Comment on peint auhourd'hui
Bien que la facture^ travail matériel, concerne le métier, elle est encore œuvre d'art, parce qu'elle résulte de la conception du peintre, de ses intentions artistiques, de l'eifet qu'il veut produire. Je ne dirai donc rien non plus de cette partie du métier, ou bien je n'en parlerai qu'incidemment, lorsque j'y serai forcé par mon sujet.
Je n'étudierai dans le métier que la manière de construire un morceau de peinture solide, c'est-à-dire capable de représenter ce que veut l'artiste, sans que
soient à redouter des altérations ou des dégradations dues aux éléments de la couleur et à leur groupement.
Cette partie du métier de peintre prend une importance capitale dans la création de l'œuvre et dans l'avenir qui lui est réservé.
Elle lui donne la santé.
Je voudrais résumer la manière dont nos contemporams assurent à leurs tableaux cette santé si nécessaire.
^ Je ne parlerai donc pas d'esthétique, mais de technique.
Je n'étudierai pas les talents, mais les métiers.
Je ne critiquerai pas. Je noterai, j'exposerai l'hygiène actuelle de la peinture.
Mon travail, simple enquête documentaire, n'en sera pas moins utile, je l'espère, par ses conclusions.
J'ai recueilli les confidences d'artistes connus. Je les ai consultés au hasard des occasions et des rencontres. J'aurais pu en voir davantage. Pour ne pas m'encombrer de redites, je me suis arrêté. Je crois offrir une série qui donne exactement le caractère général que je voudrais montrer. Certains m'ont écrit, je donnerai leur lettre; d'autres m'ont verbalement expliqué leur manière de peindre. On lira mes notes au cours de mon travail.
COMMENT ON PEINT AUJOURD HUI. t>
Mes premières notes remontant à 191 3, il est possible que quelques-uns ne peignent plus de même. Qu'importe? Cela ne change rien à leur talent et ne fait que prouver leur hésitation dans la bonne manière de peindre.
« Il peut y avoir plusieurs manières de peindre qui soient bonnes », m'ont dit RoU, Dinet et beaucoup d'autres.
Raphaël Collin, les bras écartés, finissait par s'écrier :
« Que voulez-vous que je vous dise? Je me laisse entraîner par mon émotion!... Je peins comme je peux!... C'est un mystère! »
Renoir, m'a répété Desvallières, soupirait :
« La peinture ! Plus on en fait, moins on y comprend quelque chose ! »
Lucien Simon conclut avec bonhomie :
« Je me confesse très modestement. Je m'y prends comme je peux. Je ne garantis pas la perfection de ma manière. »
Les plus ardents, s'en tenant à la joie de peindre, déclarent comme Dagnan :
(» J'ai essayé de tout et je ne sais encore ce que j'aime le mieux ! »
Tout cela indique un trouble général.
Je voudrais étudier ce trouble, en noter les contra-
dictions, constater les symptômes caractéristiques du mal et proposer un moyen d'y remédier.
De toute façon, même si le remède que je propose n'est pas approuvé et accepté, cette étude sera, j'en suis persuadé, de quelque utilité. Elle répandra la connaissance de pratiques et de méthodes qui, approuvées par la majorité des peintres, semblent sûres, et elle donnera aux artistes de l'avenir des renseignements qui leur permettront de se dire, en face de peintures restées solides :
« Cette manière de peindre étant prudente et bonne, profitons de l'expérience. »
Rien que pour ce service, mon travail me paraît valoir la peine d'être entrepris.