‹ Comment s'est déclenchée la Guerre mondiale. Avec les documents secrets de la Chancellerie allemandeChapitre 2 sur 6 · LES COUPABLES · texte numérisé non relu

LES COUPABLES

Depuis l'origine de la guerre mondiale, une question occupe tous les esprits : qui nous a apporté cet affreux malheur? Quels hommes, quelles institutions en sont les instigateurs?

C'est là une question non seulement scientifique et intéressant l'historien, mais éminemment pratique pour l'homme politique. La réponse à cette question implique une condamnation à mort des auteurs reconnus coupables, condamnation qui n'est pas nécessairement physique, mais, en tout cas, politique. Les personnes et les institutions dont la puissance a eu des résultats si terribles, doivent être politiquement r reléguées parmi les morts, et dépouillées de tout pouvoir.

Mais c'est précisément à cause du caractère non pas académique, mais, au plus haut degré, pratique, de la question des responsabilités de la guerre mondiale, question qui entraîne les plus lourdes conséquences pour l'avenir de la vie de l'Etat, que les vrais coupables ont essayé, dès le début, d'en effacer les traces. Et, pour cela, ils ont trouvé le con-' cours assidu de tous ceux qui sont intéressés à la puissance des personnes et des institutions coupables, même s'ils n'avaient eux-mêmes pris aucune part aux origines de la guerre. C'est ce qui a longtemps rendu très difficile la

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recherche des responsabilités. D'un autre côté, cet intércîl pratique de la question a aiguisé la pénétration critique des adversaires, de sorte que le nombre de ceux qui, dès le début,, ont été sur la bonne pisle, fut assez grand. Le brouillard commença donc à se lever peu à peu et se dissipa complètement, grâce aux récentes publications autrichiennes et allemandes de documents des Ministères des Affaires Etrangères* jNous sommes maintenant en mesure de voir clair.

Un nuage cependant, est encore devant nos yeux; il sort des profondeurs de la philosophie marxiste. Marx a enseignéque le cours de l'histoire est déterminé, non par des personnes et des institutions particulières, mais en dernier lieu par les conditions économiques. Le capitalisme, dit-on, dans^ sa forme la plus élevée, le capital mobile, crée partout l'impérialisme, la tendance à étendre les frontières de l'Etat par la violence. Tous les Etats sont dominés par lui, tous sont denature belliqueuse, et la guerre mondiale en est sortie. Les. coupables ne seraient pas des personnes et des institutions,, mais le capitalisme dans son ensemble : c'est donc lui qu'it faudrait combattre.

Celte thèse a un son très radical, mais n'en devient pa» moins d'un effet très conservateur, partout oii le travail pratique est dominé par de telles considérations. Car le capitalisme n'est qu'une abstraction tirée de l'observation de nombreux faits particuliers, aide indispensable quand il s'agit d'examiner leur filiation naturelle.

Mais une abstraction ne peut être combattue que sur 1© terrain théorique, jamais en pratique. En prati<}ue, on ne peut combattre que des faits particuliers. La compréhension théorique du capitalisme n'annule pas la nécessité de la. lutte pratique ; c'est à elle, au contraire, à seconder cette dernière en nous permettant d'en coordonner méthodiquement les détails, et à la rendre ainsi plus efficace. Cette lutte est, toujours dirigée contre des institutions et des personnes définies, occupant des fonctions sociales déterminées.

Au point de vue marxiste, on peut dire tout au plus que le but de la lutte ne doit pas être le châtiment des personnes, contre lesquelles elle est dirigée. Chaque homme n'est que Je produit du milieu dans lequel il a été élevé et oti il vit. Il n'est pas équitable de punir même le pire criminel. La tâche de la société consiste uniquement à lui enlever la possibilité.

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de continuer à être nuisible, d'en faire, si c'est possible, un membre utile de l'humanité, d'abolir les conditions qui l'ont fait naître et lui ont donné la possibilité et le pouvoir d'être nuisible.

C'est là aussi l'attitude du marxiste envers les auteurs de la guerre mondiale. Mais il n'est pas marxiste de faire dévier la recherche des coupables en renvoyant à la culpabilité impersonnelle du capitalisme.

Marx et Engels ne se sont jamais contentes de parler en général des effets pernicieux du capitalisme. Ils se sont efforcés également d'examiner l'action des institutions, des partis et de leurs chefs, tels Palmerston et Napoléon. Ce n'est pas seulement notre droit, c'est notre devoir d'en faire autant pour les auteurs de la guerre mondiale ; et cela, non seulement pour des raisons de politique extérieure, mais aussi de politique intérieure, de façon à rendre à jamais impossible le retour des personnes et des institutions qui ont été coupable& du terrible crime de la conflagration générale.

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