PONCTUATION ORALE
Indépendamment des repos à observer en présence des signes de ponctuation, il en est une autre catégorie qu’aucun signe extérieur ne décèle et qu’il faut observer néanmoins. C’est ce que nous appelons \d.'ponctuation orale, en opposition à la ponctuation graphique.
Le sourd-parlant étant plus porté à s’arrêter trop souvent qu’à courir trop rapidement jusqu’au bout de la phrase, il vaut mieux indiquer dans quel cas il ne faut pas de repos que de dire, à l’exemple des traités écrits pour les entendants, où doivent sê faire les repos.
Il ne faudra pas permettre à l’enfant de séparer :
L L article du nom, ni le nom de son complément. Ainsi il devra dire, sans que la voix s’arrête :
Le cahier de Martin, le porte-plume de Michel. •
Et non :
Le I cahier ] de \ Martin,
le i porte- | plume | de | Michel.
2" Le pronom (sujet ou régime) du verbe qu’il accompagne. Ainsi il faut dire :
Je vais, nous allons, donne-moi, apporte-moi, je vous ai donné.
Et non :
Je I vais, nous j allons, donne | -moi, apporte i -moi.
Je 1 vous I ai 1 donné.
3“ Le verbe et son premier complément. Ex. :
Je préfère le bifteck | au macaroni, je coupe mon pain [ avec un couteau.
Et non :
Je préféré | le bifteck au macaroni, je coupe I mon pain avec 1 un couteau.
4° L’adjectif du mot qu’il modifie : Ex. :
La blouse blanche, le béret bleu, un beau pantalon, une tunique neuve.
Et non :
La I blouse 1 blanche, le I béret ] bleu, un I beau | pantalon, une j tunique | neuve.
5° L’adverbe du mot qu’il modifie : Ex. :
Je marche lentement,
je suis bien sage,
mon devoir est bien écrit.
Et non :
Je I marche 1 lentement,
je suis bien 1 sage,
mon ] devoir est bien \ écrit.
6" La préposition et la conjonction des mots qu’elles précèdent. Ex :
Je joue dans la cour, je mange au réfectoire, je couche au dortoir, je suis sage et laborieux, j’aime bien à lire.
, Et non :
Je joue dans 1 la cour, je mange au ] réfectoire, je couche au 1 dortoir, je suis sage et | laborieux, j’aime bien à | lire.
Dans le petit récit que nous allons citer, nous marquerons d’une virgule renversée les endroits où l’élève devra faire une courte pause. Partout où ne se trouvent ni ces signes particuliers, ni signes de ponctuation ordinaire, l’enfant ne devra pas s’arrêter,
lie bon riche (1).
Monsieur Martin' a des châteaux, des terres, des forêts ; il est très riche' et il n’est pas fier.
Monsieur Martin' a hon cœur : il aime et secourt les pauvres ; il fait soigner les malades ; il donne des vêtements aux malheureux.
L’hiver' il donne du bois' aux pauvres qui ont froid; il envoie à l’école, les petits enfants; il fait travailler les ouvriers' et les paie bien; monsieur Martin' est un bon riche.
Les pauses indiquées par les virgules renversées seront plus courtes que celles exigées par les signes de ponctuation graphique.
Pour donner une idée des incohérences que commet le jeune sourd-parlant quand on ne lui a pas appris à ponctuer, nous allons transcrire ici, telles que nous les avons entendues de la bouche d’un élève, quelques lignes du bon riche :
Monsieur j Martin a [ des châteaux | des terres des fo | rêts il est [ très riche et | il n’est | pas | fier monsieur 1 Martin a bon | cœur 1 il aime et 1 secourt les j pauvres | il fait | soigner | les | malades | il donne 1 des 1 vetements aux j malheureux | l’hiver il donne I du bois | aux pauvres qui ont [ froid.
El, cependant, nous avons choisi le sujet qui nous a paru le plus commode à faire lire parmi les récits du petit livre de J.-J. Valade-Gahel et un élève articulant bien tous les sons.
On juge par là de ce que devient un texte quelconque,
(1) Extrait des Paifs à Vidée, de J.-J. Valade-Gabel.
un simple fait divers du Petit Journal par exemple, dans la bouche d’un sourd-parlant qui en est encore àlire aussi mal.
C’est au moyen du toucher qu’on fera comprendre à l’élève qu’il ne doit pas s’arrêter aussi fréquemment ni avec si peu d’à propos. Le maître prononcera chaque phrase en même temps que celui-ci et, tenant les doigts de l’enfant appuyés sur son larynx (fig. 76), il lui fera sentir que la voix ne s’arrête qu’après tel ou tel mot.