DE L'AMOUR
Sacrement : l'Ordre.
Vertu : Force.
Don : Intelligence.
Béatitude : Cœur par.
Œuvre : Supporter.
Ange : Zachariel.
Arcane : Le Sénaire.
Planète : Mérodach-Zœrpanit
Œuvre aristique : Pacification de t amour.
Génie d'Orient : Kong Fou-Tseu.
Génie d'Occident : Orphée.
a Otez l'amour^ dit Bossuet, il n'y a plus de passions, et posez l'amour, vous les faites renaître toutes. » Cette formule serait vraie si on pouvait ôter Tamour ; mais on ne lui ôte que sa réalisation, on le contrarie seulement Alors se produit le phénomène de contrepassion, le plus néfaste de l'âme.
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A. XLVI. — Le mal c'est l'imperfection du bien; l'ombre, t insuffisance de la lumière ; le nonamour ou manque d'amour, c'est le refroidissement de rame même. Or le Jroid de l'âme, c'est le mal.
Les directeurs de conscience proscrivent la passion humaine et vantent -Faniour divin; ils ont raison, mais de la même manière qu'en montrant à un ignorant le texte du Béreschit pour résoudre ses questions.
Pour aimer, il faut sentir, et je n'écris pas ce mot au hasard. C'est le droit de l'être humain auquel on propose d'aimer, d'exiger la perception de l'objet.
Or la religion, telle qu'elle est pratiquée en France, possède-t-elle des moyens émotionnels suffisants ?
Le théâtre est basé sur une division d'efforts, Tauteur n'est pas l'acteur; dans l'église on laisse le prêtre bafouiller ses propres improvisations.
Voilà donc un homme médiocre qui ignore également et l'art de penser et l'art de 'dire, et qui apporte la parole de Dieu.
Vraiment doit-on rire ou pleurer devant cette inconscience : au théâtre, le plus petit bout de rôle est répété longuement ; à l'église.
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le discours, tout le drame, se dégoise d'abondance, avec des accents de terroir et des gestes de Pulcinello.
Quelle foi ! mes Révérends, et quelle liumllité ! Vous avez peur que l'on attribue à votre art les effets de la grâce, et pour laisser toute la gloire à l'Esprit-Saint vous combinez la paresse, l'ignorance et la laideur. Vous êtes les oies du Seigneur et vos cris doivent sauver. Il est possible que vous suffisiez à une certaine catégorie ; toutefois, moi, j*estime qu'un homme cultivé ne doit pas subir vos sermons : il n'y a aucune raison pour s'abreuver de médiocre.
Le jour où des Hattier tonsurés\ après des mois d'étude, joueront — car vous saA^ez que l'action est tout l'art oratoire, au dire de Démosthène — le grand Carême de Massillon, tel sermon de Bossuet, ce jour-là nous irons entendre la parole de Dieu comme nous allons entendre la parole du génie, avec respect, avec enthousiasme, surtout avec profit moral.
Je parais surtout développer en ce livre un réquisitoire contre la routine inesthétique de
* Celui qui a créé le rôle du Sar Mérodack au théâtre de la Rose-Croix, dans la tryèdre de Babylone.
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l'Eglise. Sans doute je suis forcé de montrer les lacunes de la religion pour légitimer la religion de Tart, complémentaire de l'autre.
Peu d'écrivains ont écrit sur 1 amour avec autant de lucidité que moi ; aucun n'a été aussi peu compris.
Sans ressasser les définitions déjà données, ma thèse se résume en cet arcane.
A. XLVll. — : Lart et V amour ne sont pas des buts, mais des moyens, non des objets, mais des voies vers l'objet unique.
L'erreur générale nest pas de s'enivrer d'une œuvre ou d'un être, mais de chercher dans cette œuvre et cet être leur au-delà.
La pusillanimité n'est pas un reproche applicable à V Amphithéâtre des sciences, mortes : on y affronte les plus redoutables conjonctures; mais, comme le point visé s'appelle un point de raison, il emprunte de la vérité à des considérations entre elles différentes.
Des lecteurs inattentifs, surtout des lectrices passionnées, n'ont rien vu qu'un réquisitoire contre l'amour en des formules plutôt favorables à cette unique vocation de la femme. J'ai dit que Tamour était le mode tangible et
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partant inférieur de l'idéal. Est-ce à-dire que j'en suis l'adversaire ?
Dans la hiérarchie des arts, je les mets tous au dessous des lettres, et cependant j'ai prouvé à quel point je les aime. Wagner n'a pas de plus agenouillé admirateur que Técrivain de Bahylone ; cependant je considère la musique comme le dernier des arts en hiérarchie, parce que son mode d'action est tout à fait matériel et nerveux, et qu'il intéresse nos sens avant de parvenir à l'esprit
Le Comment on devient fée aborde et résout la question passionnelle, non pas, comme beaucoup s'obstinent à l'entendre, en ravalant la femme, mais la replaçant en son lieu.
Ce qui a fait crier, et je le conçois, c'est la destruction de l'idée de galanterie et le vieux thème de sa faiblesse.
On ne doit rien au sexe en lui-même, on doit à chacune ce qu'elle vous inspire ; leur force est différente de la nôtre, elle existe très puissante.
J'ai attaqué la notion française plus encore que la notion poétique : faire sa cour, mendier de l'espoir, implorer des faveurs , supplier, pleurnicher , pour obtenir un abandon physique dont on se vantera parmi les goujats ca-
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marades : voilà ce que conçoit le Parisien, et là éclate à la fois l'absence de dignité et d'émotion vraie. Le dix-huitième siècle avait des mots colorés pour ces ouvrages de galanterie, des mots de militaire et de soldat du génie, Vauban était invoqué. Faire le siège d'une belle, décrire des circonvallations : misère que tout cela, et bonne pour des officiers.
Un être sent un désir de cœur ou de chair et l'exprime à celle qui l'a lait naître : elle le repousse ou Tagrée, le reste ne signifie rien.
Tristes myrtes que ceux arrachés par la persévérance de l'un à la lassitude de l'autre !
L'idée d'attaque et de défense me semble insupportable en ces matières. Quel soudard s'avance et s'exprime devant qu'il soit prié des yeux et de la contenance?
A. XL VIII. — L amour est la simultanéité d'attraction entre deux êtres.
En deçà, il y a des désirs, de l'imagination, une passion possiblement vive, il n'y, a pas d'amour.
A. XLIX. — L'amour n existe que par attraction nerveuse.
Je n'entends pas que l'on doive pousser
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jusqu'à la possession cette attraction ; mais il faut qu'elle soit latente, potentielle, sinon il y a amitié , tendresse , estime, tout, excepte amour.
A. L. — Deux êtres sonf-ils très matériels, rattraction entre eux sera animale ; si leur sensibilité est exquise . F attraction sera animique : si leur imagination est cultivée, l'attraction sera idéale; mais toujours les nerfs seront le moyen du phénomène.
Ce que les débauches appellent la question de peau a une formule beaucoup plus profonde.
A. Ll. — Toute la dignité de l'amour est dans la simultanéité des impressions du couple.
L'homme qui manifeste plus qu'on ne souhaite est un rustique ; la femme qui subit plus qu'elle ne sent manque de race nerveuse.
A. LII. — On pourrait appeler vertu des nerfs l'impossibilité d'agir l'amour sans l'éprouver.
Ici les sexes s'égalent en bassesse : le désir de l'homme banal et grossier s'émeut aisément; mais en revanche, sans désir, le fait lui
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sera insupportable. La femme désire moins aisément, mais combien plus elle subit le fait, sans le souhaiter.
A. LUI. — Sentimentalement, l amour doit être la plus grande bonne volonté d'un être pour un autre.
La définition paraît un peu calme : on a écrit sur la matière des choses désordonnées et lurieuses : comme le livre influe sur la vie beaucoup plus qu'on ne croit, le penseur doit prendre garde de ne pas sacrifier la vérité de la notion à son éclat, et s'inquiéter bien moins de plaire que d'éclairer.
A. LIV. — Le plus haut phénomène de l\tmour, cest r intronisation de la paix dans deux âmes.
Les passions, le plus souvent, se trouvent contrariées et les amants entravés ; je ne vise ici que ce qui dépend d'eux-mêmes.
A. LV. — Aimer c est s épanouir en autrui, qui s* épanouit en vous ; cest un mouvement harmonieux et vif de pénétration vitale qui s ex-
prime bien par un terme héraldique, la vraie devise des passionnés : de tan en l'autre. \
Les quatorze volumes de VEthopée montrent suffisamment Tamour tel qu'il est, je le formule tel qu'il doit être.
Or, si on groupe les caractères que j'ai donnés : la simultanéité d'attraction, la simultanéité d'impression, la pacification de l'âme, la plus grande bonne volonté et Tépanouissement réciproque, on trouvera avec étonnement une notion viable, une notion saine, exempte de grossièreté et garantie contre les désastres, très fréquents en la matière.
Chacun a pu Tobserver, la passion commence par le désir de l'homme et l'ennui de la femme, soit deux éléments mal faits pour une combinaison heureuse. La tragi-comédie se joue grotesquement autour d'un point animal : l'honneur de l'homme, c'est-à-dire celui qu'il conçoit, est de posséder. Pour cela tout lui semble bon: ruse, brutalité, meubles à ressort ; la femme, d'ordinaire, défend ce pointlà avec toute la vertu qu'elle se croit. Que peut-il sortir de cet amas de turpitudes?
Certes la femme fait un jeu de cape sexuelle pour que sorte de l'homme le taureau gro
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tesque qui constitue les trois quarts de sa personnalité ; mais l'homme, le plus souvent, n'a pas besoin d'être si fort provoqué. Il faut avoir recueilli beaucoup de confessions féminines pour savoir à quel point Thonnête homme, magistrat, marguillier ou sénateur, se transforme aisément en cosaque, dès qu'il ose pousser un verrou et acculer une femme contre un sofa.
Ces sortes de viol forment les deux tiers de Tadultère, et vraiment la femme est a plaindre de cette violence et de cette souillure. En aucun cas semblable, elle ne peut ressentir de plaisir : l'onde volupteuse, chez elle^ obéit a des lois contraires que je ne puis exposer ici. Mais devant la fréquence de ces événements dérisoires, je suis bien étonné que le couteau de lecture ne soit pas une excellente petite lame tolédanne bien appointée et qui parerait le mieux du monde le garot des étalons de boudoir , enfoncée jusqu'àla garde très ouvragée .
Autant le respect idéologique de la femme ressort de la niaiserie, autant le respect physique lui est dû. Cet être n'a qu'une chose à donner en ce monde, elle ne possède ni pensée, ni science, ni constance par elle-même ; elle n'a que sa chair ; la lui voler, la lui souiller, cela est intâme et monstrueux.
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Respecte, mon disciple, la chair de la femme , ne dérobe jamais un baiser, n'ose pas une caresse : lu serais un pandour.
A. LVI. — En amour, tout ce qui nest pas le fait d'un double d'enthousiasme est immonde.
Et maintenant j'aborderai Tessence môme de l'amour, son abstraction providentielle.
A. LVII. — L'amour correspond à la fomentation sentimentale comme accélérateur de la vie et générateur d'émotion, et aussi à la résolution des accords imcomplets, imparfaits et douloureux de l'imagination.
D'ordinaire les deux phases se suivent ; le mieux est qu'elles se parallélisent.
Quand j'aurai le temps d'écrire la science d'aimer, j'espère enseigner quelle alchimie permet de ne rejeter aucune passion et combien il entre de charité dans la volupté même.
(( Lorsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur com-
^ Comment on devient fée, tome ii de V Amphithéâtre des sciences mortes.
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mune qui fixe l'esprit des hommes. » On pourrait mettre cette réflexion de Pascal en épigraphe de tous les livres qui dissertent de l'amour, étrange matière qui n'a été traitée que par des artistes encore troublés de leur vibration, ou par des prêtres que leur continence aveuglait, en autre sens. Aussi arrivet-il que la vérité paraîtra une erreur à tout le monde parce que, selon son essence de vérité, elle ne flatte ni le goût de l'un, ni le dégoût de l'autre.
L'amour, forme attrayante de la douleur, dépayse le poète. (( L'amour , forme de la charité, » stupéfie le théologien. ^
Cependant les deux propositions se complètent. 11 faut que l'homme souffre, mais il est invincible chez l'homme de lutter contre la souffrance. Si on ôte la fougue, le drame, le danger et les convulsions, les étourdis ne savent plus de quoi on leur parle ; et si on pense à l'amour qui ne serait qu'un péché raisonnable, on scandalise tout le clergé. Cependant on possède la vérité sur cette chose ; mais la vérité n'agit point sur le commun des êtres.
Le noble amour n'existequechez les natures d'une exquise sensibilité ; et aux qualités qu'il y faut, peu de gens se prétendraient capables
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d'aimer. Voici les règles pratiques que je puis énoncer ici.
Le signe d'un noble amour se montre dans le regret et la dëtestation des banales amours qu'on a eues, et aussi dans le fait d'une augmentation de personnalité.
Les impressions d'amour doivent se présenter analogues à celles réalisées par le grand art.
Pour la volupté, la seule règle sera de savoir si elle augmente notablement la vibration animique, si vraiment elle engendre des états d'àme impossibles autrement.
Au cas le plus fréquent, la chair enlize le sentiment, au lieu de l'exalter.
A cette marque, on doit s'arrêter. Dès que ce qu'on appelle plaisir n'est plus l'orchestration d'une mélodie de l'àme, c'est-à-dire sa polyphonie, cela devient de la débauche et qui nous diminue.
CONCORDANCE CATIIOLIOUE
ARC4NE DE MÉRODACK OU DU COMMAr<DEMEl\T
L'Eglise a raison de commander le mariage comme forme de l'attraclion sexuelle, puisque les amants, s'ils étaient libres de le faire, se marieraient.
L'Eglise a raison de défendre le divorce, car elle représente la vérité abstraite de toute contingence^ et l'intémérabilité de la famille et de son principe l'emporte abstraitement sur le malheur de milliers d'êtres.
L'Eglise a raison de taxer de péché mortel la fornication : car dans toute œuvre de chair l'être humain se risque tout entier, âme et avenir.
Mais il y a des castes devant la morale, et des circonstances très atténuantes à certains délits. La psychologie^ comme la casuistique, connaît de certains cas réservés que je puis exotériser par cet arcane.
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A. LVII. — Le commandement catholique régit indistinctement tous les fidèles semblables entre eux. Mais le commandement dis lingue les cas, suivant que les fidèles s'élèvent au dessus de la moyenne.
Donc le génie on l'exception sont régis par un commandement plus large ou plus étroit, suivant la nature de leur responsabilité, calculée sous le triple rapport du tempérament, de la sensibilité et des circonstances.
DE LAIJTODIDACTIE
Vouloir élever l'esprit sans former l'àme, et s'adresser à rentenclement dans l'oubli de la sensibilité, quelle misère !
TYP1I0NI\, XP de VÉthopêe.
Saint, génie ou brigand, promis aux autels, au Capitule ou à la potence, un homme n'est jamais quo le total de ses propres pensées. UiN CŒUR EN PEINE, VII« de VÉthopêe,
Cette grandeur éparse aux vies illustres de Plutarque s'obtient par la combinaison de l'orgueil avec l'agenouillement devant l'idéaL
L'ANDROGYNE, VIII' de VÉthopêe,
Il faut professer, sur son temps, ses hommes et ses œuvres, le sentiment même que professerait le Dante.
LE PANTHÉE, X« de VÉthopêe.