‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 33 sur 250 · Accomplissement par Hammurabi · texte numérisé non relu

Accomplissement par Hammurabi

DE sa bienfaisante MISSION JURIDIQUE, COL, V, 13''-25

13"-19. a-na-ku i-nu-ma (ilu) Marduk a-na su-te-su-ur ni-si UN (matim) ii-si-im su-liu-zi-im û-wa-e-ra-an-ni

muballit reçurent respectivement les appellations suivantes : année où l'armée d'Ur fut battue par les armes — où Isin fut conquise — où l'armée de Larsa fut battue par les armes. Par 'ces grandes victoires, Sin-muballit tranche sur ses prédécesseurs et prépare la voie à son fils et successeur.

Col. VI-2. Dans l'épilogue de son code, H s'adresse à ses successeurs pour leur enjoindre de respecter son code. Précédemment, H s'est glorifié d'être une « semence de royauté zer sarrutim créée par Enzu (Sin)

I 13-15 », sans s'arroger l'éternité. Dans le présent texte, H ne prétend pas être « un rejeton royal éternel », comme s'il ne devait jamais mourir. Son ambition se borne à revendiquer l'éternité pour sa race.

3. Le fils puissant de Sin-muballit IV 69-70, ne pouvait être qu'un roi puissant. Mais H. prouve encore fa puissance par 4-13".

4-9. En parlant de son œuvre de lumière, H, pense évidemment aux bienfaits d'ordre moral que devait procurer la publication de son code. La chose est prouvée non seulement par le contexte suivant I3''-23, mais par deux textes empruntés au prologue et par un autre faisant partie de l'épilogue. Voulant caractériser l'objet de la vocation qu'il a reçu d'Anu et d'Enlil, ce roi dit : « pour faire luire le droit dans le pays » I 32-34, « comme Samas pour poindre sur les têtes noires et pour rayonner sur le pays » I 40-44. Dans l'épilogue, H. émet ce vœu en faveur de son code : « par l'ordre de Samas, le grand juge des cieux et de la terre, que mon droit resplendisse dans le pays » XXIVr 84-88.

Dans les trois passages du prologue, H. s'enhardit de plus en plus dans l'assimilation de son œuvre et de sa personne à l'action et à la personnalité du dieu solaire. D'abord l'assimilation est implicite I 32-34. La comparaison est explicite dans I 40-44. Mais dans V 4-9, H. s'identifie avec le dieu solaire. Sans doute l'orgueilleux monarque ne va pas jusqu'à usurper les principaux sanctuaires de Samas, Sippar et Larsa.

II se contente d'être le Samas de Babylone. Toutefois de sa capitale, ce roi soleil éclaire toute la Chaldée, et même tout l'univers alors connu. La chose résulte de la fin du passage et de 10-12. Samas est précédé du déterminatif de la Divinité. Aussi nous croyons qu'il vaut mieux traduire par Samas, tout en pensant au soleil, à l'astre qui servait d'habitation et de symbole à ce dieu. Inutile de souligner le grand orgueil du monarque, qui ose se comparer au roi de tous les astres, au puissant et bienfaisant dieu Samas. Toutefois il faut louer H. d'avoir compris que les bienfaits procurés par un code de lois dans l'ordre moral, pouvaient bien se comparer à ceux que causait le soleil dans l'ordre matériel. Les Juifs, qui ont réuni le psaume célébrant le soleil à celui qui fait l'éloge de la loi, Ps. XVIII-XIX 1-7 et 8-15, n'ont pas pensé autrement. Si les Hébreux n'ont comparé qu'une fois lalivé au soleil, Ps. LXXXIII-LXXXIV 12, c'est par crainte d'exciter à l'idolâtrie. (Remarquons que le mot soleil a disparu du grec et du latin.) C'est encore par crainte d'inciter à l'idolatrio que les Hébreux ont mutilé le Ps XVIII-XIX 1-7 et qu'ils ont altéré son sens, en appfiquant à lahvé, l'éloge qui originairement concernait le soleil.

C'est la première fois dans le code qu'il est question du pays de « Sumer et d'Akkad ». Dans l'épilogue H. mentionne encore ces deux régions : « sur mon sein, j'ai tenu les gens de Sumer et d'Akkad » XXIVr 49-52. A propos d'Agadé, dont H. a parlé déjà pour dire qu'il a affermi Istar dans le temple d'Agadé la grande IV 48-52, nous avons déjà parlé du pays, d'Akkad dont cette ville était la capitale. A cause des indications déjà données, nous pourrons nous contenter de présenter ici des indications sommaires.

La Chaldée est le pays se trouvant entre les cours inférieurs du Tigre et de l'Euphrate et limité au nord par le 34° de latitude. Il embrasse une superficie de plus de 30.000 •"" carrés, à peu près autant que l'Egypte ou la Belgique. Cf. Meissner, Bab. uncl Assyr., t. I, p. 8. On donne le nom de pays d'Akkad à la <;haldée du Nord, parce qu'elle était peuplée d'Akkadiens et pays de Sumer à la Chaldée méridionale parce ([u'elle était habitée par les Sumériens.

C'est à juste titre que H se vante d'avoir exercé son infiuence bienfaisante sur ces deux pays. En effet, parmi les villes dont il se déclare le bienfaiteur, dans sa doxologie I 50-V 13», les unes appartiennent au pays d'Akkad et les autres à celui de Sumer. Dans le premier groupe figurent : Babylone ï IG, Sippar H 25, Kisch II 59, Harsag-Kalama II 67, Barziba III 12 Dilbat III 20, Hadad (Bit Karkara) III 61, Agadé IV 51. Dans le groupe des vifies sumériennes, nous avons : Nippur I 59, Eridum I 65, Ur II 17, Larsa II 33, Uruk II 38, Isin II 51, Kuta III 3, Kes III 32, Hallab III 52, Lagash III 44-42, SUD NUN (Bismaija) II I 67, Maskan-Sabrim IV 13.

Les Sumériens et les Akkadiens sont très différents pour le type des personnages et pour la langue. Ils appartiennent donc à des races tout à fait diverses. Par ailleurs leur écriture, leurs divinités, leur culte, leur législation sont identiques. 11 faut donc que l'un de ces peuples ait emprunté à l'autre sa civilisation. La majorité des assyriologues admettent que les Akkadiens sant les emprunteurs par rapport aux Sumériens,

PUOLOdUE 39

Col. V. 1-2. Semence éternelle de royauté, 3. roi puissant 4-9. Soleil (Samas) de Babylone projetant la lumière sur le pays de §umer

et d'Akkad, 10-12. roi se faisant écouter des quatre régions, 13". favori de Ninni.

3, Accomplissement par Hammurabi de sa bienfaisante mission juridique, col. v, 13l'-25

13''-19. Moi, quand Marduk m'eût envoyé pour bien gouverner les gens, procurer le salut du peuple

par ex. Moissiier, Thureau-Dangin, etc. Remarquons la survivance de quelques noms sumériens en matière de religion, de culte, de droit, de science, d'art, etc. Par exemple, dans le C. H., les divinités sont la plupart du temps désignées par leur nom sumérien.

H. n'est pas le premier roi connu qui ait réuni sous son sceptre les deux pays de Sumer et d'Akkad. Avant lui, l'histoire nous apprend que cette puissance appartînt à Lugalzaggisi v. 2662-2638 (Ille dyn. d'Uruk), à Sarru-ukin, fondateur de la dynastie d'Akkad, v. 2637-2582, et à ses quatre successeurs Rimas, Manistusu, Naram-Sin, et Sar-kali-§arri. Les souverains de la 111"= dyn. d'Ur, dont Ur Nammu fut le fondateur v. 2294-2277 prirent eux aussi le titre de roi de Sumer et d'Akkad. Les rois de la dynastie d'Isin V. 2186-1961 héritent du titre de la royauté de Sumer et d'Akkad. Mais nous savons que, même avant la lin de cette dynastie, Gungunum v. 2094-2068, qui appartenait à la dynastie suivante, celle de Larsa, s'intitule « roi de Sumer et d'Akkad ». La 26" année de son règne, Rim-Sin s'empare d'Isin et s'empare exclusivement du titre de roi de Sumer et d'Akkad vers 1955. C'est dans la 31" année de son règne vers 1925 que H. triomphe définitivement de Rim-Sin, et s'empare des royaumes de Larsa et d'Isin. C'est donc alors que ce monarque put revendiquer pleinement la souveraineté sur les pays de Sumer et d'Akkad. Nous nous permettons de renvoyer à notre article sur Les Akkadiens paru dans le Dictionnaire de Sociologie, pp. 310-318 pour un résumé de la civilisation des Akkadiens depuis la dynastie d'Akkad jusqu'à la F" dyn. bab. : guerre, droit, agriculture, commerce, art, religion, divination, astronomie, astrologie, médecine, écriture, lecture, histoire, chronologie, géographie, calendrier.

10-12. Dans ce prologue, il a été déjà deux fois question des 4 régions de la terre Kibraia. Voir I 18-19 et II 2-4. Maintenant H nous dit qu'il s'en fait parfaitement écouter, c'est-à-dire qu'il y règne en maître. Ces quatre régions nous les avons déjà indiquées. Dans le texte précédent, nous avons montré que H. était bien autorisé à alfirmer son influence sur les pays de Sumer et d'Akkad. Parmi les villes étrangères aux pays de Sumer et d'Akkad que H se vante, dans son prologue, de dominer, nous trouvons : Malka (ver? l'embouchure de la Dijala sur le Tigre) IV 12, Assur et Ninive IV 58, 60. Or ces trois localités appartiennent à l'Assyrie qui, avec le pays de Gutium, constitue la région de l'est. Quant à Méra et à Tutul IV 30-31, que l'on situe à Hit ou aux environs, sur le cours moyen de l'Euphrate, c'est le commencement du pays d'Amurru, ■c'est-à-dire la région de l'Ouest. Si, en faisant abstraction de l'opinion qui fixe la publication du code à la 2» année du règne de H, nous examinons les dénominations des autres années de ce règne, nous nous rendons mieux compte de la domination du grand monarque sur les 4 régions. La 8" année de son règne H s'empare du pays d'Etmubalum (à l'orient de Larsa, vers l'Elam) ; la 30" et 31" années il défait Elam et ravage Etmubalum. Or la région du Sud est constituée par l'Elam. Cette même 30" année tout le pays de Subartu est ravagé avec Esnunak, Gutium et Malgum. Par ces citations, on peut constater que ce sont les victoires de H, dans les pays de l'Ouest, région d'Amurru, qui nous sont les moins connues. Cf. Dhorme, Abraham dans le cadre de V histoire, E. B., 1930, pp. 377, 378.

13". Précédemment, H s'est dit deux fois le « favori » d'une divinité. Voir III 10 et III 48. A en juger seulement par les œuvres que H se vante, dans ce prologue, d'avoir accompli pour Ninni ou Istar, on comprend que c'est tout à fait à bon droit, que ce roi revendique pour lui la faveur de cette grande déesse : « ayant enrichi de luxe pour Anu et Ninni » II 44-47 — « ayant consolidé les grands sanctuaires de Ninni » II 63-65 — « réjouissant le cœur d' Istar » III 53, 54 — « éclairant la face de Ninni » IV 34-35 — « dont Istar agrée les œuvres » IV 46-47 — • « ayant affermi Istar dans l'E Ulmas à Agadé » IV 48-52 — « a fait briller le nom de Ninni dans l'E Mismis à Ninnive « IV 61-62.

3. Col. V 13''-25. Accomplissement par Hammourabi de sa bienfaisante mission juridique.

Après la longue doxologie I 50-V 13» destinée à prouver combien il était digne de recevoir des dieux sa vocation juridique I 1-49, Hammourabi revient à cette mission 13''-19 pour dire en termes brefs qu'il s'en est parfaitement acquitté 20-25.

IS^-IO. Ces lignes contiennent le résumé de la vocation confiée à H I 27-49. Si nous comparons ce résumé au récit I 27-49, nous constatons surtout une différence quant à l'origine de la vocation. Ici H. dit clairement que Marduk est l'auteur de sa vocation. Au début de son code, il l'a attribuée non moins explicitement à Anu et à Enlil. En attribuant à Anu et à EnUl son appel I 45-46, 49, H dit par là même qu'il considère ces dieux comme les auteurs premiers de sa vocation : ce fut en effet parce que leur choix tout puissant se porta sur sa personne, qu'ils émirent un décret fixant à tout jamais ses destinées. Pour

40 COMMENTAIUE DU CODE d'hA.MMOURAUI

20-23. ki-it-tain ù mi-sa-ra-am i-na KA (pi) ma-tim aS-ku-un 24-25. si-ir ni-si û-ti-ib i-nu-mi-sii.

Marduk, H. ne parle aucunement de choix et de décret ; il dit tout simplement que ce dieu l'envoya. Or il est facile de comprendre que cette œuvre de Marduk revient en définitive à l'exécution du décret porté par Anu et Enlil. Ainsi donc H ne se contredit pas. Dans I 45-46, 49, il attribue à Anu et à Enlil le décret relaj.if à sa vocation. Dans V IS^-IO, il considère Marduk comme l'exécuteur de ce décret.

Nous constatons aussi que H. résume l'objet de sa mission en termes tout à fait généraux, tandis que pour décrire son accomplissement 20-25 il se sert de formules se retrouvant dans la collation. Cependant les verbes usités expriment d'une façon synthétique la mission du grand roi et son résultat bienfaisant, ëu-te-sur-ur vient du verbe jsr qui signifie « être droit » et à la forme causative rendre droit, faire le droit; bien gouverner. C'est de ce verbe que vient le nom miëarum, le droit, employé dans la collation I 32-34, dans l'accomplissement V 20-23, IV 54 et très souvent dans l'épilogue. Quant au mot iisum, qui dérive du sumérien asiim, médecin, et qui signifie salut, santé, il résume très bien l'effet salutaire résultant d'un© J)onne législation qui est exprime d'une façon concrète par V 24-25. Remarquons que nous retrouvons c« mot usum, santé, salut dans le titre de son épilogue pour résumer les effets bienfaisants de son code appelé lois du droit (misarum XXlVr G, 1-2).

20-23. j'ai placé le droit et l'équité dans la bouche du peuple

24-25. j'ai rendu bonne la chair (j'ai procuré le bien-être) des gens alors.

Comme pour I 53, nous avons cru que le pronom anaku, moi, avait plus de signification en tête d'une description d'œuvres accomplies qu'à la fin d'une prérogative.

20-23. Par cette phrase et la suivante, H relate l'accomplissement de sa mission. Ici il indique son œuvre, par 24-25 il en signale le résultat.

Remarquons la ressemblance existant entre l'œuvre corifiée à H et celle qu'il a exécutée : « pour faire luire le droit miSaram dans le pays » I 32-34, Notons que cette dernière formule ne rend pas l'idée de mise à la portée de tous les questions juridiques exprimées par les termes « j'ai placé dans la bouche des peuples ». Dans l'épilogue, on ne retrouve pas cette phrase. Mais H emploie de longues descriptions pour dire qu'il a mis h la portée de tous l'exercice du droit. On retrouvera cette idée dans l'exposé de son œuvre de législateur XXIVr 59-78, dans son exhortation à l'homme, se trouvant dans un cas embarrassant XXVr 3-19 (15-17), dans les conseils qu'il donne à ses successeurs pour bien gouverner XXVr 75-94.

24-25. Quant à l'effet salutaire obtenu par son œuvre législative, c'est bien celui qui avait été prévu dans la mission I 47-48. Dans l'épilogue H répète plusieurs fois qu'il a obtenu ce résultat en se servant des mêmes termes XXIV, G, 33-34; XXVr 34-36.

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