ALLURES
Marche ordinaire.
Marche en flexion.
SC
Course ordinaire..
Course en flexion.
La différence la plus remarquable est la diminution d’amplitude de l’oscillation verticale. Cette courbe est, en effet, plus tendue dans la marche en flexionsa flèche est plus courte de 2 centimètres; comme les pas sont plus grands dans un cas, ces oscillations donnent un soulèvement total de 73“,92 par kilo-
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mètre pour la marche ordinaire et 34“,48 seulement pour la marche en flexion.
Eufin, le maximum d’élévation ne siège pas au même moment.
Dans la marche ordinaire, en effet, le maximum de soulèvement se produit quand le centre de gravité dépasse la base de sustentation.
Dans la marche en flexion la jambe maintient sa flexion au lieu de s’étendre, cette ascension est diminuée (fig. 30 et 31).
En d’autres termes, au lieu d’avoir à exécuter comme dans les allures ordinaires sur une jambe presque raide le mouvement de passe-rivière qui exige le soulèvement de tout le corps, la jambe antérieure déjà en partie fléchie continue son mouvement de flexion et le corps ne passe par-dessus son point d’appui antérieur qu’avec un soulèvement très faible. L’extension de cette jambe ne se produisant qu’au moment où le centre de gravité du corps a bien dépassé la base de sustentation, son action se fait dans une direction oblique de bas en haut et d’arrière en avant bien plus favorable à la progression. C’est donc une utilisation beaucoup plus complète etplusrationnelle du travail musculaire de cette jambe.
On note des différences de même ordre entre les deux genres de course, surtout si l’on compare la course ordinaire de fond à la course en flexion; car dans la course de durée, l’homme est amené instinctivement à réduire le plus possible le travail inutile. Les variations d’oscillations se produisent dans le même sens et résultent de même d’une flexion plus prononcée et plus prolongée du membre à l’appui. Le
maximum d’élévation est à la fin de l’appui dans la course en flexion et non pendant le premier tiers de la suspension comme dans la course ordinaire. Grâce à l’inclinaison du corps en avant, à la flexion du membre oscillant et à l’extension dans une direction plus oblique, la durée de l’appui est plus longue dans la marche modifiée, et la suspension est plus courte, malgré l’augmentation de longueur du pas.
On voit également sur le tableau les valeurs des angles que font les divers segments de membre. Il est à remarquer que, si dans les allures fléchies les articulations coxofémorales et tihio-tarsiennes ont des mouvements très étendus, ceux du genou sont moindres que dans les allures ordinaires. Cette différence du jeu du genou, très sensible entre les deux genres de course, résulte du peu de flexion de la jambe pendant la période oscillante et de la moindre extension au moment du posé dans l’allure modifiée.
La chronophotographie nous donne ainsi le mécanisme des différences de rendement qu’indiquaient déjà les expériences pratiques du commandant de Raoul. Elle nous explique comment, par la méthode en flexion, le marcheur éteint ses à-coups et diminue ses oscillations verticales. Or, on sait que ce'sont là les deux facteurs de la perte de travail dans la progression.
Les tracés recueillis avec les dynamomètres enregistreurs confirment ces résultats. Si on enregistre la pression totale du pied sur le sol (fig. 36), le corps ne tombe pas à terre avec autant de brusquerie dans les allures fléchies, et la valeur maximum de cette pression est moindre. Dans la marche du comman-
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dant de Raoul, la pression ne dépasse que de fort peu celle qu’exerce le corps immobile sur le sol, 87 kilos..
Fig. 36. Appui du pied dans : A marche ordinaire ; B marche en flexion.
et, dans la course en flexion, elle est à peu près égale à la pressian transmise au sol pendant la marche ordinaire, tandis que, dans la course classique, cette pres¬
sion est beaucoup plus considérable. D’ailleurs la simple observation révélait déjà ce fait que précise la dynamographie. Sur le sable humide, les traces de pas sont moins accusées dans les allures fléchies.
Ces recherches révèlent les mêmes diflérences que celles observées dans l’étude du saut entre la chute sur les jambes raides et celle sur jambes fléchies. Or, le commandant de Raoul montre par ces allures modifiées que cette flexion, reconnue nécessaire dans le saut pour amortir la chute, a tout autant sa raison d’être dans la marche et la course, où chaque pas n’est, en somme, qu’une légère chute en avant.
On peut également prouver par la méthode graphique que les oscillations verticales, partant les secousses imprimées au corps, sont moins grandes. Une expérience bien simple permet déjà de s’en rendre compte.
Mettez sous le bras du marcheur une boîte en métal renfermant des clous, par exemple. A chaque pas, ces clous frappent avec plus de violence contre les parois de la boîte dans les allures ordinaires que dans celles modifiées.
On peut enregistrer avec précision ces réactions au moyen d’un appareil imaginé par M. Marey. On fixe sur la tête ou sur l’épaule un tambour explorateur muni d’un levier chargé d’une petite masse de plomb. A chaque à-coup, grâce à l’inertie de la masse, le levier ne subit pas les mêmes déplacements que le tambour explorateur qui transmet les siens à un appareil enregistreur. On voit, par l’inscription, que ces oscillations sont plus amples dans les allures fléchies.
11 est à remarquer que cette théorie de la marche et de la course en flexion est conforme à la théorie générale de progression de tout animal ou de tout véhicule sur le sol. Un cheval est d’autant plus rapide qu’il a plus de souplesse dans les membres; de même c’est
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un principe fondamental en mécanique qu’un véhicule ut acquérir une vitesse d’autant plus grande que l’on diminue ses à-coups. Cette théorie trouve son application dans l’emploi pour la bicyclette des bandages pneumatiques, sans lesquels on n’aurait jamais pu^atteindre les vitesses que l’on connaît. Or, bien que l’on marche depuis des siècles, l’homme s’est habitué à cette démarche fière et raide qu’il trouve sans doute seule digne de sa grandeur, mais qui a permis à Maissiat de le comparer à juste titre à une voiture dont les roues, dépourvues de jantes, avanceraient en passant de rayon en rayon.