‹ Comment s'est formé le génie militaire de Napoléon Ier?Chapitre 1 sur 3 · IMPRIMEUR- EDITEUR · texte numérisé non relu

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NAPOLÉON r'?*

J'ai visité, de Madrid à Moscou, tous les champs de bataille où Napoléon P^ a commandé, j'ai lu tous les ouvrage^ de quelque valeur qui ont paru sur lui, — soit en France, soit à l'étranger, — sa correspondance imprimée et celle, plus considérable encore, qui est restée inédite dans les archives du Dépôt de la guerre, les mémoires de ses secrétaires et de ses aides de camp, en cherchant, entre autres enseignements précieux à en tirer, la réponse à cette question : Comment s*est formé le génie militaire de Napoléon?

Dans ma jeunesse, je croyais que ce génie lui était inné. Cette raison, que l'on donne quand on n'en connaît pas d'autres, tend à attribuer au hasard la création du génie et à dispenser de toute, étude. Elle est très répandue dans l'armée française, à laquelle elle a porté un coup plus funeste que la perte de cent batailles; car elle y a ampné le dédain de l'instruction, comme s'il n'était pas indispensable de connaître l'expérience des guerres antérieures, de s'assimiler les procédés des grands généraux. Mais cette opinion du génie inné est trop commode pour être aban-

* Notta empruntons à TAppendice du grand ouvrage du général Pierron : L«« Métkode$ de gtierre actwllei et vers la fin du XIX^ siècle (tome i«f, 2® partie, — 2® édition), la remarquable découverte qui fait Tobjet de cet article.

:V-^îMT5é^-îijfe*f£tviici^Vla.p'aresse d'esprit ou l'impudence d'ambitieux ignorants, qui se disent qu'après tout ils trouveront peutêtre, au moment voulu, l'inspiration soi-disant suffisante pour diriger d'une main sûre les mouvements compliqués de masses d'un million d'hommes.

Le maréchal Soult a dit cependant : « Ce qu'on appelle une inspiration n'est qu'un calcul rapidement fait, » Napoléon I" nous a révélé lui-même ce qu'il fallait penser de son génie inné, quand, dans line conversation avec le sénateur Rœderer, le 6 mars 1809, il lui disait : « Moi, je trxivaille toujours; je médite beaucoup. Si je parais toujours prêt h répondre à tout, à faire face h tout, c'est qu'avant de rien entreprendre, j'ai longtemps médité, j'ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n'est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret y ce que f ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres : c'est ma réflexion, c'est la méditation. Je travaille toujours : en dînant, au théâtre; la nuit je me réveille pour travailler. »

Dans un article inséré dans la Revue des Deux Mondes, le ier mars 1842, M. Libri, qui a eu sous les yeux les papiers rédigés par Napoléon dans sa jeunesse avant son entrée à l'École militaire, formule le jugement suivant : « Ce n'est pas seulement par des influences extérieures que le caractère et l'esprit de Napoléon devaient se former : Paoli et le P. Dupuy ont concouru sans doute à ce développement; mais c'est surtout par ses propres travaux, c'est par la lecture assidue des ouvrages les plus profonds sur les sciences, sur la législation, sur l'histoire, que Napoléon se préparait à ses brillantes destinées. Il lisait toujours la plume à la main, et non seulement il faisait des extraits des ouvrages qu'il étudiait, ce qui est un besoin de tout lecteur grave et réfléchi, mais souvent, à la suite de ces extraits, il discutait ou critiquait les idées de l'auteur, et quand son imagination ou son esprit était vivement frappé d'un sujet, il s'en emparait et il en formait l'objet d'un écrit spécial. » M. Libri donne ensuite un grand nombre de citations tirées de ces mémoires écrits par Napoléon dans sa jeunesse, et il termine ainsi : « Ces citations sont prises un peu au hasard dans cette masse de papiers ; nous ne les multiplierons pas. Sans s'arrêter davantage aux détails, et considérant ces documents dans leur ensemble, on peut en tirer des conséquences importantes. On voit d'abord que

Napoléon, comme Michel-Ange, comme Newton, comme les plus sublimes génies, a dû obéir à cette loi de l'humanité qui veut qu'on ne puisse rien faire de grand sans de grands efforts.

« Malgré sa supériorité, il a dû longuement étudier les matières dans lesquelles il se montra maître plus tard. Personne n'a plus travaillé que lui, et pendant plusieurs années il n'a cessé de lire et de méditer les ouvrages les plus profonds. S'il a eu des idées si nettes sur la législation, sur les finances, sur l'organisation de la société, ces idées ne sont pas spontanément sorties de son cerveau. »

Ainsi, il ne peut y avoir de doute : Napoléon avait fait les études les plus opiniâtres avant d'entrer à l'École militaire; ses papiers de jeunesse (que possède aujourd'hui, je crois, le gouvernement italien) permettent de s'en convaincre. Mais ils sont étrangers à ses études de guerre et ne donnent pas la clef de cette énigme : Comment s'est formé le génie militaire de Napoléon?

Je désespérais de découvrir ce secret et je pensais que Napoléon l'avait emporté avec lui au tombeau, lorsqu'en 1886 j'ai été amené, en étudiant le déploiement stratégique de l'armée française sur la frontière des Alpes, à lire l'ouvrage suivant : Histoire des campagnes de M. le maréchal de Maillebois en Italie pendant les années 1745 et 1746, dédiée au Roi, par M, le marquis de Pezay^ mestre de camp de dragons, aide-maréchal général des logis. — A Paris, de l'Imprimerie royale, 1775. — Ce magnifique ouvrage comprend trois volumes et un superbe atlas, qui donne les positions de l'armée dans toutes les opérations et marches importantes. On n'a rien fait depuis qui surpasse une œuvre de ce genre.

Dès lors, le voile a été déchiré, et il n'est plus resté de doute dans mon esprit. Je puis formuler les assertions suivantes :

Le plan de la campagne d'Italie, en 1796, a été emprunté par Napoléon au maréchal de Maillebois.

Napoléon I^^ est rélève du maréchal de Maillebois (ou plus exactement de son fils, le comte de Maillebois); il lui a emprunté ses grands principes de guerre, notamment ceux de la défensive stratégique.

Je vais maintenant essayer de faire partager cette conviction au lecteur.

Avant tout, il importe de savoir si Napoléon avait lu Touvri de Maillebois. Or, les preuves abondent.

Il a été publié en Angleterre, en 1845, un ouvrage intitu

« The Napoléon muséum, collected, arranged and descril

by John Sainsbury. » A la page 236 de ce recueil, on lit ce i suit : Bonaparte, — General-in-chief of the Army of thé Intérim

— Letter to gênerai Galon, requesting some books and ma] Dated : Head Quarters, Paris, ii ventôse an IV(Ist March 1791 Vîz. : Mémoires de Maillebois, — Description of Piedmont, 2 vo

— Military History of prince Eugène, 3 vols; — Campai gn

Vendôme; — Map of Piedmont and Lombardy, , etc. whii

General Galon, as Director of the military and naval Depâ authorized by a letter from the Minister of War, has to fiirniï him. « Send them to me in the course of to morrow, as ni baggage-waggon sets out on the 13 th (March 3) at 6 o*clock j the morning. — For fac-similé, see plate 111, n® 4. «

Cette lettre originale de Napoléon, dont on donne ci-dessus 1 traduction anglaise, et dans laquelle il demandait au gêné rai Galon, directeur du dépôt de la guerre, les Mémoires di Maillebois, c'est-à-dire l'ouvrage de Pezay, n'existe pas et France; mais j'ai trouvé dans les archives du Dépôt de la guerre, la lettre suivante du général Galon, qui s'y rapporte t

<( Le général Galon, directeur du Dépôt général de la guerre et de la géographie, au Ministre de la guerre,

Paris, it ventôse an iv.

« Le général Bonaparte, commandant en chef Tarmée de l'Intérieur, demande pour son service à l'armée d'Italie, où il est envoyé, les objets ci-après :

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