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CHAPITRE VIII

LA VITESSE A LA GUERRE

Utilité des déplacements rapides en temps de guerre. — Difficulté à les obtenir arec les armées modernes. — Les déplacements rapides effectués dans les campagnes célèbres tiennent au moral des troupes et non à leur mode de marcher. — Tentatives pour avoir des corps de fantassins se déplaçant rapidement.

A la guerre, marcher plus vite que son adversaire, c’est lui imposer sa volonté. Le général remporte les victoires plus avec les jambes de ses soldats qu’avec leurs armes, et toute la science consiste à déplacer ses troupes rapidement et à les avoir à temps sous la main.

Le général Maurice de Saxe l’a fort bien exprimé : « C’est, écrit-il, une chose nécessaire que l’exercice ou maniement des armes pour dégager le soldat et le rendre adroit, mais on ne doit pas y mettre toute son attention. C’est même de toutes les parties de la guerre celle à laquelle il en faut mettre le moins.

» Le principal de l’exercice est les jambes et non pas les bras : dans les jambes est tout le secret des manœuvres des combats et c’est aux jambes qu’il faut s appliquer. Quiconque fait autrement est un ignorant et n’en est pas seulement aux éléments de ce que l’on appelle le métier de la guerre. »

En efiet, l’aptitude à la marche d’une armée permet

LA VITESSE A LA GUERRE

à son chef de concentrer ses forces plus rapidement que celles de son adversaire et de Faccabler sous le nombre, de vivre et se reposer plus facilement parce qu’il peut s’étendre davantage.

« L’art de la guerre, a dit Napoléon, est l’art de se diviser pour vivre et de se réunir pour combattre. »

Une armée qui se meut rapidement sait ce qu’elle veut, où elle va; c’est « l’énergie », le « succès ». Par contre, une armée qui se traîne, qui hésite, c’est la déroute.

Le général Maillard, dans son Cours de tactique générale de l’infanterie, peint admirablement cette situation :

« Si le mouvement est la condition nécessaire de la guerre, la mobilité et l’aptitude à la marche deviennent des éléments essentiels de succès. L’histoire le constate à toutes les époques; la rapidité permet même de suppléer au nombre, comme dans les campagnes de 1796-97 et 1814.

)i Si on se reporte aux campagnes de 1806 et 1870, la première dans la vallée de la Saale, la seconde dans la vallée de l’Aisne et de la Meuse, on verra deux armées dont l’une, douée de mobilité, marche librement droit sur son objectif, profitant de toutes les ressources de la contrée ; rien ne manque à ses soldats, qui, pleins de confiance dans le chef qui les conduit, marchent d’un pas vif et alerte.

» L’autre armée présente de longues colonnes dont les mouvements sont gênés par les convois qui embarrassent les routes; des changements de direction indiquent l’indécision du commandement ou la pression de l’ennemi; la marche se poursuit la journée

entière, quelquefois la nuit, et cependant on fait peu de chemin; les fatigues et les privations sont extrêmes, tous les liens se relâchent ; la confiance disparaît avec la discipline.

» Le résultat, c’est léna et Sedan.

» Rien ne démontre mieux l’importance des marches que l’étude de ces deux campagnes ; elles mettent en lumière de la façon la plus éclatante cette vérité que l’aptitude à faire la guerre n’est autre que l’aptitude au mouvement. »

Un bon stratégiste doit donc savoir profiter des routes pour conduire rapidement son armée d’un point à un autre, calculer exactement pour que les troupes soient concentrées au même moment à l’endroit utile.

Mais il est un facteur auquel il est toujours soumis : les jambes du soldat. Quelle est la vitesse de déplacement d’une armée?

Généralement on fixe à 4 kilomètres à l’heure, haltes horaires comprises, la vitesse moyenne de l’infanterie.

Pour le général Maillard cette vitesse de 4 kilomètres en 60 minutes est une vitesse maximum. C’est la vitesse qu’on atteint aux manœuvres où les conditions sont plus favorables qu’à la guerre. En campagne, il ne faut pas compter faire plus de 3.600 à 3.800 mètres sur de bonnes routes.

L’expérience a démontré que si, pour une raison ou pour une autre, on voulait augmenter cette allure, un grand nombre de soldats restaient en route. Les Allemands en ont fait l’expérience dans la dernière campagne.

LA VITESSE A LA GUERRE

Dans ses Lettres sur VInfanterie, le prince de Hohenlohe nous montre un colonel qui, pour arriver à temps sur le champ de bataille de Gravelottefit marcher son régiment en rangs très serrés. Il s’écriait en activant constamment la marche : « En avant î en avant! Qu’il en tombe tant qu’on voudra, qu’importe! »

Un nombre considérable d’hommes harassés furent laissés en arrière. Le secours qu’il portait eût été autrement efficace s’il était arrivé une demi-heure plus tard mais avec un nombre de fusils double.

11 paraît bien établi qu’étant donné le mode de marche en usage dans l’infanterie, la vitesse de 4 kilomètres est un maximum qu’on ne peut dépasser sans commettre une grave imprudence. Dans des circonstances défavorables, sur des routes défoncées, la vitesse peut descendre à 2 kilomètres à l’heure.

Comme exemple de ralentissement de vitesse on cite la marche du corps dé Grouchy à la poursuite de Blûcher. En 7 heures ce corps d’armée n’avait pu parcourir que 14 kilomètres (de Saint-Amand à Gembloux).

« Il est certain, a écrit le colonel Charras, que la distance parcourue était faible, mais il n’avait dépendu ni des soldats ni des généraux d’avancer davantage. Dès deux heures la pluie était tombée par torrents et avait rendu les chemins épouvantables. »

Le général Gérard affirme de son côté que « les troupes marchèrent aussi vite qu’il était humainement possible ».

Une troupe marche d’autant plus facilement et plus rapidement qu’elle est moins nombreuse. Ainsi un bataillon isolé marche mieux qu’un régiment, un ré-

Marche. ^

giment qu’une brigade, une brigade qu’une division et ainsi de suite.

La situation atmosphérique, l’état des chemins, le moral des troupes ont une influence souvent très grande sur la vitesse des marches.

Le général allemand Bronsart von Schellendorf admet que pour parcourir une étape de 3 milles (22 kil. 500 m.) il faut :

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