‹ Comment sortir de la crise ? Libéralisme ou professionalisme ?Chapitre 8 sur 19 · C) UNE ÉCONOMIE ORDONNÉE · texte numérisé non relu

C) UNE ÉCONOMIE ORDONNÉE

Cette expression est à égale distance de l’Economie livrée à ellemême et par conséquent vouée à l’anarchie et de l’économie dirigée et par conséquent vouée à la dictature.

Autorité et liberté, il faut, dans la vie professionnelle comme dans J a vie familiale et civique, accorder ces deux principes.

Il faut donc un ordre juridique et social qui enveloppe la vie économique. Au sommet, l’Etat, mais entre lui et les entreprises privées s’interposent d’autres pouvoirs, parmi lesquels la primauté revient, dès lors qu’il s’agit de produire des biens et de les répartir équitablement, aux corps professionnels? A ces corps intermédiaires, il appartient de remplir toutes les tâches dont ils sont capables, de s’acquitter de leur seule initiative et de leur propre mouvement sous réserve d’une œuvre de coordination d’ensemble dont l’Etat seul, en liaison avec la Communauté juridique des Etats, peut s’acquitter.

M. Flandin, Président du Conseil, disait dans son discours du 27 novembre 1934: « qu’une législation rendrait obligatoire pour le temps de crise seulement et sous certaines garanties, les ententes de producteurs tendant à régulariser la production ». M. Theunis à la même date disait à peu près les mêmes mots en Belgique. Cela prouve bien qu’il s’agit d’un besoin universel de réglementation et d’ordre.

La tendance au libéralisme ne signifie point qu’on doive pousser la liberté jusqu’à l’absurde : le laissez-faire ne peut être à cette heure une méthode invariable de Gouvernement.

Il nous sera permis d’ajouter que, peut-être, l’avenir économique apparaîtrait moins sombre si nous savions y entrer avec résolution et si nous inclinions nos esprits vers plus d ’imagination et plus de hardiesse.

Une économie disciplinée exige (c’est à la fois sa vertu et son péril), un effort immense, continu, de volonté et d’énergie. Elle réclame une méthode sévère, 4 elle exige une orientation réfléchie. Elle peut entraîner des tâtonnements, des erreurs. Elle a un mérite, elle est humaine; elle seule permet d’espérer, parce qu’elle encourage à agir.

Et pour ceux qui, sans parti-pris systématique, regardent, comparent, méditent — loin d’en être la négation — elle apparait comme la

sauvegarde de la vraie liberté.

Il faut avoir des visions profondes et une vue lointaine quand il s’agit de pronostiquer quelles pourront être les conséquences des événements de demain.

L ’économie ordonnée ne constitue pas une révolution, elle a toujours été plus ou moins appliquée. C’est une question de mesure.

Il n’y a pour le moment de meilleure solution que celle des associations d’intérêts libres qui sont la manifestation de l’action collective.

Il faut éviter le plus possible, 1 ’intervention des questions politiques dans les questions économiques, mais dans certains cas, les ententes ne sont possibles que si elles sont rendues obligatoires.

Une certaine autorité mais précaire, fragmentaire, incertaine, fonctionne dans la vie professionnelle de notre Pays; mais la plupart des individus et des entreprises n’y sont reliés que par des liens trop relâchés. Après plus de cent ans d’individualisme, les Syndicats professionnels ont surgi. L’Etat les a appelés à. collaborer avec lui; il les a consultés sur ses propres projets et, par le droit d’ester en justice, il leur a donné le moyen de veiller à l’application des lois.

Mais il est manifestement impossible de se contenter des résultats acquis à la faveur de la lente révolution qui, depuis la loi cinquantenaire du 21 mai 1884 sur les Syndicats, s’est dessinée vers l’institution d’une autorité dans la profession. En voulons-nous la preuve? Maintes lois se sont efforcées, au cours des dernières années, de porter remède à l’état anarchique de telle ou telle branche de la production ou du marché ; il suffit de rappeler les statuts successifs si souvent rectifiés par le Parlement, de 1a. viticulture et du blé. Ce ne sont pas les consultations professionnelles qui ont manqué avant l’élaboration de ces statuts. Mais ce qui a manqué c’est l’autorité professionnelle, qui aurait été d’appliquer les formules légales préparées, réclamées par les sés. Seule l’intervention de l’autorité professionnelle dans 1’ de ces règlements en aurait assuré la juste adaptation et la

Comment mettre un terme à toutes les oppositions interprofessionnelles ouvertes ou latentes sinon par des arbitrages qui impliquent un pouvoir d’impulsion et un droit de contrainte?

Nous réclamons l’organisation d’une sorte de sûreté générale de police économique capable de nous faire faire l’économie de mouvements révolutionnaires.

Observez l’évolution qui s’est produite aux Etats-Unis, la plus grande démocratie des temps modernes; en Angleterre, la terre d’élection du libéralisme orthodoxe. Là peut-on chercher d’autres causes que les nécessités économiques à l’interventionisme de plus en plus accentué? Comment dans un monde économique soumis à une si forte emprise gouvernementale, la France pourrait-elle se réfugier seule, dans l’abstenlionisme? Notre Economie nationale serait-elle sacrifiée à des scrupules ou à des préjugés doctrinaux?

En toute sincérité et en toute objectivité, ne devons-nous pas constater que dans le temps présent, le libéralisme s’est révélé impuissant à ramener l’ordre dans l’anarchie?

La guerre économique conduit à la guerre civile et la guerre civile à la guerre étrangère.

Tant qu’on n’est pas malade, on n 'a pas besoin de médecin, or, nous sommes malades et le seul médecin, c’est la profession.

Nous vivons dans une économie basée sur la liberté commerciale aujourd’hui détruite par l’individualisme et l’autarchie.

Tous les régimes meurent de la même façon : crise financière, inertie des dirigeants, méconnaissance des réformes nécessaires, souci de la forme.

Il serait grand temps de mettre enfin à la raison ceux qui s’efforcent de paralyser la reprise de la confiance et de l’activité économique.

Il faut s’attaquer avec vigueur au problème économique. Ce problème difficile nous presse et domine à l’heure présente l’équilibre budgétaire puisque celui-ci en dépend.

L’impôt sur le chiffre d’affaires produisait 10 milliards en 1929 et 7 milliards en 1933, où allons-nous?

Il faut instituer un pouvoir capable de discipliner les énergies individuelles en vue du bien commun.

Comment parer aux conséquences meurtrières d’une crise sans précédent née des excès du laisser-faire?

L ’organisation doit discipliner la machine.

Il est indispensable de définir, d ’organiser 1 ’autorité dans la profession, et de régler ses relations avec l’autorité souveraine dans la Cité.

Nous pensons qu’entre l’économie libérale, c’est-à-dire l’anarchie et

Tétatisme collectiviste, c’est-à-dire la caserne, il y a place pour une organisation rationnelle de notre économie capable de répartir l’abondance et la prospérité qui existent en fait et par cela même susceptible de rallier la majorité des bonnes volontés.

Plus on avance dans l’intelligence de la crise économique, et de ses causes, plus on se convainc que les mots prospérité et confiance ne désignent pas deux phénomènes distincts quoique concomitants, mais une seule et même force.

L’évolution encore possible deviendra révolution sous l’empire de la nécessité.

Les problèmes économiques sont les plus urgents, ils commandent tous les autres.

Dans la crise présente où tout est engagé, le salut commun est la loi suprême et les intérêts privés doivent être mobilisés au service de 1 ’intérêt commun.

La crise économique et sociale impose des devoirs qui l’emportent de haut sur les mesquines préoccupations de parti et les convenances de personnes.

Le pays veut des actes de bonne volonté. Que chacun y songe et sacrifie quelque chose aux besoins de la collectivité française.

Il est difficile — (est-ce possible) — de faire comprendre que l’incertitude a pour cause principale ----- sinon unique — le nationalisme furieux qui a envahi tous les peuples? Depuis plus de cent ans, une solidarité économique s’était peu à peu établie entre les nations. La grande guerre l’a dé-raquée. Après la guerre, au lieu de réparer patiemment le désordre, les gouvernements ont subi la pression des préjugés populaires; ils ont travaillé à disloquer définitivement le mécanisme du commerce international. Aujourd’hui, la confusion est extrême. Le nationalisme s’est traduit par la guerre douanière et par le chaos économique. La manipulation des monnaies est en train d’achever la dislocation et la ruine générale; elle est devenue une arme de guerre dans la lutte économique. Les pays qui l’emploient ne voient pas que cette arme est meurtrière pour eux-mêmes; qu’elle aggrave la crise économique; elle fait disparaître peu à peu ce qui reste de moralité dans de monde. Certains proposent sérieusement d’y recourir en France. Choisissons plutôt l’organisation.

La liberté n’est menacée que parce que le bien-être est détruit et parce que la sécurité du lendemain n’existe plus. C’est le libéralisme intégral qui ne s’en est pas préoccupé et qui en est le grand responsable.

Les libres initiatives sont impuissantes à ramener l’ordre; elles ne peuvent plus se protéger contre le déchaînement des forces économiques

ni agir sur des phénomènes qui désormais leur échappent !

Le rôle d’animateur et de régulateur de rEconomie Intérieure, dans le cadre de rEconomie actuelle appartient de plus en plus à la Profession. On ne peut dire qu’en France, l’économie soit dirigée, elle est dans l’anarchie sans aucune direction.

Chez nous, c’est un mélange de « conservatisme » qui marque un défaut d’adaptation aux nécessités nouvelles et d’anarchisme par quoi on se refuse à toute discipline; nous vivons dans une sorte de dévergondage de la liberté.

En matière économique, la vraie liberté ne peut être que la conséquence et comme la manifestation de l’ordre. Or, pour mettre de l’ordre dans la maison, il faut une méthode, il faut des buts ; il importe surtout de trouver des volontés, pour appliquer les méthodes et atteindre les buts.

2° LA PROFESSION ORGANISÉE, C’EST LA DICTATURE DE LA MÉDIOCRITÉ, LA LUTTE CONTRE LE PROGRES ET LES ÉLITES. C’EST LA LOI DES DÉMOCRATIES ET L’ASSERVISSEMENT DES MEILLEURS AUX MOINS

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