LES SOUI
qui ont peu ou prou joui de l’audition ou chez lesquels cette faculté persiste encore à un degré plus ou moins considérable. Généralement ces enfants-là ont une voix d’une tonalité, d’une pureté et d’une force suffisantes, convenant bien à leur âge et à leur développement physique, une voix normale en un mot, qui n’aura pas besoin d’une culture spéciale (1).
Mais, si Fenfant n’a pas gardé le plus faible vestige d’audition et, surtout, s’il est bien né sourd ou devenu tel peu de temps après sa naissance, alors qu’il n’avait pu encore s’exercer seulement à balbutier, il est bien rare qu’il émette une voix normale.
La plupart des sourds, même des sourds de naissance, ont pris l’habitude d’accompagner la manifestation de leur joie, de leur douleur, ou simplement leurs gestes, de cris qui s’éloignent plus ou moins de ce que devrait être leur ton de voix propre. Ces cris sont ou trop forts ou trop faibles, en voix de tête ou en voix trop basse, et affectent une résonnance nasillarde ou gutturale. Nous dirons plus loin comment il convient de procéder dans ces divers cas. Occupons-nous d’abord des sujets, assez rares il est vrai, quj se présentent complètement aphones ou paraissant tels.
Parlant de ceux-ci,Hillprescritd’appelerleurattentionsur
la vibration de la gorge (fig. 17), de la poitrine (fig. 14),etc., vibration qui accompagne toujours l’émission d’un son. «A cet effet on leur fera appliquer une main, ne fût-ce même
^ rare de reconnaître, dans certains cas de surdité prétendue surl’t ' ™ terroir qui indique clairement qu’il s’agit d’une
surdité acquise et que l’enfant a plus ou moins entendu, contrairement à renseignements fournis par la famille.
PROVOCATION DE LA VOIX
qu’un doigt, sur la gorge, la poitrine ou toute autre partie vibrante en émettant un son. Quand l’élève a saisi ce mouvement, on lui fera observer que ces vibrations font complètement défaut dans la simple respiration. Il ne s’agit plus alors que de lui apprendre à distinguer au moyen du
Fig. 17.
toucher la différence entre la production de la voix et l’écoulement de l’air. Dès que l’élève a la conscience de ce que nous venons de dire, la sensation intérieure de ses organes vocaux lui prouvera mieux que toutes les démonstrations et toutes les expériences extérieures s’il a produit un son ou si la respiration seule a fonctionné. » Un auteur italien que nous avons déjà cité, M. L. Cap-
pelli, indique un procédé dont nous avons pu contrôler l’efficacité et que nous recommandons à nos confrères :
« Faisant tenir à l’enfant les doigts d’une main sur notre bouche et ceux de l’autre sur sa propre bouche, nous murmurerons entre les lèvres un h prolongé, l’invitant à faire de même; ensuite nous commencerons à dire à demilèvres ha ha ha.., en nous assurant qu’il nous imite et en lui faisant observer, toujours au moyen du toucher, que les vibrations de la voix se propagent à la gorge et à l’étendue de la poitrine (v. fig. 14 et 17). Cette épreuve menée à bien, pendant que l’enfant marmotte comme nous l’avons dit, on lui fait ouvrir la bouche, en l’aidant adroitement nous-même avec la main, on cherche à obtenir et on obtiendra, par des essais répétés, un ha, un ho, ou une autre syllabe. Il peut arriver que notre élève réussisse plus facilement à murmurer d’abord entre ses dents tatata..., vavava..., etc., pour ensuite prononcer clairement /a, ta, ta, va, va, va, etc. ; mais cela importe peu : il suffit de bien commencer. Nous aurons obtenu ainsi le premier son Voyelle ; le point de départ sera établi, et nous pourrons marcher en avant d’un pas assuré. » ’
Le jeune entendant, dans son apprentissage spontané de la parole, s’exerce d’abord à balbutier, lui aussi. C’est ce qu’a bien remarqué Taine : « Vers trois mois et demi, à la campagne, on la (sa petite fille) mettait au grand air sur un tapis dans le jardin ; là, couchée sur le dos ou sur le ventre, pendant des heures entières, elle s’agitait des quatre membres et poussait une quantité de cris et d’exclamations variés. »
Les moyens indiqués par MM, Hill et Cappelli, excelents sans doute, peuvent ne pas fournir toujours le résultat attendu. Nous savons des maîtres qui commencent par
PROVOCATION DE LA VOIX
provoquer le murmure qui caraclérise la semi-voyelle m, au risque de voir le jeune sourd émettre un son nasillard qu’ils corrigeront après, s’il se produit. Ce murmure obtenu, ils engagent l’élève à ouvrir la bouche et l’élève prononce alors mo ou mé.
D’auires, comme l’abbé Tarra, recommandent de « faire usage de moyens d’excitalion choisis à propos et avec intelligence pour provoquer le rire ou l’exclamation, ou bien il faut saisir l’occasion dans laquelle l’enfant se mettrait spontanément à pleurer w.
Certains maîtres vont jusqu’à proposer des moyens plus originaux qu’utiles, parfois brutaux, dont nous ne nous attarderons pas à faire mention. On ne réussit, par ces moyens, qu’à rendre odieuses à l’élève la méthode qu’on lui fait subir et les personnes qui la lui infligent. Il vaut mieux attendre, sans se décourager et sans décourager l’enfant, qu’une heureuse circonstance fasse enfin éclore spontanément cette voix tant désirée. On aidera seulement cette circonstance à se produire en revenant sans se lasser aux procédés que nous avons indiqués.