ARMAND HAYEM
Voici déjà longtemps que vous êtes parti : et malgré les belles amitiés qui ornent ma vie, mon regret ne cesse pas et Votre place reste vide.
Souvent, avec mélancolie, je pense à toutes les nobles choses qui sont mortes avec Vous, inexprimées.
Votre âme enfantait les grands desseins d'une sorte naturelle. Vous parliez de restaurer lerouchalaïm, de rebâtir le Temple. A l étroit dans la vie mesquine d'Occident, vous rêviez une immense aventure orientale.
' Armand Hayem a publié : Le Don Juanisme (Lemerre), monographie à rapprocher du Dandysme de d'Aurevilly ; Don Juan d'Armana (drame, Lemerre), et en sociologie : VEtre social, Du principe des nationalités. — Fédéralisme ou Césarisme.
Un seul volume a paru de ses œuvres posthumes qui doivent en comprendre une dizaine : Vérités et Apparences (Lemerre).
' . . . Un frère d'Armand Hayem, Charles, le collectionneur, homme riche mais illettré, amateur mais igno-
Au lieu de cela, pour complaire à Votre Jamille qui ne comprenait pas Votre éclatante supériorité. Vous consentiez à F encanaillement , Vous étiez conseiller général de je ne sais quoi, Vous, âme de héros, esprit de métaphysique.
D' Aurevilly me dit un jour de 188i : (( Je veux partager avec vous ce que j'ai de meilleur : l'amitié d'Armand Hayem! » et le Connétable se connaissait en amitié : il ne sut pas cependant toujours reconnaître ce qu'il avait de meilleur : ce grand homme avait une telle pudeur de vieillir qu'il ne voulut à sa fin nul de ceux qu'il avait
rant, se fit donner ou paya à vil prix le portrait que Emile Lévy avait fait de d'Aurevilly et que le Connétable refusa parce qu'il le jugeait d'aspect fantomatique.
La Rose f Croix, en 1898, ayant décidé de rendre des honneurs extraordinaires à d'Aurevilly, je demandai au sieur Charles de bien vouloir exposer ce portrait. Il me répondit « que cette toile était trop sortie et ne sortirait plus de chez lui ». Notez qu'il s'agissait de transporter le tableau du 78 du boulevard Malesherbes au Dôme Central, pour honorer I. B. d'A. en le mettant en chapelle, entre Dante et Wagner, et que de son vivant le grand écrivain daignait fréquenter chez le sieur Charles. J'ai promis de révéler cette conduite, je tiens parole.
On m'a souvent reproché de défendre les juifs ; à la véritéj'ai surtout été fidèle à mon amitié pour Armand Hayem, l'être le plus exquis que j'ai connu. Quant au collectionneur Charles, j'achèverai de lui payer ma dette, en conservant à la ville et au monde sa façon de dire son admiration pour Gustave Moreau : « J'AI PLACÉ cent mille livres sur la tête de Gustave Moreau. »