DE L'ORIENTATION
Sacrement : La Pénitence.
Ver la : Prudence.
Don : Force.
Béatitude : Soif de justice :
Œuvre : Corriger.
Ange : Anaël.
A r cane : Le Tëlragrammaton.
Planète : Nergal-Laz.
Œuvre aristique : Se dédier.
Génie d'Orient : Thoot-Ilermès.
Génie d'Occident : Platon.
Sage : Kilon.
Les vertus sont les habitudes du bien ; or le tempérament, l'éducation et le milieu génèrent dans l'individu des habitudes de mal. D'une façon générale, il y a toujours de basses instinctivltés dans le tempérament, l'éducation les refoule et les gêne sans les détruire, et le milieu, à son tour, nous dote d'une nouvelle instinctivité, née du collectif.
g/i AMPHITIIÉATUE DES SCIENCES MORTES
Qui n'a remarqué cet air de famille des hommes les plus différents d'une même époque. Tout le XVIP ressemble à Louis XIV, et tout le XVIIP au Régent, quels que soient leur profession et leur faculté.
XXXIII. — Il y a une J or ce occulte Jaiie de ï émanation collective, qui tend à unifier les individualités d'une époque.
A. XXXIV. — Or c est toujours un mal d'être de son temps. La force d'un être dépend également de sa conscience du passé et de son pas vers l'avenir.
L'étude de Tliistoire, la restitution des choses mortes , toute archéologie attirent l'intelligence humaine, parce que là, seulement en ces matières froidies^ elle découvre des enseignements et des lois.
Où sont les paroles profondes, les vues d'aigle , contemporaines des grands événements .
Il y eut des prophéties et de lumineuses déductions ; je ne connais pas de vision lucide actuelle a l'action, simultanée au fait.
La loi de l'Art dramatique, le plus complet des arts, c'est la perspective intellectuelle : il
faut qu'un sujet dëlle nos comparaisons journalières pour nous passionner : et Wagner l'a compris divinement.
Le moindre physionomiste reconnaît le militaire en civil, le prêtre en redingote, le magistrat au cabaret et le bourgeois travesti.
Les élèves du même pensionnat ont une démarche semblable, et une ancienne belle de la cour de Napoléon III garde encore la grâce surannée de cette période.
A. XXXV. — Comme le collectif extérieur se décalque sur ï individu extérieur, le collectij moral se répercute sur l'individu moral.
Même si l'époque était raisonnable, elle contiendrait en excès la qualité ainsi généralisée : il faut donc réagir toujours contre le courant.
L'homme supérieur ne se pose jamais sur le plateau ascendant de la balance ; car je suppose un homme dédaigneux des suffrages et des places.
A. XXXVI. — > Il y a deux modes de résistance à V envoûtement de la comtemporanéité : le culte du passé et l'abstraction.
J'entends par abstraction un cosmopolitisme de l'esprit, un internationalisme d'idée,
une universalité d'investigations qui dépaysent les impressions locales et les annulent.
La pire contingence c'est la date : infériorité fatale que d'être de son temps, de s'occuper de ce qui s'y fait, d'y participer,
On a dit que je formais de mauvais citoyens : grave erreur, je dissuade de toute citoyenneté bonne ou mauvaise ; autant dire que l'Eglise fait de mauvais libre-penseurs, puisqu'elle les excommunie.
A. XXX VII. — En Jace de l Eglise, vérité animique et universelle, l'Aristie est une vérité intellectuelle et dédiée au petit nombre. Lune a pour but de sanctifier, ï autre de subtiliser ; ici on honore les saints et là les génies.
Fera-t-on le procès de la haute culture, déclarant les dangers de l'Art et de la science ? Je ferai mieux que les nier, je montrerai les dangers de la religion et du fanatisme, de Torquemada jusqu'au cardinal Richard, du Nouveau-Monde jusque dans l'Inde; on n*insistera pas.
Si, demain, les mages d'Egypte, les brahmes védiques, les prêtres d'Eleusis et les gnostiques renaissaient, ils s'entendraient sans peine avec les Rose-Croix et les Aristes.
A. XXX VlU. — // existe une communion des intelligences qui a survécu aux religions et aux races, et qui partout leur survivra encore
Fortifier ce principe vénérable me semble une œuvre du Saint-Esprit.
Je comprends que Ton répande l'Evangile ; mais qu'on impose l'Ancien Testament à des races qui ont d'autres livres mieux faits pour elles, quelle singulière conception !
Chez le prêtre occidental, vous trouverez une totale ignorance de l'Orient, ils disent couramment que les Egyptes adoraient des animaux et n'ont aucune idée de la vie religieuse de rinde actuelle. Au reste, laïc ou clerc, l'Occidental croit que la beauté du monde tient dans son drapeau, et que le reste de l'univers, privé de journalistes, de douaniers et de recrutement militaire, est un préjugé de la l'anthropologie. Cette infatuation grotesque du Continental se subdivise par pays : et aux tables d'hôte^ après le dessert, les commis-voyageurs sortent leurs couleurs nationales et les vantent, comme s'.ds touchaient encore une commission sur cet article.
Tout homme est du pays de son intelligence, a dit Lamartine, un jour autre que celui où il
écrivit ses déplorables Girondins : et comme l'intelligence n'a pas de lieu, TAriste doit se désouiller de toute passion locale. Gela n'est pas si simple de s'abstraire du cadre et du millésime où Ton vit !
Si les prêtres étaient conscients de leur devoir, ils ne voteraient pas ; et ils révêtent l'uniforme de l'homicide, s'exercent à donner la mort, et nul évêque n'a déclaré qu'ils ne la donneraient pas à l'occasion : à défaut du sentiment sacerdotal, les séminaristes étudiants en théologie auraient dû sentir une honte insupportable à se voir avilis jusqu'à l'état de machines de mort, eux à qui on explique les mystères de la théodicée et qui doivent les expliquer un jour aux autres.
La lâcheté épiscopale a trahi non pas seulement l'Eglise, l'intellectualité de tous les temps et de tous les pays. Les Rose-Croix voulaient s'appuyer sur les princes de la foi pour revendiquer le droit de l'intelligence et dire, comme saint Paul, civis humanus sum. Traître à l'Eglise, traître à la culture, le clergé a vendu, en un jour, et son dogme et la tradition de tous les sacerdoces : aux Aristes de résister comme de simples quakers.
Notre seul mode d'action sera de . consti-
tuer la culture en confrérie d'une hautaine dignité : laissons les fous se buter à enrajer une décadence fatale, inéluctable,
A. XXXIX. — Il Jaat que plusieurs se destinent à mieux penser, à mieux sentir, et quils se dévouent à cette perfection de la pensée et du sentiment, pour sauvegarder le plus haut patrimoine de l'homme,
La mystique s^efforce de dégager l'àme du péché pour la faire remonter vers Dieu ; mais elle voit une opération de Dieu dans le choix et la conduite des âmes qu'il illumine.
L'Aristieneseflatte pas d'une élection divine, elle s'exerce d'une façon pour ainsi dire profane, et demande à l'art, à la science, à la pensée, de déterminer son élévation.
Au reste, saint Joseph de Copertino eut la révélation de sa voie, à l'âge de huit ans, en entendant le son de lorgue : le bienheureux Ilerman-Joseph commença sa sainteté devant un tableau de la madone.
Vouloir élever une contre-mystique serait ignorer la véritable et misérablement blasphémer : mais on peut affirmer l'existence dune ascèse similaire. J'ai éprouvé et j'ai
constaté en autrui une exaltation semblable, à Bayreuth et à la Sixtine. Je ne peux associer qu'un seul souvenir à celui de ParsifaU ma première communion. Il y a donc une autre voie que la mortification et la prière, pour aller à Dieu.
On obtient à la longue d'un exercice ce qu'on s'en promet ; cependant la mortification est à rejeter, comme une laideur et une cause de déséquilibre.
A. XL. — Tout excès physique, quil soit ascétique ou peccamineux, produit un déséquilibre moral et mental,
La Norme aristique consiste à ne pas sentir son corps, à être dispos ; la perception esthétique ne s'obtient pas en exaltant le système nerveux : Jérôme Cardan raconte dans sonde Varietate rerum : « Quand je veux, je vois ce qu'il me plaît de voir, non pas avec l'esprit seulement, mais avec les yeux. J'ai cette faculté quand il me plaît. Les images que je vois sont toujours en mouvement. » La magie explique le phénomène : Cardan projetait dans sa lumière astrale des analogues qui immédiatement affectaient sa rétine. 11 est à re-
m. COMMENT ON DEVIENT ARISTE 10 T
marquer que Marie d'Agreda s'écriant, sans rien motiver, « vous avez cache ces profonds mystères aux savants et aux sages pour les révéler a la dernière et à la plus indigne de vos servantes dans votre Eglise, afin que plus l'instrument dont vous vous servez est faible, plus il soit connu que vous êtes l'unique auteur de l'ouvrage », croit apprendre des choses qui surpassent de beaucoup les forces d'une créature terrestre. Que la vénérable religieuse ait eu ces impressions, on n'en saurait douter, mais cela resta pour elle informulable, elle eut une impression musicale du niystère, non pas une notion. Même au sens du directoire mystique, la vision intellectuelle dépasse toutes les autres. Voici comme sainte Thérèse en parle elle-même, avec une grande lucidité : (( Dieu, après avoir attiré à soi l'âme avec toutes ses puissances et ses facultés, laisse aller la mémoire et l'entendement et ne tient avec lui que la volonté : il n'y a alors dans l'àme aucun mouvement , et le démon ne trouve pas l'occasion de s'y mêler. »
On peut rapporter à l'Aristie les cinq degrés de la vision mystique.
Per(ectionnement de la sensibilité par Tascèse, c'est-à-dire l'application.
Transposition imaginative des sentiments.
Abstraction du sentiment éprouvé.
Adhésion passionnée au plan divin.
Illumination ou inspiration, d'où sortent les chefs-d'œuvre et les découvertes.
Tout ce qui affecte les sens est transitoire ; nous ne voyons que la forme en mouvement ; or la vie est la négation de la forme essentielle et de l'évidence.
Le phénomène est à la réalité comme un mirage régulier : il vaut comme moyen impressif seulement. Celui qui obéit à la nature s'avoue un niais, car la nature ne représente que le corps de l'âme cosmique, et l'âme cosmique ne vaut elle-même qu'en sentimentalisation de l'esprit angélique
Nous sommes d'accord, mon lecteur, que celui qui ne voit dans le rapport sexuel qu'une fonction organique n'appartient que d'aspect à la série humaine.
Eh bien ! le phénomène humain collectif est ce mirage correspondant à celui optique ; la société se manifeste physiquement par les gendarmes et ceux qui disposent de la gendarmerie : gare-toi, mais ne prends pas au sérieux les simagrées sociales. En tout temps les intellectuels ont mérité, à défaut de faveurs.
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un prudent oubli ; en voici un exemple que j'intercale ici pour sa beauté. Journal des Débats du jeudi 3o novembre 1898.
(( Kachan compte aujourd'hui environ 70,000 habitants. Il est donc vraisemblable que, si le tremblement de terre a été violent et général, le nombre des victimes sera considérable. La terreur a dû être grande, car, à Korctchoa, Kachan ne passe pas pour être sujette à ces catastrophes, et^ d'autre part, ses habitants ont une réputation universelle de couardise. Ils sont exemptés du service militaire comme incapables d'affronter le feu, et partagent cet honneur peu enviable avec les infidèles, c'està-dire les chrétiens et les Guèbres, adorateurs du feu. En revanche, ils sont réputés les plus intelligents des Perses, et s adonnent avec succès à la littérature, à la poésie, à la philosophie et à la théologie. »
Gloire, louange et respect aux nobles êtres de Kachan : que n'existe-t-il en France une Kachan, une ville d'aristes!
L'honneur de l'Ariste, c'est de faire accepter son incapacité sociale : l'homme de pensée et d'art ne doit être bon à rien qu'à penser et à œuvrer.
Le courage de l'Ariste sera d'opposer sa pensée à l'opinion,
lo/l AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
La probité de l'Arlste sera d'éluder la loi.
L'honneur de l'Ariste sera d'être rejeté par la société. L'Etat n'a d'autres soutiens que ceux qu'il nourrit ou qu'il flatte : ôtez à la patrie les vanités et les intérêts, elle tombe de son poids.
Qu'est-ce donc que ce patriotisme dont on a voulu faire une religion ? l'ensemble des plus matériels intérêts. Qui profite des guerres coloniales ? l'industrie et le commerce. Mais, bonnes gens, nous méprisons, nous, individualistes, les commerçants, et pour une seule raison : la fortune ne les décrasse pas. Dans leraffineur Lebaudy n'apparaît aucun Médicis. En France, le riche est toujours bête, et ailleurs donc ! La duchesse Galliera jette quinze millions dans le port de Gênes pour y faire des ronds, comme Oronte crachait dans un puits ; elle donne un hôtel à l'ambassade d'Autriche, foHe ! démence ! Ces imbéciles, les riches, s'obstinent à croire qu'on les envie. Quel être doué d'intelligence accepterait l'or de. Vanderbilt, s'il en devait user comme lui?
L'intellectuel, au contraire, apparaît de tous les hommes celui qui a moins de besoins. Sans vanité, il déteste la vie mondaine ; que ferait-il de l'or? Les livres et les voyages d'étude ne sont pas les choses les plus ruineuses
du monde. Il ferait donc de l'expansion selon ses idées, il ferait Bajreuth une abbaye de penseurs. Qu'on y prenne garde, l'homme dégagé des comédies sociales n'a plus de besoins personnels, il peut désirer le Glossaire de Du Gange, un bon piano, et des photographies de Braun ; mais celui-lk n'achète ni l'estime, ni l'amour ; il n'entretient ni la canaille, ni la putaille.
11 a suffi d'une pension de vingt mille francs pour sauver Wagner et son œuvre :
Ou bien tous les riches sont des brutes, ou bien il y a une lacune singulière dans l'éducation et les mœurs de notre temps. Si on suppose qu'un riche soit capable d'admirer une œuvre, de la comprendre, comment l'idée ne lui vient-elle pas de manifester cette admiration selon ses moyens, par l'or. Paganini était avare, dit-on, il paya vingt-cinq mille francs Témotion reçue en entendant la Symphonie Fantastique.
Je connais d'agréables riches quijaculent : (( Axell Ah ! Axel ! quel chef-d'œuvre! » et qui ne donneraient pas de quoi le faire représenter.
La sainte esthétique ne doit rien attendre de l'Etat, ni de la société, ni du riche. Dès lors, l'Etat, la société et le riche sont trois phé-
nomènes ofFenslfs qu'il faut tenir en respect avec la seule arme que nous ayons, le Verbe.
Arme terrible, épëe d'Archange, qui seule résout les collisions de ce monde et de l'autre.
Sathan condamné a plongé au cœur du frêne la terrible lame.lépée Détresse; chaque fois qu'un daïmonla brandit, tout se coalise, et le fer se rompt sur la lance du Wotan social : mais les fils de Siegmund,les esthètes, jettent au creuset les débris du glaive sacré, ils forgent, ils martèlent, ils trempent, et la beauté vengeresse reparaît aux choses de la terre et Fafnir est frappé, le monstre qui se désigne ainsi luimême : (( je possède et je dors ».
L'histoire de l'Anneau est celle de tout être ; il faut choisir entre la divine Freira, les rêves sublimes et la réalité du pouvoir brutal. Il faut choisir entre le Valhal de marbre et de métal qu'on paye de sa dignité et de sa liberté, ou de la simple vision de l'au-delà.
XLI. — Voir l'au-delà dans les œuvres du génie, se suhsianter de cette vue intérieure, préférer V Abstrait à toute contingence : telle est rAristie, et la vie Juture ne changera rien à un tel état d'âme, puisque cette existence aura été conçue dans l' Orientation du divin, départ etahoutissement de l'homme surélevé.
CONCORDANCE CATHOLIQUE