‹ Comment on peint auhourd'huiChapitre 9 sur 22 · ZULOAGA · texte numérisé non relu

ZULOAGA

Blanc d'argent — Cadmium foncé — Vermillon français — Laque carminée fixe — Bleu outremer — Vert émeraude — Ocre jaune — Terre de Séville — Noir de vigne — Noir d'ivoire.

LES VEHICULES

Les artistes ne s'accordent pas non plus sur la question des véhicules.

J'en sais qui les rejettent tous. Roll, GoUin i^ Raphaël), Pissarro, Doigneau, etc. n'employaient ou n'emploient aucun véhicule en peignant. Quelquesuns, Maurice Denis, Cormon, etc. ne recourent qu'exceptionnellement à un véhicule.

La plupart du temps, les autres se servent d'un mélange où entrent, à des doses variées, l'huile, l'essence de térébenthine, le pétrole, les siccatifs, etc.

Malheureusement, si chacun de ces véhicules a des amis, chacun aussi a des ennemis. Les amis, on les verra dans la liste que je vais donner; quant aux ennemis, voici ce qu'ils en disent :

Huiles. — L'abus de l'huile, qui résulte de son emploi surajouté à l'huile de la couleur, donne une peinture sans solidité et portée à jaunir.

Essence de térébenthine. — Les uns la veulent très rectifiée, c'est-à-dire purifiée de ses résines. On leur répond : les résines se reforment très vite et, de toute façon, l'essence donne une peinture maigre, pâle, sans éclat, et qui devient pulvérulente. D'autres, au contraire, la veulent non purifiée, prétendant que les résines qui y demeurent sont un bon agent de solidité, en font une sorte de vernis. Non, leur répond-on; aux inconvénients précédents, vous ajoutez celui d'avoir des couleurs qui graissent et ne sèchent plus.

Pétrole. — Depuis une quarantaine d'années, le pétrole est très à la mode; mais purifié, c'est-à-dire à l'état d'essence, il est accusé de s'évaporer complètement et de ne plus retenir la couleur; et non purifié, comme le préfèrent certains, il deviendrait visqueux et ne sécherait plus. Certains prétendent qu'il décompose les huiles et les résines.

Siccatifs. — Quant aux siccatifs, on leur reproche de faire craquer la couleur, d'enlever à la matière sa souplesse et son unité en précipitant un travail qui doit se faire tout seul et lentement, le rétrécissement dû aux siccatifs, fatalement inégal, entraînant des crevasses.

EMPLOI DES VEHICULES

Aman-Jean. — Essence de térébenthine dans l'ébauche seulement.

André (Albert). — Essence de térébenthine très rectifiée.

Bail (Joseph). — Vernis Vibert à retoucher employé sur la palette, mêlé aux couleurs, en peignant, comme un vernis à peindre.

BoNNAT. — Siccatif de Courtrai et essence de térébenthine, par parties égales, dans les ombres seulement.

BouGUEREAU. — Peignait dans le siccatif, avec un premier siccatif, sorte de Courtrai, employé par les peintres en bâtiment sous le nom de siccatif soleil^ et poursuivait avec un second siccatif mystérieux dont il cachait la recette. Un de ses élèves croit pourtant

l'avoir pu composer par un mélange de siccatif de Harlem et d'essence, avec un peu d'oliesse l'été pour empêcher de sécher trop vite. Comme presque tous les peintres, Bouguereau changea plusieurs fois de méthode. On m'écrit :

« Bouguereau, au moment où je suis entré à son atelier, se servait uniquement, comme liquide, de Gourtrai mêlé d'huile de noix et d'essence de térébenthine dans des proportions variées suivant les couleurs employées : ainsi, pour les ombres, sans ou avec à peine de blanc, essence et Gourtrai, et pour les autres couleurs, huile, essence et un peu de Gourtrai. Enfin, pour reprendre sur ébauche sèche, huile et essence pures ou presque pures. Il frottait le morceau à repeindre pour le désemboire avec ce dernier liquide ou avec le précédent, suivant l'effet à obtenir. Il a peint aussi avec du vernis à tableaux incorporé à ces liquides, mais c'était avant mon entrée chez lui. »

Garolus-Duran. — Ébauchait avec un mélange d'huile et de siccatif dans les foncés; peignait les clairs avec du copal; reprenait avec les mêmes véhicules dans les mêmes parties, en dosant plus faible le siccatif dans les reprises pour éviter de mettre, dans les dessus, des pâtes qui sèchent plus vite que les dessous.

Ghabas. — Huile et essence mêlées suivant les

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besoins. Essence très rectifiée, pour avoir un véhicule plus abondant mais moins huileux; il essaie son essence en mettant une goutte sur du verre et en vérifiant qu'il ne reste pas de résine poisseuse après évaporation mais un résidu à peine visible et résistant, parfois rien du tout. Préfère l'huile d'œillette pour exécuter les morceaux clairs et l'huile de lin pour les foncés; quoique désagréable à manier, l'huile d'œillette évite le jaunissement, plus sensible dans les clairs.

CoLLiN (Raphaël). — Pas de véhicule.

CoRMON. — « Aucun véhicule autre que l'huile blanche ou l'huile d'œillette. Pour ébaucher des grandes toiles, je me sers d'essence pour auto. L'essence de térébenthine ne vaut rien, amène des embus formidables, noircit, de plus amène aussi des craquelures... Dans ma jeunesse, je me suis servi souvent de siccatifs pour des études très enlevées; celles-ci ont peu souffert; néanmoins, elles ont foncé un peu, se sont enfumées. Mais pour des toiles travaillées, les résultats ont été déplorables. Je n'ai jamais peint avec des vernis. Je ne crois pas cela fameux, à moins que l'on ne travaille à coup sur, une seule fois, comme Bouguereau. Benjamin Constant s'en est souvent servi, mais très mal, je crois, car beaucoup de beaux morceaux de lui se perdent, sauf les tableaux très clairs. »

CoTTET. — Siccatif de Harlem étendu d'essence rectifiée.

Desvallières. — Essence de térébenthine.

D'EsPAGNAT. — Essence ordinaire non rectifiée.

DoiGNEAU. — Aucun véhicule.

Denis (Maurice). — Rarement, en cas de besoin, huile de lin et essence; deux tiers essence, un tiers huile.

DoMERGUE. — Essence de térébenthine rectifiée. Copal à l'huile mélangé d'essence pour reprendre.

Gandara. — N'admettait que l'huile comme véhicule et condamnait tous les siccatifs et les copals.

GiRARDOT. — Pétrole et siccatif de Courtrai.

« Dans tout liquide où l'on fait entrer le Courtrai, il faut qu'il y entre très peu de celui-ci, sa force étant très grande et, même si l'on en met beaucoup, il devient peut-être moins siccatif. Voici comme je compose le mien. Trouvant qu'il y a bien assez d'huile dans la couleur et celle-ci poussant toujours au jaune, j'ai garde de me servir d'elle — puisque même mes tons faits sur ma palette, je les mets dans l'eau sur une feuille de verre pour dégraisser un peu la couleur. — Je mets dans une fiole 126 grammes de pétrole rectifié et j'ajoute dedans, petit à petit, en agitant, deux

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cuillerées à café de Courtrai. Quand je veux ébaucher en lavis, je ne mets qu'une cuillerée de Courtrai. L'avantage du pétrole sur l'huile c'est qu'il entre partout. Et, dans des repeints, une touche ne rencontre pas, comme dans l'huile siccative, la fermeture de tous les petits canaux. Lorsque les premières touches sont bien sèches, mon pétrole-siccatif, à la première comme à la dizième touche siccative, pénétrera toujours, séchera moins vite que l'huile siccative et fait mieux l'affaire...

« Je me suis servi souvent de vernis dédoublé pour peindre — vernis au mastic qui est léger et sèche lentement préparé à l'essence de térébenthine — une partie de vernis et deux parties d'essence rectifiée. Il faut qu'il entre dans chaque touche un peu de vernis. La peinture en est très belle de matière. Les noirs et les terres doivent en recevoir plus. Lorsque tout est terminé et bien sec, passer sur le tout pour unifier la matière, car, vu les différentes épaisseurs, l'ensemble a toujours des places où le vernis dans la pâte n'a pas eu la même action. Je n'ai jamais eu aucun changement dans les toiles peintes de cette façon, mais il faut une certaine habitude pour ce travail. »

Maillart. — Trois quarts d'essence de térébenthine rectifiée, un quart d'huile de lin, et siccatif de Harlem par moitié.

Matisse. — Huile et essence par moitié.

Maufra. — Deux tiers d'iiuile et un tiers d'essence rectifiée. Jamais de siccatif.

Ménard. — Copal en pâte avec ou sans essence, peint dans le copal.

MoROT (Aimé). — Huile et un peu d'essence, parfois copal à l'huile, comme Gérôme.

Picard ^^ Georges). — Essence de pétrole ou bien huile de pétrole, suivant les cas.

Pissarro. — Aucun véhicule.

Point (Armand). — « Du vernis à l'ambre que je fonds moi-même, de l'huile de lin rendue siccative par exposition au soleil, l'été, et de l'essence de térébenthine. »

Renoir. — Essence très rectifiée et huile de lin.

RixENS. — Mélange d'huile d'œillette et d'essence. Siccatif de Courtrai ou de Harlem dans les ombres.

RoLL. — Aucun véhicule.

Saint-Germier. — Harlem ou siccatif de Courtrai. Grand ennemi du pétrole, lui reproche de désagréger la peinture, de donner des choses lavées, visqueuses, pas picturales.

Simon (Lucien). — Deux tiers d'essence, un tiers d'huile; quelques gouttes de siccatif.

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