‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 17 sur 250 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

21-23. ayant amassé des tas de blé pour Uras le fort, 24-26. le maître des insignes, du sceptre et de la couronne, 27-29. qui a fait accomplir le désir de Marna, 30-32. ayant fixé les frontières de Kes (Kesh), 33-35. prodiguant les aliments sacrés pour Nintu, 36-37. le sage parfait (unique),

38-42. ayant aménagé les pâturages et les abreuvoirs à Lagas (Sirpula) et à Girsu

lieu de se trouver dans le pays d'Akkad près de Babylone et de Barsip, elle se trouve dans le pays de Sumer, non loin de Lagash (Telle). Aussi on désigne cette nouvelle ville par le nom de Kes ou Kesh et on propose de la localiser à Tell Hamman à l'ouest de Lagash. Cette localité fut alternativement en état de paix ou de guerre avec Lagas. Cf. Meissner, B. u. A., I, p. 10. Si Nintu-Mama avait des temples à Lagash et à Girsu, comme l'indiquent 38-42, elle était surtout honorée à Kesh Meissner II, p. 12.

Quelle est l'œuvre que H se vante d'avoir accomplie dans la ville consacrée à Nintu-Mama ? Usurtuni est employé plusieurs fois dans l'épilogue pour désigner le relief placé au sommet de la stèle représentant Samas et H XXIVr 91 ; XXVr 73 ; XXVIr 9, 31. Ce sens ne saurait convenir à une ville. Le sens ordinaire de usurlum « enceinte, limites, frontières », qui conviendrait bien ici, est adopté par Ungnad. Sans doute le caractère religieux d'une telle œuvre n'est pas aussi direct que celui de prodiguer des aliments sacrés 33-35. Aussi Scheil, remarquant que usurtum signifie encore lois, statuts, traduit par « cérémonial ». Peut-être est-il plus sage d'adopter la signification qui correspond au sens le plus usuel du mot et qui désigne l'œuvre la moins extraordinaire. Ainsi H se vanterait d'avoir honoré Nintu en fixant les frontières de la ville consacrée principalement à son culte.

33-35. La déesse de Kes est appelée ici par son nom sumérien . H rappelle un service qu'il a rendu à la personne même de Nintu : Il lui a prodigué les aliments (ou les repas) sacrés. Mudiessi. part, de la forme intensive ou itérative de das' rendre abondant, prodiguer. Makalu de la racine 'kal, manger. Meissner traduit par holocauste, il s'agit plutôt d'aliments ou de repas. Ellum, pur c'est-à-dire séparés du profane, sacrés.

Meissner fait remarquer que l'offrande de sacrifices par les Ba'byloniens et les Assyriens était fondée sur deux motifs. On prêtait aux dieux, que l'on se représentait sous dés formes humaines, les besoins humains, surtout au point de vue des aliments, de la boisson, des parfums, des habits. Ces besoins, on les satisfaisait par des sacrifices : le sacrifice est donc un mets céleste que les dieux mangent. D'autre part les êtres célestes ont le pouvoir de récompenser leurs adorateurs pour leurs œuvres pies, par ex. de prolonger leur vie. Le second principe sur lequel on se basait pour offrir des sacrifices était que ceux-ci étaient un tribut que l'on devait payer à la divinité, afin que le donateur puisse se tenir en sa présence. C'était en effet un moyen d'apaiser la colère divine provoquée par le péché. A l'origine l'homme coupable devait expier pour son propre péché, mais les dieux se contentèrent de la substitution d'une victime animale... De plus les princes et les employés du temple devaient pourvoir à l'entretien des sacrifices. Cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 82, 83.

D'après la terminologie de la phrase, H a voulu pourvoir à la nourriture de la déesse plutôt que d'apaiser sa colère excitée par le péché. Ces mets pouvaient appartenir au règne animal ou au règne végétal. Il s'agissait par conséquent de moutons, de bœufs, de chèvres... ou de blé, de miel, de lait, de fruits, de pain de gâteaux, etc.. En tout cas, ces aliments devaient être comme le demande le texte ellulim, purs, c'est-à-dire sans défaut physique et sans défaut cultuel. D'où l'on peut donner à ellulim le sens de sacrés ou de purs. Nous retrouverons cette épithète avec le même sens dans IV 22, 36, et avec un sens un peu différent III, 56 Cf. Meissner II, pp. 83, 84.

36-37. Conformément à la méthode, qu'il a adoptée pour ce panégyrique, H ici encore interrompt rénumération de ses œuvres pies et de ses bienfaits par l'éloge de sa propre personne.

Le part, muslalum vient de s'I qui, comme en hébreu, signifie demander, se demander. Or celui qui avant d'agir s'interroge, se consulte, est avisé, c'est-à-dire sage. On peut donc traduire mustalum par l'un ou l'autre de ces adjectifs.

Gilmalum signifie, d'après le verbe gamal, dont il dérive, parfait. On peut conserver ce sens. Comme ce qui est parfait est rare et pour ainsi dire unique, on peut aussi adopter cette dernière^ traduction avec Ungnad.

Faut-il unir ensemble sage et parfait, ou les séparer. Dans l'épil. XXIVr 10 il est .évident qu'il faut joindre sarrum à gitmalum, roi à parfait, autrement roi tout seul n'aurait pas grand sens. Se fondant sur cet exemple, on pourrait lire ici : sage parfait, unique. Mais cela est moins nécessaire, sage et parfait pouvant constituer chacun un éloge séparé. Cependant il nous semble que l'union de ces deux mots constitue une louange plus forte. Or tout ce panégyrique atteste que H ne trouve aucun éloge supérieur à son mérite.

38-42. Sir-pur-la, que porte le C. II., est le nom ancien de Lagas. Quant à Girsu, c'est d'après de Genouillac tout le sud de Lagas. Cette ville, du pays de Sumer, correspond à l'actuelle Tello, qui se trouve sur le Shattel-Haï, au sud de Umma. « La petite Lagas, aujourd'hui Tello, a pour nous une énorme signification, parce que à cet endroit des fouilles extrêmement fécondes ont été faites, qui nous ont livré un matériel très important pour la connaissance des Babyloniens les plus anciens. » Meissner, B. u. A., I, p. 9. Meissner oublie de dire que ces fouilles, qui ont produit des résultats aussi féconds, ont été faites par des Français. De 1876 à 1900, M. de Sarzec fit plusieurs fouilles à Tello, dont on peut admirer les résultats dans les salles

i\n Louvre, ol donl la description se trouve dans l'ouvrage qu'il composa avec Henzey et dont la première Vvlition est de 1886. Le C"»' Gaston Gros lit également des fouilles à Tello (1903-1909) et il en i)ublia les résultats avec les concours de MM. L. Henzey et F. Thureau-Dangin, Nouvelles Fouilles de Tello. Tout dernièrement enfin, l'abbé de Genouillac Ut deux campagnes de touilles à Tello, 1928-1929 et 1929-1930 sur lesquelles il publia des rapports fort intéressants dans la Bévue iV Assijriologie, A'A'FJ cl XXVII vol. (1929 el 1930). Puis des orientalistes français également ont interprété les tablettes trouvées à Tello. Inventaire des lablelies de Tello : de l'époque d'Agadé par Thureau-Dangin — de V époque d'Agadé cl d' Ur par de Genouillac — de Vépoque d'Ur par Dolaporte. Cf. Paris, Leroux. Le P. Scheil vient de faire un article sur les « Nouvelles slaiues de Gndéa R A 0, XXVII, IV (1930), p. 161. Voir encore Les Cglindres de Gudca, par Thureau-Dangin, Leroux, 1905. Ouvrage analysé dans Hev. Bib., 1900, p. 181-185. Inscriptions de Sumer et d'Akkad, par Thureau- Dangin, etc..

L'histoire politique de Lagash est fort ancienne. Meslim, roi de la II" dyn. de Kish (après EOOO) intervint dans un combat entre Lagash et Umma et fixa par sa stèle les frontières de ces deux villes. Le premier roi <le Lagash, que nous connaissions, c'est Ur-Nina. Il construisit des temples, creusa des canaux, fit du commerce pour acquérir des bois. Il est le fondateur d'une dynastie. Nous possédons de lui une stèle où il est représenté avec sa famille. De son fils A-kur-gal, nous ne possédons ni stèle, ni monument. De son petit-fils Eannadu date la suprématie de Lagash sur les pays voisins. Sa stèle des vautours apprend « comment il a définitivement secoué la tutelle de Kis, vaincu l'Elam et Umma. Dans ses inscriptions, ce roi relate des constructions en l'honneur de Nin-girsu le dieu de Lagas, et la fondation d'une ville, dans les environs de Lagas, sous le vocable de la déesse Ninna. Cf. Dhorme, B A B, p. 7. On ne sait pas grand'chose sur les successeurs de ce roi, sinon qu'ils ne purent revendiquer la possession de Kish, mais qu'à Lagash leur puissance était incontestée. Le dernier roi de la dynastie fut Uru-ka-gi-na (vers 2900). « Ses inscriptions, dit Dhorme, offrent un intérêt spécial, parce qu'elles le présentent « surtout comme un réformateur. Il cnumère les abus qui s'étaient glissés dans l'administration des biens de Lagash et surtout les exactions commises par le sacerdoce... », ibid., p. 9. Il fit d'importantes réformes dans l'administration intérieure de ses états et spécialement il réduisit beaucoup les revenus des prêtres. Mais Lugal-zag-gi-si, roi de la III" dyn. d'Uruk (2662-2638) réunit par des grandes conquêtes tout Sumer et Akkad. Uru-ka-gi-na y trouva sa perte. Lagas fut si complètement détruite qu'elle disparut pour longtemps de la scène de l'histoire. Après avoir promené ses armes victorieuses du golfe persique jusqu'à la Méditerranée, Lugal-zag-gi-si fut vaincu et fait prisonnier par Sargon, le fondateur de la dynastie d'Akkad. Lagas fut dès lors soumise aux rois d' Akkad.

Vers la fin de la dynastie d'Agadé, c'est-à-dire au xxv<= s., il y eut à Lagas des paiési, c'est-à-dire des rois vicaires d'un roi plus fort et revêtus du sacerdoce. Le plus célèbre d'entre eux et celui sur lequel les fouilles nous ont fourni le plus de documents est Gudéa. 11 semble que les patésis de cette cité vécurent en paix, mais à titre de subordonnés, avec les rois des différentes dynasties qui eurent la suprématie. En tout cas, nous voyons par le présent texte que Hammourabi était le souverain de Lagas. Mais, sous les derniers rois de la dynastie d'Amurru, il y eut de rudes combats par suite des invasions des Hittites si bien qu'une série de villes anciennes, florissantes comme Lagas, Umma, Adab, Kisurra, Suruppak, etc.. durent être complètement ravagées, puisque dans l'avenir elles ne furent même plus mentionnées. Cf. Meissner, B. u. A., I, p. 28.

Tous les grands musées d'Europe et notamment le Louvre, possèdent des statues de Gudea. Ce monarque en avait placées dans les nombreux temples qu'il fonda. Leur matière ordinaire est la dolérite. Cependant le musée sémitique de Harward en possède une en albâtre, trouvée en 1912, Cf. B A 0, XXVIII, II (1931), p. 8. Une statue du fondateur de la /'''= dyn. de Lagash par Mari) Inda Husseii. Le P. Scheil, dans l'introduction de sa description de trois nouvelles statues de Gudéa, B A 0, XXVII, p. 4 croit que cette profusion de statues vient de ce que Gudéa, avant d'être patési, fut dupsar, c'est-à-dire scribe. Le scribe parfait ou dupsar « était non seulement écrivain, mais il était initié par la force des choses aux arts du dessin et de la gravure. Une statue de Gudéa appelée « statue de l'architecte au plan » prouverait qu'il connaissait la sculpture et l'architecture. On ne saurait exagérer l'éminente dignité et l'influence des dupsar dans l'antique société suméro-accadienne. Avant Gudéa, à l'époque d'Agadé, le dupsar Lugal usum gai devint patési de Lagash. Un des fils de Gudéa fut dupsar Lugal iti gin. Puis comme patési, Gudéa avait d'immenses ressources ». Voici comment Maspéro apprécie les statues trouvées à Lagash, et notamment celles de Gudéa. « Trapues, épaisses, massives de formes, écrasées par le poids des couvertures de laine, elles étonnent d'abord ceux qui ont contemplé les bonnes statues de l'ancien et moyen Empire égyptien. Mais on admire l'audace avec laquelle les artistes ont attaqué la matière, dolérite compacte plus dure peut-être que le diorite. Ils ont réussi à la dompter et à la manier aussi librement que s'il se tût agi d'un calcaire ou d'un marbre... Il y a un mélange de largeur et de minutie qu'on n'est pas accoutumé à rencontrer dans les mêmes œuvres... On remarque dans les têtes le même ensemble de qualités et de défauts que dans les corps, la dureté de l'expression, la lourdeur, l'absence de vie, mais aussi la vigueur du rendu et la connaissance exacte de l'anatomie humaine... Point la souplesse, ni l'animation, ni l'élégance de l'art égyptien, mais puissance, ampleur, originalité. » Hist. anc. des peuples de l'Orient, I, pp. 611-613. Pour les statues de Goudéa, voir Conteneau, Manuel d'archéologie orientale, II, pp. 709-720.

On attribue des lois humanitaires à Gudéa. Meissner cite les exemples suivants : Qu'aucune femme ne porte le coussinet — que les esclaves forts bâtissent — personne ne sera frappé avec le fouet. — Le maître ne frappera pas à la tête le serviteur ayant mal agi. La maîtresse ne frappera pas au visage une servante ayant mal agi. Aux jours de fête toutes les différences sociales devaient cesser : « Au jour où le roi entre dans le temple, pendant sept jours la servante sera l'égale de sa maîtresse, l'esclave et le maître iront l'un à côté de l'autre. Dans leur ville, le puissant et l'inférieur iront côte à côte. » Bab. u. Assyr. I, pp. 56, 57.

Gudéa se vante surtout de ses constructions de temples. Or les fouilles de Sarzec ont mis à jours deux cylindres de fondation A et B du grand temple de Ningirsu (1877). En 1905, Thureau-Dangin donna la transcription, la traduction, le commentaire, la grammaire et le lexique de ces deux documents Leroux, 1905 et B A O, XXII (1925) . « Ces deux cylindres sont une mine pour l'archéologie religieuse et l'histoire des idées religieuses », lisons-nous dans la Rev. Bib., 1906, pp. 181-185.

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