‹ Comment s'est déclenchée la Guerre mondiale. Avec les documents secrets de la Chancellerie allemandeChapitre 6 sur 6 · LES CRISES BALKANIQUES · texte numérisé non relu

LES CRISES BALKANIQUES

Une première fois, la paix du monde avait été frivolement compromise par l'Autriche en automne 1908, quand, sans nécessité, elle avait annexé les territoires de Bosnie et d'Herzégovine administrés par elle depuis 1878 pour le compte de la Turquie. Elle rompait sans honte les traités coucIhs avec ce dernier État, et violait grossièrement les sentiments nationaux des Yougo-Slaves que le traitement des Bosniaques, échangés ou ravis d'une façon arbitraire, comme des objets de propriété, devait irriter au plus haut degré. Le danger d'une guerre universelle avait été provoqué alors par ce fait que la Russie se voyait refoulée dans les Balkans si elle n'obtenait pas de compensation. Mais, chez les autres puissances européennes également, surtout en Angleterre, la rupture impudente du traité de 1878 avait soulevé les plus vives protestations. L'Autriche aurait dû céder si l'Empire allemand ne l'avait pas secondée.

Cette attitude avait déjà posé les germes delà future guerre mondiale ; pourtant des hommes politiques allemands l'ont encore approuvée pendant la guerre, avant la débâcle il est vrai. Le prince de Biilovv s'en fait un titre de gloire dans son livre déjà cité sur la Politique allemande :

« Je ne laissai aucun doute, dans mes discours au Reichstag et dans mes instructions à nos représentants à l'étranger, que l'Allemagne était décidée à rester fidèle à l'alliance avec l'Autriche-Hongrie, d'une manière absolument ferme et dans toutes les circonstances. Le glaive allemand était jeté dans la balance de la décision européenne, indirectement pour

notre allié auslro -hongrois, directement pour le maintien de la paix européenne, et avant tout et en premier lieu pour la considération et la position allemandes dans le monde ». (Page 60).

Voilà la méthode par laquelle l'ancien régime cherchait à maintenir la paix. Sa tâche ne consistait pas à empêcher les provocations frivoles de l'allié, mais à jeter pour lui le glaive allemand dans la balance. Et, ainsi, en approuvant la rupture du traité, il croyait agir pour « la considération allemande » dans le monde.

Hashagen, dans son petit livre Umrisse der Welipolitik, publié la même année que celui de Bulow, est encore plus satisfait et s'exprime ainsi :

« Pour le raftermissemenl de l'alliance, il a été d'un avantage inappréciable que l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine ait bientôt déchaîné une campagne internationale formidable, non seulement contre l'Aulriche-Hongrie, mais aussi contre l'Allemagne. C'est cette campagne qui rendit les relations des alliés tout à fait indissolubles. » (II, P. 6).

En effet, quelle ingénieuse politique que celle qui considère le déchaînement d'une campagne internationale formidable contre elle-même comme un avantage inestimable, parce que, ainsi, l'Allemagne devenait complètement prisonnière de l'Autriche, pays en faillite intérieure complète.

Le « glaive allemand » maintint la paix du monde eji 1908 €t lîJOO parce que la Russie dut subir tranquillement l'humiliation infligée alors à la Serbie et conséquemment à ellemême. Car elle saignait encore de toutes ses blessures après sa défaite par le Japon et sa Révolution.

La Serbie dut promettre, le 31 mars 1909, par une note humiliante, qu'elle ferait amende honorable et renoncerait à sa politique de protestation contre l'annexion.

Mais, naturellement, la Russie ne se tint pas pour battue définitivement dans les Balkans. La Serbie, isolée, avait dû reculer devant l'Autriche. La politique russe réussit à établir une alliance entre les gouvernements balkaniques. Une fédération des peuples balkaniques en une république qui les comprendrait tous, avait été demandée depuis des années par les socialistes slaves méridionaux. Elle offrait les meilleures chances d'assurer aux peuples des Balkans la plus grande indépendance envers la Turquie et l'Autriche, comme aussi

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