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V. Conclusion

V%°\ v 'l'ryvo.x

Mémoire au VIII e Congrès de la paix

sur la proposition de

,,transformation des armées guerrières-destructives en armées par i fi <jues-prod actives, d'après la théorie (1e ('h. Fonrier* 4 .

(Proposition de passage à l’ordre du jour.)

CVst avec un profond regret nue je me vois contraint de demander au Congrès de passer à 1 ordre du jour sur un projet émané d’une des personnalités les plus justement aimées et respectées de tous les Amis de la Paix, projet auquel le Président meme du Bureau international a donné son appui. Pour nFv déterminer, il n'a pas fallu moins que le vif sentiment que j ai d’accomplir un devoir, dans l'intérêt même de notre cause. Et encore, me serais-je défié de mon propre' jugement, et n’aurais-je peut-être pas osé entreprendre cette discussion, si je n’y avais été encouragé par bon nombre de nos amis.

Les arguments que je développerai contre' cette* proposition sernt de trois sortes: d’ordre économique, d’ordre libéral, e*t d’ordre militaire.

On ti’ouvera peut-être paradoxal que j’invoque ces dernières considérations devant un Congrès dont l’objet n’est assurément pas de travailler au développement de l’appareil guerrier des Etats européens. Mais on me permettra de revendiquer une certaine compétence dans la discussion d’un projet touchant à l’organisation des armées. Et précisément parce que ce côté de la question présente d’importants arguments contre' la proposition qui vous est soumise, et que l’intervention de ces préoccupations militaires a quelque chose* d’insolite, c’est par ces arguments inattendus que je crois utile de commencer mon exposé.

Un fait domine toute discussion relative aux questions de paix et de guerre. C’est que tous les peuples, sans exception aucune, sont fermement attachés à la paix. Sans doute, l’ignorance dans laquelle ils vivent encore, l’atavisme résultant de longs siècles de barbarie, sont causes qu’ils restent facilement

accessibles aux excitations guerrières: de même un homme, en voie de guérison du vice d’ivrognerie, est exposé à y retombe® brusquement.

Ht le cas est aggravé par ce fait que les excitations en question, invariablement parées de motifs généreux en apparence', sont toujours suscitées par des hommes relativement instruits, aux suggestions desquels la foule est accoutumée à obéir. Mais,' dans ce qu’il est permis d’appeler leurs périodes de bon sens, les peuples sont foncièrement pacifiques — ce qui accroît d’ailleurs la culpabilité des fauteurs de haines internationales.

Cette conviction résulte pour nous tous de notre expérience journalière. Mais alors même que cela ne serait pas, nous devrions encore, par un pieux mensonge, affecter de penser ainsi : c’est en répétant à un peuple qu’il est pacifique, au moment même où ses véritables ennemis s’efforcent de lui inculquer des velléités guerrières et sont peut-être sur le point d’y parvenir, qu’on aura chance de le maintenir dans la bonne voie.

Mais, encore une fois, ce subterfuge est inutile : sans aucun doute, les peuples sont pacifiques.

Et néanmoins, ils tolèrent qu’on les ruine en armements, dont l’effet ne saurait être que d’accroître les chances de guerre; et, parfois, il arrive qu’ils devancent leurs gouvernements, et demandent d’eux-mêmes une augmentation du fardeau qui les écrase;. D’où vient cette contradiction?

Elle; provient de ce que chaque peuple a été amené à croire, soit par le souvenir des guerres du passé, soit par des excitations coupables, soit par sa simple ignorance, que les peuples voisins sont de tempérament guerrier et conquérant. Chacun admet les armements, à titre de mesure de préservation, comme un mal rendu nécessaire par le souci de sa légitime défense. Et d’ailleurs, on n’ose les lui présenter que comme tels: de nos jours, il n’existe pas un gouvernement qui ne répudie à toute occasion toute intention agressive.

Si donc chaque nation a un vif désir de conserver la paix, elle ne veut pas moins assurer son indépendance, sa défense contre les nations voisines, injustement réputées agressive». C’est là un fait avec lequel il est indispensable de compter. Toute mesure (jui aurait pour résultat — effectif ou apparent — d’affaiblir la puissance défensive d’une nation, sera repoussée par elle, et cela fort justement: car celui qui croit sincèrement sa liberté menacée a le droit et même h; devoir d’en assurer la défense. Dans l’état actuel des esprits, caractérisé par l’exaspération des méfiances internationales, toute proposition que ses adversaires pourront représenter comme menant à un tel affai-

blissement ne peut aboutir qu’à déconsidérer sans profit ceux qui auraient l’imprudence de l’émettre.

Avant d’espérer que les nations se prêtent à une réduction de leur puissance militaire, il faut leur faire comprendre que cette puissance est inutile. Quand cela sera obtenu, c’est-à-dire quand olles apprécieront sainement leurs intentions réciproques, leurs armes tomberont d’elles-mêmes, sans qu’il soit besoin d’aucune convention internationale. C’est ainsi que les hommes ont perdu l’habitude de se promener armés jusqu’aux dents. Si je n’hésite pas à sortir sans armes le soir, ici, en pays inconnu, c’est parce (pie je sais bien que les habitants ne songent pas à m’attaquer, et même qu’ils me prêteraient main-forte, au cas où par impossible un d’eux le tenterait; sinon, personne ne m’empêcherait de me munir d’un bon revolver, et même de plusieurs, si j’avais le moyen de les acheter et la force de les porter.

Au reste, l’histoire mentionne une proposition officielle et sincère de désarmement, malheureusement trop peu connue, et dont l’échec montre combien toute tentative de ce genre est illusoire, si elle ne repose pas sur le fondement solide et indispensable de la confiance réciproque.*)

En un mot, l’on me permettra de reprendre ici une formule (pu; j’ai eu le plaisir de voir adopter par des esprits aussi clairvoyants que M. Magalhaës Lima et l’amiral Réveillère, le désarmement ne saurait être un moven, mais un résultat. Il résultera spontanément d’une évolution morale que nous devons provoquer, ou bien il ne sera pas.

.Tant que les nations conserveront à l’égard de leurs voisines une méfiance qui les porte à accepter comme une nécessité

*) Je fais allusion ici aux tentatives répétées de Napoléon III, en vue d’amener un désarmement européen. On ignore généralement que ce monarque, qui fit tant do guerres, avait pour idée fixe le désarmement et la fédération européenne: il voulait le bien, et passa toute sa vie à faire le mal! Dès 1863, il proposait aux puissances de réunir un Congrès pour la révision amiable des traités de 1815 et le désarmement général. En 1865 son discours du trône, à l’ouverture des Chambres, déplorait à ce propos l’indifférence que les autres souverains avaient montrée à l’égard des «véritables intérêts des peuples». En février 1870, il négociait avec l’Angleterre pour que celle-ci l’aidât à vaincre la résistance de la Prusse, et il annonçait qu’il ferait le premier pas en réduisant, à titre d’indication, le prochain contingent; cette réduction, disait-il, serait de 10 000 hommes seulement, à raison de l’abstention de la Prusse: autrement, elle eut été plus forte. En effet, le 21 mars 1870, ses ministres déposèrent un projet de loi ramenant le prochain contingent de 100 000 à 90 000 hommes. Ce projet fut voté par le corps législatif le 1" juillet 1870 , en plein incident Hohenzollern. La déclaration de guerre est du 15 juillet. (Voir le Moniteur officiel de l’empire français des 6 novembre 1863, 16 février 1865, 22 mars et 2 juillet 1870 et la lievw bleue du 15 avril 1893..

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1rs armements les plus ruineux, nous devons donc veiller avec soin à ne rien proposer qui puisse être représenté comme diminuant la sécurité relative quelles cherchent dans ces armements; agir autrement serait, je le répète, nous enlever à nous memes tout crédit, en nous exposant aux imputations les plus dangereuses.

La question se pose donc de savoir si la proposition a 1 (‘tilde, supposée adoptée, serait favorable, indifférente ou nuisible a la défense nationale.

La petite brochure Arguments en fureur de tu trunsfor mut ion y etc. l ) laisse bien voir que là se trouve le nœud du problème. Elle est. divisée en effet en six paragraphes, dont les cinq premiers, sans souci des promesses du titre, se bornent à affirmer:

1° que la cause de l’arbitrage (qu’il ne faut pourtant pas confondre avec celle de la transformation des armées) gagne du terrain ;

2° qu’elle est d’accord avec les aspirations des peuples;

3° qu’elle est d’accord avec les intérêts économiques;

4° quelle est opposée à l’objectif des armées guerrières, c’està-dire à la guerre ;

5° que les masses travailleuses n’ont pas d’intérêt à la guerre.

Seul, le sixième paragraphe se. rapporte à la question. 11 est intitulé « les besoins de la défense nationale sont-ils compatibles avec la transformation des armées?» et se borne à affirmer en quatorze lignes (bien entendu, sans le prouver) que l’armée industrielle proposée sera « infiniment mieux préparée aux fatigues d’une campagne que ne peuvent l’être les armées actuelles dans leurs conditions de semi-activité ».

Comme, argument, on rappelle que « l’antiquité nous montre, à côté des rudes travaux de la guerre, l’accomplissement alternatif de travaux gigantesques, dus à un labeur excessif (sic) des armées ».

’) Les documents en faveur de la proposition qui sont en ma possession sont :

Une brochure de cinq pages, intitulée Arguments en fureur de la transformation des années guerrières-destructives en années pacifiquesproductives, d y après la théorie, de Ch. Fourier , par M"‘* Griess-Traut.

Une étude plus détaillée (‘25 pages in-4°): Aux Congrès universels de la Faix et spécialement aux Conférences interparlementaires ; années et flottes productives, par M. Fredrik Bajor.

Un placard intitulé Arbitrage international. Transformation des années guerrières-destructives en armées industrielles-produc lires. par M'"' Griess- Traut.

Pour abréger, je les distinguerai dans ce qui suit par le premier mot de leur titre.

L’auteur oublie seulement que dans l’antiquité, et même à une époque relativement récente, la guerre n’exigeait du soldat \ qu’un entraînement physique. Aujourd'hui, cet entraînement est tout aussi nécessaire — davantage même, les hommes étant devenus plus sédentaires ; mais il s’y ajoute une instruction I spéciale, que chaque jour des inventions nouvelles viennent compliquer, et que l’on n’acquôrra pas en creusant des canaux; le militaire de nos jours est au légionnaire romain ce (pie le mét canicien d’une locomotive est à un conducteur de mulets.

Par contre, le travail «Aux Congrès» a recours à des arguments un peu plus modernes. 11 cite la brochure bien connue De l’établissement des troupes à cheval dans les grandes fermes, par le maréchal Bugeaud, et celle de M. J. 11. Krantz: Etude i sur Vapplication de Vannée aux travaux d’utilité publique , publiée à la même époque, en 1847. Croit-on donc vraiment que les conditions des armées ne se soient pas modifiées depuis le temps de Louis-Philippe ?

Car c’est de là que datent les exemples les plus récents qu’on nous cite, sauf un sur lequel je reviendrai plus loin, de ne tiens pas compte en\effet des travaux exécutés aux fbrtifi- ► cations de Paris en 1870, sur lesquels s’appuient la feuille «Arbitrage » et la brochure « Arguments»: on conviendra qu’il s’agirait bien là de travaux d’ordre militaire! En dehors de cela, on tire argument des travaux exécutés par le maréchal Bugeaud (m Algérie ; mais on néglige, et que la méthode du général Bugeaud dût être abandonnée, et que l’armée d’Algérie, bonne pour combattre les Arabes, s’est trouvée singulièrement dépaysée, quand on l’a employée contre une grand*; armé*; européenne vraiment moderne.

La brochure « Aux Congrès » nous donne, comme principal exemple intéressant, l’organisation de Y Indelta, c’est-à-dire (les troupes suédoises cantonnées chez l’habitant, telle qu’elle fut réglé**, de 1621 à 1733; on espère amener les armées modernes à imiter une organisation datant de la Guerre de trente ans! Que de choses ont changé depuis cette époque lointaine!

Au bon vieux temps — c’est-à-dire, en matière militaire, avant 1870 — on entretenait une armée permanente, composée de soldats de profession qui servaient fort longtemps, sept années et davantage. Les réserves n’existaient pas. Un très petit nombre de recrues, au maximum une dizaine dans chaque compagnie, étaient confiées à quelques vieux instructeurs éprouvés, qui les dressaient sans se presser. Les anciens soldats montaient la garde, faisaient des corvées, prenaient part à de rares.prises d’armes, et passaient la plus grande partie de leur temps à bayer aux corneilles. En cas de guerre, les préliminaires de l’entrée en campagne et la concentration des troupes prenaient un temps considérable; pendant le parcours qu’un régiment effectuait pour se

rendre par étapes à la frontière, on avait tout le loisir de compléter le dressage des recrues et de remettre en train les quelques anciens soldats qu’on avait pu rappeler pour la circonstance.

Aujourd’hui, le service obligatoire, les réserves, les progrès de l’armement, les chemins de fer,et l’art tout nouveau de la mobilisation ont bouleversé ces habitudes tranquilles. Avec le service de trois ans, une classe*, sur les trois présentes, est composée de conscrits. Et il ne serait pas exact de* dire que les deux autres tiers d’uue compagnie sont bons pour h* service courant; car il faut en défalquer les cadres, les employés de toute nature, et tenir compte de ce fait que, un grand nombre d’hommes ne servant qu’un an, ou moins encore, la moyenne du service militaire est à peine supérieure à deux ans dans la plupart des pays (en Allemagne, elle est moindre).

En somme, une bonne moitié do l’armée est occupée soit à assurer tous les services courants, soit à instruire les recrues qui forment à peu près l’autre moitié et auxquels s’ajoutent plusieurs fois par an les hommes rappelés pour des périodes d’instruction; et certes la formation des recrues, si variée, si précipitée par l’obligation où l’on est de rendre ces hommes mobilisables pour le printemps, ne ressemble guère aux calmes opérations de jadis. La diversité de provenance des jeunes soldats incorporés à des époques différentes (recrues, engagés volontaires, etc.), les catégories qu’on est obligé d’instruire séparément (contingent ordinaire. volontaires d’un an, candidats aux divers grades et emplois), les appels de réservistes et de territoriaux (landwehriens), suffiraient à surmener les cadres, si à toutes ces besognes difficiles et variées ne venaient encore s’ajouter les tâches fastidieuses du service courant. Or, ce dernier ne consiste vraiment pas, comme on semble le croire, à aller au café et à la cantine. Ce n’est pas ici le lieu d’en énumérer les obligations ; il me suffira d’indiquer ce fait que, dans toutes les armées, les fatigues des grandes manœuvres d’automne sont considérées comme un véritable délassement, par comparaison avec cette vie de garnison que l’on se plaît souvent à représenter comme oisive. 1 )

*) Par service courant, il faut entendre la multitude des occupations militaires, autres que celles qui ont trait à l’instruction des troupes, c’està-dire autres que les exercices et manœuvres de toute nature. Je citerai notamment le service de garde et l’entretien des établissements, du matériel et des chevaux.

Or, en ce qui concerne le premier, j’ai vu des moments (lorsque les effectifs sont réduits par la libération d’une classe de recrutement), où l’on était obligé de faire prendre la garde tous les trois jours, c’est-à-dire où l’on ne pouvait assurer aux hommes que le minimum de deux nuits sur trois, passées dans leur lit. Aux mêmes époques, dans les troupes montées, par exemple dans l’artillerie de campagne, tous les instants des hommes sont absorbés par l’entretien du matériel et les soins à donner aux chevaux.

Si maintenant nous considérons le cas de guerre, nous reconnaîtrons qu’il est malaisé de trouver dans 1 ancienne armée l’équivalent de ce que c'est aujourd’hui que la mobilisation. I n coup de télégraphe est donné par le ministre, et tous les rouages de la formidable machine sont animés instantanément de mouvements tout autres que ceux qu'ils exécutaient auparavant. En moins d'une semaine, des centaines de milliers d’hommes sont réunis, habillés, équipés, armés, encadrés et transportés à la frontière. Quelques jours après avoir été arraché à son travail, à sa famille, le réserviste est au feu. D’où la nécessité d’avoir des réservistes instruits — c’est-à-dire qui soient de bons anciens soldats, et des soldats du service actif qui soient en état d’entrer en campagne du jour au lendemain, le tout encadré d’officiers et de sous-officiers rompus à leur métier.

Tout cela ne ressemble guère à l'idée que peuvent se faire d’une armée les personnes qui n’ont jamais servi, ou celles qui ont quitté le service avant la transformation radicale qui suivit, dans tous les pays, la guerre de 1870/71. l )

Eh bien, s’il est permis de supposer que l’armée du bon vieux temps aurait pu s’accommoder des conditions que proposent les partisans de la transformation, il saute aux veux qu’il n’en est plus do meme aujourd’hui. Des armées ainsi désorganisées ne seraient plus mobilisables, au sens actuel du mot.

A quoi servira, au jour de la mobilisation, une division de cavalerie éparpillée par petits paquets dans toutes les fermes d’une province? Et comment rassemblera-t-on et complètera-t-on par les réservistes une troupe répartie le long d’un chemin de fer en construction, et se déplaçant constamment, à mesure de l’avancement des travaux? Où prendra-t-elle ses vivres et tout son matériel de mobilisation? Et en quel état sera l’instruction de ces hommes? .Sans doute, ils seront entraînés au plein air et à certaines fatigues ni plus ni moins, d’ailleurs, qu’ils ne le sont aujourd’hui au régiment; mais que connaîtront-ils du métier militaire ?

Tous les officiers savent que, quand un homme rentre de congé, il faut un temps notable pour le ramener, sous le rapport de l’instruction et de la discipline, au point où il en était avant son départ. Il existe des pays où l’on a coutume de donner un grand nombre de longs congés, par mesure d’économie : les officiers y sont unanimes à protester contre une mesure qu’ils trouvent détestable, et à penser que mieux vaut, par exemple, diminuer d’un an le service militaire et le faire accomplir sans interruption, que de le couper par un congé de six mois.

*) Bien entendu, je ne parle ici ni de l’année prussienne, qui était modernisée bien avant 1870, ni des armées comme l’anglaise, la belge, la hollandaise, qui ne sont pas encore modernisées du tout.

Même pour les chevaux, on pont faire une constatation, analogue; il leur faut un dressage spécial et un entraînement continu pour être utilisables à la guerre. Ainsi, dans l'artillerie, les chevaux réquisitionnés à la mobilisation ce que; 1 on pourrait appeler les chevaux réservistes - sont attelés aux fourgons, aux forges, aux caissons de seconde ligne. Ceux que les batteries possèdent dès b; temps de paix sont alfeetes aux canons, ainsi qu’aux caissons de première ligne, parce qu’on sait bien quels mécomptes on éprouverait en employant la des animaux non dressés.

Que? sera donc une «armée industrielle», sinon un ramassis de réservistes, d’hommes en congé et de chevaux de réquisition, éparpillé dans des conditions qui en rendraient impossible le prompt rassemblement y Même ses cadres seront de valeur inférieure; car on ne saurait prétendre qu’un officier ou un sousofficier puisse être employé à faire tout autre chose que son métier, sans oublier quelque peu ce dernier, et surtout en se tenant au courant des modifications continuelles qu’il subit.

Certaines troupes, il est vrai, ne perdraient pas à cette organisation nouvelle qui, pour la très-grande majorité, ne serait qu’une désorganisation totale; et cela nous mène à parler du soûl argument, ayant trait aux armées modernes, que fournissent les partisans de la «transformation».

La brochure Aux Congrès fait allusion, en effet, aux travaux gigantesques exécutés par une fraction de l’armée russe, dans l’établissement des chemins de fer transcaspien et transsibérien. Mais elle a bien tort d’en tirer argument.

Que les « troupes de chemin de fer » soient employées, en temps de paix, à construire et à exploiter des chemins de fer, en vérité, rien de mieux et de plus naturel. C’est précisément, par définition même, leur manière à ('lies de se préparer à la guerre. Et il est probable qui' c’est ce qui se fait partout: en tout cas, je puis affirmer qu’elles ne font pas autre chose, non seulement en Russie, mais encore en Allemagne et en France. Seulement, ce qui serait vraiment peu logique, c’est d’employer ainsi en temps de paix des troupes qui n’y sont pas destinées en temps de guerre: et c’est là ce qu’on veut que vous invitiez les gouvernements à faire.

11 se trouve que les conditions spéciales de la Russie lui permettent de donner plus d’extension à ce service, et c’est ce qui fait qu’on en remarque davantage l’existence chez elle. ■Dune part, en effet, elle a besoin de plus de troupes de chemins de fer que les autres nations, parce (pie son armée est plus nombreuse, et que les voies de communication sont moins abondantes sur son immense territoire. Et d’autre part, elle

pout, dans scs possessions lointaines, affecter éventuellement à ces travaux des renforts puisés dans les autres armes. Car il est évident que ses garnisons de Sibérie ne sont pas destinées h faire la grande guerre en Europe: en cas de. mobilisation, elles arriveraient trop tard sur le théâtre des hostilités, ou, au moins, après qu’on aurait mis sur pied tout»; la population de la Russie d'Europe. Ces troupes sont en quoique sort»; une armée colonial»;, destiné»* h maintenir l’ordr»; dans une possession lointain»; »*t à combattre éventuellement des adversaires semi-barbares; or, dans tous les pays, l’armée colonial»* collabore dans un»; certaine m»;sure aux travaux publics, (piand les circonstances obligent à lui donner un »;fiéetif d'un»* certaine importance. II n'y a donc, dans 1’oxoinple de la Russie, aucun argum»*nt <*n faveur du projet, aucun argument sur lequel on puisse s’appuyer pour soustraire à leurs occupations normales dos troupes organisées en vue de faire la grande guerre en Europe.

Il est donc incontestable; qu’une armée «transformée» serait dans un état d’infériorité flagrante, en face d’une armée qui serait tout naïvonmnt restée une armée.

A cela, on répond que la. «transformation» devrait s’effectuer partout en même temps, d’un commun accord. Et nous n'tombons ainsi sur la vieil!»*, utopie qui consiste à demander aux gouvernements si divers d»*s nations européennes gouvernements parmi les»]uels il peut fort bi»*n s’en trouver qui soient animés de visées conquérantes — de s'entendre dès maintenant pour affaiblir proportionnellement leur puissance militaire.

11 est pourtant évident que, s’ils pouvaient êtr»; disposés à agir de la sorte, il serait infiniment plus simple à eux de renoncer à entretenir des armées, pour n’avoir plus que des milices, à la mode suisse. C’est là ce que devraient leur demand»*r le;s auteurs de la proposition, car ils n’auraient pas moins de chances d’obtenir ce résultat, lequel serait assurément plus complet et plus satisfaisant.

En résumé, nous ne saurions trop le répéter; on prend toujours pour un moy»*n d<; pacification ce qtli n»; saurait en être qu’un résultat. La pacification de; l'Europe n’est pas une ejue;stion de conventions arbitraires, c’est une question morale. On oublie qu’avant d’obtenir le désarmement, il faut Créer ce; que M. Frédéric Passy appelait excellemment l’esprit de désarmement, c’est-à-dire répandr»* partout l’e;sprit de renoncement aux conquêtes, ou autrement dit la reconnaissance; du droit des peuples, d’où résultera la confiance réciproque, suivie du désarmement progressif et spontané. On néglige ce fait qu’en de-

mandant des choses manifestement chimériques pour le moment, nous fournirions des armes à nos adversaires, nous les aiderions à déconsidérer le mouvement pacifique, à nous empêcher d’obtenir les résultats actuellement réalisables. On met la charrue devant les bœufs.

Le second point de vue auquel la proposition doit être repoussée est celui de la liberté.

Comme je l’ai fait observer plus haut, c’est au nom de la défense de la patrie — partout supposée en danger — que les peuples, pourtant si peu désireux de guerroyer, se laissent imposer les charges du militarisme; et rien ne montre mieux combien chimérique est la proposition, que l'énormité des sacrifices que ce sentiment d’insécurité nationale fait supporter bénévolement par eux tous.

Or, si les sacrifices pécuniaires sont énormes, si la perspective du sacrifice de la vie est généralement considérée comme peu agréable, il est un sacrifice plus intolérable encore, auquel on consent pourtant sans murmurer; c’est celui de la liberté. Même l’idée de finir misérablement sur le champ de bataille ne lui est pas comparable, car elle est hypothétique; peu de gens y songent — on espère toujours qu’on se tirera d’affaire sain et sauf. Mais la perte de la liberté! Trois années de caserne, à l’âge de toutes les exubérances, et au moment où chacun songe à se faire sa place au soleil ; les périodes d’instruction, pour lesquelles le réserviste doit abandonner famille et affaires ; enfin, 25 ans de soumission plus ou moins absolue aux rigueurs du Code militaire; voila des sacrifices tangibles, et que seule l’idée de la défense nationale, de la patrie en danger, peut rendre acceptables à des peuples civilisée*

Or, à tous ceux qui ont passé par là, je demande sans crainte s’ils accepteraient un pareil assujétissement pour tout autre objet que celui-là! Et pour ma part, je n’hésite pas à dire que, le cas échéant, je ferais tout pour échapper à un tel régime. Il n’v a pas ici à nous bercer de considérations émues sur l’utilité des grands travaux publics qu’on veut faire exécuter par les armées, sur la grande œuvre de solidarité à laquelle on veut les consacrer, je répondrai toujours d’un seul mot; Je n’en veux pas! — Je ne veux pas être contraint do travailler à ces œuvres, si mes goûts et mes facultés sont autres! Je sacrifie volontiers une partie de ma liberté à la défenso de ma patrie. Mais si ma patrie n’a pas besoin d’être défendue. qu’elle me rende ma liberté, qu’elle n’abuse pas de moi!

Eh quoi! Un homme est, je suppose, cultivateur, et on va l’employer dans une mine. Ün autre est poète, cordonnier,

médecin, on l’enverra creuser un canal, construire une voie ferrée. Mais la chose existe déjà. Seulement on l'applique aux criminels de droit commun: En France, on l’appelle la condamnation aux travaux oublies; en Russie, c’est la déportation dans les mines; en Angleterre, le hard labour!

Si de grands travaux publies sont nécessaires, et qu’à notre époque si troublée ils soient encore impossibles, qu’on rétablisse, ou plutôt qu’on institue enfin la paix morale; que par elle — car elle seule le peut — les peuples soient déchargés du militarisme qui les écrase; et les capitaux, les intelligences et les bras afflueront bientôt, d’eux-mêmes, vers ces grandes œuvres.

Mais, au nom de la liberté individuelle, vous devez repousser le projet de chiourme générale qui vous est proposé.

Il nous reste à considérer le point de vue économique du projet.

Que l’on veuille bien noter, d’abord, que je prends ici le mot «économique»' dans son sens vulgaire. Je ne considère pas la question au point de vue de la lutte entre l’idée économiste et l’idée socialiste, bien que l’esprit général de la proposition puisse à bien des égards motiver des considérations de ce genre. Il me semble en effet que l’idée pacifique doit s’élever bien au-dessus de ces discussions sur l’organisation interne des sociétés futures: nous visons à faire coexister on paix, sous un régime juridique librement discuté et accepté, les diverses sociétés humaines, quelque variété que puisse présenter d’ailleurs leur organisation politique ou sociale. Je me bornerai donc à rechercher si, au point de vue de la bourse de chacun de nous, le projet est avantageux, ou non.

Ce point a une grande importance, comme on le. pense bien. Quand je disais, plus haut, qu’il serait plus simple de demander aux gouvernements de licencier leurs t armées pour ne plus entretenir que dos milices, je réservais la réponse aux deux arguments (pie font valoir le plus vivement les auteurs du projet.

Ces arguments sont:

1° L’avantage de voir exécuter de grands travaux publics, actuellement délaissés;

2° La sécurité offerte aux travailleurs actuels, qu’un désarmement menacerait, dit-on, de la concurrence des hommes aujourd’hui retenus à la caserne, lesquels devraient également être protégés contre la misère pouvant résulter de leur brusque libération.

En oo qui concerne les travaux publics, il n'y a qu’un mot à répondre: ou bien ils seront exécutables et utiles, ou ils ne le seront pas.

Je ne suppose pas (pie ce soit ce dernier cas que 1 on ait en vue. Quelque disposé que l’on soit à demander aux gouvernements de prendre les mesures les plus arbitraires, et quelque confiance que l’on puisse avoir en leur docilité, il est difficile d’imaginer toutes les nations se concertant pour édifier des entreprises colossales, sans autre objet que de consacrer ensuite à leur entretien stérile des efforts non moins considérables. On ne songe pas, je suppose, à élever dans le désert une nouvelle série de Pyramides.

C’est donc apparemment il des œuvres utiles que l’on invite les gouvernements à consacrer leurs armées.

Mais ne comprend-on pas que, quand l’Europe aura cessé de gaspiller chaque année une demi-douzaine de milliards en pure perte, quand les populations, délivrées du cauchemar quotidien de la guerre, pourront entreprendre en toute sécurité des travaux de longue haleine, ne comprend-on pas qu’une ère nouvelle se lèvera pour l’humanité affranchie ? t Croit-on que ces capitaux gigantesques, ces bras, ces intelligences, resteront oisifs, quand ils ne seront plus dévorés par la guerre ou immobilisés par la paix armée? N’est-il pas évident que les chantiers et les ateliers sortiront do terre, par la seule volonté de l’initiative individuelle et de la libre association? La mise en valeur, l’exploitation rationnelle de la planète, est $ peine entreprise ; on commence seulement à entrevoir comment elle pourra être menée et quelle prospérité elle engendrorâ.' Certes, quand nous ne nous épuiserons plus sottement à la contrecarrer, il n’y aura pas besoin de décrets et de congrès diplomatiques pour la mettre en train!

Il va de soi, d’ailleurs, que, sous le nom de travaux inutiles, je n’éliminais plus haut que ceux qui ne présenteraient vraiment aucune sorte de raison d’être. Il faut assurément tenir compte de certains travaux que l’initiative privée sera peut-être peu disposée à entreprendre, parce qu’ils ne seraient d’aucun rapport, ou d’un rapport infime ou trop lointain, mais qui présenteraient néanmoins un intérêt général, d’ordre civilisateur ou autre.

Or, on peut être assuré que, dans l’humanité affranchie que nous voulons préparer, d’une part cette initiative privée verra son énergie et ses moyens décuplés, et, de l’autre, des associations, dont nous pouvons à peine pressentir l’importance, se constitueront pour accomplir les grands travaux auxquels on peut reprocher de n’être pas rémunérateurs.

Proposer ces travaux aux Etats comme premier objectif de leur activité nouvelle, est ainsi chose à la fois inutile et nuisible.

Inutile, parce que ces travaux se feront tout aussi bien, sinon mieux, sans la lourde intervention de l’Etat. Même au sein des misères présentes, ne trouve-t-on pas le moyen d’exécuter les entreprises les plus dénuées de profit matériel? Que cherchent à gagner les gens qui consacrent leur vie ou leur capital à une exploration polaire, les Nansen, les Andree, les de Grerlache, et ceux qui les subventionnent? Et les Etats-Unis fl’Amérique, c’est-à-dire le pays du monde où le gouvernement central a le moins d’attributions, ne sont-ils pas aussi le pays des initiatives les plus risquées, des travaux les plus grandioses, dos donations les plus généreuses et les plus désintéressées aux établissements scientifiques ou artistiques? Certes, la masse des gens se portera de préférence vers les travaux dont le profit matériel semble assuré; mais de plus en plus grand sera le nombre de ceux qui se dévoueront par pur sentiment d’altruisme, ou, si Ton. préfère uni' expression plus en vogue,'de solidarité humaine. Dès maintenant, il serait impossible (rémunérer toutes les associations qui poursuivent des objectifs généreux d’où toute idée de lucre est écartée; et nous ne sommes qu’à l’aurore de ce que nous réserve le droit de libre association, encore inexistant dans tel Etat, ou entouré dans tel autre de restrictions qui l’annulent en fait.

Or, qu’est-ce que l’Etat moderne, sinon l’association de tous les individus d’un même pays, en vue de la sauvegarde; des intérêts qui leur sont communs à tous? Et comment ne voit-on pas le danger que l’on court, en confiant à cette association supérieure le soin d’intérêts qui, ne concernant réellement qu’uni; partie de ses membres, seront infiniment mieux gérés par l’association de ces derniers? Ne risque-t-on lias de faire apparaître cet Etat comme tyrannique et haïssable par ceux qu’il obligera de la sorte à collaborer à ce qui ne les intéresse point?

En se plaçant à ce point de vue supérieur, et sans s’attarder à énumérer en détail une foule de cas particuliers, on reconnaît aisément que le nombre des entreprises utiles, mais non rémunératrices, dont l’exécution peut être sainement confiée aux Etats* est extrêmement restreint. Avant que l’on ait à se préoccuper sérieusement d’elles, il en aura été exécuté une énorme quantité d’autres, «pavantes» ou non, qui absorberont aisément dns centaines de fois l’offre de travail rendue disponible par un désarmement éventuel.

Reste l’argument de la protection des travailleurs actuels contre la concurrence des soldats rendus à la vie civile;. On pourrait parodier à son occasion un mot célèbre, en disant: «Protection, que d’erreurs on commet en ton nom!» Cet argument est peut-être le moins fondé de tous ceux que l’on pré-

sente en faveur du projet, dont il semble être pourtant le mobile principal : et il faut d’autant plus regretter de le voir intervenir ici. que ce sophisme généreux est couramment employé contre nous par les militaristes. En le faisant sien, le Congrès fournirait des armes à ses adversaires.

«Que deviendront les soldats, disent en effet les partisans du projet, si l’on supprime ou réduit notablement l’armée permanente? NV vont-ils pas jeter la perturbation sur un marché qui déjà ne fournit pas de travail à tous les travailleurs actuels? Et que deviendront pareillement ces derniers?»

Ce que deviendront les soldats et les travailleurs actuels? — Ce qu’ils voudront, pourrait-on répondre; ce que devinrent, lors de l’invention des chemins de fer, les conducteurs de diligence ! — Mais cette réponse 1 qui, présentée ainsi sous une forme sommaire, pourrait paraître brutale et révoltante, demande à être* quelque peu développée. Notre regretté collègue Franz Wirth a esquissé ce développement dans le numéro de février dernier des Waffen nieder, avec toute son autorité d’économiste, de philanthrope et de démocrate éprouvé, non sans témoigner quelque irritation de voir méconnaître à ce point les lois et l’enchaînement des phénomènes économiques.

On oublie trop, en vérité, que ces derniers sont extraordinairement complexes, et féconds en conséquences indirectes. Les armées actuelles ne vivent pas d’air et d’eau pure. On les nourrit; on les habille; on les équipe; on les logo; on leur fournit des chevaux, un matériel coûteux, des fortifications, des navires cuirassés, toutes sortes de choses que les inventeurs obligent à remplacer aussitôt qu’elles ont été mises en service. De là, cette situation monstrueuse de l’Europe moderne qui, sur la totalité de son budget annuel, consacre un tiers aux dépenses militaires, un autre tiers aux intérêts d’une dette résultant principalement des guerres passées, et le dernier seulement aux dépenses d’administration et d’utilité publique (et encore 1 , faut-il ajouter qu’une très grande partie des dépenses d’administration, causée par des considérations de méfiance réciproque et de protection, disparaîtra par l’institution de l’état juridique international). *)

A I heure actuelle, si l’on totalise les budgets ordinaires et extraordinaires de la guerre et de la marine dans tous les Etats d’Europe, on trouve que, sans même tenir compte des dettes,

*) On compare souvent les dépenses militaires à une prime d’assurance payée pour garantir la sécurité des nations, et, en fait,.c’est ce caractère qu elles tendent à présenter. Mais que dirait-on de la moralité, de ia prospérité et de la situation générale d’une ville qui écraserait ses habitants d’impôts, dont un tiers serait consacré à l’entretien de la police, et un autre tiers aux dépenses rendues nécessaires par les tumultes antérieurement suscités au sein de la population? Qui voudrait y habiter?

l’entretien de chaque homme de l’armée normcmw • ,

moyenne à 1550 francs (1240 mark)”'AinsT"'^'.^ roT,ent '; n

* , '" îltl ;!; "«U»*"* à raison ,1,. i 6 50 fraScs°chacM

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La dépense militaire une fois sunorimée m, t,,„i très réduite le budget de nos diverses patries -W A /V°‘/ S dépense de chacun de. nous, sera déchargé* d’autant Ft l’él, " taux ainsi devenus disponibles obéiront d’autant phi Ma tendanee naturelle des eapdaux, qui est ,1e s’employer que Vs t d entreprise sera puissamment encouragé par la séci. • '

demain, aujourd’hui absente. Tandis i|U e |4entreprises existants

sc développeront van.ment, ,1 s’en créera d,. toute parts de

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es hommes iberes de la caserne. (Vs In.. gagneront rnisï

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,,iie celle-ci les entretient aujourd’hui à ne rien faire; ils eu accroîtront la richesse generak au lieu de lui être sim,.ne , à

charge. La sera la seule diltérence. lit. franche.. on aurait

mauvaise grâce a se plaindre du changement

Mais ces points sont obscurcis, dans l'esprit de la plupart des gens par une appréciation erronée .le certains faits importe donc de préciser. ' 1

20 de la brochure «Au Congrès», on lit

A la page (pii suit :

« Admettons qu’on réussira à rendre au travail productif mit de bras détenus actuellement dans les années et les flottes Quelles en seraient les conséquences ? XV a-t-il pas lieu de tenir compte de Iencombrement des bras, si grand déjà?

«Renvoyer au foyer ou à l’atelier des bras sans emploi causes de suicides journaliers, en mesure-t-on les conséquences ?

« Il serait certainement plus, sage de retenir ces bras à I armée, dans la grande école* professionnelle, sous une intelligente discipline, pour raccomplisscinent des grands travaux en souffrance. »

Je laisse de cote le point, plus que douteux, de savoir si J on trouverait ainsi dans une armée quelconque le personnel (le directeurs, d ingénieurs et de contremaîtres nécessaire pour conduire ces centaines de milliers de travailleurs; il est permis de penser que l'industrie et l’art militaire sont deux carrière* qui demandent à être apprises, et entre lesquelles on ne saurait hure permuter impunément des hommes pris au hasard.

Ce qui est plus important, c’est la contradiction (pu* n r é sentent, à (piatrc lignes de distance,. ces deux propositions: « 1 encombrement des bras, si grand déjà » et « l’accomplissement des grands travaux en souffrance ».

Cette contradiction, faut-il l'imputer à un auteur dont nous connaissons tous la rectitude de jugement, ou bien existe-t-elle réellement dans les faits? Y a-t-il là deux termes (jui devraient logiquement s’exclure l’un l’autre, et qu’une inadvertance aurait rapprochés, ou bien la constatation d’une antinomie vraiment existante, que; l'auteur s’est borné à énoncer, mais dont il convient de rechercher l’explication ?

C’est cette dernière hypothèse qui est la bonne. Il n’est que trop exact que des centaines de milliers d’hommes ne trouvent pas à s'occuper, pendant que des milliards et des milliards de francs de travaux ne trouvent pas à s’exécuter. Et je prends ici le mot de «travaux» dans son sens le plus général, c’est-àdire que j’y comprends non seulement les grands travaux publics dont l’importance frappe l’imagination, mais aussi la fabrication des objets les plus primitifs et les plus nécessaires. Par exemple, quand l'ensemble de l’humanité aura atteint un degré moyen de civilisation, il n’est pas exagéré de dire que chaque individu devra pouvoir user un minimum de quatre paires de chaussures par an. Or, on ce moment, nous voyons cotte triple contradiction que des millions d’hommes vont pieds nus, tandis qu’un grand nombre de fabricants sont embarrassés d’un stock de chaussures qu’ils ne peuvent écouler, et qu’enfin une foule d’ouvriers cordonniers cherchent en vain do l'ouvrage.

D’où provient cotte déplorable situation, et, par conséquent, comment pourra-t-on y }>orter remède? Et quelle influence le licenciement des armées permanentes pourra-t-il exercer sur elle?

Quand on constate que tant d’hommes ehërchent en vain aujourd’hui un travail rémunérateur - ou même, hélas! un travail quelconque — on a coutume de dire que «le travail fait défaut,» et qu’il y a « surproduction générale.» Il est impossible d’émettre une opinion plus complètement inexacte.

Certes non, l’ouvrage ne manque pas sur terre aux hommes de bonne volonté, et il n’y a aucune surproduction industrielle. Ce qui existe, au contraire, c’est une sous-production générale,, <‘t une sous-production énorme, navrante: car on ne saurait assurément citer un seul objet qui soit produit en quantité suffisante pour qu’il soit possible d’en donner à chaque homme la part qu’il pourrait consommer, et qui lui reviendrait donc légitimement. La vérité est que, sauf dns exceptions si peu nombreuses qu’elles disparaissent dans la masse, l’humanité est plongée dans la misère; l’exemple des souliers, que je donnais

plus haut, peut être généralisé à tous les objets de consommation, même aux plus indispensables. On pourra* seulement dire qu’on est arrivé à une production suffisante, le jour où chaque individu pourra jouir pleinement des commodités qui sont actuellement le privilège du tout petit nombre sans compter celles qu’on aura imaginées d’ici là, le jour ou chacun, par exemple, aura une demeure spacieuse, confortable et décorée à sa fantaisie, des vêtements décents pour chaque circonstance et chaque saison, une nourriture abondante et agréable, une bibliothèque bien fournie et les mille objets qui facilitent aujourd’hui l’existenoe aux seuls gens riches, le jour enfin où chacun pourra successivement s’occuper suivant ses goûts, se distraire, se reposer, voyager quand il en sentira le besoin ou la fantaisie. . . .

Ce jour, certes, est bien lointain. Et même, on peut affirmer mie, si développée que devienne l'aisance générale, cette période (le satisfaction absolue, de ce qu’on pourrait appeler la satura tion économique, n’arrivera jamais. A aucun moment, la production d’objets de toute nature ne cessera d’être inférieure à la demande. Car chaque objet nouveau qu’on invente, oblige à en fabriquer d’autres, ne fût-ce que ceux qui sont indispensables pour le produire lui-même. Et, d’autre part, chaque besoin qu’on est parvenu à satisfaire, crée aussitôt des besoins nouveaux, dans cette marche incessante vers une existence de plus en plus facile.

Aujourd’hui encore, des défenseurs attardés de la barbarie répètent cette énormité que le budget de la guerre n’est point stérile, puisqu’il fournit du travail à quantité d’établissements, producteurs de materiel.*)

*) Cette affirmation est de la même force que celle qui consisterait à dire qu’il est avantageux de mettre le feu à une maison, puisqu’on donne ainsi de l’ouvrage à l’industrie du bâtiment, et que, suivant un proverbe connu, «quand le bâtiment va, tout va.»

Sans doute, quand on brûle une maison, on fournit de l’ouvrage aux maçons, plâtriers, charpentiers, menuisiers, peintres, tapissiers, fumistes, électriciens et autres corps d’état qui la reconstruiront. Mais la communauté perd le travail, juste aussi productif pour eux-memçs, qu’ils auraient accompli en bâtissant des maisons pour ceux qui n’en ont pas, ou en améliorant les maisons existantes.

On commence, il est vrai, à comprendre que toute destruction de richesse est un mal. Mais beaucoup de gens en sont encore à ne pas savoir distinguer un travail inutile d’un travail utile.

Il est pourtant clair que, si la destruction d’une richesse est un mal, c’est parce que. le temps employé à rétablir cette richesse, au lieu d’en créer une nouvelle, est du temps perdu. C’est un retard dans le progrès. Or, il en est de même du travail inutile. Que l’on occupe demain quelques millions d’hommes à creuser un trou énorme pour le boucher ensuite, ou à niveler les montagnes de la Suisse pour les rétablir après dans leur forme primitive, on aura produit l’équivalent de ce que l’on exécute aujourd’hui sous forme de fortifications, cuirassés, matériel et équipement de guerre.

Pas stérile, en vérité, parce que dans chaque pays il aura fait construire, en une année, deux ou trois cuirassés et quelques centaines de canons! Mais qu’on prenne donc la peine de réfléchir aux constructions productives que pourraient exécuter ces memes établissements métallurgiques! Combien de centaines de millions de journées de travail faudrait-il dépenser pour doter tous les pays du monde d’un outillage industriel, et notamment d’un réseau de voies ferrées comparable à celui de la Belgique! Et, dès maintenant, avant qu’on ait sérieusement fait effort dans cette direction, voici les voitures automobiles dont le besoin vient se superposer à celui des voies ferrées, en attendant que la navigation aérienne ouvre à notre activité un immense champ nouveau. — Et cette Belgique, que je donnais à l’instant en exemple parce qu’elle possède, dans son ensemble, un outillage des plus puissants, et que son commerce, dépassé seulement par celui de la Suisse, laisse loin derrière lui celui des grandes puissances militaires, — cette Belgique ne peut être ainsi louée que par comparaison. Elle est, comme les autres nations, une vallée de larmes et de misère: (die est seulement un petit peu moins misérable. Et, pendant (pie les autres peuples feront l’effort gigantesque qui leur est nécessaire pour s’élever à l’état de bien-être relatif dont jouit actuellement un pays plus avancé, tel que celui-là, ce dernier progressera pour atteindre une prospérité (pie nous ne pouvons même pas nous représenter aujourd’hui, et reculera d’autant l’idéal vers lequel marche l’humanité.

Ce n’est pas sans intention que dans l'ensemble des objets (pii constituent l’outillage d’une nation moderne, je faisais allusion plus haut aux voies ferrées et aux divers moyens de communication appelés à les seconder, sinon à les remplacer. C’est que les moyens de communication intellectuelle et les moyens de transport matériel sont les véritables instruments destinés à faire disparaître l’état do choses si mal qualifié par le terme de surproduction.

La vérité qui ressort d’un examen objectif des faits, c’est, je le répète, que, dans tous les domaines de l’activité humaine! il y a sous-production. Si, sur certains points, il y a une apparence de surproduction, c’est tout simplement parce qu’il v a simultanément, insuffisance de pouvoir d’achat de la part de ceux^ qui désireraient acouérir l’objet en question, et impossibilité, pour ceux qui le détiennent, de le transporter aussitôt quelque part où il puisse se vendre.

. Mais que signifie insuffisance de pouvoir d’achat? Et eue signifie d abord le mot achat? — Ce dernier désigne l’acquisitum par Paul d un objet possédé ou fabriqué par Pierre, contre •'que! 1 aul donne a Pierre un objet fabriqué ou possédé par lui-même (ou son équivalent en monnaie, peu importe: pour

plus de simplicité, je réduis l’opération à son expression primitive qui est le troc). Mais si Paul est incapable (racheter l’objet de Pierre, est-ce parce (pie ce dernier est saturé de toutes choses au point de ne plus ressentir aucun besoin ni aucun désir? — Evidemment non. .L’homme à ce point satisfait n’a jamais existé, et n’existera jamais. Le plus riche milliardaire s’offre chaque jour quelques fantaisies nouvelles, et c’est même pour cela qu’on lui envie généralement son milliard. Si donc Paul ne peut pas acheter l’objet de Pierre, c’est parce qu’il n’a pas en sa possession, pour les lui remettre en échange, les objets dont Pierre a précisément le plus grand besoin en ce moment, et que Pierre s’efforce de se les procurer ailleurs. Ce qu’il faut donc, c’est que Paul fasse venir ces objets s’ils existent déjà, ou qu’il les fabrique lui-même, s’il peut le faire à meilleur compte.

Quand on constate en un point quelconque l’existence d’une marchandise que ses producteurs ne parviennent pas à écouler, il ne faut donc pas crier à la surproduction, puisqu’il existe certainement des millions et des millions de gens à qui cette marchandise fait défaut; il faut dire au contraire qu’il manque, en ce même endroit, d’une autre marchandise permettant d acquérir celle qui s’immobilise entre les mains de ses producteurs. Je résumerai cette observation dans la formule suivante:

Toute surproduction d’un certain objet n’est , en réalité, que l’indice de la pénurie , locale ou générale, d’autres objets qui puissent être échangés contre celui-là.

Or, cc qui vient d’être dit des objets fabriqués s’étend évidemment au travail des hommes, puisque ce travail est la condition première de l’obtention de tout objet. S’il existe à un certain moment, à Lyon ou à Sheffield, plus de pièces de soie ou d’objets de coutellerie qu’on n’en peut vendre, ce n’est pus que la coquetterie féminine soit désormais ultra-satisfaite, ou que chaque ménage du monde soit abondamment approvisionné en couteaux de table et de poche, ciseaux et rasoirs: c’est qu’un grand nombre d’objets, qui seraient utiles aux habitants de Lyon et de Sheffield, n’existent pas entre les mains de ceux qui ont besoin de soierie et de coutellerie, ou n’existent pas du tout, ou bien existent trop loin pour qu’on puisse les amener à bon compte, ou enfin qu’on n’est pas renseigné sur leur existence. Qu’on entreprenne de fabriquer ces objets, ou de les apporter s’ils existent, et du même coup, on améliorera l’existence des habitants de ces deux villes et ae quantités d’autres, on fournira du travail (et par conséquent des produits nécessaires, c’est-àdire de la richesse) à quantité d’hommes qui en manquent, — et notamment à ceux qui perdent aujourd’hui leur temps dans les casernes.

En résumé, ce qui cause aujourd’hui le malaise économique si improprement caractérisé par le mot de surproduction, ce n’est ni l’excès de produits de toute nature, ni l’excès des bras disponibles pour les travaux de première nécessité. S’il en était ainsi, on en viendrait à considérer comme un remède une grande guerre qui ravagerait des pays entiers et faucherait toute une génération d’hommes.

Non, l’humanité ne souffre pas d’un embarras de richesses, et n’est pas près d’en souffrir. Ce qui lui manque avant tout, c’est de; pouvoir transporter les produits de son industrie, en temps voulu, aux points où ils sont nécessaires; la faculté pour chaque homme de pouvoir, sur le champ, se rendre sur le point du globe où il trouvera le meilleur emploi de ses facultés; enfin la certitude, pour cet homme, d’être accueilli là en frère, en collaborateur, par les habitants installés avant lui, et de se voir à tous égards traité sur le même pied qu’eux.

En un mot, ce qui fait défaut, ce sont l’entente et l’hospitalité internationales (c’est-à-dire la saine compréhension des besoins généraux), et des moyens suffisants de communication intellectuelle et matérielle.

Dans ces conditions, c’est une grande erreur que de voir dans le désarmement un danger, consistant dans l’augmentation du nombre dos inoccupés. Si l’insuffisance actuelle de; l’outillage économique devait continuer, notre condition serait décidément bien fâcheuse, et cette seule cause occasionnerait bien d’autres misères, et elle exigerait bien d’autres mesures de préservation, que ne pourrait faire le licenciement des armées. Mais' on oublie toujours que pour exécuter une œuvre quelconque, deux éléments sont indispensables, le capital, c’est-à-dire, l’outillage et los réserves créés par des travaux antérieurs, et le travail (intellectuel et manuel). Or le désarmement libérera proportionnellement une quantité de capitaux bien plus grande que de travail, car il libérera ceux qui sont directement consacrés à entretenir la troupe (et qui, en tout état de cause, suffiraient à faire vivre ces hommes), plus la masse énorme de capitaux immobilisés en matériel et en constructions, sans compter ceux qu’immobilise l’inquétude. Et ce coefficient de sécurité du lendemain n’est pas le moins important; car la confiance est un troisième élément indispensable à toute entreprise, et que son caractère immatériel et impossible à chiffrer empêche seul de faire entrer en ligne de compte, à côté du capital et du travail. 1 )

') Ce n’est pas un traité d’économie politique que j’écris ici ; à supposer que j’eusse la compétence voulut*, cette entreprise serait déplacée. Mais il importe néanmoins de préciser certains faits.

Le malheur des temps présents est que les diverses nations se croient encore obligées de se suffire à eUe-mêmes, comme faisaient jadis les pro-

D’ailleurs, comment expliquer ce fait que l’on s’accorde, en tous pays, à se féliciter de chaque accroissement de la population Y Sans doute, cette opinion a un fondement militaire: on est satisfait de constater que l’on pourra éventuellement aligner un plus grand nombre d’hommes sur le champ de bataille. Mais il existe déjà quelques pays civilisés en Europe, par exemple la Suisse, la Belgique, les Etats Scandinaves. Ces nations no font pas entrer la guerre dans la supputation de leurs chances de prospérité. Or elles se réjouissent (le voir croître leur population. l)c meme, par exemple, l’Argentine, qui fait tout son possible pour développer chez elle l’immigration.

C’est que l’on sait que chaque homme est capable de produire, par son travail, une quantité de richesses énormément

vinccs. Il fut un temps où le propriétaire beauceron et celui du Médoc vivaient des produits récoltés sur leur terre; aujourd’hui, ils sont spécialisés: l’un fait «lu blé et l’autre de bon vin, et chacun y a gagné. - De même, ie Venezuela a renoncé depuis longtemps à quantité de cultures, dont il importe les fruits, pour se vouer à celle du café. - Aujourd’hui, les Cubains, entre deux guerres civiles, cultivent le tabac et la canne à sucre, qui no peut lutter contre la betterave. Un jour viendra où ils comprendront qu’il est absurde de s’obstiner dans cette voie, et fourniront au monde entier d’excellents cigares, que certains leur paieront en sucre, et d’autres autrement. -- Y’a-t-il d’ailleurs rien de plus absurde que la lutte des divers Etats pour exporter du sucre à qui mieux mieux, et en renchérir artificiellement le prix, quand il n’existe pas un seul pays où la consommation nationale atteigne, en moyenne, la dixième partie de ce qu’elle est dans la classe aisé« v , c’est-a-diro de ce qu’elle devrait être partout! — Autre chose: pendant la dernière famine qui a désolé certaines parties de la Russie, d’autres provinces exportaient du blé en quantité. Dira-t-on qu’il y avait là surproduction, et non incapacité d’achat? De même, les populations se spécialisent dans une certaine mesure: on’ne s’aviserait pas de faire immigrer (h's terrassiers au Piémont, des maçons en Limousin, des marins en .Bretagne. Dans ces pays, il y a engorgement de certaines professions (l’équivalent de la surproduction), d’où immigration.

Le remède à tout cela? — La liberté, dans tous les sens «lu mot. C’està-dire la liberté de se rendre au point où l’on peut utiliser le mieux ses facultés, et la liberté de transporter une marchandise au point où elle fait défaut. Et, comme moyen de réalisation, pour faire passer ce principe dans la prathjue:

Egalité de traitement des étrangers avec les nationaux, au point do vue civil, c’est-à-dire en tout ce qui ne concerne pas l«*s droits politiques;

Libre échange ;

Développement intensif des moyens de communication, permettant de renseigner chacun, à tout moment, sur les offres et demandes existant sur tous les points du globe, et de transporter, le plus rapidement et au minimum de frais possible, les hommes et les marchandises aux points où ils trouveront leur emploi.

Dans ces conditions — et dans cos conditions seulement — on n’entendra plus parler de surproduction, bien que la production ne puisse manquer de devenir centuple de ce «lu’elle est aujourd’hui. Et l’on ne s’inquiétera pas de voir l’Europe rendre au travail les quatre millions d’hommes (à peine 1 pour 100 de la population) qu’elle n’aurait pas dû lui enlever!

supérieure à celle <jui est nécessaire pour assurer strictement sa pitance quotidienne; et par suite, d’ici au jour bien lointain où 1 on atteindra la limite de production des denrées alimentaires la venue de chaque homme nouveau, quel qui! soit, du moment qu’il travaille honnêtement , est un bienfait pour la communauté puisqu'il pourra produire quantité d’objets qui entreront dans la circulation générale des échanges.

Or, supposons maintenant qu’un Etat qui entretient une armée de 100 ()0() hommes, se décide à la licencier. Il accroîtra ainsi de 100 000 individus les forces travailleuses de la nation* Pour obtenir normalement une semblable augmentation de sa puissance industrielle, il faudrait (pie sa population se fut accrue de 400 000 habitants au moins, en comptant la famille moyenne a 4 personnes. 11 faudrait en réalité une augmentation bien plus forte, puisque les hommes rendus au travail sont tous dans la force de l’âge, et parfaitement valides; ces 100 000 travailleurs choisis correspondent peut-être à une augmentation normale d un million d habitants.

Explique qui voudra comment ce qui, dans tous les pays et en toute circonstance, serait considéré comme un bien, peut devenir un mal dans le cas particulier de la restitution des armées au travail général!

Et voyez encore cette contradiction. Dans l’intérêt des travailleurs actuels, et pour leur épargner la concurrence de nouveaux travailleurs, on veut faire exécuter toutes sortes de grands travaux par l’armée, c’est-à-dire par l’Etat.

Mais cette armée, qui donc l’entretient, et continuera de l entretenir.-' A est-ce point l’Etat, c’est-à-dire Monsieur Tout-lo- Monde r

. pt alors, de deux choses l’une. Ou bien ces travaux reviendront plus cher, tout compte fait, que s’ils avaient été exécutes par 1 industrie privée, ou bien ils seront établis à meilleur compte (on peut exclure du raisonnement le cas où ils coûte-

a j tai î t ' H . fa “ drait pour cola une extraordinaire accumulation de hasards et de coïncidences).

nlus Hu'r hœr ’Tv- >? travaux reviennent

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«rXîwf e - bUdg<!t ’i C ’f t ' à ' d i IV l»>r la population

produisante ou on voulait protéger contre les effets de la con-

51. f’, au contraire, ils sont faits à meilleur marché, nlnoi ■ 1,! trava,1, our militaire est payé moins et travaille plus économiquement que le travailleur libre, on aura suscité à e ermcr la concurrence qu’on voulait lui épargner: il verra réduire son salaire, heureux si la supériorité démontrée do la

I main d'œuvre enrégimentée n a point pour conséquence de lu I faire priver de sa liberté.

Hâtons-nous d’ailleurs de noter que, de ces deux alterna- 1 tives, e est sans aucun doute la première (pii se produira. Il [ suffit d’avoir la moindre expérience de la production dans les [ ateliers d Etat pour savoir qu’à exécution égale leurs produits I reviennent toujours beaucoup plus cher que ceux de l’industrie [ privée. Or, je le répète, c est le budget qui paiera la différence, c’est-à-dire précisément le contribuable qu’on veut protéger.

A cet égard, comme au point de vue des questions de dé- | fense nationale, la proposition est vieille de cinquante ans. Sans I doute, cette seule constatation ne suffirait pas à la condamner — bien des idées,. plus anciennes qu’elle, et non encore mises I à exécution, sont justes et fécondes. Mais sur ce domaine, bien du chemin a été fait depuis un demi-siècle, bien des théories | ont subi l’épreuve; de l’expérience, ou se sont montrées insuffi- [ santés à la suite d’une connaissance plus approfondie des faits.

Les noms que l’on cite à l’appui de la proposition, Fourier, Bugeaud, Krantz, appartiennent à cette génération (pii, plus généreuse qu’expérimentée, crut pouvoir, au milieu de ce siècle, faire instituer par l’Etat un nouvel ordre de choses économiques, [ plus favorable que l’ancien. Les faits se chargèrent de la dés- I abuser.

H est inutile de rappeler ici l’institution des Ateliers Nationaux de 1849 et ses suites lamentables; les Journées de juin eurent leur répercussion dans l’Europe entière, et sont présentes I à toutes les mémoires. Mais '’on nous cite volontiers les tentatives de colonisation algérienne du maréchal Bugeaud; voici leur résultat, tel qu’il fut rappelé h 1 10 juillet dernier, devant l la Chambre des députés de France, par M. Deschanel:

« Le maréchal Bugeaud constitua trois colonies militaires [ coopératives et leur donna des terres et des capitaux. Au bout d’un an, ces colons n’avaient plus d’argent; ils n’avaient rien [ fait, comptant les uns sur les autres. Le maréchal rompit leur I association, et ils travaillèrent pour eux-mêmes. Au bout d'une 1 nouvelle année, les uns avaient ramassé de l’argent et les autres j avaient perdu le leur. » l )

En résumé, grâce à la volte-face exécutée par Bugeaud, on ! en était au même point que si des colons libres étaient venus en Algérie. Seulement, avant d en venir la, des capitaux avaient \ été engloutis dans une tentative vaine. Et ces capitaux, qui les : avait fournis? Le bon contribuable. — L’exemple n’est pas heureux pour la proposition; il est à méditer.

*) Journal Le Temps, (lu 11 juillet 1897.

Il est impossible de ne pas rapprocher ces idées, mieux intentionnées qu’efficaces, d’une autre utopie, datant de la meme époque, et qui n’eut que trop de retentissement. .Je veux parler de la célèbre brochure Sur l'extinction du paupérisme, à laquelle le prince Louis-Napoléon dut une bonne part de sa néfaste popularité. Une cinquantaine (h* pages du plus petit format usité, in-32, donnaient, chiffres à l’appui, la recette pour chasser toute misère de France. L’Etat toujours l’État- Providence! instituait dans chacun des 86 départements une colonie agricole, dont le budget était dressé par l’auteur avec un soin extrême. Ce budget s’améliorait d’annee on année suivant une progression mathématique, si bien qu’on dix années la France devenait h* pays de Cocagne. On reste confondu, en voyant l'assurance avec laquelle l’impérial prétendant alignait des tableaux de chiffres mirifiques et renouvelait le miracle de la multiplication des pains! Monté sur le trône, Napoléon III, monarque absolu d’un pays favorisé où la tâche d’éteindre le paupérisme, était certes plus facile qu’ailleurs, eut tout loisir d’appliquer scs théories. Il ne semble pas y avoir songé! Et certes, s’il n’en avait compris l’inanité, il n’aurait pas négligé cette occasion de s’assurer de la manière la plus louable la popularité démocratique qu’il ne cessa do recherche]’.

Il faut bien s’en souvenir : ex nihilo, nihi-l. Toute protection donnée à Pierre ne peut s’obtenir que pas la spoliation de Paul. Kt ce dernier, une fois qu’on a ainsi restreint sa puissance d’achat, est un moins bon client pour Pierre, qui finit donc par perdre également à ce jeu où il croyait gagner.

Encore, une proposition comme, celle de Louis-Napoléon s’appuyait-elle, sinon sur un raisonnement scientifique, du moins sur un étalage de chiffres qui pouvait faire illusion sur sa praticabilité.

Celle qui vous est soumise n’est point munie de ce viatique; c’est un saut dans le vide qu’on vous demande de faire.

La seule indication (pie nous trouvions, en effet, sur le budget de la future » année industrielle-productivc», est là phrase suivante du placard Arbitrage international':

«Cette année industrielle, qui centuplera les richesses du pays, aura droit à une paye quadruple.

Ce dernier mot, imprimé en capitales dans le texte, constitue assurément une promesse alléchante. Mais pourquoi quadruple? Pourquoi pas décuple? Il n’en coûtait pas davantage à l’auteur. Et, du moment que la richesse du pays sera centuplée. . . .

Et puis, quadruple de quoi? De la paye d’un simple fantassin de seconde classe, ou d’un sous-officier d’artillerie, ou d’un

capitaine de gendarmes, ou simplement de l'ouvrier civil qui exécute aujourd’hui le même travail? Et cette paye, sera-t-elle la même pour le pauvre diable qu’on enverra malgré lui à Panama pour achever h' canal, sous un climat meurtrier qu’il est peut-être incapable de supporter, ou pour celui (pii restera tranquillement en France à détruire les taupes et les hannetons (car la «destruction des espèces ennemies de l’homme» est uni 1 des tâches indiquées comme devant revenir à l'armée industrielle) ?

Et puis enfin, qui' la paye soit quadruple ou décuple d’une autre paye inconnue, de quel droit fixer arbitrairement ci! chiffre qui, mis en vedette sur une affiche, miroite aux yeux de la foule ignorante? Vous voulez reboiser une montagne, percer un isthme? De quel droit allez-vous distribuer aux officiers, sousofficiers et soldats de l’armée industrielle des sommes différentes de celles que toucheraient pour le même travail les ingénieurs, contremaîtres et ouvriers compétents? Quelle est cette dilapidation des deniers publics, c’est-à-dire de nos ressources à tous?

Au reste, il suffit pour en finir avec cet opuscule, de reproduire sans commentaire le passage qui suit immédiatement celui relatif à la paye quadruple. Pour achever de rassurer les militaires, considérés sans doute comme de grands enfants, voici ce qu’on promet à l’année industrielle pacifique:

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