réalise pour son plaisir ; on peut faire des sonnets pour s'amuser, on ne fait pas d'œuvre sans qu'une mystérieuse propulsion vous y condamne.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

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