‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 178 sur 250 · et qu'il dise à haute voix (qu'il proclame · texte numérisé non relu

et qu'il dise à haute voix (qu'il proclame

20-24. « Hammourabi, c'est un seigneur, qui est comme un père d'enfants pour les gens !

à des experts. La quantité de signes accadiens et la multiplicité de leurs valeurs explique le grand nombre d'illettrés.

12-14. H recommande ensuite à l'opprimé « d'entendre ses précieuses paroles » qu'on lui lira. Dans les langues sémitiques sm'- signifle à la fois l'audition matérielle et la compréhension intellectuelle qui sont généralement associées. Ici is-me a ce double sens réel. En effet dans 9-11 il est question d'une lecture faite par un autre et les lignes suivantes 15-17 parlent de la compréhension intellectuelle.

5 a déjà employé la formule « mes précieuses paroles » pour désigner ses lois XXIVr 74.

15-16. Après avoir entendu et compris les lois de la stèle, l'opprimé en fera l'application à sa cause. A-wa-tum ici fait allusion à l'afîaire, à la cause, dont il a été question 1. 4. Klm « faire voir, montrer » la forme intensive D exprime l'intensité de lumière projetée sur le cas par la stèle de H, qui est le sujet du verbe et se trouve en quelque sorte personnifiée.

17. La conséquence naturelle de l'application des lois de la stèle au cas de l'homme embarrassé, c'est que celui-ci « verra son jugement », c'est-à-dire la sentence relative à sa cause.

18-19. Le dernier acte prescrit par H. à l'opprimé, qui consulte sa stèle, c'est de faire respirer largement son cœur, de pousser un profond soupir de soulagement.

i-na-ap-'pi-ië forme intensive du verbe rips « respirer ». D'où le nom napistu (héb.) néphes « âme, souffle vital ». Le mot libbu « cœur », est pris ici à la fois comme organe de la respiration vitale et comme principe des passions. On voit que H qui semble ici attribuer au cœur la fonction respiratoire. Il s'agit d'ailleurs probablement d'une métaphore.

Le passage 3-19 présente le roi de Babylone prenant pour ainsi dire par la main son sujet opprimé et le guidant pour toutes les démarches nécessaires à l'utilisation de sa stèle en faveur de sa cause.

B. Qu'il fasse à haute voix Véloge de Hammourabi 20-40

Après que l'homme opprimé aura trouvé sur-la stèle le moyen de défendre sa cause et que son âme en aura ressenti une vive satisfaction, H lui recommande de témoigner sa gratitude à l'auteur de ce bienfait, c'est-à-dire à sa propre personne. Cette reconnaissance, le « roi du droit » demande de la manifester d'abord par la louange 20-40 et ensuite par des prières 41-58.

Le rédacteur énumère d'abord les mérites qui fournissent matière à l'éloge de H. Il recommande dans la phrase finale 39-40, de prononcer à haute voix toutes ces louanges. Par souci de clarté nous plaçons cette phrase finale en tête de notre traduction.

Les mérites de H sont au nombre de six : trois sont en relation avec ses sujets et trois avec Marduk, son dieu protecteur. Les actes de religion de H. envers Marduk sont intercalés on ne sait pour quel motif, entre les bienfaits procurés à ses sujets.

39-40. Da-ni-lam doit provenir de la racine dannu, fort. Dire fort signifle « dire à haute voix, proclamer ».

20-24. Comme il convient, l'éloge débute par le nom du personnage auquel il s'adresse.

Le titre à la louange de KC énoncé en premier lieu concerne ses sujets. Il est très expressif, très important et très significatif.

De par sa vocation I 27-49, V 14-25, H est le « seigneur » belum de ses sujets, tout comme Marduk est son propre seigneur belum Cl; II 8,9 ; XXIVr 90, infra. Ce titre de « seigneur équivaut à celui de « roi » XXIVr 10-12. Déjà h: avait déclaré qu'il s'était acquitté de son rôle de roi en pasteur XXIVr 13, 14, 40-58. Il prétend ici avoir rempli ses fonctions de seigneur et de roi comme un vrai père. L'expression « père d'enfants » a-bi-im wa-li-di-im désigne le père qui est lui-même l'auteur de la génération des enfants, par opposition à un père adoptif « celui qui a pris un petit pour la fihation » si-i!}-ra-am a-na ma-ru-lim il-ki §§ 185, 186.

Or de tous les noms, celui de père est celui qui exprime au plus haut degré la tendresse, la sollicitude,

25-27. a-na a-wa-at (ilu) Marduk be-lî-su us-ta-aq-ti-it-ma 28-31. ir-ni-ti (ilu) Marduk e-li-is ù sa-ap-li-is ik-su-ud 32-33. li-ib-bi (ilu) Marduk be-li-su ù-ti-ib 34-36. ù si-ra-am ta-ba-am a-na ni-si a-na da-ar i-si-im 37-38. ù ma-tam us-te-se-ir.

C) Qu'il prie en sa faveur Marduk el Sarpanit ! 41-58

41-47. i-na ma-har (ili) Marduk be-li-ia (ilu) Sar-pa-ni-tum be-el-ti-ia i-na li-ib-bi-su ga-am-ri-im li-ik-ru-ba-am

48-58. se-du-um la-ma-zum AN AN (ile) e-ri-bu-ut È-sag-ila §EG (libitti) È-sag-ila i-gi-ir-ri-e ùm-mi-sa-am i-na ma-har (ilu) Marduk be-li-ia (ilu) Sar-pa-ni-tum be-el-ti-ia li-dam-mi-ku.

le dévoûment et l'intimité. A ces points de vue, il l'emporte de beaucoup sur celui de pasteur qui cependant suppose aussi de tels sentiments. Sans doute le présent texte est le seul de son code où H revendique le titre de père à l'égard de ses sujets. Nous devons cependant attacher une grande importance au fait que g: a voulu ne fût-ce qu'une fois s'attribuer cette qualité. A notre connaissance, aucun monarque de l'antiquité n'a fait graver une parole permettant de supposer l'existence de rapports aussi familiers entre lui et ses sujets. Aucun roi d'Israël ou de Juda ne s'est déclaré le père de son peuple.

Dans l'Ancien Testament, lahvé est présenté parfois comme le père d'Israël Deut. XXXII 6, Isaïe LXIII 13, Jéremie III 4, Malachie I 6. Il condescend à se dire le père de Salomon II Sam. VII 14.

Jésus est le premier qui ait enseigné à chaque homme, au plus déshérité même, que Dieu était son père. Luc XI 2 ; Math. VI 9 ; Marc XI 25 ; Math. VI 14, 15 ; Luc XI 13 ; Math. VII 10 ; Luc XII 30 ; Math. VI 32... ; Gai. IV 4-8 ; Rom. VIII 14-17 ; Jean I 12...

H parle ensuite de ses mérites vis-à-vis de Marduk 25-27, 28-31 et 32-33. Il reprendra seulement ensuite les titres qu'il a acquis à la reconnaissance de ses sujets 34-36, 37-38.

25-27. Tandis que, dans sa longue doxologie du Prologue I 50-V 13, H s'est plu à énumérer ses œuvres pies à l'égard de nombreuses divinités, il recommande au bénéficiaire de son code de célébrer sa dévotion uniquement envers Marduk. La raison d'une telle différence de conduite se conçoit. Faute de science, un homme d'une humble condition sociale était incapable de prononcer un panégyrique équivalent à I 50-V 13. La formule d'actions de grâces imposée à tout obligé du code pour une consultation profitable devait être courte.

Le premier devoir de H envers le dieu qui était « son seigneur » cf. II 9, XXI Vr 90, consistait à lui obéir. Cf. Rom. XII 1 . C'est pourquoi il veut qu'on le loue tout d'abord de « s'être conformé à la parole de Marduk », qtt, à la forme st, signifie « se plier, se conformer ».

28-31. La seconde œuvre de dévotion de H envers son dieu de prédilection, c'est de l'avoir fait triompher partout. Irnillum « triomphe ». Pour « en haut et en bas », cf. XXIVr 30, 31.

Il a procuré le triomphe de Marduk par des victoires plutôt que par des solennités cultuelles, comme l'indique déjà le mot « triomphe ». Ce sentiment est confirmé par la référence XXIVr 28-32, où sont employés es adverbes e-li-ia û Sa-ap-li-is et où il est question de victoires remportées sur les ennemis.

Les peuples anciens, et notamment les Sémites, attribuaient en définitive les victoires ou les défaites aux dieux nationaux, et non point aux rois ou à leurs peuples. Les succès militaires obtenus par CE devaient donc être considérés surtout comme des victoires de Marduk.

32-33. Personne ne peut être plus agréable à la divinité qu'en lui obéissant parfaitement et en propageant sa gloire extérieure. Aussi nous pensons que H, en disant qu'il a contenté le cœur de Marduk, indique surtout l'effet produit par les actes de dévotion, 25-27 et 28-31. Pourtant nous n'excluons pas des œuvres pies, qui tout en n'ayant qu'une valeur secondaire, étaient aptes à parfaire la joie de Marduk.

Le cœur est pris ici dans le sens d'âme en tant que principe de la vie sensible, intellectuelle et morale. A ce titre, c'est le cœur qui éprouve toutes les passions et toutes les émotions. En affirmant qu'il a contenté le cœur de Marduk, H signifie qu'il a pleinement satisfait « son seigneur » dans ses facultés les plus élevées et les plus intimes.

34-36. Le rédacteur revient à l'énumération des titres de H à la reconnaissance de ses sujets par laquelle débute le panégyrique. H a déclaré qu'il traitait en père tous « ses gens » 20-24, ceux-ci doivent donc être heureux, et les 11. 34-36 expriment cette conséquence nécessaire du gouvernement paternel de II.

Au heu de parler de la satisfaction « du cœur », comme pour Marduk, Ham. emploie l'expression « salis faction de la chair » pour ses sujets. Au prologue H dit que « rendre bonne la chair des gens » est un des buts de sa vocation par Anu et EnUl I 47-48. Dans son autopanégyrique il dit qu'il a fait le bonheur « de la chair du pays ». XXIXr 33-34. « Le bonheur de la chair » signifie le bien-être matériel, la tranquillité extérieure par opposition au bonheur de l'âme, aux satisfactions intimes du cœur. Ce sens est confirmé par le contexte de XXIVr 33-34 : La « chair du pays » a été rendue heureuse par la délivrance de tous les ennemis.

Les deux textes 32-33 et 34-36 marquent une différence de conduite de H, suivant qu'il s'agit de contenter Marduk ou ses sujets. Les dieux étant bien supérieurs aux rois, ceux-ci ne doivent pas leur procurer

Page 1