CONCLUSION
Avouons qu'il paraît impossible aujourd'hui de dire quelle est la meilleure manière de bien et solidement peindre un tableau.
Nous avons vu plusieurs artistes, — et un maître aussi brillant que Simon, — déclarer modestement : « Je m'y prends comme je peux, sans prétendre avoir raison. » Si certains affirment avec assurance leur opinion, presque toujours les affirmations absolument contraires de leurs collègues enlèvent toute autorité à leur parole. On ne s'accorde que sur des détails de médiocre importance.
En présence de ces doutes, les jeunes débutants, ne trouvant pas une technique ferme et sûre à adopter, se mettent à peindre sans méthode, acceptent au hasard telle manière, ou bien s'engagent dans des
9o COMMENT ON PEINT AUJOURD HUI.
expériences qu'ils poursuivent toute leur vie, sans conclure.
Une bonne technique ne donne pas le talent; mais que devient le talent qui ne possède pas une bonne technique? La peinture du xix" siècle est là pour le montrer.
Sous l'intiuence de David, — comme je l'ai dit dans mon volume La Peinture^ — une réaction contre la technique s'organisa en même temps qu'une révolution dans l'esthétique. David s'écriait : « A l'Académie, on fait un métier de la peinture, on l'apprend comme un métier. » L'Académie royale de peinture, installée au Louvre, fut supprimée le 8 août 1793. Dès lors, on négligea l'étude des premiers éléments de l'art de peindre, la couleur même devint une nécessité acceptée à regret. Greuze, survivant de l'ancienne école, qui savait peindre de bons morceaux, disait : « Vous verrez ces tableaux dans trente ans et vous verrez les miens, ces gens-là ne tiendront pas sur la toile. »
Il s'est trouvé qu'il avait raison. Et cette peinture fragile a transmis sa faiblesse à toute la peinture qui lui a succédé. Même lorsque les chefs-d'œuvre des musées d'Europe rassemblés au Louvre par les guerres de la République et de l'Empire eurent fait naître une école plus amie de la couleur, le métier n'en profita