CONCLUSION
point. Les Romantiques peignirent avec enthousiasme et emportement, mais ne surent pas peindre. Au lieu de mourir d'anémie, leur peinture meurt de delirium tremens.
D'année en année, à travers les tendances et les écoles nouvelles, le mal a persisté. La peinture ne devant pas être considérée comme un métier, on n'apprend plus le métier de peindre. Les ateliers où l'on étudiait à fond la technique sont remplacés par des cours, véritables « fours » à faire des admis au Salon, semblables aux « fours » à faire des admis au baccalauréat. Les Salons, — la plus malfaisante, la plus laide et la moins artistique manière de présenter de la peinture, — poussent à la production hâtive et entraînent les jeunes à débuter trop tôt, sans connaître les éléments de l'art. Le désir du succès et la manie de l'originalité poussent à l'individualisme et à la spécialisation. L'artiste est un isolé et veut rester un isolé, prétendant voir un mérite et une force dans son isolement. Il est possible qu'il en résulte de l'originalité. Mais il y aurait beaucoup à dire sur cette question de l'originalité qui, en somme, n'est intéressante que lorsqu'elle est naturelle.
On juge l'originalité si respectable et si nécessaire qu'on tremble de la déflorer dès qu'on croit l'apercevoir. Et l'on se pâme devant des expositions d'oeuvres
lOO COMMENT ON PEINT AUJOURD HUI.
d'enfants. On s'écrie : « Pourvu qu'on ne leur enlève pas celai » Cela! Qu'est-ce, sinon de vagues traces de dons qui n'annoncent rien de certain. Et, par crainte d'enlever quelque chose à un élève qui ne sait rien, on ne lui apprend rien que la vanité, la confiance excessive en soi-même. Or, la modestie est la première base de toute étude, de toute carrière. « Plus leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur cœur », a dit V Imitation.
En fait, le mot de David est allé aussi loin qu'il pouvait aller, il a apporté toutes ses conséquences. L'éducation est considérée comme dangereuse; et, pressé de s'affirmer, le jeune peintre commence par peindre trop tôt et continue par peindre trop vite.
« Êtes-vous sûr, me disait Gosselin, êtes-vous sur que tel artiste de talent accusé de mal peindre et d'employer des couleurs mauvaises, véritables poisons, dites-vous, pour la santé de sa peinture, êtes-vous sûr que ce peintre aurait encore le talent que vous lui reconnaissez s'il n'employait plus les couleurs que vous lui reprochez et ne recourait plus aux expédients que vous condamnez? Ne serait-ce pas à sa mauvaise technique et à l'emploi de telle ou telle couleur qu'il doit ses bons tableaux? Si c'est à cela, n'ai-je pas le
coNCLUSIO^f. roi
droit d'applaudir, d'approuver ses faiblesses et de m'en féliciter? »
Je répondrai à cette ingénieuse observation que jamais un peintre de vrai talent ne devra son talent à une pratique de métier. Et si cet artiste de talent a de mauvaises habitudes de technique, il pourra y renoncer sans perdre son dessin, sa couleur, les exigences de son œil de peintre. Seul, un artiste médiocre cherchera et trouvera des résultats bons, en apparence, dans des artifices suspects. Le vrai talent ne tient pas à des trucs de métier. Et je ne vois pas qu'on puisse citer un artiste de valeur qui ait dû son talent à de mauvaises habitudes de peindre. Il aura eu du talent malgré cela et non par cela^.
Il peut y avoir, comme je l'ai dit déjà, plusieurs manières de peindre qui soient bonnes et sûres, mais il faudrait les connaître.
On se plaint de ne plus savoir comment peignaient les maîtres anciens. Plus ils sont grands, plus ils sont mystérieux, me disait Roll.
Il y a pourtant des artistes de tradition, fervents dévots des maîtres, qui affirment savoir comment ils
I. Et puis les dégâts qui résultent d'une mauvaise technique arrivent souvent plus vite qu'on ne croit.
peignaient. On devrait les consulter. Ils donneraient des renseignements utiles. Mais il ne faudrait pas s'en tenir là.
Nos moyens de peindre se sont renouvelés par de nouvelles couleurs, de nouveaux véhicules. Notre vision s'est transformée; nous avons des exigences nouvelles, des théories d'art nouvelles, sans cesse renouvelées. Notre peinture doit braver des dangers nouveaux par suite de nos installations de gaz, de charbon, d'électricité, que n'avaient pas les intérieurs anciens. Tout s'accorde pour exiger une technique nouvelle qui réponde à ces nouveautés.
Cette technique nouvelle peut très bien nous être commune sans nous imposer une esthétique commune. Talent et manière de peindre ne marchent pas nécessairement par les mêmes voies.
Il semble donc naturel que l'on peigne autrement que les anciens et que l'on profite des moyens nouveaux fournis par la science.
Mais il faut s'assurer préalablement de la valeur et de la solidité de ces nouveaux procédés et de ces nouveaux produits.
Je crois que l'examen que nous venons de terminer prouve la nécessité de s'entendre.
Dans ce but, un petit Périodique de technique donnant les renseignements utiles fournis par les artistes