Comment on marche
En me chargeant de présenter leur livre au public, MM. Régnault et de Raoul m’ont fait grand honneur et grand plaisir. C’est, en effet, une bonne fortune pour un physiologiste de montrer que la science à laquelle il se consacre ne donne pas seulement des satisfactions d’esprit aux chercheurs, mais qu’elle est susceptible aussi d’applications utiles.
N’est-il pas intéressant pour tout le monde d’apprendre qu’il existe une manière de marcher qui permet, sans fatigue excessive, de faire des étapes de 30 a 40 kilomètres en trois fois moins de temps qu’à notre allure ordinaire ?
La marche en flexion n’est pourtant pas une nou-^ veauté. Firmin Weiss l’a appliquée aux marches militaires avec un succès remarquahle. Le commandant de Raoul s’est fait l’apôtre de ce genre de marche, .et; par des corps de troupe, après un court entraînement, il a pu obtenir sans fatigue des étapes de 20 kilomètres en 1 h. 50.
M. le Manouvrier a fort bien observé cette allure sur les professionnels de la marche, sur les montagnards, lés paysans, les chasseurs,, les soldats fatigués;
par une longue étape. Il a même donné les raisons qui lui font croire qu’aux époques préhistoriques nos ancêtres marchaient de cette manière.
D’autre part, M. le D"' Régnault a vu pratiquer ce genre de locomotion dans l’Inde; des voyageurs l’ont observé chez maintes peuplades diverses.
Pourquoi donc tout le monde ne marche-t-il pas ainsi? C’est que pour la marche comme pour tous les actes de la vie, nous sommes esclaves d’une esthétique conventionnelle. C’est que, dès notre enfance, on nous apprend que pour marcher d’une façon distinguée il faut tenir le buste droit, ne pas remuer les bras et poser le pied sur le sol, la jambe bien étendue et le pied en dehors. L’esthétique est partout. N’avonsnous pas vu, au siècle dernier, les écuyers avoir pour idéal de rassembler leur monture et de lui faire faire presque sur place des mouvements qualifiés d’élégants? Us allaient jusqu’à tourner en ridicule le cavalier qui semblait demander à son cheval d’arriver le plus vite possible à sa destination !
Que notre objectif ait changé depuis lors, il n’en est pas moins vrai que pour longtemps sans doute nous sommes condamnés à la marche élégante du citadin. Non seulement on n’oserait, mais on ne pourrait pas, dans nos rues encombrées, prendre une allure rapide ; il y faut suivre le mouvement général. Mais sur les routes libres, chacun n’a plus qu’un intérêt, arriver vite et sans fatigue. Or, on verra dans ce livre que