DE LA DERISION
Celte question comprend deux articles :
1° Si la dérision est un péché spécial distinct des autres pécliés par lesquels dans les paroles on cause du dommage au prochain?
3° Si la dérision est un péché mortel ?
Article Premier.
Si la dérision est un péché spécial?
Cet article et le suivant, comme, du reste, presque tous les articles des questions relatives aux péchés de paroles, sont tout à fait propres à la Somme théologique, dans les écrits de saint Thomas. Le saint Docteur a créé cette partie de son merveilleux traité des vertus et des vices considérés dans le détail de leurs ramifications. Nous allons voir ici comment son génie a su marquer le caractère propre du nouveau péché qu'il examine.
Trois objections veulent prouver que « la dérision n'est pas un péché spécial distinct de ceux dont nous avons déjà parlé ».
— La première observe que « le dédain semble être la même chose que la dérision. Or, le dédain paraît se référer à l'injure. Donc la dérision ne se distingue pas, semble-t-il, de l'injure ».
— La seconde objection dit que « nul n'est tourné en dérision si ce n'est pour quelque chose de malséant qui amène l'homme à rougir. Or, cela même n'est autre que le péché : lequel, si on le dit de quelqu'un à découvert et en sa présence, constitue
l'injure; et si on le dit en secret, ou quand le sujet est absent, il constitue la détraction ou la zizanie. Donc la dérision n'est pas un péclié distinct des précédents ». — La troisième objection s'appuie sur la règle tant de fois donnée déjà; savoir que « ces sortes de péché se distinguent selon le dommage que l'on cause au prochain. Or, par la dérision, on ne cause point au prochain de nouveau dommage en dehors de Thonneur, de la réputation ou de l'amitié. Donc la dérision n'est pas un péché distinct des précédents >k
L'argument déclare que « la dérision se fait par mode de jeu ; d'oij son autre nom d latin « d'ilUisin (dans lecfuel entre le mot latin ludus, (|ui signifie Jeu). Or, les péchés dont il s'est agi jusqu'ici ne se commettent point par mode de jeu mais sous forme sérieuse. Donc la dérision diffère de tous ces péchés ». — Cette raison, qui ne porte que sur le mode, ne suffirait peut-être pas, à elle seule, pour distinguer spécifi(iuement la dérision, l-^Ue va être corroborée par une autre raison plus directe.
Saint Thomas, en ellet, nous rappelle, au corps de l'article, que « comme il a été dit plus haut (q. 7.?, art. 2), les péchés de paroles se considèrent surtout en raison de l'intention de celui qui profère ces paroles. Il suit de là que ces sortes de péchés se distingueront selon les diverses cho.ses que se propose celui qui parle contre quelque autre. Or, de même que celui (jui outrage ou injurie se propose d'atteindre l'honneur de celui qu'il outrage; et celui qui commet la délraction, la réputation; et le semeur de zizanie, l'amitié; pareillement aussi celui qui tourne en dérision se propose de faire rougir celui dont il se moque. Et, parce que cette fin est distincte des précédentes, à cause de cela le péché de dérision se distingue aussi de ces auties péchés ». — Cette raison du corps de l'article nous apparaîtra plus lumineuse encore quand nous aurons lu les réponses aux objections.
L\i(l prinmni dit (pie « le dédain et la dérision conviennent dans la fin, quoique leur mode soit distinct. Kt, en en'et,'A/ dérision nmsisie eu paroles et en éclats de lire ; lundis (jue le dédain se marque pur une cerluine conlraclion du nez ou du visage,