‹ Comment on devient artisteChapitre 46 sur 70 · L'ARISTIE · texte numérisé non relu

L'ARISTIE

Sacrement : Mariage.

Vertu : Tempérance.

Don : Sagesse.

Béatitude : Pacificité.

Cause : Nécrolâtrie.

Ange : Orifiel.

Arcane : Le Septénaire.

Planète : Adar-Bélii.

Œuvre aristique : Se réaliser.

Génie d'Orient : Manou-Ménès.

Génie d'Occident : S. Bonaveniure.

Sage : Thaïes.

A côté du culte de latrie dédié à Dieu même, ne peut-on concevoir une dulie dédiée aux miroirs réflecteurs du divin^ et Tart n'at-il pas ses mystères, et l'effort de les pénétrer ne rentre-t-il pas dans la mystique ?

Placé entre deux aimants, la nature qui agit

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sur son organisme et l'au-delk qui actionne sa sensibilité, l'homme doit choisir ou plutôt céder à Tune ou à l'autre des attractions,

Mais qui voudrait délibérément augmenter ses rapports avec la nature organique et inférieure? En revanche le monde invisible, dé-fendu par le vertige, la démence et autres euménides, nous menace beaucoup plus qu'il n'invite. Gomme nous ignorons la norme de rinvisible, notre raison ne saurait y entrer, seul notre inconscient s'y affronte, se vouant à l'inconnu.

L'homme, de tout temps, a cru sentir un double mouvement de lumière et d'ombre, et avec la naïveté de son imperfection il a fait sa prière à l'ombre ou à la lumière, suivant que son désir correspondait au mal ou au bien.

Le méchant est devenu sorcier, le bon est devenu mystique, il y a eu magie noire et magie blanche, goëtie et théurgie.

L'aréopagite a déposé, au début de ce traité, que les mauvais esprits n'existaient pas, que ceux ainsi appelés étaient seulement obscures et affaiblis dans leur puissance.

Affirmation qui nous dissuade à la fois de les craindre et de les invoquer.

Quant aux esprits de lumière, s'il est donné

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à riiommc de les attirer, ce ne peut être qu'en devenant lumineux et comme similaire à euxmêmes ; et comme ils se montrent aux âmes pures plutôt qu'aux esprits très Cultivés, c'est l'ascèse catholique qui guide en cette voie.

Toutefois, commeillaut prendre parti entre la nature et l'idéal, que nul homme n'échappe à celte option, et que l'hésitation même n'est pas possible, recherchons quelle de nos facultés se présente douée d'une perfectionnalité indéfinie : l'entendement ou esprit.

Mais l'esprit en lui-même se limite par l'âme: on peut se figurer l'être humain comme un double cofiVet enfermant un diamant. La première enveloppe est opaque : c'est le corps ; elle transmet à la seconde les heurts seulement, les secousses, non pas la lumière; la seconde, l'àme, est translucide, si la buée organique ne l'obscurcit pas.

Le problème de la perfection de l'homme consiste à ce que la lumière de la vie frappe le diamant à travers ces deux enveloppes.

Or, plus la chair ou premier voile se tait et s'apaise, plus la lumière de vie la pénètre et va frapper l'âme. Celle-ci, encore plus susceptible de se clarifier, arrive à laisser pénétrer la vie jusqu'au diamant, et lors l'esprit étincelle

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et rayonne, et rayonnant, pour ainsi dire allume, il amincit la cloison animique et augmente la vibra tilité de l'enveloppe charnelle.

A. LIX. — Chez la plupart des êtres, la vie n actionne que F organisme et à peine se répercute sur rame.

Chez r homme d' exception , la vie ne peut actionner F organisme sans émouvoir l'âme ; F âme émue devient réceptive, c est-à-dire diaphane, et laisse la vie pénétrer jusqu'au diamant-esprit, qui opère alors selon ses vertus propres.

Maintenant la hiérarchie des êtres se découvrira d'elle-même.

A. LX. — L'homme commence à la réceptivité animique.

L'homme s'accomplit dans la transmission du sensible àFintellectiJ : c'est une échelle ascendante, partant du sentiment, contingence individualisée, pour monter à F idée, abstraction pure.

Placez un homme de Médan devant la Joconde, il verra une femme bien en chair, qui décèle de bonnes digestions. Devant le Saint Jean, il jugera que c'est un garçon au bras

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grassouillet qui s'est déguisé en petit saint et qui grimace. \u contraire menez-le devant Vfjldl de Rembrandt ou la Kermesse de Rubens. la nolion de boucherie, la notion de saoùlerie l'enivreront de leur réalité. C'est à son niveau, et il se retrouve.

Affrontez un poète aux mêmes tableaux, il ne verra plus organiquement, la forme n'agit pas animalement sur lui : il sentira une attraction curieuse et un peu angoissée devant ce sourire de Monna Lisa, et il rêvera, cherchant à restituer de quelle vie, de quelles amours ce sourire est le total mystérieux. Devant le Saint Jean il éprouvera une inquiétude presque douloureuse, la triple hésitation du sexe, de la couleur et de l'expression ; la triple pénombre plastique, picturale et animique le plongera dans une série d'émois confus, mais tous de sentiment.

Enfin, présentez aux mêmes œuvres un métaphysicien, il sentira l'esprit de Léonard: dans l'œil et la bouche de cette femme, il retrouvera la pensée du maître incomparable: (( Je sais tout : je suis sereine et sans désir ; cependant ma mission est de distribuer du désir, car mon énigme fomente et développe tous ceux qui me regardent : je suis le gra-

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cicux pentacle du Vinci, je manifeste son âme, qui ne se fixa jamais parce qu'elle voyait trop haut et trop profond. Je suis celle qui n'aime pas, parce que je suis celle qui pense ; seule femme de lart qui, quoique belle, n'attire pas le baiser : je n'ai rien à donner a la passion ; mais si l'intelligence m^approche, elle se mirera dans le prisme de mon expression comme dans un miroir multicore^ et j'aiderai quelques-uns à prendre conscience d'eux-mêmes : et ceux-là qui recevront de moi le baiser de l'esprit pourront dire que je les aime selon la volonté du Vinci, qui me crca pour montrer qu'il y a une concupiscence de l'esprit, car c'est mon expression qui me fait aimer, elle qui nie aimer, sinon de la pensée. »

Le verbe du Précurseur, plus mystérieux encore, s'exprimerait ainsi partiellement : (( Mon geste incite et mon sourire défie, et je suis Jean I Pnc t'étonne pas : mon geste dit la vérité à tous, et mon sourire la dit à qyelquesuns ; j agis pour la masse, je souris pour le petit nombre ; comme je suis androgyne de formes, je suis double de pensée, positif et impérieux, exotériquement ; passif, et doux pour les élus.

(( Mon doigt élevé montre le ciel ; j'annonce la nécessité du salut ; le plissement de ma bouclie révèle que le salut n'est pas toujours la douleur. Ce que tu vois dans mes yeux, c'est la volupté des esprits, je sais que le mal est transitoire comme la douleur, et que le bien, comme la joie, seuls sont éternels. Les imbéciles traduiront ma moue singulière par le scepticisme, cette ignorance, et je sais : je suis le plus savant des anges ; ma main ordonne de croire et mes lèvres incitent à comprendre. Celui qui se laissera séduire par ma grâce possédera un jour ce sourire des Khérubs éternellement ravis de la connaissance divine. Les hommes ont besoin de craindre ; mais moi, plus près de Dieu, je souris de celte crainte, parce que j'aime, que j'aime indéfecliblement, et que cet amour m'unit à lui ; le ciel sourit, le ciel est gai, le ciel est la volupté sainte, je révèle le salut par la beauté, telque le conçut Léonard de Vinci, archange, maître des formes, au séjour éternel. Je suis l'Annonciateur de la Mystique de beauté, de la Mystique d'art. »

Entre Dieu et l'esprit de 1 homme il y a une question d âme : il le faut sentir avant que le comprendre ; et devant l'insuffisance

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croissante du clergé et son inesthétisme j instaure l'aristie ; c'est-à-dire la recherche du divin dans les œuvres du génie.

Cette recherche n'est virtuelle que si elle comprend toutes les séries de l'œuvre humaine.

Un amateur de tableaux n'est pas un aristo, un bibliophile non plus, un épigraphiste pas davantage : et ne croyez pas que ce soit matière aisée de sentir la beauté sous toutes ses formes.

Cet esprit si pénétré du génie grec et du génie chrétien, Fénelon, jugeait l'ogival une barbarie.

Le beau poète et grand styliste Théophile Gautier n'écrivait-il pas. en sortant de Tannhauser, que Wagner devait beaucoup à Rossini? Barbey d'Aurevilly n'a-t-il pas méconnu Gœthe, Lamartine vitupéré le Dante ? Leconte de Lisle n'a pas encore compris ce qu'était le christianisme et Fa éreinté comme un simple confrère.

La difficulté d'une compréhension générale se hérisse d'un écueil fatal, l'éclectisme. Alors le faux esthète voit du beau partout ; il admire les tapis hurleurs, les kakémonos grotesques, et assimile les choses Kmer aux métopes du Parthénon : il n'a pas de préjugé^ dit-il. En

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cU'et, il reprcsento la prostituée en esthétique, le bibelot l'arrête autant et mieux que l'œuvre d'art, et sa curiosité d'ignorant lui tient lieu de doctrine.

A. LXI. — Physiquement, une loi résulte du total des expériences qui la produisent. Esthétiquement, la vérité d'art résulte du total des œuvres qui la contiennent.

Or il y a en toute matière des chefsd'œuvre qui valent comme étalons de mérite, comme critères infaillibles.

On m'objectera que la plupart des traditionnalistes sont fermés à toute nouveauté et qu'on a opposé les classiques à Wagner comme à Delacroix.

Connaissaient-ils vraiment en quoi consiste la beauté d'art, ces traditionnalistes qui ne l'ont plus connue dès qu'elle s'est montrée sous une forme renouvelée.

Tannhauser servira d'exemple : cette œuvre possède la première condition de toute œuvre, elle est religieuse et d'une fabulation ancienne et légendaire.

En outre elle se passe, au point de vue pathétique, dans l'àme d'un héros au tem-

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pérameut fougueux; enfin, elle enseigne que l'expiation et surtout la prière du juste sauvent le pécheur.

Il suffisait de se souvenir de VOrestie pour applaudir à cette remise en œuvre de la purification religieuse.

Quant a la musique, la parfaite convenance de ses accents aux paroles du poème en démontre l'excellence.

Ceux qui ont ri au chœur des pèlerins n'écoutaient pas, et, pour les nouveautés techniques, qui avait entendu du Weber se trou- A^ait préparé et averti.

La Bibliothèque des Députés , ce grand œuvre de Delacroix, est conçue dans les formules italiennes les plus pures. L'Orphée et V Attila s'expliquent par Poussin et Jules Romain.

11 n'y a rien d'ignorant comme le pédantisme, et je connais, par le monde, d'excellents érudits qui n'ont pas d'autres perceptions d'art que les dates et les archives, historiens d'art excellents, dénués de toute esthétique.

A . LXII. — Les chefs-d'œuvre les plus hardis ont toujours un air de famille avec les anciens chefsd'œuvre.

Au contraire, Gerniinie Lacerteux, ce .pre-

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mier pas du réalisme et le seul vraiment littéraire, de quoi se peut-il réclamer? Et lesiMonet, par exemple, de qui procèdent-ils, sinon du papier peint, de rallichage et du crépon.

On m'objectera le drame satirique des anciens, ou les Idiots de Velasquez, mais les anciens ont eu cette tare, voilà tout, et Velasquez, ce premier des peintres, est un des derniers artistes.

A. LXIII. — Vne œuvre est égale au volume d'idéal quelle déplace dans ïâme cultivée.

11 est bien évident qu il n'existe pas de beaux tableaux hors de la plastique héroïque, et que la vulgarité ne se rachète par rien. Le monstre Fafnir, la gargouille de cathédrale tiennent bonne place dans l'art, mais un bœuf de labour y sera toujours dérisoire. Wagner l'a dit prodigieusement net : « L'art commence où linit la vie. )) Mais j'empiéterais sur un autre ouvrage oi^i les plus exacts commandements seront élucidés pour des lecteurs soigneusement cultivés. Maintenant, si quelque barbare ou bourgeois s'étonne que je prenne un ton si haut et tout de méthode pour convier les gens à lire et à regarder les belles choses.

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je lui dirai que regarder n'est pas voir, voir pas encore sentir^ sentir pas encore comprendre, et qu'il y a la même distance entre la compréhension d'un ariste et la perception d'un quelconque, entre l'état d'âme de l'artiste créateur et celui du voyageur qui traverse un musée*.

La matière de mon discours échappe a l'expression et surtout à la division systématique de l'énoncé : il reste toujours un point obscur aux propositions les plus claires, parce que ce domaine a un caractère musical d'indéfinité.

Mais je promets à celui qui admettra ma parole des joies sans nombre et sans nom ; je promets non pas l'extase surnaturelle, maisl'illumination sereine : je promets l'entrée au monde des archétypes, dont les chefs-d'œuvre sont le reflet.

, Cherche Dieu, mon disciple, lui seul est réel et vivant ; mais pour le trouver perceptible à ta faiblesse, cherche-le là où les plus grands l'ont trouvé, dans l'art.

Lis Moïse, Phythagore, Platon, saint Thomas, saint Denys ; lis Eschyle, Sophocle,

* L'Art idéaliste et mystique.

Shakespeare, et Racine, el Wagner; écoule Paleslrina, Gluck, l^eetlioven ; regarde Léonard, Raphaël, Michel- Ange, regarde Phidias, el cpielque jour, comme Siegfried comprit la lingue des oiseaux après avoir tué Fafner, tu comprendras la langue des chefs-d'œuvre ; ils te diront où dort le divin idéal, et tu iras 1 éveiller : alors souviens-toi de celui qui fut, a ton profit, le plus noble des entremclleurs ; et pardonne-moi, esthète devenu implacable en ton jugement, ariste dogmatique en tes idées, pardonne-moi les fciutes de mon œuvre, qui se résument en une seule : la hâte, et, qu3 tu m'admires ou non. souviens-toi devant les Dieux que je t'appris k les connaître.

CONCORDANCE CATHOLIOUE

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